📰 Faits divers


Source: le parisien

Tout va bien dans ce monde​:poop: :roll_eyes::face_with_symbols_on_mouth:

« Cela ne me faisait pas changer d’itinĂ©raire. Â»

À partir de ce moment-lĂ , ça aurait du ĂȘtre classĂ© sans suite
 juste un peu de bon-sens, quoi. :pls:

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La sociĂ©tĂ© dĂ©nonçait ces « nombreux arrĂȘts sauvages » du chauffeur et lui reprochait surtout son insubordination. « Quand je lui ai demandĂ© de ne plus ramener les enfants chez eux, il m’a insultĂ© », indiquait le responsable d’Europ Voyages.

Aucune logique dans la décision, mais je pense que cette partie à du jouer dans la délibération :hoho:

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Oui c’est pas faux. :hoho:

C’est certainement les insultes qui ont pesĂ©.

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Source: le parisien

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Le militaire était poursuivi aprÚs la découverte de prÚs de 6.500 images à caractÚre pédopornographique sur son ordinateur.

Des transactions en cryptomonnaies rĂ©alisĂ©es sur un site diffusant des contenus pĂ©dopornographiques avaient attirĂ© l’attention des enquĂȘteurs.

La compagne du gendarme exerçait en effet comme assistante maternelle et accueillait des enfants au domicile familial, un logement de fonction situĂ© au sein mĂȘme de la brigade de gendarmerie.

condamnĂ© Ă  deux ans de prison avec sursis, assortis d’une obligation de soins psychologiques

Ce pays de merde
 :cleaneyes:

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Source: le parisien

L’humoriste Elena Nagapetyan porte plainte pour viol : « Je peux enfin me libĂ©rer de ce poids »

Le 25 septembre, Julien Mairesse, scĂ©nographe des plus grands concerts de rap français, a Ă©tĂ© mis en examen pour viol. À 45 ans, cette figure majeure de l’industrie musicale a travaillĂ© pour Soprano, PLK, Tayc et Dadju, Diam’s ou Amel Bent et sur « Nouvelle École », le tĂ©lĂ©-crochet de Netflix. La plaignante, qui tenait jusqu’à prĂ©sent Ă  rester anonyme, s’exprime pour la premiĂšre fois publiquement Ă  propos de cette affaire.

Il s’agit de l’humoriste Elena Nagapetyan, 38 ans. RĂ©vĂ©lĂ©e en 2022 avec ses vidĂ©os sur les rĂ©seaux sociaux, l’artiste achĂšve actuellement une tournĂ©e des ZĂ©niths avec son one-woman-show. Elle a aussi fait des chroniques sur France Inter et RTL, participĂ© au jeu « LOL qui rit sort ! » sur Prime Video, publiĂ© un livre sur son parcours atypique entre l’OuzbĂ©kistan, la Russie et la France (« La Bible d’une Milf ») et compte un million d’abonnĂ©s sur Instagram.

D’ordinaire trĂšs cash et pĂ©tillante, Elena Nagapetyan est grave et Ă©mue lorsqu’on la rencontre dans les bureaux de son avocate, Me CĂ©line Bekerman. Elle nous raconte sa version des faits et pourquoi elle a dĂ©cidĂ© de sortir de l’anonymat. Par l’intermĂ©diaire de son avocat, Me Thierry Marembert, Julien Mairesse, lui, « conteste catĂ©goriquement » les faits dont Elena Nagapetyan l’accuse (voir en fin d’interview).

Pourquoi avez-vous dĂ©cidĂ© d’évoquer publiquement votre plainte contre Julien Mairesse ?

Parce qu’aujourd’hui, je me sens prĂȘte. Au moment des faits, j’allais commencer une tournĂ©e des ZĂ©niths et publier un livre. Je ne voulais absolument pas que les gens m’accusent de vouloir remplir mes salles ou vendre mon bouquin. Par ailleurs, je n’étais pas prĂȘte moralement Ă  gĂ©rer une Ă©ventuelle tempĂȘte mĂ©diatique en mĂȘme temps que ma vie de famille et ma vie d’artiste. Il fallait dĂ©jĂ  que j’arrive Ă  monter sur scĂšne pour faire des blagues alors qu’à l’intĂ©rieur de moi, j’étais dĂ©truite et n’avais pas du tout envie de rire. LĂ , je termine ma tournĂ©e, je n’ai rien Ă  vendre et je peux enfin me libĂ©rer de ce poids. Et puis, il y a aussi un contexte qui fait que je ne peux pas me taire.

Vous parlez de l’affaire Patrick Bruel ?

Non, je parle de toutes les violences faites aux femmes et aux enfants. On voit bien que le silence protĂšge les agresseurs et isole les victimes. Je me sens redevable vis-Ă -vis de ceux qui me suivent sur les rĂ©seaux sociaux. En parlant, je dis aux autres victimes qu’elles ne sont pas seules et je leur donnerai peut-ĂȘtre la force de porter plainte. Ce n’est pas normal que les viols restent si souvent impunis alors qu’ils brisent tant de femmes.

Pouvez-vous raconter cette nuit du 13 au 14 juin 2025 ?

J’avais rencontrĂ© Julien Mairesse pour la premiĂšre fois en prĂ©sence de mon coproducteur le 10 mars 2025 afin de discuter d’une Ă©ventuelle collaboration. On cherchait un scĂ©nographe pour ma tournĂ©e des ZĂ©niths qui dĂ©butait en janvier 2026. Ce jour-lĂ , on avait convenu que Julien Mairesse vienne voir mon spectacle. Le 13 juin au soir, donc, il vient Ă  Biarritz pour ma derniĂšre reprĂ©sentation de la saison. AprĂšs le show, on va dĂźner pour fĂȘter la fin de la tournĂ©e. Il y a mon coproducteur, l’humoriste Kallagan qui assure ma premiĂšre partie, le cadreur, le rĂ©gisseur, le responsable de la sĂ©curitĂ©, Julien et moi. AprĂšs, on se rend dans un bar, puis dans une boĂźte de nuit. Plusieurs membres de l’équipe partent au fil de la soirĂ©e et je me retrouve dans la boĂźte avec Kallagan et Julien Mairesse. C’est lĂ  que ce dernier fait de premiers gestes dĂ©placĂ©s.

Lesquels ?

Il m’attire vers lui en s’agrippant Ă  ma ceinture. Je m’éloigne pour aller vers la piste de danse. Je ne comprends pas ce qui se passe. À un moment, on se retrouve tous les deux car le reste de l’équipe est parti. LĂ , il se colle contre moi et je m’aperçois qu’il est en Ă©rection. Je lui dis que ce n’est pas normal et il rigole. J’envoie alors un texto Ă  Kallagan, qui est reparti Ă  l’hĂŽtel, pour lui demander de revenir parce que je ne me sens pas Ă  l’aise Ă  l’idĂ©e de rester ni de rentrer seule avec Julien vers l’hĂŽtel. Kallagan arrive, on prend un dernier verre tous les trois et on rentre Ă  l’hĂŽtel. On avait bu, mais on ne titubait pas. Il est plus de 4 heures et, comme j’ai peur de rater l’avion, je demande Ă  la rĂ©ception de faire une carte de ma chambre pour Kallagan afin qu’il puisse venir me rĂ©veiller. On prend l’ascenseur, Kallagan descend au quatriĂšme Ă©tage et Julien et moi, on monte au cinquiĂšme vers nos chambres.

Que se passe-t-il ensuite ?

On marche vers nos chambres et je me souviens qu’au moment oĂč j’entre dans la mienne, je me retourne et je vois qu’il est rentrĂ© avec moi. Il essaie de m’embrasser et met sa langue dans ma bouche, je recule et je dis non. Il ne rĂ©agit pas, me prend par la gorge et me jette sur le lit, m’enlĂšve mon jean. J’essaie de l’en empĂȘcher, de me relever, mais il est beaucoup plus fort que moi. J’essaie de couvrir mes parties intimes avec mes mains, il arrive Ă  retirer ma culotte et me fait un cunnilingus. Je continue Ă  rĂ©pĂ©ter non, mais j’ai l’impression que mon Ăąme a quittĂ© mon corps. C’est comme dans un cauchemar oĂč on a trĂšs envie de crier et de s’échapper, mais oĂč on ne peut rien faire. Je me suis dĂ©battue pendant plusieurs minutes jusqu’à ce que je n’aie plus de forces. Julien Mairesse me pĂ©nĂštre avec les doigts, puis essaie de me pĂ©nĂ©trer avec son sexe. Je redis non et j’arrive Ă  remonter sur le lit en glissant sur le dos. Il se lĂšve et met son sexe en face de mon visage, je le repousse et prends mon portable pour appeler mon fiancĂ©. Julien se lĂšve sans dire un mot. Quand je raccroche, il a quittĂ© la chambre. ÉpuisĂ©e, je m’endors.

C’est Kallagan qui vient vous rĂ©veiller le lendemain ?

Oui. Quand il arrive dans ma chambre, la premiĂšre phrase que je dis, c’est : Ce fils de pute ne comprend pas le non. Je rĂ©pĂšte ça en boucle. À ce moment-lĂ , on doit retrouver le reste de l’équipe et partir. Ce n’est qu’une fois Ă  Paris que je raconte Ă  Kallagan ce qui s’est passĂ© (Kallagan, que nous avons joint, confirme ces propos. Il assure qu’il a trouvĂ© Elena Nagapetyan « tĂ©tanisĂ©e », « en Ă©tat de sidĂ©ration » et « le corps raidi » lorsqu’il est venu la rĂ©veiller le 14 juin alors qu’il n’avait vu « aucun rapprochement » entre elle et Julien Mairesse au cours de la soirĂ©e. Celui qui a ensuite accompagnĂ© Elena Nagapetyan en tournĂ©e affirme par ailleurs qu’il a constatĂ© « un avant et un aprĂšs » cette nuit-lĂ  : « Depuis, Elena est traumatisĂ©e. Il y a quelque chose qui la maintient au sol »).

Le 15 juin, vous dĂ©cidez d’appeler Julien Mairesse


Oui et Kallagan me conseille d’enregistrer la conversation. Je dis Ă  Julien que je ne me sens pas bien, que je ne voulais pas ce qu’il s’est passĂ©. Il me dit qu’il se sent sale lui aussi, qu’« on » a fait « n’importe quoi ». Il reconnaĂźt qu’il m’a fait un cunnilingus et embrassĂ© les seins. Il ne dĂ©ment pas quand je dis qu’il m’a pĂ©nĂ©trĂ©e avec ses doigts, tout en affirmant qu’il n’y a pas eu de pĂ©nĂ©tration avec son sexe.

À quel moment portez-vous plainte ?

Je contacte mon avocate le 16 juin et je vais au commissariat le 18. Je sais que je m’engage dans une procĂ©dure longue, Ă©prouvante, vraiment dĂ©sagrĂ©able. Mais je me dis que je ne peux pas laisser passer ça et que je dois me protĂ©ger.

Vous avez racontĂ© avoir Ă©tĂ© agressĂ©e par d’autres hommes au cours de votre vie


Quand j’avais entre 8 et 10 ans, le cousin de ma mĂšre nous faisait des cunnilingus Ă  ma sƓur et moi, nous forçait Ă  regarder du porno et se masturbait devant nous. Ensuite, vers 11 ans, j’ai subi des attouchements de la part d’un amant de ma mĂšre. À mes 18 ans, quand je vivais seule en Russie, un homme avec lequel j’avais une relation m’a attachĂ©e Ă  une chaise, empĂȘchĂ©e de sortir et a essayĂ© de m’étouffer avec un oreiller. Ma mĂšre ne m’a pas protĂ©gĂ©e, moi je ne savais mĂȘme pas ce que c’était que de porter plainte. Aujourd’hui, je veux me dĂ©fendre et que la justice m’entende.

Comment allez-vous depuis un an ?

D’abord, j’ai eu beaucoup de mal Ă  accepter ce que j’avais subi alors que je suis une grande fille, libre, forte. L’étĂ© dernier, je me suis concentrĂ©e sur mon spectacle, plongĂ©e dans l’écriture de mon livre. À partir de janvier, j’ai commencĂ© Ă  perdre mes cheveux. Je ne dormais plus, j’ai eu des crises de panique et des crises de nerfs et c’était impossible pour moi de coucher avec mon fiancĂ©. Je restais dans le noir, je pleurais tout le temps, je ne pouvais plus sortir de chez moi. En fĂ©vrier, alors que je jouais mon spectacle Ă  DubaĂŻ, j’ai dĂ» trouver un psychologue en urgence parce que je n’arrivais pas Ă  quitter mon lit ni Ă  manger. Depuis avril, j’ai rencontrĂ© une thĂ©rapeute spĂ©cialisĂ©e dans le stress post-traumatique. Les sĂ©ances me font du bien. Aujourd’hui, j’ai une carriĂšre pour laquelle je continue Ă  me battre, un fils de 8 ans que j’adore, un fiancĂ© avec lequel je suis heureuse. Mais je dois vivre avec ce drame que je n’ai pas voulu. C’est comme une tumeur qui me ronge. J’essaie de l’apaiser, mais elle me ronge de l’intĂ©rieur.

L’avocat de Julien Mairesse, Me Thierry Marembert nous a envoyĂ© cette dĂ©claration : « Monsieur Mairesse conteste catĂ©goriquement les faits dont Madame Nagapetyan l’accuse. Non seulement aucun Ă©lĂ©ment de l’enquĂȘte ne confirme qu’il aurait exercĂ© la moindre contrainte sur elle et encore moins la scĂšne violente qu’elle dĂ©crit. Les tĂ©moignages et les camĂ©ras de vidĂ©osurveillance Ă©tablissent au contraire que Monsieur Mairesse et Madame Nagapetyan sont rentrĂ©s Ă  leur hĂŽtel au vu et au su de tous, de maniĂšre paisible et complice, aprĂšs une soirĂ©e pendant laquelle ils se sont sĂ©duits, avant de passer une heure ensemble dans la chambre de la plaignante (comme l’indique l’analyse des camĂ©ras et du tĂ©lĂ©phone de la plaignante), ce qui ne correspond pas Ă  la description qu’elle en donne. C’est elle qui l’a invitĂ© dans sa chambre d’hĂŽtel oĂč ils se sont livrĂ©s Ă  des prĂ©liminaires sans jamais aller au-delĂ . Monsieur Mairesse est parti de la chambre lorsque Madame Nagapetyan a vu que son petit ami avait laissĂ© de nombreux appels en absence et l’a rappelĂ©, ce qui leur a rappelĂ© l’infidĂ©litĂ© qu’ils Ă©taient en train de commettre. Il ignore comment cette relation consentie a pu se transformer en une accusation de viol que rien ne confirme. Monsieur Mairesse regrette sa faute morale vis-Ă -vis de sa compagne, dont lui et sa famille paient aujourd’hui le prix fort. Dans ce combat pour la vĂ©ritĂ©, il est soutenu par l’ensemble de son entourage personnel et professionnel convaincu de sa totale innocence. »

Source: le parisien

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Un coach de triathlon triplement mis en examen pour violences habituelles sur conjoint, viol et viol avec avec actes de torture et de barbarie

Compagnon pendant douze ans de Manon GenĂȘt, vice-championne du monde 2021 de triathlon longue distance, F. L., accusĂ© par trois femmes de violences sexuelles, a Ă©tĂ© interdit d’exercer sa profession. Il avait dĂ©jĂ  Ă©tĂ© visĂ© par une plainte, classĂ©e sans suite en 2019.

Sur les rĂ©seaux sociaux, il se dĂ©crit comme « papa en combat », victime d’une injustice et bien dĂ©cidĂ©, dit-il, Ă  rĂ©cupĂ©rer la garde de ses filles. F. L. se dĂ©finit aussi comme coach. L’homme de 44 ans n’aurait en rĂ©alitĂ© plus guĂšre le droit d’exercer. Mis en examen Ă  l’étĂ© 2025 pour des faits de viol et violences habituelles sur son ancienne compagne, la vice-championne du monde de triathlon Manon GenĂȘt, pour viol sur une autre des athlĂštes qu’il entraĂźnait, Amandine*, et viol avec actes de torture ou de barbarie sur une troisiĂšme sportive de haut niveau, Emma*, son contrĂŽle judiciaire lui interdit aujourd’hui de coacher des femmes ou des mineurs.

*Les prénoms ont été modifiés.

Manon GenĂȘt et Emma n’ont pas souhaitĂ© s’exprimer, pas davantage que leurs conseils, Mes Jean-François Barre et BĂ©atrice Zavarro. « En matiĂšre de violences sexuelles, il faut toujours plusieurs victimes pour qu’on les croie. On retrouve un schĂ©ma classique dans le milieu sportif et associatif, oĂč ces hommes-lĂ  peuvent sĂ©vir », souligne pour sa part Me Myriam Guedj Benayoun, l’avocate d’Amandine.

Selon la chronologie reconstituĂ©e par L’Équipe, l’affaire dĂ©marre en aoĂ»t 2024. Manon GenĂȘt, qui vient de quitter le domicile familial avec ses jumelles en bas-Ăąge, dĂ©pose plainte, saisit la FĂ©dĂ©ration française de triathlon et le ministĂšre des Sports. La rĂ©action est immĂ©diate : « J’ai engagĂ© des poursuites disciplinaires et le DTN de l’époque, Benjamin Maze (aujourd’hui directeur des contrĂŽles de l’AFLD), a fait un article 40 (du code de procĂ©dure pĂ©nale, autrement dit un signalement) au procureur », relate le prĂ©sident de la FĂ©dĂ© CĂ©dric Gosse.

F. L. officiait au Toulouse Université Club (TUC Triathlon), puis au Splach Triathlon, au Toulouse Olympique Aérospatiale Club (TOAC) et dans sa structure privée.
Un seul blĂąme en guise de sanction en premiĂšre instance

La FĂ©dĂ©ration lui reproche d’avoir eu des relations sexuelles avec certaines de ses athlĂštes, des pratiques de surentraĂźnement et d’épuisement, le placement de ses protĂ©gĂ©es dans une situation d’emprise et de domination et la tenue de propos dĂ©gradants, selon une dĂ©cision disciplinaire de la FFTri. Manon GenĂȘt, Emma et Amandine ont tĂ©moignĂ© auprĂšs de la FĂ©dĂ©ration et Ă©voquĂ© des rapports sexuels non consentis, sadomasochistes et irrespectueux, ce que F. L. a niĂ©. Vraisemblablement de maniĂšre convaincante, puisqu’il n’a Ă©copĂ©, en premiĂšre instance, que d’un seul blĂąme


ConsidĂ©rant cette sanction trĂšs insuffisante, « non proportionnĂ©e » et ne prenant pas en compte les tĂ©moignages, CĂ©dric Gosse a fait un recours contre cette dĂ©cision. Sans vraiment se prononcer sur les violences sexuelles, la commission disciplinaire d’appel a alors considĂ©rĂ© qu’en tant qu’entraĂźneur, F. L. aurait dĂ» « prĂ©server une Ă©thique absolue » et s’abstenir de toute « transgression intolĂ©rable de son devoir d’intĂ©gritĂ© ». « Rien ne lĂ©gitime une communication fondĂ©e sur l’humiliation ou l’atteinte Ă  l’intĂ©gritĂ© », peut-on lire.

Le coach a Ă©tĂ© condamnĂ© Ă  une suspension de cinq mois ferme courant jusqu’au 30 juin 2025. L’État, lui, a confiĂ© son enquĂȘte administrative au SDJES (Service dĂ©partemental Ă  la jeunesse, Ă  l’engagement et aux sports), dĂ©pendant de la prĂ©fecture du Lot-et-Garonne. F. L. aurait Ă©tĂ© interdit d’exercer pendant 12 ans. « Monsieur L. n’exerce pas de fonctions de cadre d’État. À ce jour, il ne dispose pas de carte professionnelle d’éducateur sportif. Il fait l’objet de mesures de police administrative et n’est donc pas autorisĂ© Ă  exercer en qualitĂ© d’éducateur sportif », fait savoir le ministĂšre des Sports.
D’intrigantes requĂȘtes sur les moteurs de recherche

Une enquĂȘte prĂ©liminaire a Ă©tĂ© ouverte par le parquet de Toulouse. Manon GenĂȘt a Ă©tĂ© entendue en dĂ©cembre 2024, comme de nombreux tĂ©moins tout au long de l’annĂ©e 2025. Les enquĂȘteurs se sont vite aperçus que F. L. avait dĂ©jĂ  Ă©tĂ© visĂ© par une plainte pour viol en 2018, dĂ©posĂ©e par Emma, qui fut son Ă©lĂšve. La jeune femme avait alors dĂ©crit des rapports sexuels trĂšs violents, fourni des certificats mĂ©dicaux faisant Ă©tat d’une grande dĂ©tresse psychologique et physique, et livrĂ© aux enquĂȘteurs des photos de plusieurs des sĂ©vices invoquĂ©s ainsi qu’une vidĂ©o Ă  caractĂšre intime dans laquelle elle semblait manifester verbalement son opposition.

Le parquet a cependant estimĂ©, Ă  l’époque, que ces rapports sexuels, quand bien mĂȘme ils seraient violents, Ă©taient consentis. L’affaire a Ă©tĂ© classĂ©e sans suite en 2019 pour « absence d’infraction », le procureur en charge relevant, d’aprĂšs plusieurs sources, le comportement « ambivalent » de la plaignante. Aucune contrainte, violence, menace ou surprise n’avaient pu ĂȘtre caractĂ©risĂ©es, selon ses conclusions. L’enquĂȘte semble toutefois avoir Ă©tĂ© menĂ©e avec une inhabituelle clĂ©mence : F. L. n’avait pas Ă©tĂ© placĂ© en garde Ă  vue, mais convoquĂ© pour une audition ultĂ©rieure. Il avait donc eu tout le temps de prĂ©parer sa dĂ©fense et de supprimer ses donnĂ©es personnelles.

Lorsqu’ils perquisitionneront son domicile, en avril 2019, les gendarmes feront ainsi chou blanc mais dĂ©couvriront, dans son historique de navigation, d’intrigantes requĂȘtes sur les moteurs de recherche : « Comment nos mails sont espionnĂ©s », « Mis sur Ă©coute », « Ordinateur gendarmes », d’aprĂšs plusieurs sources concordantes. « À la relecture (du dossier), au visionnage d’une vidĂ©o (celle mettant en scĂšne Emma et F. L.) et couplĂ©e aux dĂ©clarations des deux autres plaignantes, il a paru Ă©vident de rouvrir cette procĂ©dure et de la joindre au dossier », nous rĂ©pond David Charmatz, procureur de la RĂ©publique de Toulouse depuis un an.

« Il s’est rendu totalement indispensable, il savait que j’étais seule »

InterrogĂ© une nouvelle fois sur cette vidĂ©o oĂč l’on entendrait des cris de souffrance de la jeune femme et des manifestations de son opposition - « lĂąche-moi » -, F. L. y a vu une relation consentie : elle semble avoir pris « beaucoup de plaisir », aurait-il rĂ©pondu aux enquĂȘteurs. Amandine, la petite quarantaine au moment des faits, a elle aussi dĂ©crit aux gendarmes comment elle s’était inscrite en 2017 au TUC Triathlon et comment, sous l’entraĂźnement de F. L., auquel elle vouait une grande admiration, elle avait fait des progrĂšs trĂšs rapides, au point de tomber sous son emprise.

« Cela a Ă©tĂ© progressif, confie-t-elle Ă  L’Équipe. Ses remarques positives Ă©taient devenues quelque chose que je recherchais. Je m’étais coupĂ© du monde extĂ©rieur. J’étais tellement fatiguĂ©e par mes entraĂźnements, que je ne voyais plus mes amis. Je ne dormais, mangeais et pensais plus que triathlon. Il Ă©tait devenu la personne la plus importante dans ma vie (
) Il s’est rendu totalement indispensable, il savait que j’étais seule. » Elle dĂ©nonce trois rapports sexuels non dĂ©sirĂ©s. « Je n’avais pas envie, mais je le faisais pour lui. » Amandine explique avoir rĂ©alisĂ© trĂšs tardivement ce qu’elle avait vĂ©cu, au moment de dĂ©poser plainte, en 2024. « Je suis nĂ©e en 1978, pour moi, un viol, c’était un acte sexuel imposĂ© physiquement (
) Cela a beaucoup Ă©voluĂ© aujourd’hui. »

Sur la base des rĂ©cits des trois plaignantes, les gendarmes ont semble-t-il eu le sentiment d’ĂȘtre face Ă  un mĂȘme mode opĂ©ratoire : ainsi F. L. est-il soupçonnĂ© d’avoir dĂ©veloppĂ© des relations privilĂ©giĂ©es avec des athlĂštes sur lesquels il aurait jetĂ© son dĂ©volu, ne cessant de les mettre en valeur et de leur manifester un intĂ©rĂȘt appuyĂ© par rapport Ă  des sportives du mĂȘme groupe. Il les aurait ensuite soumises Ă  un entraĂźnement intensif, extĂ©nuant mais produisant des rĂ©sultats fulgurants. Ce n’est alors qu’il aurait rĂ©clamĂ© plus d’intimitĂ© et des relations sexuelles avec asservissement, rendues possibles par son statut et sa posture d’autoritĂ© de maĂźtre Ă  Ă©lĂšve.
L’avocat de la dĂ©fense « questionne la procĂ©dure » et interroge le timing des plaintes

Un an aprĂšs la plainte de Manon GenĂȘt et d’Amandine, et huit ans aprĂšs celle d’Emma, F. L. a Ă©tĂ© placĂ© en garde Ă  vue en juillet 2025. Il dĂ©ment toute emprise sur ses athlĂštes, parle de relations consenties, souvent Ă  la demande des jeunes femmes, et n’hĂ©site pas Ă  inverser les responsabilitĂ©s, affirmant que c’est Manon GenĂȘt qui se serait montrĂ©e violente envers lui. Il Ă©voque une vengeance de cette derniĂšre pour l’empĂȘcher de voir ses enfants et d’exercer son droit de garde. Sa version n’a pas convaincu le juge aux affaires familiales (JAF) : Manon GenĂȘt a obtenu, en mars 2026, l’exercice exclusif de l’autoritĂ© parentale sur ses enfants.

F. L. a dĂ©posĂ© plusieurs plaintes Ă  l’encontre de son ex-compagne. Il a aussi dĂ©signĂ© Me Isabelle Steyer, spĂ©cialiste du droit des femmes et des enfants victimes de violences physiques, psychologiques ou sexuelles, pour contester la teneur d’un rapport trĂšs Ă  charge d’un expert psychiatre, sur lequel s’est appuyĂ© le JAF pour rendre sa dĂ©cision. L’expert y relevait notamment le trouble de stress post-traumatique de Manon GenĂȘt Ă  la suite d’une dĂ©cennie de relations conjugales avec F. L. et estime qu’elle a Ă©tĂ© victime de gaslighting (technique de manipulation mentale) par son conjoint. ContactĂ©e, Me Steyer nous prĂ©cise ĂȘtre intervenue Ă  titre trĂšs ponctuel, ne plus le reprĂ©senter aujourd’hui et ne jamais avoir assurĂ© sa dĂ©fense au pĂ©nal.

« Je questionne la procĂ©dure, rĂ©pond quant Ă  lui Me Pierre Dunac, l’avocat pĂ©naliste de F. L. On a des dossiers dans lesquels la multiplicitĂ© de victimes, lorsqu’on met leur rĂ©cit en perspective, dĂ©crit une mĂ©thode et des comportements habituels du mis en cause. Cela permet de dĂ©gager un faisceau d’indices qui peut suffire Ă  se forger une conviction. Ce n’est pas le cas ici », veut-il croire. L’avocat prĂ©cise que Manon GenĂȘt fait partie du conseil d’administration de la FĂ©dĂ©ration de triathlon et interroge le timing des plaintes, Ă  un moment oĂč elle sollicitait la garde des enfants.
Une expertise psychiatrique trÚs contestée

« C’est un dossier qui n’est pas aussi clair que ça », insiste-t-il. Il prĂ©cise avoir « demandĂ© le dessaisissement du service d’enquĂȘte » pour dĂ©faut d’impartialitĂ© et a dĂ©posĂ© un recours en annulation devant le tribunal administratif contre la sanction administrative d’interdiction d’exercer, prise par le MinistĂšre. Au civil, les Ă©crits du psychiatre, qui ont fait l’objet d’un signalement judiciaire, ont interpellĂ© plusieurs sources qui ont eu Ă  en connaĂźtre. L’expert y relĂšve notamment qu’une femme aurait appelĂ© son secrĂ©tariat, se prĂ©sentant comme le mĂ©decin traitant de F. L., pour le prĂ©venir que ce dernier craignait de croiser Manon GenĂȘt dans son cabinet.

La mĂ©decin n’aurait alors pas prĂ©cisĂ© qu’elle Ă©tait par ailleurs la nouvelle compagne de F. L., et qu’il vivait aujourd’hui chez elle, dans une maison qu’elle occupe avec ses deux filles. Elle se montre active sur Facebook dans des messages de soutien Ă  F. L. : « Pour notre combat pour nos enfants, pour la vĂ©ritĂ©, l’amour, la vraie justice, et contre la haine et la jalousie si destructrices », Ă©crit-elle. L’expert, trĂšs contestĂ© par F.L., a cru dĂ©celer chez lui une personnalitĂ© narcissique, manipulatrice et psychopathique.

Selon le parquet de Toulouse, il a Ă©tĂ© mis en examen, au pĂ©nal, pour viols sur conjoint et violences habituelles dans le cas de Manon GenĂȘt, viol commis par une personne abusant de l’autoritĂ© que lui confĂšre sa fonction, dans le cas d’Amandine, et enfin viol avec torture ou acte de barbarie pour ce qui concerne Emma. Le parquet prĂ©cise aussi avoir requis, Ă  l’étĂ© 2025, la dĂ©tention provisoire, laquelle n’a pas Ă©tĂ© ordonnĂ©e par le juge de la libertĂ© et de la dĂ©tention, ce dernier privilĂ©giant un contrĂŽle judiciaire strict. F. L. bĂ©nĂ©ficie cependant de dĂ©rogations, lui permettant de se rendre Ă  l’étranger, notamment pour participer Ă  un Iron Man.

Source: l’Equipe

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Source: la tribune dimanche


Source: le parisien

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L’animateur Guillaume Pley est devenu avec son mĂ©dia “Legend” un des interviewers les plus en vue du web. DerriĂšre la success story, plusieurs ancien·nes employé·es tĂ©moignent d’un climat de travail dĂ©lĂ©tĂšre, raciste et sexiste Ă  ses cĂŽtĂ©s. EnquĂȘte.

En moins de quatre ans, Guillaume Pley est devenu l’un des hommes les plus influents du paysage mĂ©diatique français. Avec 14 millions d’abonné·es cumulé·es sur les rĂ©seaux sociaux, 8 millions d’écoutes mensuelles en podcast et plus de 6 milliards de vues en 2025, son mĂ©dia, Legend, s’est imposĂ© comme un passage obligĂ© pour les personnalitĂ©s politiques, les grand·es patron·nes, les sportif·ves de haut niveau et les cĂ©lĂ©britĂ©s. Vous avez forcĂ©ment vu passer des extraits de son interview de Nicolas Sarkozy, de DieudonnĂ© en 2024 ou encore plus rĂ©cemment de Bernard Arnault ou de l’ancien patron du Mossad, Yossi Cohen.

Son credo est connu : des interviews longues, “bienveillantes”, loin des codes des mĂ©dias traditionnels. RĂ©cemment, il a mĂȘme Ă©crit un livre sur les dessous de sa rĂ©ussite, Legend : les coulisses et secrets de l’émission numĂ©ro 1 en France, publiĂ© chez Hors Cadre.

La semaine derniĂšre, l’entreprise Legend a Ă©tĂ© valorisĂ©e Ă  hauteur de 70 millions d’euros, aprĂšs l’entrĂ©e au capital d’une entreprise belge, FG Bros. Mais derriĂšre cette vitrine soigneusement construite, notre enquĂȘte rĂ©vĂšle une tout autre mĂ©canique, depuis les dĂ©buts de Guillaume Pley sur NRJ en 2011 jusqu’au dĂ©collage de Legend, dix ans plus tard.

Pendant plusieurs mois, Les Inrockuptibles ont recueilli les tĂ©moignages de dizaines d’ancien·nes salarié·es, stagiaires, alternant·es et collaborateur·rices, consultĂ© des documents internes, des Ă©changes privĂ©s. Nous avons sollicitĂ© plusieurs fois un Ă©change avec Guillaume Pley. Il n’a pas donnĂ© suite Ă  nos demandes.

Toutes les personnes interrogĂ©es dĂ©crivent, Ă  des degrĂ©s divers, un mĂȘme mode de fonctionnement : une pression permanente, un rythme de travail hors norme et une culture d’entreprise oĂč les propos racistes et les comportements sexistes auraient longtemps Ă©tĂ© banalisĂ©s.

L’intĂ©gralitĂ© des sources de cette enquĂȘte ont confirmĂ© leurs rĂ©cits et authentifiĂ© leurs tĂ©moignages par Ă©crit. Elles ont toutes, sans exception, rĂ©clamĂ© l’anonymat. Ils et elles invoquent le “pouvoir de nuisance” de Guillaume Pley dans le secteur des mĂ©dias.

Guillaume Pley à Louise, 16 ans : “Tu mets du vernis sur ta photo de profil tu deviens une femme, c’est marrant”

Internet n’oublie rien. Et si Guillaume Pley a fait supprimer des centaines de vidĂ©os de son Ă©mission Guillaume radio 2.0, qu’il a animĂ©e de 2011 Ă  2018 sur NRJ, certains comptes de fans en ont remis certaines sur YouTube. PĂȘle-mĂȘle, on retrouve des canulars tĂ©lĂ©phoniques douteux, comme le “Jeu des pervers”, dont le principe Ă©tait simple : Guillaume Pley appelait des hommes qui avaient laissĂ© leur numĂ©ro de tĂ©lĂ©phone sur des sites de discussions Ă©rotiques en se faisant passer pour “Mandarine”, une femme libertine. La plupart de ces numĂ©ros provenaient de la plateforme Coco, un site de rencontres dĂ©pourvu de toute modĂ©ration, oĂč se cĂŽtoyaient exhibitionnistes, prĂ©dateurs sexuels et habituĂ©s des rencontres anonymes. Le site a d’ailleurs Ă©tĂ© citĂ© dans l’affaire des viols de Mazan.

GĂ©raldine*, qui fait partie de l’équipe de l’animateur radio, se souvient prĂ©cisĂ©ment de ce jeu : “Le but, c’était de trouver les profils les plus tordus, ceux qui voulaient parler Ă  de trĂšs jeunes filles, qui avaient des dĂ©lires louches. Guillaume faisait appeler les jeunes stagiaires, elles devaient prendre une voix suave, les chauffer et s’assurer que ces hommes rĂ©pondent le soir”, prĂ©cise-t-elle.

Dans une interview donnĂ©e en 2023 Ă  la chaĂźne YouTube Interludes, Guillaume Pley dit regretter l’époque (pas si lointaine) oĂč, Ă  la radio, il Ă©tait encore possible d’organiser des concours d’orgasmes. “Si c’est des filles que ça fait marrer, et qu’elles sont majeures, et que ça dĂ©range personne ?”, souriait-il.

Mais c’est un autre type de canular qui a attirĂ© l’attention des Inrocks pendant cette enquĂȘte. Dans plusieurs vidĂ©os (au moins cinq), l’animateur met en scĂšne des relations amoureuses et sexuelles entre des hommes trentenaires et des mineures. L’une des vidĂ©os, tĂ©lĂ©chargĂ©e Ă  nouveau par un compte de fan, a particuliĂšrement attirĂ© notre attention. Dans ce prank, Myriam, une auditrice de 17 ans, appelle en direct sa mĂšre et lui fait croire qu’elle a une relation et est enceinte d’un homme de 33 ans interprĂ©tĂ© par
 Guillaume Pley. “Qu’est-ce que tu m’emmerdes [
] j’ai dĂ©jĂ  vu ses poils de foufoune”, dit-il par exemple Ă  la maman en furie, aprĂšs qu’elle lui a rappelĂ© que sa fille Ă©tait mineure et n’avait que 17 ans.

Et parfois, de la fiction Ă  la rĂ©alitĂ©, il n’y a qu’un pas. Pendant notre enquĂȘte, certaines sources nous ont confiĂ© qu’à l’époque de l’émission Guillaume radio 2.0, Guillaume Pley frĂ©quentait et apprĂ©ciait la compagnie de jeunes filles, parfois mineures. Les Inrocks ont pu s’entretenir avec trois d’entre elles. Et si l’une se souvient d’échanges par messages ne l’ayant pas mise mal Ă  l’aise, les deux autres dĂ©taillent une tout autre histoire. “Il m’a clairement prise pour une conne, mais j’étais trĂšs jeune et je ne m’en suis pas tout de suite rendu compte”, se souvient aujourd’hui Louise*.

De ses 15 Ă  ses 17 ans, Louise a entretenu une relation par messages avec Guillaume Pley, qu’elle explique avoir rencontrĂ© une cinquantaine de fois, de 2012 Ă  2016. Tout commence en 2012. L’adolescente a alors 14 ans, elle est fan de l’animateur et de son Ă©mission sur NRJ. Selon ses souvenirs, elle le rencontre une premiĂšre fois en novembre 2012, Ă  l’occasion d’un flash mob de l’artiste corĂ©en Psy, organisĂ© par Cauet et NRJ, au TrocadĂ©ro. “Il disait souvent Ă  l’antenne qu’il apprĂ©ciait rencontrer ses fans”, se souvient-elle aujourd’hui.

Elle convainc sa mĂšre, et a donc la permission de se rendre rĂ©guliĂšrement devant NRJ, rue Boileau, dans le 16e arrondissement de Paris, pour rencontrer son idole. Une pĂ©riode dont se souvient Ă©galement Martin*, alors membre de l’équipe de Guillaume Pley. “Il y avait un groupe de fans, de trĂšs jeunes filles pour beaucoup, qui venaient souvent voir Guillaume, c’était la ‘team Pleyer’”. “C’est l’équivalent des ‘fanzouzes’ de Cyril Hanouna. Un groupe qu’il citait Ă  l’antenne, qui avait une grosse prĂ©sence sur Twitter et Facebook notamment. Et oui, c’était en trĂšs grande majoritĂ© des jeunes filles”, confirme GĂ©raldine.

DĂ©tail important, en lisant ces Ă©changes entre la jeune fille et l’animateur, on se rend compte que Guillaume Pley ne peut ignorer que Louise est mineure : le 22 mai 2014 (elle a 16 ans), elle lui Ă©crit qu’elle ne pourra pas venir le voir aprĂšs l’émission car elle a cours le lendemain. Deux mois plus tard, elle demande Ă  Guillaume Pley si elle peut postuler Ă  un stage Ă  NRJ, ce Ă  quoi il rĂ©pond “oui, il faudrait ĂȘtre majeur :) ça va baby” [sic].

TrĂšs vite, la relation par messages s’intensifie entre l’animateur, presque 30 ans, et Louise, 16 ans Ă  l’époque. Selon la jeune fille, il et elle correspondent presque quotidiennement, sur Instagram, Twitter et Snapchat. D’aprĂšs ses souvenirs, sur Snapchat, Guillaume Pley lui aurait demandĂ© “si elle a dĂ©jĂ  fait des trucs”, ce qui la gĂȘne profondĂ©ment.

Guillaume Pley a supprimĂ© la totalitĂ© de ces Ă©changes sur Snapchat et Instagram, mais pas sur Twitter. Les Inrocks se sont procurĂ© la conversation entiĂšre entre l’animateur et l’adolescente, encore au lycĂ©e cette annĂ©e-lĂ .

“De plus en plus jolie toi !”

Cette correspondance sur Twitter dĂ©bute en avril 2013, Louise a 15 ans. Pendant prĂšs de quatre ans, les Ă©changes ne se limitent pas Ă  quelques compliments isolĂ©s. L’animateur entretient rĂ©guliĂšrement le contact, relance les conversations, s’intĂ©resse Ă  la vie personnelle de Louise et cherche Ă  maintenir une relation privilĂ©giĂ©e avec elle. Le 26 juin 2014, Ă  5 h 13 du matin, l’animateur Ă©crit Ă  la jeune fille : “trop mignonne ta derniĂšre photo Instagram”. Il renchĂ©rit quelques semaines plus tard, toujours Ă  propos du physique de l’adolescente, en lui envoyant : “de plus en plus jolie toi !”.

Bien conscient de l’ñge de la jeune fille, il va mĂȘme jusqu’à lui Ă©crire en 2015 : “tu mets du vernis sur ta photo de profil tu deviens une femme, c’est marrant”.

Ce Ă  quoi Louise rĂ©pond : “haha dans un mois j’ai 17 ans”. L’animateur enchaĂźne : “et surtout dans un an 18 :)”.

Il continue Ă  lui faire des compliments sur son physique, mĂȘme si elle lui rappelle qu’elle est au lycĂ©e. Lorsque Louise lui dit qu’elle n’a pas de petit copain, il lui rĂ©pond le 25 janvier 2015 : “Ah bon ? MĂȘme pour toi qui es toute jolie ?”

“Un jour, alors que j’avais 16 ans, aprĂšs une Ă©mission, il m’a regardĂ©e de haut en bas, et m’a lancĂ© ‘c’est drĂŽle, tu deviens une femme’, en souriant”, ajoute Louise.
“Il avait le double de mon Ăąge Ă  l’époque”

À travers les centaines de messages Ă©changĂ©s, on note que l’animateur dĂ©veloppe et maintient le lien avec la jeune fille, comme avec ce message, qu’il lui envoie le 24 janvier 2015, dans lequel il lui dit que ça lui ferait plaisir de la revoir. Il l’appelle “baby” Ă  plusieurs reprises, lui envoie des emojis cƓur Ă  2 h 35 du matin.

“Si je parle, c’est parce que j’ai eu honte de ces Ă©changes aprĂšs coup, et je veux que la honte change de camp. J’étais trĂšs jeune, je ne voyais pas le mal dans nos Ă©changes, il avait pratiquement le double de mon Ăąge Ă  l’époque et n’a pas mis de limites”, dĂ©crypte-t-elle.

La deuxiĂšme jeune femme avec qui Les Inrocks se sont entretenus s’appelle Mina*, elle est nĂ©e en 2000. Elle a 14 ans lorsqu’elle commence Ă  Ă©changer avec Guillaume Pley, et a vĂ©cu une expĂ©rience similaire Ă  celle de Louise. La jeune fille le rencontre pour la premiĂšre fois en 2015. À l’époque, l’animateur propose souvent Ă  ses fans de visiter les studios de NRJ.

“MĂȘme si on Ă©changeait dĂ©jĂ  par messages, Ă  partir du moment oĂč il m’a vue pour la premiĂšre fois, son comportement a changĂ©. Je sentais que je l’intĂ©ressais, il me faisait des compliments sur mon physique, disait qu’il avait hĂąte de me revoir
 J’ai 15 ans Ă  l’époque, et mĂȘme si parfois je me dis que ses messages sont bizarres, voire ambigus, je ne vois pas le mal.”

Mina se souvient Ă©galement que lorsqu’il et elle se voient aprĂšs l’émission, l’animateur, de 15 ans de plus qu’elle, multiplie les contacts physiques. “Il recherchait le tactile, je ne repartais jamais sans qu’il me fasse d’abord un cĂąlin”, se rappelle la jeune fille.

Alors qu’elle a 15 ans, Guillaume Pley l’appelle “ma beautĂ©â€, “ma baby”, lui dit qu’il la trouve jolie. DĂ©but 2017, il lui Ă©crit “bon anniversaire ma beautĂ©â€. Mina fĂȘte donc ses 17 ans.

Peut-ĂȘtre conscient que ces Ă©changes pourraient lui ĂȘtre reprochĂ©s un jour, l’animateur lui demande de supprimer leurs messages sur Snapchat. “Efface stp”, “j’aurai pas confiance sinon“, prĂ©cise-t-il Ă  la jeune fille de 15 ans, en septembre 2015.

“Alors que je venais d’avoir 18 ans, il a essayĂ© de passer Ă  la vitesse supĂ©rieure : il voulait m’inviter au restaurant, Ă  Lyon. Il m’avait dit qu’il passerait me chercher en Tesla, et m’a sorti une phrase de ‘ouf’ ensuite, il m’a dit : ‘je pense qu’on aura trĂšs envie de s’embrasser’. J’ai refusĂ© sa proposition, il a arrĂȘtĂ© de m’envoyer des messages par la suite.”

Cet Ă©change agit comme un rĂ©vĂ©lateur chez Mina. “C’est alors que tout est devenu clair : je me suis rendu compte que rien dans nos Ă©changes durant toutes ces annĂ©es n’était ok”, conclut la jeune femme.

“T’as un mec, toi ?”

À la mĂȘme Ă©poque, en 2013, Jennifer*, 19 ans, raconte elle aussi avoir vĂ©cu un Ă©pisode traumatisant avec l’animateur. “J’arrive trĂšs enthousiaste Ă  NRJ en stage, je sais que je veux travailler en radio plus tard et j’écoute l’émission tous les soirs, pour moi c’est l’opportunitĂ© parfaite”, dĂ©taille la jeune femme. Si son stage n’a pas d’intitulĂ©, Jennifer va devoir remplir plusieurs missions, dont une qui la choque encore des annĂ©es aprĂšs : “On m’a demandĂ© de jouer les appĂąts. Je devais me faire passer pour une escort girl et dire des trucs dĂ©gueulasses Ă  des mecs sur un site de rencontres glauque qui s’appelait Wannonce, rĂ©cupĂ©rer leurs numĂ©ros, pour qu’ensuite on les piĂšge Ă  l’antenne pour les chauffer. Je n’avais que 19 ans, et ça m’a beaucoup gĂȘnĂ©e.”

Au premier jour de son stage, on lui prĂ©sente Guillaume Pley, dans son bureau. “Et lĂ , directement, il me sort ‘est-ce que t’as un mec?’, ça annonçait la couleur”.

La mĂȘme semaine, Jennifer affirme avoir subi un geste non consenti. “On Ă©tait dans l’open space, il Ă©tait assis Ă  ma droite. Il a posĂ© sa main sur ma cuisse, sans mon consentement. Sur le moment, je ne rĂ©agis pas. Il y avait des gens autour, il s’en fichait, il ne se cachait de rien”, prĂ©cise-t-elle. “A posteriori, je me suis vraiment dit que ça n’était pas normal. Aujourd’hui, je me sens fĂ©ministe, et le mouvement #MeToo est passĂ© par lĂ , donc je trouve important de partager cette histoire, je ne voudrais pas que ça se reproduise avec d’autres jeunes filles.”

Au bout du cinquiÚme jour de stage, la jeune femme, dégoûtée de son expérience, démissionne et ne reviendra pas à NRJ.
Legend Media : “Qui sera le plus raciste ?”

De nombreux tĂ©moignages convergent sur un point : dĂšs les dĂ©buts de Legend, les blagues racistes et sexistes sont omniprĂ©sentes dans les bureaux du boulevard Pereire, dans le 17e arrondissement de Paris. Au point qu’un tableau installĂ© au cƓur de la rĂ©daction se transforme, selon plusieurs ancien·nes salarié·es, en vĂ©ritable compĂ©tition.

Nous sommes dĂ©but 2023, l’équipe est encore resserrĂ©e. On compte une vingtaine d’employé·es entre les monteur·ses, les auteur·rices, les nombreux·ses stagiaires ou encore les social media managers.

Guillaume Pley a dĂ©jĂ  son propre bureau, dans lequel il passe la plupart de ses journĂ©es. Le reste de l’équipe travaille dans des bureaux sĂ©parĂ©s, par pĂŽles. “C’était la cour de rĂ©crĂ©ation, tout le temps. Il y avait un climat de vannes racistes et sexistes totalement normalisĂ©â€, se souvient Sophia*, membre de l’équipe Ă  l’époque.

“En rĂ©alitĂ©, il n’y avait aucun responsable des ressources humaines chez Legend, personne ne mettait de limites pour faire respecter un climat de travail sain et respectueux de chacun”, continue la jeune femme.

Plusieurs sources confirment aux Inrocks le caractĂšre souvent sexiste et raciste des blagues, qui font partie du quotidien de l’équipe, sans que personne, Guillaume Pley compris, ne trouve quelque chose Ă  redire. Et dans l’open space des monteur·ses, la plus grande piĂšce du bureau, un immense tableau Velleda recouvre l’un des murs de la piĂšce. Dessus sont inscrits les rĂ©troplannings, la programmation (la liste des invité·es Ă  venir) : c’est en quelque sorte le centre de commandement de Legend Media Ă  cette Ă©poque, visible par toute l’équipe et les invité·es.

“Un jour, j’arrive Ă  la rĂ©daction, et je lis, inscrit en gros et en rouge sur le tableau : ‘Qui est le plus raciste ?’”, avec en dessous une liste de prĂ©noms et, Ă  cĂŽtĂ©, un dĂ©compte illustrĂ© par des barres pour chaque prĂ©nom. “C’était littĂ©ralement une compĂ©tition”, se souvient encore aujourd’hui Simon*, lui aussi employĂ© de Legend en ce dĂ©but d’annĂ©e 2023.

Le principe Ă©tait simple : Ă  chaque fois qu’un·e membre de l’équipe faisait une blague raciste, une barre Ă©tait ajoutĂ©e Ă  cĂŽtĂ© de son prĂ©nom. “Si Guillaume Pley ne participait pas Ă  cette affreuse compĂ©tition, impossible qu’il n’ait pas Ă©tĂ© au courant : tous les membres de l’équipe passaient en permanence devant ce tableau, mĂȘme les invitĂ©s !”, ajoute Simon.

Pour le jeune homme, c’est la goutte d’eau. “Entre le rythme de travail, parfois onze heures par jour, le manque de reconnaissance et cette tolĂ©rance quotidienne pour les vannes racistes, c’était trop. J’ai dĂ©cidĂ© de partir du mĂ©dia le plus vite possible, alors que ça ne faisait que quelques mois que j’étais arrivĂ©â€, conclut-il, encore trĂšs choquĂ© de son passage chez Legend.

Sept autres sources ont confirmĂ© l’existence de cette “compĂ©tition du racisme”, totalement normalisĂ©e Ă  l’époque. “Je me souviens trĂšs bien de ce tableau, que j’avais trouvĂ© trĂšs choquant sur le moment. Personne n’osait trop rien dire, puisque c’était l’ambiance qui rĂ©gnait dans la rĂ©daction”, ajoute Lucie*, stagiaire Ă  ce moment-lĂ .
“Tching tchong”, “petit dragon”, une employĂ©e de Legend victime de racisme

Certain·es membres racisé·es de Legend subissent aussi personnellement cette culture d’entreprise raciste. C’est le cas de Sophia. Peu de temps aprĂšs son arrivĂ©e, avant mĂȘme la crĂ©ation du mĂ©dia, elle doit encaisser. “L’un des auteurs me vannait trĂšs rĂ©guliĂšrement sur mes origines. Il m’appelait ‘petit dragon’, ou encore ‘tching tchong’. Je normalisais Ă©normĂ©ment au dĂ©but, ça m’arrivait d’en rire, pour me protĂ©ger. Ce n’est que plus tard que je me suis rendu compte que ce climat Ă©tait trĂšs toxique”, prĂ©cise la jeune femme. L’auteur en question, contactĂ© par Les Inrockuptibles, n’a pas rĂ©pondu Ă  nos sollicitations.

Sophia tente au dĂ©but de se protĂ©ger, mais cette ambiance l’atteint profondĂ©ment, elle qui donne sans compter Ă  Legend et finit parfois Ă  2 h du matin pendant cette phase de lancement du mĂ©dia. “Un jour, Guillaume a entendu en direct une blague raciste de ce mĂȘme auteur qui me visait. Il m’a regardĂ©e, souriant, et m’a dit ‘tu vois, je ne rigole pas ! ’, sans pour autant dire Ă  son auteur d’arrĂȘter.”

Sophia est Ă  bout. Le 10 novembre 2023, elle envoie une lettre rĂ©sumant les raisons de son dĂ©part Ă  StĂ©phane Langlet, alors directeur des productions de Legend. Celle-ci n’ayant aucun effet, elle dĂ©cide donc, au retour des vacances de NoĂ«l, de la remettre en mains propres Ă  Guillaume Pley.

Dans cette lettre, que Les Inrocks ont pu consulter, Sophia dĂ©taille prĂ©cisĂ©ment les raisons de son mal-ĂȘtre, Ă  propos duquel elle tente d’alerter plusieurs fois le directeur des productions, le numĂ©ro 2 du mĂ©dia Ă  cette Ă©poque. Elle dĂ©nonce les “discours sexistes”, les “discours racistes”, minimisĂ©s selon elle quand ça la touche. “Il est possible que tu n’aies pas vu tout cela ou juste pas entendu ce que l’on a tentĂ© de te dire (car je sais que je ne suis pas la seule), soit tu es conscient de tout”, continue-t-elle en s’adressant Ă  StĂ©phane Langlet.

Suite Ă  l’annonce de son dĂ©part, Guillaume Pley va tenter de la culpabiliser, lui fait comprendre qu’elle quitte “la fusĂ©e” au pire moment, qu’elle s’en voudra de quitter une telle Ă©quipe. StĂ©phane Langlet, quant Ă  lui, n’a pas rĂ©pondu Ă  nos sollicitations, ni Ă  nos relances.

Cette culture d’entreprise n’aurait pas dĂ©butĂ© chez Legend, comme s’en souviennent deux membres de l’équipe de Guillaume Pley chez NRJ. L’animateur aurait un jour demandĂ© Ă  son Ă©quipe d’auteur·rices d’écrire une nouvelle intro pour l’émission, quelque chose de cinĂ©matographique. “Il est venu nous voir et nous a demandĂ© de nous inspirer littĂ©ralement des discours d’Adolf Hitler pour avoir une introduction ‘fĂ©dĂ©ratrice’, un truc qui aurait plus d’impact”, se souviennent Martin et GĂ©raldine, alors proches collaborateur·rices de l’animateur. “On s’est regardĂ©s, mĂ©dusĂ©s, avec mes collĂšgues”, se rappelle GĂ©raldine.
Armes, accidents, violence, drogue, “fion”


Pour plusieurs ancien·nes collaborateur·rices, cette fascination pour la provocation ne se limite pas Ă  quelques saillies ou rĂ©fĂ©rences dĂ©placĂ©es. Elle dĂ©termine aussi la maniĂšre dont Guillaume Pley conçoit ses contenus. Et aux dĂ©buts de Legend, il faut faire du chiffre. Gagner des abonné·es, faire dĂ©coller le compte, faire des vues aussi – et monĂ©tiser le tout. La ligne Ă©ditoriale Ă  l’époque est simple. En nous entretenant avec de nombreux·ses employé·es du mĂ©dia Ă  cette pĂ©riode, il ressort que Guillaume Pley veut du buzz, des vidĂ©os chocs, tout le temps. La volontĂ© du fondateur de Legend est claire : il faut en sortir au moins une par jour. Cette pratique a un nom : le “sourcing”.

Jonathan*, alors membre de l’équipe Legend, se souvient prĂ©cisĂ©ment de ce qui lui Ă©tait demandĂ© : “Il voulait qu’on racle les bas-fonds d’internet pour faire des stats. À n’importe quelle heure du jour ou de la nuit, il nous envoyait de sombres liens Telegram de vidĂ©os d’accidents, de chutes d’immeuble, de morts
 DĂšs notre arrivĂ©e au bureau, Ă  8 h du matin, on devait publier. Sans contexte, sans vĂ©rification”, prĂ©cise le jeune homme. “Je lui ai dit plusieurs fois que ce genre de vidĂ©os pouvait choquer les stagiaires, que c’était violent. Il m’a rĂ©pondu que j’étais trop fragile”, se souvient Sophia.

Les Inrocks se sont procurĂ© des Ă©lĂ©ments photo et vidĂ©o datant des dĂ©buts du mĂ©dia, qui valident les propos de Jonathan. Sur l’une des vidĂ©os, on aperçoit au mur de la rĂ©daction ce fameux grand tableau blanc. Dessus, tout le quotidien du mĂ©dia est dĂ©taillĂ©, jusqu’aux thĂšmes poussĂ©s par Guillaume Pley lui-mĂȘme. Et lorsque celui-ci vante publiquement la “bienveillance” de son mĂ©dia, on peut clairement lire les thĂšmes que les community managers doivent chercher et publier en prioritĂ© : il est Ă©crit “armes, accidents, avion, drogue, violence et mĂȘme ‘fion’” (voir photo ci-dessous).

Cette ligne Ă©ditoriale se vĂ©rifie dans le choix des vidĂ©os postĂ©es sur Instagram et TikTok du compte Legend Media, toujours avec des titres trĂšs incitatifs : “Il double une voiture et vient percuter un camion de face !”, “Cet enfant de 6 ans qui fait de la tyrolienne va tomber dans le vide” ou encore “Cette femme se retrouve bloquĂ©e sur un passage Ă  niveau alors que le train arrive !”.

Certain·es membres de l’équipe ont confiĂ© aux Inrocks avoir Ă©tĂ© abĂźmé·es psychologiquement par le visionnage et la publication de ces vidĂ©os “pute Ă  clics” quotidiennes, qui sont encore sur le feed TikTok de Legend.

“Dans les faits, il n’y a pas d’horaires”

D’un tĂ©moignage Ă  l’autre, un mĂȘme constat revient avec une rĂ©gularitĂ© troublante : derriĂšre la rĂ©ussite de Guillaume Pley, de NRJ Ă  Legend, se cacherait un rythme de travail qu’un grand nombre d’ancien·nes collaborateur·rices dĂ©crivent comme intenable. “Dans les faits, il n’y a pas d’horaires. On arrivait vers 10 h, on finissait souvent Ă  22 h, et parfois 2 h du matin lorsqu’il fallait terminer les montages, les exports des vidĂ©os”, se souvient Sophia*, employĂ©e chez Legend. Plusieurs sources Ă©voquent des semaines de soixante, parfois soixante-dix heures, en dehors de tout cadre lĂ©gal.

Le vendredi, il est de coutume de finir parfois aprĂšs minuit pour que tout soit prĂȘt pour le week-end, mĂȘme si Guillaume Pley, lui, quitte les bureaux bien plus tĂŽt. “Il s’en fichait de l’heure Ă  laquelle on terminait, il fallait que ce soit fini, un point c’est tout”, prĂ©cise Marc*, stagiaire Ă  l’époque. Il lui est mĂȘme arrivĂ© de faire des nuits blanches pour terminer un montage, en compagnie de l’un de ses collĂšgues.

Certaines sources se souviennent que les monteur·ses font parfois le tour du cadran pour finir Ă  temps une vidĂ©o exigĂ©e par Guillaume Pley. Un soir, un monteur reste mĂȘme enfermĂ© dans les bureaux : personne ne s’est aperçu qu’il travaillait encore si tard. Il n’est ressorti que le lendemain matin. “Il avait partagĂ© des stories en amis proches sur Instagram, on avait hallucinĂ©â€, se souviennent deux de ses collĂšgues de l’époque.
Pertes de poids, arrĂȘts maladie et burn out chez Legend

Ces journĂ©es Ă  rallonge ont des effets dĂ©vastateurs sur la santĂ© de beaucoup d’employé·es de Legend. “J’ai vu des jeunes craquer totalement, mentalement d’abord, mais aussi physiquement. Des pertes de poids impressionnantes, des arrĂȘts maladie en cascade, des burn out
 C’est le systĂšme Pley : il exploite jusqu’à la moelle, et quand ça craque, il recrute Ă  nouveau”, dĂ©taille Johanna*, passĂ©e elle aussi par Legend Media.

“À l’époque, il disait qu’il fallait au moins 30 % de dĂ©parts par an, ce turnover Ă©tait volontaire de sa part”, explique Sophia. Elle continue : “J’ai commencĂ© Ă  perdre mes cheveux et mes cils, tellement j’étais stressĂ©e et Ă©puisĂ©e en allant au bureau. Je suis allĂ©e voir mon mĂ©decin qui m’a dit que j’étais en dĂ©but de burn out, mais je l’ai coupĂ© avant qu’il ne dise le mot, je ne voulais pas y croire. Un matin, mes jambes n’ont plus fonctionnĂ©, je ne pouvais littĂ©ralement pas me lever.”

Mathilde*, employĂ©e Ă  la mĂȘme Ă©poque que Sophia, se souvient elle aussi des effets de ce surmenage sur sa santĂ©. “Je pouvais faire des semaines de soixante heures, facilement. Je commençais vers 10 h, je ne repartais presque jamais avant 21 h. J’ai tentĂ© d’alerter StĂ©phane Langlet [le directeur des productions de Legend] et Milyscente D’HĂ©rouville [la responsable financiĂšre du mĂ©dia] Ă  propos de ces horaires intenables, mais sans succĂšs. Physiquement, ce rythme m’a impactĂ©e : j’ai d’abord eu une tendinite au poignet tellement je bossais.”

Mathilde dĂ©couvre Ă  ce moment-lĂ  qu’elle est moins bien payĂ©e que l’un de ses collĂšgues, Ă  un poste pourtant plus important. “Je bataille pendant plusieurs mois pour ĂȘtre augmentĂ©e, ils finissent par cĂ©der et Ă©chelonner mon augmentation. J’ai vraiment dĂ» insister, j’étais Ă©puisĂ©e, ajoute la jeune femme. Je me suis ensuite bloquĂ© le dos rĂ©guliĂšrement, ça a pris plusieurs sĂ©ances Ă  mon ostĂ©o pour me remettre en place. J’ai Ă©tĂ© mise en arrĂȘt maladie deux jours par mon mĂ©decin, j’étais au bord du craquage”, se souvient Mathilde.

Les Inrocks ont pu consulter les factures d’ostĂ©opathe ainsi que l’arrĂȘt de travail prescrit par son mĂ©decin Ă  Mathilde. Elle tentera de nouveau d’alerter sur ses conditions de travail, ce qui provoquera une altercation violente avec le directeur des productions. “J’essayais juste de lui dire que je n’en pouvais plus, et StĂ©phane m’a littĂ©ralement pourrie. Il m’a dit qu’il avait l’ñge d’ĂȘtre mon pĂšre et qu’il allait me parler comme tel. Il m’a gueulĂ© dessus, m’a enchaĂźnĂ©e. Personne ne m’avait jamais aussi mal parlĂ©.” Pour Mathilde, c’est la goutte d’eau. Elle demande une rupture conventionnelle et quitte le mĂ©dia quelques jours plus tard.

Chez Legend, mais dĂ©jĂ  chez NRJ, les stagiaires et les alternant·es subissent le mĂȘme rythme insensĂ© que les employé·es en contrat. Christophe* se souvient. En 2012, il dĂ©barque trĂšs enthousiaste pour un stage de deux mois chez NRJ comme “assistant antenne”. “Un jour, j’ai eu le malheur de choisir au standard un auditeur qui n’a pas Ă©tĂ© bon en direct. Le lendemain, Guillaume Pley a voulu dĂ©briefer. Il m’a demandĂ© de me lever devant tout l’open space [une dizaine de personnes] et m’a hurlĂ© dessus. À l’époque, j’étais en surpoids, et il a criĂ© ‘Regarde comme tu es ! Tu ne pourras jamais faire carriĂšre, personne ne voudra de toi dans ce milieu-lĂ  !’.” Christophe fond alors en larmes.

Eva*, membre de l’équipe de l’animateur, se souvient de la scĂšne : “J’étais assise en face de lui, Guillaume a pĂ©tĂ© un plomb. J’ai directement envoyĂ© un message Ă  Christophe pour le rassurer, lui dire que ça lui arrivait de vriller et que ça passerait. On Ă©tait tous trĂšs mal Ă  l’aise autour.” Selon la jeune femme, les humiliations sont frĂ©quentes Ă  l’époque. “Les stagiaires avaient mĂȘme inventĂ© une expression : s’ils faisaient quelque chose qui lui dĂ©plaisait, ils se feraient ‘Guillaume-tinner’, comme une guillotine”, ajoute-t-elle.

Christophe est abattu, lui qui travaille parfois jusqu’à 4 h du matin et rate les cours de son Ă©cole de radio pour satisfaire les demandes de l’animateur. “C’était de loin la pĂ©riode la plus dure de ma vie”, confie-t-il aujourd’hui.

Quelques annĂ©es plus tard, chez Legend, les tĂ©moignages sont similaires. “Je crois que je n’ai jamais vu un stagiaire finir son stage sans avoir pleurĂ© au moins une fois”, confie Clara*, membre de l’équipe Legend de l’époque. “J’ai dĂ©jĂ  recueilli plusieurs fois des stagiaires en larmes, Ă©puisĂ©s de devoir trouver des dizaines de vidĂ©os de sourcing toujours trĂšs violentes”, ajoute Sophia Ă  ce sujet. Lucie*, stagiaire quelques mois chez Legend, confirme : “Je pleurais rĂ©guliĂšrement, et j’allais tous les jours au bureau la boule au ventre, c’était affreux.”

Les Inrocks se sont entretenus avec une dizaine d’entre elles et eux. Ils et elles racontent une pression permanente, jour, nuit et week-end. Justine* se rappelle prĂ©cisĂ©ment cette pĂ©riode : “Je faisais souvent plus de cinquante heures par semaine en stage. Guillaume Pley nous appelait le week-end pour qu’on finisse telle ou telle tĂąche, et on ne pouvait rien dire, la peur nous tenait.”

Sandra*, en stage aux dĂ©buts du mĂ©dia, explique aux Inrocks : “Il sait que c’est la chance de ta vie, donc il t’exploite, t’épuise, puis te jette. J’ai pleurĂ© plusieurs fois pendant mon stage, je n’en pouvais plus.” Johanna se souvient quant Ă  elle d’une phrase qui l’a particuliĂšrement choquĂ©e. “Un jour, on parlait du recrutement des stagiaires et des employĂ©s, et il a dit : ‘Je prĂ©fĂšre prendre un mec qui trie des cuisses de poulets en usine et qui a la dalle que de prendre un mec qui a le profil.’ En bref, ça veut dire qu’il veut des soldats prĂȘts Ă  tout pour sa rĂ©ussite, c’est son modĂšle.”

Dans le chapitre 22 de son livre, intitulĂ© “Bad buzz”, Guillaume Pley s’exprime Ă  ce sujet : “Je ne prĂ©tends pas toujours avoir bien fait les choses, loin de lĂ . D’autres critiques ont portĂ© sur mon management, certaines m’ont blessĂ© et m’ont parfois semblĂ© caricaturales.”

Le 2 aoĂ»t dernier, le youtubeur indĂ©pendant TPZ a mis en ligne une enquĂȘte de plus d’une heure sur YouTube. AprĂšs quelques heures en ligne, la vidĂ©o a Ă©tĂ© suspendue pour une question de droits d’auteur concernant un extrait d’interview. “Ce qui se joue ici dĂ©passe largement notre vidĂ©o”, explique TPZ. “Cela interroge plus largement la capacitĂ© Ă  produire et Ă  diffuser un travail d’enquĂȘte sur des personnalitĂ©s publiques, ainsi que sur l’exercice du droit Ă  l’information et de la libertĂ© d’expression”, continue-t-il. Si TPZ ne veut rien conclure Ă  ce stade, il confie vivre cette expĂ©rience “comme une forme de bĂąillon potentiel visant les petits crĂ©ateurs indĂ©pendants”.

Guillaume Pley effectuera à la rentrée une tournée de dix-huit dates dans les plus grandes salles de France, le Legend Tour, pendant laquelle il interviewera en direct des personnalités qui ont fait la réussite du média.

*Les personnes citĂ©es avec un astĂ©risque ont requis l’anonymat

Source: les inrocks

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J’ai vu la vidĂ©o de TPZ (que je ne connaissais pas avant ça) avant la suppression. Des tĂ©moins Ă©voquent aussi du grooming. Il contactait des filles de 15 ans fans de lui qu’il trouvait mignonnes et maintenait le dialogue jusqu’à leurs 18 ans oĂč il demandait un date

:cringe:

Je suivais sa chaine de trĂšs trĂšs loin, je trouvais les caricatures drĂŽles sans tout saisir d’oĂč venait ce cĂŽtĂ© faux benĂȘt complaisant avec les fachos ou les complotistes mais maintenant je saisis mieux

Source: le parisien