Fiction - Le syndrome de Sevran

Chapitre 14
De quoi être optimiste

Mercredi 9 juin 2015

Pour les jeunes sevranais, le premier objectif de l’année a été accompli avec le titre en Coupe Gambardella, mais il demeure à faire le plus important pour leurs parents et pour la réputation du centre de formation ainsi que de l’ensemble du lycée Robespierre, c’est à dire le passage du baccalauréat.

A la veille de la première épreuve, Tomi et Valentino tiennent une ultime réunion d’information pour bien préparer l’ensemble des candidats à leurs exploits du lendemain, il y a tant de monde dans la combine que seuls les enseignants ne semblent pas au courant.

En grand tenant de la galanterie, Valentino s’attaque tout d’abord aux avantages naturels des jeunes filles en ramenant un carton entier de bas sombres destinés aux jeunes filles, l’idée étant d’utiliser directement les cuisses comme support à anti-sèche et d’utiliser les bas comme moyen de dissimulation. Moyen particulièrement efficace, vu que ce n’est pas avec leur salaire de misère que les profs peuvent se permettre de prendre un bon avocat en cas de poursuites pour harcèlement sexuel.

Un autre grand classique pour ces demoiselles est l’utilisation des deux atouts supplémentaires dont elles disposent comme support pour une antisèche encore plus imposante. Là aussi, les surveillants ne sont pas fous, ils savent qu’on est à Sevran et qu’un regard trop appuyé sur cette zone, c’est une visite du grand frère et quinze jours d’hôpital juste derrière.

Cet exposé est suivi d’un cinglant “Je ne veux pas entendre une seule remarque” de Caroline en train de jouer avec un couteau de poche. Gabriel et Khalid ne peuvent que constater qu’ils ont peut être un peu trop bien formé la jeune femme.

Tomi n’est, quant à lui, pas peu fier de présenter un paquet de bouteilles assez révolutionnaires. En effet, chaque étiquette a été transformée en antisèche parfaitement discrète, selon Louis, le seul inconvénient étant que l’écriture est approximativement aussi petite que l’engin de Dimitri. Chose qui vaut immédiatement des protestations de la part de ce dernier qui réclame une deuxième mesure.

Une forme de malaise s’installe dans la salle quand Caroline sort un double décimètre de son sac et se propose pour procéder à ladite mesure. En panique devant cette furie, Dimitri détale comme un lapin, mais heureusement pour lui, Caroline ne sera pas en mesure de le poursuivre, ayant encore trébuché du fait de ses talons. Manifestement, les garçons ont “oublié” de lui conseiller de porter des baskets un peu plus souvent.

Alors que Tomi est affreusement embarrassé par la situation, Valentino essaie de recentrer le débat en présentant le prochain gadget, des montres dont l’écran est amovible laissant la place à encore plus d’antisèches. Gabriel est particulièrement ravi du gadget, il n’aura aucun mal à avoir l’air naturel à regarder sa montre sans arrêt, comme approximativement toutes les personnes qui ont eu affaire à madame Léjeaut pendant au moins une minute de leur scolarité.

Mais le bijou de cette exposition est sans conteste la coque de smartphone lui donnant l’apparence d’une calculatrice, idéal pour tout ce qui ne peut pas être couvert par les antisèches si on sait se faire un minimum discret. Louis conseille rapidement que ce gadget soit uniquement utilisé par les garçons, vu la propension des filles à bavarder trois heures au téléphone, certaines pourraient faire la boulette.

Alors que Caroline tente de punir l’impertinent de sa remarque sexiste en lançant une de ses bouteilles truquées à son visage, Valentino suggère que l’équipe procède à son habituel rituel en hommage à Mars pour attirer les faveurs divines sur leurs copies. Très enthousiaste, Bruno entame les hostilités d’un beau crochet du droit et les footballeurs se livrent vite à une ultime bagarre générale devant une assistance consternée.

Le lendemain matin, les préparatifs pour l’épreuve de philosophie l’après-midi s’accélèrent, chacun prépare un vrai plan de bataille, il faut dire que les cours de madame Léjeaut leur ont donné une impression si médiocre que Charles excepté, personne ne semble être au niveau pour cet examen.

Le retard est tel que Louis demande à Gabriel si Emmanuel Kant est bien portugais, mais son coéquipier lui rétorque vite qu’il serait impossible qu’un ancêtre de Bruno soit aussi brillant. Remarque qui vaudra, quelle bonne surprise, un début de bagarre perturbant une fois de plus la préparation.

Valentino, plus appliqué, a ajouté une corde à son arc en arborant une forte belle chemise incluant des caractères japonais, ayant appris quelques bases de la langue grâce à Tomi et Kasumi. Le seul risque aurait été qu’un des surveillants maitrise le japonais, mais n’oublions que nous sommes au lycée Robespierre de Sevran et qu’ils auraient déjà du mal à trouver quelqu’un qui lise l’italien, il y a donc de quoi être optimiste.

Durant l’examen tout se passe dans la bonne humeur, les seules choses que le surveillant a remarqué est qu’en effet la chemise de Valentino est très jolie et que tout ce petit monde avait tendance à boire beaucoup d’eau, mais après tout ce sont des sportifs, ils doivent avoir cette habitude, rien de suspect.

A la sortie chacun est satisfait de son coup, tout le monde a suivi l’avis de Tomi qui était de s’exprimer avec son coeur, par conséquent Bruno a dédié sa copie à Emmanuel Kant pour faire chier Louis, Gabriel a insisté sur les travaux d’Ibn Arabi, chose qui paraissait s’imposer vu le programme de terminale.

Caroline n’a pas hésité une seconde avant de se tourner vers Socrate, une époque avec tant de sportifs virils se trimbalant à poil, ça ne peut que l’intéresser. Louis, en bon passionné, a préféré évoquer Sócrates plutôt que Socrate, ce qui constitue une approche très originale du sujet. Presque aussi original que Khalid qui n’a cité aucun auteur pour bien montrer au correcteur qu’il a réfléchi au sujet plutôt que débiter tout ce qu’on lui a dit.

Valentino s’est, quant à lui, principalement penché sur les travaux d’Antonio Gramsci. Étrangement, personne n’a cité Bernard-Henri Lévy ou Alain Finkielraut, sans doute une marque de la montée de l’antisémitisme dans le monde du football.

Les examens s’enchainent dans la semaine qui suit. On ne peut pas nier qu’il y eut quelques incidents, comme lors de l’examen d’histoire où Bruno a rempli un paragraphe entier de commentaires dénigrants à l’égard des chansons de Taylor Swift qu’il présente comme des signes de l’apocalypse en réponse à une question sur les crimes contre l’humanité de Charles Taylor.

Bruno pourra toutefois se consoler devant les déboires en anglais de Khalid qui a cru dur comme fer que la phrase “There is a ketchup spot on your shirt there” voulait dire qu’il y avait une publicité pour une marque de ketchup sur un paquet de joints. Khalid qui pourra lui-même relativiser devant la copie de Louis en droit qui pensait qu’une jurisprudence voulait dire que le juge devait faire vachement attention avant de rendre son verdict.

Les problèmes de Gabriel sont tout autres, en effet la plus grande gaffe qu’il ait commise durant cette semaine d’effort est d’avoir dragué assez lourdement sa charmante examinatrice lors de l’épreuve de marketing avant de constater avec horreur que celle-ci portait une alliance.

Mais malgré ces menus incidents, Tomi est confiant pour un bon succès de ses troupes qui ont recraché deux bons tiers de leurs leçons sans rien comprendre grâce à ses anti-sèches, étant donné qu’on est en France et non en Finlande, cela devrait largement suffire.

D’ailleurs, force est de constater que les carences des jeunes sevranais ne sont pas si dramatiques comparé à certains de leurs homologues. Prenons par exemple le cas d’un jeune candidat issu du centre de formation de l’OM qui a cru que la mort de Marie Curie était liée à une trop forte exposition à l’opium ou encore celui d’un de ses homologues du PSG qui a cru bon de dire que la création de l’Union Européenne a provoqué la chute de l’empire romain.

Le jour des résultats, les attentes de Tomi sont comblées, c’est un triomphe collectif, tous les joueurs sont admis, et pour couronner le tout Khalid obtient une mention assez bien malgré son 3 en anglais, Gabriel une mention bien et Valentino une mention très bien.

On peut dire que les enseignants sont extrêmement surpris de ces résultats, à commencer par madame Léjeaut qui avait cru bon de déclarer devant ses collègues que s’il y avait plus de cinq admis dans son troupeau d’imbéciles, elle serait prête à traverser une autoroute les yeux bandés.

Mais les enseignants ne sont pas les seuls surpris, les médias habitués à se moquer des piètres résultats dans les centres de formation se sentent un peu obligés de corriger le tir devant cette surprenante réussite de 100 % et les caméras ne tardent pas à arriver au lycée Robespierre.

Alors que Louis planque rapidement la bouteille de whisky qui avait été dégainée pour fêter l’évènement afin de ne pas casser le gain d’image qui était le but principal de l’opération, les journalistes se précipitent vers Gabriel pour l’interviewer, après tout, la pépite de la Ligue 2 qui ramène une mention bien, c’est typiquement ce qui symbolise le mieux l’évènement pour eux.

Khalid ne peut pas s’empêcher de trouver un peu injuste que ce soit Gabriel qui soit interviewé alors que c’est Valentino qui a eu la meilleure moyenne du lot et qu’il a fortement aidé ses amis, mais Valentino lui dit qu’il est souhaitable que cela se passe ainsi étant donné que les chances qu’il incite vivement un journaliste à entrer en contact avec la population masculine grecque sont bien plus élevées qu’elles ne le sont avec Gabriel.

Loin de cette agitation, Caroline se retrouve dans le bureau de la direction, il faut dire que sa moyenne de 19 dans un établissement à la peine en a impressionné plus d’un, et le ministère entend bien en faire un modèle d’ascension sociale en lui proposant des études tous frais payés dans un Institut d’Études Politiques de province.

Caroline pose alors les données du problème d’une autre manière, elle a le choix entre devenir l’alibi d’une bande de technocrates qui s’en sont foutus d’elle, de tous ses camarades et de l’ensemble de ses professeurs jusqu’à aujourd’hui, chose qui lui donnera certes l’opportunité de se faire des ovaires en or en rejoignant ladite bande de technocrates ou entre rester parmi les siens et avoir une chance de contribuer à la meilleure chose qui soit arrivée à la ville depuis cinquante ans.

Elle se lève et quitte la salle en faisant savoir qu’elle refuse de servir de marionnette, et qu’ils n’ont pas intérêt à proposer la même chose à un des garçons, car elle n’est pas sur qu’eux sachent rester polis face à un tel concentré d’hypocrisie. Pas peu fière de son coup, Caroline sort du bâtiment et tombe sur Khalid qui a le plaisir à la convier à la célébration des résultats à la pizzeria du quartier.

Ce choix ne manque pas d’interpeller Caroline, pourquoi ne pas aller chez Abdullah comme d’habitude ? Khalid lui rappelle que c’est le soir de la finale de l’Euro Espoirs, opposant le Portugal à la Grèce. Et vu que Konstantínos mène la sélection grecque, voir un restaurant turc soutenant à 90 % l’équipe de Grèce, ça aurait fait tâche.

C’est donc à la pizzeria que la petite troupe se retrouve, les jeunes ne sont pas seuls, Tomi est venu pour fêter le succès de son plan, Kasumi est venue pour féliciter Caroline, Louis et Valentino et un peu pour voir le match et Marc a daigné posé le pied dans ce lieu d’horreur pour lui car c’est le seul endroit où il pouvait voir le match sans avoir peur que son streaming plante, entrainant dans son sillage Daniel et Mohamed.

Avant que le match commence, Caroline a le temps de conter sa petite rencontre avec les pontes du ministère à une assistance conquise, tout le monde aurait aimé voir ça, et tant pis si son coup de panache n’était pas une débauche de sincérité et de rébellion mais tout simplement une crainte de ne pas pouvoir aussi facilement tricher là bas que pendant le bac.

Alors que tout le monde sauf Marc se goinfre, celui-ci, viscéralement dégoûté par les pizzas américaines a préféré commandé quelques nuggets, le match s’apprête à commencer. Si à Prague la rencontre promet d’être serrée, à Sevran, la pizzeria a clairement choisi son camp, à part Bruno et son frère, tout le monde soutiendra la Grèce.
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Chapitre 15
Les douces soirées

Mardi 30 juin 2015

Pour Konstantínos, le grand soir est arrivé, il a l’opportunité de revivre les émotions de l’Euro 2004 sur le terrain face au même adversaire. Il sait que vu le niveau actuel de l’équipe nationale A grecque, c’est peut-être sa plus grande chance de gagner un trophée international, et il ne compte pas la laisser passer.

Le parcours aura été difficile pour les grecs, dans le groupe de l’Italie, de l’Angleterre et du Portugal, ils auront eu chaud plus d’une fois. Après la défaite initiale contre l’Angleterre, ils ont vu l’élimination de très près lorsque l’Italie menait à la mi-temps contre eux, mais finalement après une égalisation arrachée en début de mi-temps par ses coéquipiers, Konstantínos a enfin été le joueur décisif que l’on attendait en obtenant et convertissant un pénalty à cinq minutes de la fin.

Lors de la dernière journée de groupes, les grecs ont encore une fois frisé la correctionnelle, si le très net avantage pris par l’Italie contre les anglais les a rapidement poussé à jouer pour un match nul qui les qualifie désormais, les portugais ont été moins calculateurs et se sont lancés à l’assaut du but grec en espérant finir sur une victoire. A huit minutes de la fin, le plan des grecs semble échouer lorsque le Portugal ouvre le score sur un corner, mais une nouvelle fois Konstantínos endosse sa panoplie de sauveur sur une frappe de 25 mètres à la 89e minute du match.

Ironiquement, le match le plus simple aura été la demi-finale contre le Danemark, les grecs ont vite creusé l’écart, menant 2-0 avant la demi-heure de jeu avant de mener des contres particulièrement ravageurs, voguant tranquillement vers un succès sur le score de 5 buts à 1 alors que dans le même temps les portugais ont atomisé l’Allemagne 5-0.

Vu la forme exceptionnelle montrée par les deux équipes en demi-finale et l’envie de revanche des portugais après le mini-braquage du premier tour, le match s’annonce particulièrement disputé. Konstantínos a d’ailleurs voulu mettre toutes les chances du côté hellène et a gentiment profité de son coup de téléphone quotidien pour demander à Louis de préparer des poupées vaudou à l’effigie de l’ensemble des joueurs portugais.

Lors des premières minutes du match, on sent bien qu’il s’agit d’une finale, les deux équipes se jaugent et l’enjeu prend clairement le pas sur le jeu, il n’y a pas une seule occasion intéressante.

C’est donc fort logiquement qu’à Sevran, on porte un peu plus attention aux conversations en cours qu’au match, portant sur des sujets aussi passionnants que la dernière conquête de Gabriel, l’impatience de Khalid de recevoir les nouveaux survêtements de l’équipe le lendemain, les actuels étant tous tachés ou encore les progrès de Valentino dans le dessin de croix nazies sur les affiches du Parti Pour la Liberté.

Les jeunes sont tellement absorbés par leur conversation qu’ils en manquent presque la première action intéressante du match avec le meurtre de trois pigeons par un ailier portugais, un scène qui ne manque pas de rappeler les douces soirées multiplex Ligue 1 vécues par l’ensemble des protagonistes, Kasumi exceptée.

Le ton reste le même pour la suite de la première mi-temps qui est marquée par peu de rythme et beaucoup de maladresses techniques, on atteint un tel point que Louis se saisit de la télécommande pour vérifier si le gérant de la pizzeria n’avait pas confondu la finale Grèce - Portugal avec une confrontation entre Troyes et Nancy. Khalid, encore amèrement marqué par la déconfiture subie à Troyes, proteste en disant que l’exemple est mal choisi.

Quoi qu’il en soit, la mi-temps délivre enfin les téléspectateurs de cette immonde purge, moment choisi par Gabriel pour préparer son cocktail préféré, l’orange à la vodka, le principe étant de mettre un volume de jus d’orange pour quatre volumes de vodka directement ramenée de Pologne par Daniel.

Moins bien préparée que son père à ce genre de cocktail, Kasumi semble assommée dès le premier demi-verre, le point positif étant qu’elle restera moins ridicule que Bruno qui se lance dans de somptueux chants paillards qui semblent indiquer une vive obsession pour la sodomie en ce jour de match contre les grecs.

Forcément, dans de telles conditions, la deuxième mi-temps est bien moins bien suivie par nos amis, et hélas elle semble du même tonneau que la première jusqu’au premier frisson du match, à la 64e minute, sur un bon centre portugais, le buteur lusitanien ne parvient pas à cadrer de la tête.

Frémissement que Gabriel n’aura pas eu l’occasion de voir, KO après 3 verres, chose qui provoqué l’hilarité de Louis qui a toujours sur que son ami se montrait parfois petite nature. Mais les moqueries sont vite interrompues par la veste de Caroline atterrissant sur le visage de Khalid. Bien éméchée, elle semble s’être décidée à entamer un strip-tease sans aucune raison, heureusement Khalid et Valentino la retiennent avant qu’elle fasse quoi que ce soit d’autre en lui disant “Fais pas de connerie, toi aussi t’es bourrée”.

Alors que Mohamed, qui est le seul sobre, se décide à ramener les plus mal en point chez eux, on entend Valentino insulter copieusement l’arbitre, ce coup-ci non pas en raison de l’alcool, mais d’une simulation grecque qui n’a pas très bien marché.

A la 80e minute, le match semble enfin décoller, les portugais se lancent à l’offensive de toutes leurs forces, tout d’abord sur une percée de leur buteur qui sera rattrapé à l’ultime moment par l’arrière droit grec. Puis ensuite, sur un coup franc à l’entrée de la surface qui vient se fracasser sur la barre transversale grecque.

Les espaces étant ouverts, les grecs se lancent alors dans leur spécialité, leurs contres pleins de dynamisme, et Konstantínos qui était jusque là quasiment invisible entre enfin dans son match avec une superbe course sur son aile droite, malheureusement la reprise de volée du buteur grec sur le centre qui suit s’envole dans des tribunes bien mal garnies.

La dernière action du temps réglementaire est portugaise, sur un corner bien tiré, le buteur portugais cadre bien sa tentative de la tête, mais heureusement pour les grecs, un défenseur parvient à repousse le ballon de la tête, avant que le ballon ne retombe sur Konstantínos qui l’envoie si loin que l’arbitre n’offre pas de chance supplémentaire aux portugais.

Le match va donc aller en prolongations, Daniel propose avec enthousiasme une nouvelle tournée, mais manifestement Khalid, Louis, Valentino et Marc ne partagent pas son enthousiasme, personne ne veut se réveiller à l’hôpital le lendemain. Même en tant qu’habitués des lieux après leurs multiples bagarres, personne n’a vraiment envie d’y passer de belles journées d’été.

Marc, qui est le plus concentré sur le match et qui a appris à connaitre le style de Konstantínos se veut assez optimiste, à ses expressions faciales il semble avoir bien économisé son énergie, ce qui n’est manifestement pas le cas côté portugais.

Et les impressions de Marc semblent vite se confirmer, Konstantínos semble vraiment intenable dans son couloir droit, réussissant deux belles percées en ce début de prolongations, malheureusement son centre est trop long sur la première et sa tentative en solo sur la seconde est bien anticipée par le portier portugais.

Pris à la gorge, les portugais peinent à se montrer dangereux, leur plus belle action de la première moitié de ces prolongations survient à la 101e minute, lorsque leur meneur de jeu tente un lob du milieu du terrain, le geste est superbement effectué, mais le portier hellène revient à temps et empêche le ballon de franchir la ligne.

La domination reste grecque, et à la 104e minute, Konstantínos obtient un très bon coup franc pour son équipe. Il tente de le transformer lui-même, mais son tir s’écrase sur le poteau droit portugais alors que le portier adverse semblait enfin battu. Tout reste donc à faire après 105 minutes de jeu, lorsque l’arbitre ordonne le changement de côté.

A la 109e minute de jeu, la fatigue des portugais se fait encore ressentir lorsque Konstantínos parvient une nouvelle fois à percer la défense portugaise sur son côté droit. Une nouvelle fois, il envoie le ballon dans la boite, ce coup-ci c’est l’ailier gauche qui repique vers le centre à toute vitesse et qui assène une tête plongeante qui finit enfin au fond des filets offrant l’avantage à la Grèce.

A Sevran, la réaction est pour le moins euphorique, tous les spectateurs bien mis en difficulté par le breuvage de la soirée applaudissent timidement en rigolant, alors que Daniel plus motivé que jamais lève un verre pour célébrer ça.

Fort logiquement, l’entraineur grec ordonne immédiatement le repli de ses troupes pour assurer les dix dernières minutes face à des portugais fatigués. La consigne ne plait pas vraiment à Konstantínos qui pensait qu’il y avait la place pour en mettre un deuxième, mais ce n’est pas le moment de se brouiller avec son entraineur.

Fatigués, les portugais ne semblent capables de briller que sur les phases arrêtées. comme cette tête sur un corner à la 114e minute qui passe de peu à côté, ou encore le coup franc de la 117e minute qui est miraculeusement claqué par le portier grec.

A la 119e minute, les portugais bénéficient d’un énième corner, ils décident d’exécuter une combinaison, le tireur n’envoie pas le ballon dans le paquet mais vers son buteur, judicieusement démarqué à une vingtaine de mètres du but. Celui-ci a tout son temps pour ajuster un tir de loin, qui finit à quelques centimètres du poteau gauche grec.

Désormais, plus rien ne peut arrêter les grecs. Après les échecs de 1988 et 1998 en finale, les espoirs grecs remportent leur premier titre de champions d’Europe. Konstantínos va enfin pouvoir soulever un trophée autre que celui de la fête de son école.

Bien entendu à Sevran, l’heure est à l’euphorie, Daniel propose en beuglant une nouvelle tournée générale. Offre immédiatement rejetée par Valentino, qui sur un geste d’humeur, a fracassé une bouteille sur le nez du portier polonais. Pour essayer de calmer les choses, Marc propose aux autres de se réconcilier autour d’un petit Mario Kart, seuls Khalid et Louis rejettent l’offre, voulant terminer au calme la conversation qu’ils avaient initiée au sujet du hip-hop.

Alors qu’à Prague, Konstantínos et ses coéquipiers s’apprêtent à de longues célébrations, l’ambiance est plutôt à la fin de soirée dans l’appartement de Marc, dont le prêt à Sevran a été prolongé il y a quelques jours. Daniel et Mohamed discutent du recrutement à venir, le consensus parmi eux est au renforcement de la défense, l’équipe de rêve des jeunes étant superbement armée au milieu et en attaque, il serait bête de ne pas en profiter.

Marc et Valentino, eux, discutent de la direction générale prise par le football. Valentino regrette amèrement le manque de panache dans le football moderne, il pense que le football a besoin de faire rêver pour rester le premier des sports. Et ce n’est pas avec de la passe à dix qu’on va soulever les foules mais avec des prises de risques constantes.

Marc est plus pragmatique dans son analyse, ce qui est beau dans le football, ce n’est pas seulement de voir les filets trembler ou un adversaire pleurer après une fracture, mais le fait de savoir que tout peut potentiellement arriver à n’importe quel moment, et ça, rien ne pourra l’ôter, pas mêmes les tactiques les moins emballantes.

Le lendemain après-midi, loin de ces considérations sportives, Khalid est réveillé par sa soeur Sabrina qui le prévient qu’un colis est arrivé. Le jeune milieu de terrain se doute bien qu’il s’agit des survêtements du club, il va enfin pouvoir se débarrasser des vieilles guenilles qu’il portait jusque là.

Quand Khalid ouvre le colis, il a l’air extrêmement choqué. Il prend alors ledit colis avec lui et marche jusqu’à l’appartement de Gabriel en lui demandant s’il a lui aussi subi l’erreur sur la couleur des survêtements. Gabriel lui montre alors son écran d’ordinateur, affichant une photo avec un premier maillot noir et rouge et un second maillot blanc et noir et lui dit que ce n’était pas une erreur.

Fin de la saison 1
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En fait, j’en ai pas totalement fini avec cette saison 1.

Il me reste une petite chose à vous présenter, comme c’est une fic sur le foot, je n’ai pas pu m’empêcher de faire une base de données sur FM (je l’ai faite avant d’écrire le chapitre 13 c’est pour ça qu’il a trainé, le 14 a trainé comme j’ai passé beaucoup de temps sur mes chaines de Pokémon Lune).

Comme j’ai vu qu’il y avait de gros ratés avec ma bdd sur les Coupe d’Europe, j’ai fait mon test sur plus de 20 saisons sans bug qui me soit apparu, donc je pense que ce coup-ci ça doit être clean.

Pour vous présenter la base de données en elle-même, tous les joueurs de l’AS Sevran cités dans la fiction sont dans l’effectif du club crée avec des dates de naissance adaptées au fait que la partie commence en 2016 alors que la fiction commence en 2014.

Je dois vous prévenir que les jeunes sont franchement abusés au niveau du potentiel, c’est totalement volontaire, ce sont un peu les héros de l’histoire pour le moment, ce serait con qu’une fois en Ligue 1 ils ne vous servent à rien.

Vous avez aussi le droit à la présence de monsieur Miyazaki qui remplira gentiment vos caisses (et changera les maillots pour la saison 2 :sac: )

Pour mieux coller à l’histoire, j’ai rempli l’équipe avec des joueurs actuellement au chômage qui ont un niveau faiblard pour la Ligue 2, ce qui correspond au niveau de l’équipe dans la fiction. J’ai aussi rempli le staff avec des chômeurs, mais ça c’est par pure paresse.

Que ce soit clair, cette base de données est probablement très (trop ?) facile à jouer, c’est plus là pour le délire de guider cette jeune garde bien abusée au sommet.

Comme tel est le principal intérêt de la chose, je propose deux versions du truc, une version dite “verrouillée” (les 5 principaux jeunes resteront au club jusqu’à la retraite, je l’ai mis comme je pense ce serait dur de les garder normalement) et une version dite “déverrouillée” où seul Khalid est protégé, ce qui est plus réaliste et plus en phase avec le scénario.

Télécharger la base de données

L’écriture de la saison 2 débutera au mois de janvier 2017, comme j’ai un partiel à préparer, le rythme de parution sera surement très lent, je pense pouvoir accélérer de nouveau à la mi-février.

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félicitations pour cette saison 1 (il me reste 3 chapitres à lire) tu m’a donné envie de réécrire mais j’ai pas l’inspiration encore

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Chapitre 16
On ne peut pas avoir le beur et l’argent du juif

Jeudi 1er juillet 2015

Khalid se demande s’il est dans un rêve, on ne change pas la couleur du maillot d’un club vieux de cinquante ans comme ça sur un coup de tête, il y a forcément du monde qui va râler et jusque là la famille Miyazaki n’a pas été du genre à faire trop de vagues.

Gabriel lui dit que s’il n’y avait que cette histoire de maillot, les choses seraient si simples, il lance alors une vidéo de la conférence de presse du matin, que toute la fine équipe avait loupée, bien trop occupée à décuver après la rude soirée vécue la veille.

Tout d’abord, les nouveaux maillots, déjà que le changement de couleurs pour mieux coller à celles d’Akabura avec un maillot noir à bande rouge ne manquera pas de choquer les fans de la première heure, le fait de remplacer le rouge par du rose sur le maillot de l’équipe féminine est de plus quelque peu sexiste.

Cela restera tout de même moins sexiste que la dernière trouvaille pour attirer tout ce que Sevran peut compter en obsédés sexuels au stade avec le recrutement de pom-pom girls dont la tenue fait plus penser à un groupe de prostituées qu’à des artistes, et dont le calendrier déjà annoncé n’est pas des plus subtils.

En parlant de stade, ce bon vieux stade Alfred Nobel ne restera plus pour longtemps l’antre de l’AS Sevran, en effet la construction d’un stade financé par le naming a également été annoncée, outre l’aspect commercial, le but était de ne plus partager le terrain avec ces gueux de rugbymen qui ne savent pas prendre soin de la pelouse.

Nouveau stade qu’Etienne Baron ne verra probablement jamais, en effet le capitaine emblématique du club, en fin de contrat, a été remercié sèchement après dix ans de bons et loyaux services, au prétexte qu’il serait trop faible pour la Ligue 1.

Et cerise sur le ghetto, l’ouverture de chaines Youtube pour générer de la notoriété pour le club sur internet. Et si le principe de diffuser quelques beaux gestes techniques exécutés à l’entrainement n’est pas vraiment discuté, l’idée d’une chaine consacrée aux jeux vidéo est un peu plus froidement reçue, même si la direction du club jure qu’une section e-sports sera bientôt établie, il faudra bien meubler d’ici là.

Bref, on teindrait le grand chelem du football business si on ajoutait un club Mickey à l’entrée du nouveau stade pour les gosses. Khalid remarque alors à juste titre qu’il semble de plus en plus que l’AS Sevran ne va pas devenir le club chéri des adeptes des valeurs dans le sport. Mais Gabriel ne manque pas de lui répondre que si, pour le grand public, les valeurs du sport c’est se branler sur une biscotte dans les vestiaires, les bonnes âmes peuvent se les garder et se les mettre dans un endroit que nous ne préciserons pas.

A vrai dire ce qui effraie le plus Gabriel et Khalid, c’est la pagaille que ça va semer parmi le public déjà établi du club, ici ce n’est pas un public de petits bourgeois, il y a que du prolétaire, donc les considérations commerciales ça n’est pas ce qui est en premier dans l’esprit du public et la délicatesse dans les revendications ce n’est pas trop le genre de la maison.

Gabriel a même entendu dire que le soir même les héros de la résistance sevranaise allaient se réunir au kebab “Chez Abdullah” afin de mettre en place leur plan anti-maillot noir. Pour une fois que les jeunes du coin se montrent hostiles à quelque chose de noir, excepté MC 20 centimes bien sûr, c’est que ça doit être très grave.

Les deux amis entendent frapper à la porte, c’est Louis qui leur rend visite, vêtu des nouvelles couleurs de l’équipe, il faut dire qu’il a toujours pensé que noir sur noir ça avait un certain cachet.

Gabriel se demande alors si c’est une bonne idée d’afficher ouvertement les nouvelles couleurs, les joueurs pourraient se mettre à dos une partie de la cité. Louis lui dit qu’il faudra leur dire qu’on ne peut pas avoir le beur et l’argent du juif, les ordinateurs neufs utilisés par leurs petites soeurs au collège, c’est Akabura qui les a offerts, le nouveau stade, ce n’est pas la mairie qui est proche de faillite qui va le construire et que l’équipe serait retombée en National si ce pourri de Marquet était resté aux commande.

D’ailleurs, Gabriel est mal placé pour évoquer le changement de couleurs étant donné qu’il était prêt à porter un maillot rose juste pour choper les deux filles de la millionnaire suédoise qui voulait racheter le club en novembre dernier. Gabriel ressort la photo pour essayer de le faire taire, mais Louis pense toujours que les deux babtoues à fessier plat ça vaut moins que le nouveau stade.

Pendant que le trio débat, Bruno et Valentino sont à la salle de sport, frappant un puching-ball à l’effigie du coach Diaz, encore un peu rancuniers du fait qu’ils n’aient pas été conviés à s’entrainer avec l’équipe A comme Gabriel et Louis ou encore avec la réserve comme Khalid. La perspective de continuer à martyriser des gamins avec leur jeu ultra-viril ne les enthousiasme pas vraiment, ce serait comme si un lycéen allait racketter des gosses de primaire.

Alors que Valentino assène un coup violent au sac, la porte s’ouvre. C’est un jeune homme brun de typé méditerranéen qui fait facilement vingt centimètres de moins que Valentino mais qui semble franchement musclé. Il se présente, il est le nouvel attaquant recruté pour les équipes de jeunes par le directeur sportif, Nacio Rojas.

Alors que Valentino se précipite pour planquer l’effigie du coach Diaz, le nouveau, prénommé Esteban, discute rapidement avec les deux hommes des performances des appareils de musculation à leur disposition. Il faut dire que la vitesse est la qualité principale du jeune homme, il reconnait volontiers que sa technique reste perfectible, mais pouvoir courir le 100 mètres en 10 secondes 20 efface pas mal de défauts.

Valentino essaie d’imaginer ce que ça pourrait donner sur le terrain, il court encore plus vite que Louis, s’il parvient à améliorer un peu sa technique, le jeu en profondeur pourrait faire encore plus mal qu’un coup de fer à souder sur les testicules.

Le soir venu, le banquet de la résistance a lieu chez Abdullah, les moyens de nos vaillants héros restent très limités dans la mesure où le seul joueur qui a voulu se joindre à eux si on combine toutes les équipes appartenant à l’AS Sevran est ce naze de Dimitri et où l’animation musicale est confiée à MC 20 centimes faute d’autre volontaire.

Allan, le petit métis responsable de la section jeunesse locale du Parti Communiste Unifié et Mickaël, le grand frère franco-gabonais autoproclamé et chef du principal groupe de supporters de l’AS Sevran sont consternés devant ce manque d’ardeur régnant dans la ville pour défendre leur club contre une dérive vers le tout-business.

Mickaël est particulièrement remonté contre Louis qu’il connait depuis le berceau, il n’aurait jamais cru le gamin idéaliste qu’il avait tant aimé capable de vendre l’âme de son sport contre trois ordinateurs ramenés dans le collège du coin. Allan, de son côté, est plus chagriné par le fait que Valentino semble l’ignorer froidement depuis ce matin, à croire qu’il n’est de gauche que quand il s’agit d’aller chauffer ces idiots du Parti Pour la Liberté.

Allan et Mickaël se décident à mener la guerre de symboles même sans les joueurs, l’équipe de football c’est à peu près la seule chose dont les gens sont fiers ici, et il est important qu’elle ait une imagerie sportive, ayant pour valeur l’histoire du club, la noblesse du sport et le respect de l’humain et non une imagerie commerciale qui tendrait à démontrer que n’importe qui peut-être acheté.

Ils se lancent alors, en compagnie du maigre public de la soirée, en rédaction de tracts sur le fait que les nouveaux dirigeants du club sont incapables de respecter l’identité de Sevran, en prises de contacts avec d’autres groupes de supporters de Ligue 2 qui ne supporteraient pas de perdre leur identité, en préparation de raids contre les magasins proposant le nouveau maillot et en tentatives d’influer sur les politiciens locaux en espérant que le tout fasse reculer la direction du club.

Loin de ces considérations révolutionnaires, le gros Paul débarque dans ce haut lieu de la gastronomie turque et réclame la nouvelle spécialité de la maison, le kebab à la graisse de phoque, habituellement utilisé comme vomitif extrêmement puissant. MC 20 centimes croit alors bon de chambrer Paul en chantant que le jour où il explosera, le problème de la famine en Afrique serait définitivement résolu.

Paul prend mal cette petite taquinerie et charge en direction de MC 20 centimes de son gabarit imposant. Voyant un de ses rares volontaires en danger, Mickaël inflige une bonne correction à Paul sous les cris d’Abdullah qui ne voulait pas de bagarre dans son restaurant. Résultat, les serveurs tentent de chasser la petite troupe du restaurant pour lui redonner son calme.

Alors que Mickaël et Allan repartent chez eux tête basse, MC 20 centimes les incite à voir le bon côté des choses, avec tant d’action, c’est sûr que Bruno finira par les rejoindre.

Le lendemain en fin de matinée, le même Bruno est livide, terrorisé par le spectacle auquel il vient d’assister à la salle de sport. En effet, Valentino vient littéralement de faire exploser le puching-ball après avoir entendu le directeur sportif annoncer l’arrivée en prêt de Pierre Lesage, le jeune milieu défensif lyonnais, pour épauler Marc qui était un peu trop souvent esseulé l’an dernier.

Comme si la frustration de la mise à l’écart ne suffisait pas, se faire supplanter par un joueur que l’on a mis au supplice il y a moins de deux mois, est en effet quelque peu irritant. De peur de commettre un impair, Bruno file vers l’extérieur afin d’essayer de trouver une personne plus diplomate pour calmer la bête, à ce niveau de frustration sa force est plus proche d’un ours que d’un être humain, et il tient à ne pas avoir la tête arrachée d’un coup de patte.

Il tombe alors sur MC 20 centimes qui s’était mis en tête de chanter des slogans hostiles aux changements que va subir le club à proximité de la salle de sport. Pris d’une idée horrible, il envoie ce dernier tenter de désamorcer la fureur de Valentino avec une bonne chanson.

Deux minutes plus tard, Bruno entend une fenêtre se briser et MC 20 centimes atterrir sur la pelouse à l’extérieur de la salle de sport puis se met à rire comme une hyène. Ce n’est pas très constructif, mais ça fait toujours plaisir. Comme le dit le proverbe sevranais “Pense toujours à fracasser MC 20 centimes, si tu ne sais pas pourquoi, lui le sait”.

Il tombe ensuite sur Pierre qui, un peu perdu dans cette nouvelle ville, cherchait le terrain d’entrainement. Après quelques taquineries bon enfant sur la finale de la Coupe Gambardella, Bruno accepte de prêter main forte au nouveau venu et discute avec lui de ses passions qui sont très variées puisqu’il s’agit de football, de football, de football, de football et de penser à répondre à sa petite amie au téléphone quand elle appelle pour ne pas qu’elle déprime en croyant être abandonnée.

Alors que Bruno regardait les photos prises par Pierre avec des amis, il se souvient tout d’un coup avec effroi qu’il a laissé Valentino seul. Les deux hommes se dirigent en courant vers le gymnase, mais fort heureusement après avoir laissé sa marque sur quelques meubles, Valentino a transféré sa colère sur quelque chose de plus constructif et prépare sa paire de rollers et sa bombe de peinture afin d’aller saccager quelques affiches du Pärti Pour la Liberté.

Voyant que la situation est sous contrôle, personne de valeur ne risquant d’être blessé par cette activité, Bruno poursuit ses discussions avec Pierre, alors que Valentino fait parler sa puissance sur les rollers en partant à toute allure. Une première affiche suscite sa rage, il sort alors sa bombe de peinture et dessine une moustache d’Hitler sur la photo du dirigeant du Parti Pour la Liberté avant d’enchainer sur une croix gammée jusqu’à ce qu’il soit perturbé par une voix.

C’est la voix d’Allan, qui ne semble pas surpris de voir son camarade s’acharner de la sorte contre un symbole du mal suprême. Mais comme l’heure est à aborder une autre symbolique, Allan décide courageusement d’interroger son camarade sur ses nouvelles couleurs, est-il fier de se vendre de la sorte à un multimilliardaire, lui qui est si engagé ?

Valentino lui retourne la question. Allan serait-il fier d’être ouvertement méprisé alors qu’il a tout fait pour démontrer sa valeur ? Serait-il heureux de voir la structure qui l’a fait revivre se transformer en temple de la société de consommation ? Serait-il heureux d’être un tricheur et d’avoir poussé tout le monde à l’être aussi ? Serait-il heureux d’avoir servi de guide à un représentant du grand capital et à sa…

Valentino ne parvient pas à terminer sa phrase, puis se relance en disant qu’il connait déjà la réponse de son camarade. Mais que s’il accepte tout ça, c’est pour rendre de l’espoir à toute une ville, c’est pour donner une chance à ses amis, c’est pour améliorer le confort des écoliers. Il ne sait pas si la Révolution arrivera de son vivant, mais il sait que le projet de l’AS Sevran, c’est maintenant.

Allan supplie son camarade de ne pas se compromettre, lui contant l’histoire de la naissance du premier des capitalistes. Selon lui, Jésus était le premier communiste de l’Histoire, car il a partagé le pain, car il a refusé de joindre à un lynchage motivé par des pensées réactionnaires et car il voulait fonder une société basée sur la fraternité. En revanche, Judas est devenu le premier des capitalistes, le jour où il a été trop attiré par 30 pièces qui l’ont fait vendre Jésus, commettant la compromission irréparable.

Valentino regarde fixement son camarade et lui dit froidement qu’il est déiste, pas chrétien et lui tourne irrémédiablement le dos. Allan n’essaie pas de le retenir, affichant une mine défaite, il sait que cette lutte ne sera pas celle de son colossal camarade.
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Chapitre 18
La révolution attendra

Vendredi 31 juillet 2015

La deuxième phase du plan de modernisation de l’AS Sevran débute à peine, il reste à reconstruire une bonne partie de l’effectif, tâche qui plait particulièrement au directeur sportif Nacio Rojas, il a toujours rêvé de pouvoir acheter vingt joueurs en un mercato sans qu’un rabat-joie vienne lui dire qu’il va mettre en péril la stabilité de l’effectif.

Et on peut dire que les choix de ce brave Nacio n’ont pas vraiment fait l’unanimité, alors qu’il semblait y avoir un consensus pour faire de la défense le chantier prioritaire, il n’y a que deux défenseurs qui ont été ajoutés à l’équipe première, et pas forcément du calibre voulu.

Le jeune défenseur central russe, Alexey Kalachnikov, lointain cousin de la famille de l’inventeur du fameux fusil, aura peut être une aura toute particulière auprès des jeunes de la cité et dispose d’un gabarit solide, sa technique reste en revanche trop rudimentaire et génératrice de boulettes. Abdel Tiab, jeune défenseur droit algérien, présente l’inconvénient inverse, si sa technique est plus qu’acceptable pour une équipe de Ligue 2, niveau gabarit, ce n’est pas véritablement ce que l’on attend d’un défenseur, petit et assez frêle.

Outre l’arrivée en prêt de Pierre Lesage, le milieu de terrain, déjà pas trop mal loti, reçoit le renfort de l’espagnol Mateo Rivera au poste de milieu offensif. Un choix ce coup-ci plutôt bien accueilli, même si l’homme de poche de l’équipe n’a pas le talent d’un Konstantínos et un impact physique proche de celui d’un mollusque mort, il manquait un deuxième homme de qualité pour le système 3-6-1 chéri par le coach Diaz.

En attaque, la situation est claire, Gabriel est et restera la star de l’équipe. Cependant, suite au départ d’Etienne, une nouvelle doublure lui a été adjointe, l’expérimenté attaquant portugais Hugo Campos, malheureusement sur le déclin pour causes de problèmes gastriques à répétition depuis trois ans, de quoi craindre des blagues bien pourries venant des supporters.

Le principal choc est venu de là où on ne l’attendait pas, au poste de gardien, alors que Daniel Iwanicki avait réalisé une saison de grande qualité, Nacio n’a pas pu s’empêcher d’aller recruter son vieil ami Alejandro Ballesta, portier très expérimenté, passé par le Real de Madrid il y a quelques années, connu pour ses gueulantes mémorables. Outre le choc représenté par la mise au placard de Daniel, le fait qu’il soit immédiatement nommé capitaine au détriment de joueurs implantés depuis bien plus longtemps n’aide pas à le rendre populaire parmi les supporters.

Entre l’affaire des maillots, le recrutement assez mal vécu par les fans et la campagne de dénigrement organisée par Mickaël, l’ambiance est assez froide pour la réception de Créteil, un des principaux rivaux du club, en ouverture de la saison 2015-2016 de Ligue 2.

Sur le terrain, c’est un 3-6-1 sans surprise qui est proposé par le coach Diaz, avec un trio défensif Mohamed/Alexey/Abdel qui parait bien fragile, le traditionnel milieu ultra-garni dans lequel il ne manque que Konstantínos, qui a vu sa préparation retardée de quelques jours pour se reposer après l’Euro Espoirs, mais qui voit les apports de Louis, définitivement intégré à l’équipe première, ainsi que des nouveaux venus Pierre et Mateo pour prêter main forte à Marc et Gabriel en pointe.

En tribunes, il y a aussi du changement, Khalid, Bruno et Valentino étant désormais rejoints par leur nouveau coéquipier Esteban dans leur frustration de voir une clique de nuls entourer Louis et Gabriel. Placer deux joueurs pareils dans un tel bouillon de médiocrité, c’est comme donner de la confiture à des cochons.

Le début de match ne se conforme pourtant pas aux craintes des jeunes sevranais, les hommes en noir confisquent le ballon, forts de leur milieu de terrain encore plus imposant que la saison précédente, menant les moins expérimentés dans le public à beugler des “olé” après quatre minutes de jeu.

A la 7e minute de jeu, les sevranais s’offrent leur première action d’ampleur avec une frappe très propre de Marc aux 25 mètres qui passe de justesse au dessus de la barre transversale des visiteurs. Une minute plus tard, Louis obtient un corner après un débordement à grande vitesse dont le guépard de Sevran a le secret, c’est Mateo qui se charge de le tirer, non sans essuyer quelques quolibets du public qui le compare à Passe-partout, et il s’en est fallu de peu pour que le public ravale sa fierté, la tête de Gabriel passant très près des montants adverses.

La domination sevranaise en ce premier quart d’heure de jeu est absolument écrasante, provoquant un net réchauffement du public, au plus grand désespoir de Mickaël et Allan qui avaient préparé leur petite banderole avec slogans hostiles à la direction du club, mais à la plus grande joie de leur ami MC 20 centimes dont la voix est recouverte par le vacarme du stade Alfred Nobel, calmant ainsi toute tentation de l’envoyer sur les grilles.

Sur le terrain, le contraste entre les deux équipes est absolument saisissant, les sevranais ont plus de 80 % de possession, et sont les seuls à avoir l’opportunité de tirer au but, mais les tentatives de Gabriel à 20 mètres puis de Mateo à 25 mètres sont facilement déviées par le portier cristolien, et l’absence de Konstantínos est assez pénalisante sur les corners suivant ces tentatives, Mateo manquant encore un peu de force pour le remplacer parfaitement.

Si parmi le public général, l’ambiance reste à la hauteur de ce qu’on peut attendre d’un match contre un rival, Valentino et Khalid passent leur temps à gratter leurs barbes, l’air inquiets. Il est rare que Louis ait si peu d’espaces pour s’exprimer malgré sa superbe pointe de vitesse, ils voient bien la défense adverse plier mais elle ne semble pas vouloir rompre.

Les craintes de Khalid et Valentino prennent encore plus de volume passé 25 minutes de jeu, la folie du début de match retombe, et le jeu sevranais se transforme en passe à dix assez indigeste, des joueurs comme Marc ou Mateo n’ayant pas la caisse pour tenir 90 minutes à un rythme de barbare.

Sur le terrain, Gabriel est frustré par la situation, il n’a presque aucun ballon à se mettre sous la dent ce soir et le coach ne veut pas qu’il décroche régulièrement, comme 6 joueurs au milieu du terrain, ça fait déjà pas mal. Il passe donc le temps comme il peut en insultant copieusement les défenseurs adverses qui sont chargés de l’escorter, mais malheureusement ceux-ci étant de nationalités serbe et estonienne, ils ne sont pas encore en mesure de comprendre tous les raffinements de notre si belle langue.

Le rideau semblant infranchissable, les milieux tentent à nouveau de faire basculer le match sur un exploit personnel, Pierre ne passe pas loin du statut de héros pour son premier match professionnel après un beau slalom entre les lignes cristoliennes, mais Mateo est trop lent pour récupérer son centre en retrait, à la plus grande fureur de Khalid en tribunes qui aurait rêvé d’être sur la pelouse pour saisir pareille offrande.

La mi-temps se conclut sur un coup franc beaucoup trop enlevé par Gabriel qui certes n’est pas le tireur habituel dans cet exercice, renvoyant ainsi les deux équipes aux vestiaires sur un score nul et vierge. C’est d’ailleurs durant la mi-temps que l’absence de Konstantínos se fait le plus ressentir étant donné que personne n’explose de rage dans le vestiaire sevranais après cette performance des plus frustrantes.

Absence qui aurait largement pu être compensée par Bruno et Valentino s’ils étaient dans le groupe vu leur état d’énervement en tribunes devant tant de passivité, le style Diaz ce n’est vraiment pas pour eux. Pendant ce temps, Esteban se souvenant des moments où ses coéquipiers sont sortis de leurs gonds se rend compte que quand Nacio lui avait dit qu’il aurait affaire à des sanguins, il employait un doux euphémisme.

La deuxième mi-temps commence sur les mêmes bases que la première, au plus grand désespoir de la jeune garde en tribunes qui aurait préféré un schéma plus surprenant de la part du coach Diaz. Les cristoliens, quant à eux, ont pris la pleine mesure de leurs opposants du jour, et leur formation est désormais résolument tournée vers la contre-attaque avec de longs ballons, que Valentino ne peut s’empêcher d’apprécier en connaisseur du genre.

La plus grosse opportunité de but du début de la deuxième mi-temps reste sevranaise, lorsqu’à la 58e minute, Louis transmet un ballon court à Gabriel alors cerné par son duo de gardiens, la nouvelle star de l’effectif parvient à se débarrasser pour la première fois de ses deux cerbères et enchaine sur un tir, malheureusement bien capté par le portier adverse qui réalise une prestation sans faute.

Dix minutes plus tard, Créteil hérite de sa première opportunité dangereuse, lorsque sur un long ballon, la défense sevranaise est complètement piégée, Mohamed et Abdel étant montés bien trop haut et Alexey à l’inverse n’a pas été assez prompt pour mettre en place le piège du hors jeu. Le buteur cristolien n’a plus qu’à effacer le dernier rempart sevranais pour ouvrir le score.

Dans les tribunes, c’est un silence glacial qui s’installe d’un seul coup, on remarque bien la consternation de Valentino et Khalid qui sentaient cette tuile venir depuis de longues minutes et la rage intérieure de Bruno qui rêverait de dire à Alexey ce qu’il pense de son placement, mais qui renonce vite à ce projet en se souvenant qu’il est beaucoup moins musclé que lui.

Alors que le match reprend, Mickaël est tiraillé entre son action anti-maillot noir et sa fougue de supporter, voir tous ces spectateurs incapables de donner le soutien nécessaire à l’équipe est une chose qui l’aurait mis hors de lui en d’autres circonstances. Courageusement, MC 20 centimes tente de relancer l’ambiance. Après que celui-ci ait esquivé une cannette de bière lancée, Mickaël se charge de prendre le relais, la révolution attendra, il se passe des choses bien plus graves.

Le coach Diaz change enfin ses plans, un Mateo complètement carbonisé cède sa place à Hugo Campos, le nouvel attaquant de réserve, bien vite moqué par une bonne partie du public pour sa manière assez étrange de se déplacer, comme s’il avait un balai coincé dans le corps. De son côté, Valentino se moque bien plus de Mateo, avec une condition physique pareille, il ferait mieux de penser au golf plutôt qu’au football.

Les dernières minutes sont truffées d’assauts de l’équipe hôte, à la 80e minute, un contrôle étrange du fessier d’Hugo place Louis dans une situation inespérée de duel, mais la fatigue empêche l’ailier franco-gabonais de cadrer son tir. Puis deux minutes plus tard, Gabriel force de nouveau le passage et parvient à glisser le ballon entre les jambes du portier adverse, avant que son but ne soit annulé pour une faute qui semble discutable.

Alors que les supporters s’adonnent au traditionnel et indémodable chant “Arbitre enculé”, les sevranais ne désarment pas et obtiennent de nombreux corners, le club n’ayant plus de tireur attitré, Marc tente de colmater le vide comme il le peut, mais une seule de ses tentatives est bien placée, hélas Hugo ne parvient pas à cadrer sa tête.

On entre alors dans le temps additionnel, et Alejandro en capitaine qui n’a pas vraiment eu d’occasion de prouver sa valeur, prend une décision forte en jouant le panache pour tenter d’accrocher le nul plutôt que de prendre le maximum de précautions pour éviter le 2-0.

Mamadou Diop, le milieu droit du club parvient à sécuriser le ballon et l’envoie désespérément vers la surface. Gabriel parvient à glisser son pied dans la forêt de jambes, et le portier adverse ne peut que repousser mollement le ballon qui rebondit sur Alejandro, celui-ci amorce sa plus belle frappe, mais elle est déviée par un défenseur adverse. Les cristoliens peuvent désormais tenter d’envoyer le ballon dans le but vide, mais le doublé échappe au buteur de la formation visiteuse, contraint de précipiter sa frappe sous la pression d’un retour fulgurant d’Abdel.

Mais les visiteurs se consoleront bien vite de ce loupé mineur par une victoire sur un rival, pourtant annoncé favori, d’entrée de jeu. En tribunes, la défaite passe mal, Valentino, Khalid et Bruno ont du mal à accepter le fait d’avoir été supplantés pour une telle démonstration de faiblesse physique et d’immobilisme.

Ils ne sont cependant pas les seuls à avoir les nerfs à vif, après avoir su faire preuve de retenue à la mi-temps, le nouveau capitaine Alejandro montre son vrai caractère en hurlant sur chacun de ses coéquipiers pour leur reprocher leur nullité abysalle lors de la rencontre, avant de s’auto-infliger une pénalité de trente pompes pour ne pas avoir su empêcher l’attaquant adverse de le dépasser si aisément.

Le lendemain, Louis se réveille avec la même mine qu’après une sale gueule de bois avant d’être réveillé par Gabriel qui déboule comme un malade, ce coup-ci ravi par la dernière trouvaille folle de son président. Après les joueurs, le club s’attaque au staff, et la nouvelle kinésithérapeute norvégienne serait presque capable de faire oublier les deux filles de la milliardaire suédoise au plus grand séducteur de la cité.

La motivation derrière la folle idée du président Nozaki est de pousser les joueurs à parler plus ouvertement de leurs blessures, le coup du joueur qui joue le héros et qui doit quitter le terrain après un quart d’heure est toujours plus que frustrant pour un coach, et il faut placer l’équipe dans les meilleures conditions.

Gabriel est si enthousiaste qu’il colporte la nouvelle partout avant de tomber sur un Bruno attristé. Le vaillant portugais a une raison de plus de cultiver sa jalousie envers ceux qui ont été retenus dans l’équipe première, les moins de 19 ans ont eu le droit à une kiné anglaise comme on n’allait pas claquer tout le budget là dedans. Gabriel ne pourra répondre à son coéquipier que par ces deux mots “Condoléances, mec”.










Comment ça une erreur ?
Si si, je sais toujours compter

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Chapitre 19
Rien n’a changé

Dimanche 23 août 2015

Le début de saison n’est pas de tout repos pour l’AS Sevran, outre les multiples controverses sur la dérive tout-business du club, les résultats sur le terrain peinent à suivre.

En effet, après la défaite originale, on a cru les problèmes sevranais résolus lors de la 2e journée de championnat contre Lens où les hommes de Luis Diaz ont vite pris l’avantage grâce à un coup franc idéalement tiré par Konstantínos, qui faisait son retour, mais l’équipe encore en délicatesses physiquement s’est liquéfiée dans le final et a été rejointe à vingt minutes du coup de sifflet final par les nordistes.

Ensuite, le coach Diaz a suscité l’étonnement lorsqu’il a aligné une équipe largement remaniée à Auxerre en Coupe de la Ligue, alors que son effectif manque justement d’automatismes. Au milieu de seconds couteaux, Khalid et Daniel ont été les seuls à briller, mais cela n’aura pas suffi, les sevranais sont éliminés du trophée bidon à la gloire de Bertrand Poulain sur le score de 1-0.

La 3e journée a débuté idéalement, avec le premier but de la saison de Gabriel dès la 7e minute du match contre Tours. Mais en panne d’efficacité, les sevranais vont paniquer dans le final, et dans les arrêts de jeu, sur le coup franc de la dernière chance pour les tourangeaux, Mohamed est contraint de stopper le ballon la main sur sa ligne pour empêcher le but. Résultat des courses, carton rouge et pénalty, qui sera transformé, menant à un deuxième nul consécutif.

Lors du match suivant, Gabriel a de nouveau trouvé la faille tôt dans le match, après une superbe percée à la 16e minute. Mais en 2e mi-temps, l’absence de Mohamed s’est cruellement faite sentir en défense et les sevranais ont été cueillis à deux reprises par les lavallois en deux occasions majeures, menant à une défaite sur le score de 2-1 et laissant l’AS Sevran en 16e place avec deux petits points.

Inutile de dire qu’après ce début de saison décevant, beaucoup de regards se tournent vers l’équipe de jeunes, à la recherche du facteur X qui pourrait remettre l’AS Sevran sur de bons rails, la motivation est donc particulièrement forte parmi les recalés pour la réception de Valenciennes, qui, ironie du sort, précède de 5 jours le match de l’équipe A contre la même équipe.

Pour les jeunes, tous les voyants sont au vert, outre le fait que tout le monde est aussi remonté qu’un syndicaliste face à une réforme du droit du travail, Khalid, en manque de temps de jeu, a été autorisé à les rejoindre, Esteban s’est rapproché à plusieurs reprises de son chrono de référence sur 100 mètres lors des derniers entrainements, Bruno a réussi à rameuter tous ses potes portugais au bord du terrain, en espérant les convaincre de faire du lobbying en sa faveur dans les tribunes lors des prochains matchs des A et la danse de la pluie faite par Valentino cette nuit a fonctionné.

C’est d’ailleurs Valentino qui semble le plus motivé pour ce match, se mettant en évidence dès la 2e minute en balançant un long ballon, 60 mètres plus loin vers son nouveau jouet, Esteban, qui a accéléré aussi vite qu’une moto pour saisir la balle, se retrouvant ainsi parfaitement seul face au gardien qu’il s’offre le luxe de dribbler avant de pousser le ballon dans le but vide.

Les valenciennois sont secoués par ce but et se rendent immédiatement coupables d’une passe en retrait mal assurés sur le coup d’envoi, malheureusement pour eux, Esteban était tapi dans l’ombre. L’attaquant espagnol saisit le ballon et a tout son temps pour placer Khalid en parfaite situation pour doubler la mise alors qu’on n’a pas encore joué trois minutes dans ce match.

La situation est idéale pour les sevranais qui peuvent désormais tranquillement jouer le contre, contres sublimés par l’excellent match de Valentino qui multiplie les ballons longs extrêmement dangereux, permettant tout d’abord à Esteban de planter le doublé à la 20e minute de jeu, puis lançant parfaitement Bruno sur l’aile droite, qui enchaine ensuite sur un centre vers Esteban qui se retrouve déjà avec un triplé au compteur à la 26e minute du match.

Après un missile de Bruno des 25 mètres à la 40e minute, le score est de 5-0 à la mi-temps. Le coach laisse alors Esteban, qui n’est pas le joueur le plus endurant du groupe et Khalid, qui doit être gardé au frais si l’équipe A a besoin de lui, se reposer. Vu l’écart, Valentino et Bruno n’auront aucun mal à guider leurs équipiers vers un succès tranquille.

La deuxième mi-temps sera plus calme entre des valenciennois abattus et des sevranais qui cherchent juste à gérer le score, le seul éclair de génie étant une belle percée de Valentino à la 73e minute de jeu qui finira déséquilibré dans la surface. Pour s’amuser, les sevranais laisseront leur gardien tirer et marquer le sixième et ultime but de la journée.

Ce triomphe sur le score de 6 buts à 0 donne l’impression qu’au fond, malgré toutes ces annonces choc, rien n’a changé depuis un an, les jeunes pousses du club inspirent toujours la terreur alors que l’équipe A a beaucoup trop mal à se trouver.

Puisque préserver les vieilles habitudes semble être le dernier chic chez les joueurs, c’est fort logiquement qu’on retrouve la jeune garde dans la salle vidéo le soir même, pour une bonne partie de FIFA-piment.

Ils sont vite rejoints par plusieurs joueurs de l’équipe A, qui ont juste envie de se changer un peu les idées, entre les pleurnicheries autour des grandes manœuvres initiées par la direction du club, l’agacement suscité par le manque de réussite devant le but et le scénario cruel des derniers matchs, les nerfs sont franchement à vif.

Bruno croit alors bon de défiler Pierre, avec sa gueule d’ange et sa manie de passer des heures au téléphone avec sa copine, il ne doit pas être du genre à passer des heures sur console. Dix minutes plus tard, alors que Bruno avale son quatrième piment consécutif et que l’on s’apprête à passer à la deuxième mi-temps, les joueurs entendent frapper à la porte.

C’est Caroline, qui a retrouvé ses lunettes et qui habillée comme une femme d’affaires, accompagnée d’une fort élégante femme métisse d’une trentaine d’années dans une tenue similaire.

Au début, les joueurs ont été plutôt craintifs, avec des dégaines comme ça, ils avaient un peu peur que les deux femmes soient venues pour distribuer des lettres de licenciement, mais ils étaient bien loin de la vérité. En effet, la nouvelle venue, Laura, une conseillère en communication germano-ghanéenne est la nouvelle directrice commerciale du club, qui ressemble de plus en plus à une réunion des Nations Unies.

Laura a recruté Caroline comme assistante, il était important pour elle d’avoir quelqu’un qui connaisse un minimum le comportement du principal produit marketing du club, c’est à dire Gabriel. Un buteur qui a un bon look, qui est jeune, qui est du coin et qui est très talentueux, c’est un peu le rêve du communiquant.

Comme souvent, Bruno n’a pas trop compris ce qu’il s’est passé. Pour résumer très grossièrement, Khalid lui dit que Gabriel est désormais la mascotte de l’AS Sevran mais sans le costume à la con et que la bonnasse qui vient d’arriver, c’est celle qui déciderait de sa marque de caleçons à chaque match. Bruno demande alors de manière tout à fait sérieuse comment il va faire comme il porte des caleçons intégrés au short quand il joue, à la plus grande consternation de ses équipiers.

Gabriel, lui, n’a pas perdu de temps, il sort ses plus belles notions d’allemand, qui lui ont valu un 7 au bac alors qu’il avait pourtant triché, pour essayer de nouer le contact avec Laura, de manière tout à fait professionnelle bien entendu, ce qui est la raison pour laquelle Gabriel s’attarde aussi longuement sur les deux atouts supplémentaires de Laura.

Caroline, quant à elle, discute un peu du plan de communication préparé par Laura avec Louis et Valentino, l’idée est de donner une image décalée au club. Si on vise une communication classique, il y a des milliers de clubs qui ont une légitimité historique plus forte, si on vise une communication sur l’esprit banlieue, on touche une cible restreinte et pas très blindée, alors donner une image de cirque au club, ça aurait le mérite de l’originalité et de l’universalité, d’où par exemple l’idée de la chaine youtube.

Valentino n’est pas un fervent soutien de l’idée, comment se faire respecter par les adversaires si le club apparait sur la jaquette du prochain CD-Rom “Deviens un vrai Kévin” ? Louis lui suggère alors de tacler encore plus brutalement ses adversaires pour que la leçon rentre bien, dans la vie il y a les paroles et les actes.

Quoi qu’il en soit, le respect ne se gagne pas par la communication, mais par les performances sur le terrain et à ce titre, le match contre Valenciennes est particulièrement attendu pour relancer la saison de l’AS Sevran.

Le climat n’a rien à voir avec celui du match d’il y a cinq jours brillamment remporté par les jeunes, la pluie a laissé la place à un soleil éclatant et à de fortes chaleurs. En tribunes, Bruno ne cache pas son inquiétude quant au climat, les fortes chaleurs pourraient peser sur les organismes en fin de match et on a vu que jusque là, la dimension physique apportée par l’équipe n’étant pas optimale.

Sur le terrain, le classique 3-6-1 du coach Diaz est reconduit malgré ses échecs à répétition depuis le début de la saison, et ce coup-ci il n’y a pas d’absent, le trio défensif Alexey/Abdel/Mohamed est reconstitué suite au retour de suspension de ce dernier, le milieu à six Marc/Pierre/Mamadou/Louis/Mateo/Konstantínos ne souffre d’aucune absence et Gabriel est toujours prêt à faire parler la poudre en attaque.

Le match commence par une longue phase de possession, la plupart des équipes de Ligue 2 étant désormais habituées au style Diaz, les valenciennois n’opposent pas grande résistance à cette prise de possession et jouent très bas pour fermer les brèches, contraignant bien vite les sevranais à se contenter de tentatives de loin entre deux séquences de passe à dix.

Le premier quart d’heure passé, les visiteurs s’enhardissent et osent un contre après une perte de balle de Mateo, le retour d’Alexey est tardif et il est obligé de céder le coup franc en plus de recevoir un carton jaune. Le ballon est bien placé dans la boite et la reprise de la tête ne laisse aucune chance à Alejandro qui a décidément peu de chances de briller en ce début de saison.

Les malheurs ayant la fâcheuse tendance de venir en groupe, l’AS Sevran n’est pas au bout de ses peines, trois minutes plus tard, suite à un contact musclé avec un défenseur, Gabriel se plaint d’une douleur au pied. Le staff médical se précipite vers la star de l’effectif, mais les nouvelles ne sont pas bonnes, ils font bien vite le geste indiquant que le match est terminé pour Gabriel.

En tribunes, c’est bien sûr la consternation, MC 20 centimes n’a plus le coeur à chanter après un tel coup dur, Valentino et Bruno espèrent bien sur que cela ne sera pas trop grave, comme il y a des expéditions sur rollers qui trainent. Mais c’est Laura la plus paniquée, qui utiliser comme tête de gondole par intérim ?

Alors que Gabriel est conduit à l’hôpital pour de plus amples examens et que tout le stade retient son souffle pour que sa doublure Hugo Campos ne se fasse pas trop dessus, le match s’enfonce dans une sorte de torpeur, les sevranais étant secoués par ce double coup du sort et les valenciennois restant prudents vu l’étroitesse de l’écart au score.

La mi-temps est par conséquent atteinte sans accroche, dans les vestiaires, Alejandro, en bon capitaine, se lance dans un discours pour remotiver ses troupes, les incitant à rentrer dans la gueule de cette bande de consanguins pour venger leur camarade tombé au combat.

Et le début de deuxième mi-temps est prometteur, les sevranais dominent toujours autant la possession, mais les percées de Louis réussissent enfin à être efficaces, offrant à Hugo puis à Konstantínos, deux belles opportunités qui seront repoussées par le portier adverse.

A la 58e minute, le guépard de Sevran s’offre une nouvelle percée ravageuse, son centre est parfaitement ajusté et Hugo plonge au bon moment, la troisième fois aura été la bonne, l’AS Sevran égalise de façon fort méritée au vu du déroulement de ce début de deuxième mi-temps.

Sur le coup d’envoi, la concentration des sevranais, tout à leur joie n’est pas parfaite, Abdel s’est mal placé, laissant un trou béant sur le flanc droit de l’arrière-garde des locaux, les visiteurs ne se privent pas pour se lancer dans ce couloir, quelques secondes plus tard la sanction est là, l’ailier fixe le gardien puis remet délicatement le ballon en retrait, l’accalmie n’aura duré que quelques instants pour l’AS Sevran.

Konstantínos refuse de se résigner et animé par sa rage intérieure tente de mener la révolte, hélas les rangs adverses sont bien soudés et Louis, jusque là le plus dangereux, commence à fatiguer à devoir courir dans tous les sens. Pire encore, Hugo rate deux occasions nettes arrachés durement par le prodige grec durant les dix minutes suivantes et Pierre, décidément pas à la fête pour ses premiers matchs dans son club de refuge, demande à être remplacé, complètement carbonisé par la chaleur.

La frustration de Konstantínos atteint de tels niveaux qu’à un quart d’heure de la fin, des mots particulièrement fleuris d’un milieu de terrain adverse le font sortir de ses gonds, provoquant ainsi une bagarre générale qui réveille enfin Bruno, qui commençait à somnoler en tribunes et qui encourage bruyamment ses camarades de club à aller broyer du nordiste. Le bilan des courses est clair pour les arbitres, deux jaunes et un rouge de chaque côté, Konstantínos ne pourra donc pas terminer le match avec ses coéquipiers.

Privée de sa star, de son révolté et avec un Louis carbonisé, l’équipe locale semble au fond du gouffre et les valenciennois reprennent à leur compte l’adage selon lequel il est toujours bon d’enfoncer un adversaire jusqu’au bout, en profitant d’une sortie hasardeuse d’Alejandro pour reprendre victorieusement le coup franc consécutif à ce coup de chaud.

Dans le terrible silence du stade on distingue tout de même un bruit de choc, mais impossible de savoir si ce bruit est celui de Konstantínos se défoulant sur la porte du vestiaire sevranais ou celui de Valentino assénant un coup de pied au siège devant lui pour évacuer toute la frustration ressentie devant ce match.

Valentino et Bruno décident alors de quitter le stade, tels deux faux supporters, plus soucieux de vite prendre des nouvelles de Gabriel que d’assister à la fin du calvaire pour leur club. Force est de constater qu’ils ont plutôt bien fait, la défense a encore cédé à deux reprises en fin de match pour un score sans appel de 5 buts à 1, enfonçant l’AS Sevran à l’avant-dernière place du championnat avec deux points en cinq matchs.

Se faisant passer pour le petit frère de Gabriel, Bruno parvient à pénétrer dans l’hôpital et à discuter avec son ami. Celui-ci souffre d’une fracture à un orteil, la bonne nouvelle c’est qu’il aura un peu de temps pour avancer sur son plan drague avec Sonja, la ravissante kiné norvégienne du club, la mauvaise c’est qu’il ne pourra pas jouer pendant deux mois au minimum.

Quand Bruno sort de l’hôpital, il est attendu par Valentino, Caroline et Laura, à l’annonce du diagnostic, Laura commence à dérailler, comment vendre un club qui a eu son image salie tout l’été, qui incarne l’esprit de la défaite depuis un mois et qui en plus n’a plus son principal produit commercial ? L’apprentissage de Caroline sera plus dur que prévu, un peu comme celui de tout le monde au club, d’un certain point de vue.
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Chapitre 20
Ils sont très gentils mais…

Dimanche 30 août 2015

Au milieu de ce flot de mauvaises nouvelles, l’AS Sevran a tout de même un minimum de bonheur, la trêve internationale s’applique également aux clubs de Ligue 2, et tout le monde a deux semaines pour se remettre du KO subi contre Valenciennes et pour préparer un plan alternatif pour le déplacement au Havre pour pallier aux absences de Gabriel, blessé et de Konstantínos, suspendu.

Enfin presque tout le monde, les équipes de jeunes n’ont pas le même calendrier, et dès le surlendemain de l’éprouvante réception de Valenciennes, il leur revient d’apporter une lueur d’espoir au club avec un match à domicile a priori facile contre Rouen.

Malheureusement, la préparation du match n’est pas optimale, outre l’atmosphère de plus en plus détestable autour du club et l’épisode caniculaire qui n’arrange pas tout le monde dans l’équipe, la pression s’intensifie de par le fait que monsieur Miyazaki et sa fille se sont décidés à regarder le match du jour en tribunes.

Lors de l’échauffement, un joueur rouennais, probablement sur les dents depuis que son père est au chômage suite à une délocalisation de l’activité de son usine en Chine, a l’excellente idée de beugler des injures anti-asiatiques à la tribune pendant que les arbitres sont retournés aux vestiaires. Monsieur Miyazaki et sa fille ne comprenant pas tous les raffinements de la langue française, les insultes n’ayant pas été une priorité dans leur apprentissage express de la langue locale, c’est Tomi, le traducteur du club, qui remet cet impertinent à sa place.

Entendant la dispute, Bruno et Valentino sont étrangement attirés, et se rapprochent des tribunes d’un air franchement belliqueux, un échange de mots très rude a alors lieu entre le chantre du Made In France et le bouillant duo latin. Sans comprendre le riche vocabulaire des trois hommes, Kasumi comprend que ça sent un peu le souffre, et se décide à descendre des tribunes pour convaincre Valentino et Bruno de se calmer avant le match.

Mais notre général MacArthur du XXIe siècle est particulièrement inspiré en cette belle journée ensoleillée et se risque à dire qu’on n’a rien demandé à cette pute bridée. Entendant l’injure, Tomi bondit à son tour sur le terrain, afin d’empêcher Bruno de corriger l’impoli comme il se doit, cela ne donnerait pas une bonne image du club.

Mais l’interprète n’est pas au bout de ses peines, il entend distinctement Valentino dire à Bruno qu’il ne peut pas laisser passer l’affront qui a été porté à la famille Miyazaki. Il faut dire que les deux jeunes joueurs étaient là le jour de la visite de monsieur Miyazaki et ils ont bien compris que si Kasumi n’avait pas eu pitié d’eux, ils seraient actuellement dans un club en ruines au lieu d’être dans un club en crise.

Quelques minutes plus tard, le match s’apprête à commencer dans une atmosphère particulièrement lourde. Après une première action sevranaise terminée par un tir trop décroisé d’Esteban, les rouennais récupèrent le ballon. Il ne faudra pas plus de quelques secondes pour que les craintes de Tomi se confirment, après un contact violent sous prétexte de récupération de ballon, on entend un cri strident de l’insolent rouennais, dont la cheville a été écrasée par le pied expert de Valentino.

Bien vite, les esprits s’échauffent, les joueurs des deux côtés divergeant fortement sur le caractère volontaire du geste, et Bruno, jamais à court de bonnes idées, se décide à parachever la vengeance de Kasumi en initiant une belle bagarre générale devant des arbitres totalement désemparés et sous le regard consterné de Tomi, qui est pourtant amateur de rugby suite à un séjour prolongé à Clermont-Ferrand.

De son côté, monsieur Miyazaki ne peut que constater que ses joueurs sont très gentils de défendre ainsi l’honneur de sa fille, mais qu’ils sont aussi très cons, les conséquences de tels actes ne risquant pas véritablement de plaider pour une intégration en équipe première vu la mentalité du coach Diaz. Il aurait bien sûr été plus raisonnable de recruter quelques jeunes de la cité pour mener une expédition punitive à Rouen.

Après quatre minutes de festivités, l’arbitre sévit et exclut Valentino, Bruno et un joueur rouennais qui a trop facilement répondu aux provocations du jeune portugais avant de distribuer sept cartons jaunes, quatre côté rouennais et trois côté sevranais, alors que l’impoli est évacué vers l’hôpital le plus proche, à la plus grande joie du public.

Dix cartons sur la même action, voilà qui donne l’envie à certains joueurs de battre la performance du Portugal-Pays-Bas de la Coupe du Monde 2006, à commencer par Esteban qui parfait son intégration aux rites sevranais d’un très beau tacle par derrière alors que le quart d’heure de jeu n’est pas atteint, alors qu’il plaide la maladresse d’attaquant, il a le bonheur de voir sa victime répliquer d’un coup de tête, qui remet les équipes à égalité numérique, alors que le jeune attaquant espagnol écope seulement d’un carton jaune.

Alors qu’en vestiaires, Bruno et le rouennais exclu avec lui continuent de s’écharper, Valentino subit une double peine, non seulement exclu du match, il doit également supporter les ragots contés par la kiné anglaise de l’équipe de jeunes, qui ne manque pas une occasion de dénigrer sa collègue norvégienne de l’équipe première en sous-entendant qu’elle s’amuserait à allumer la moitié des joueurs, en particulier les plus jeunes. Ceci dit, si la chose est vraie, cela donnera au moins un peu de divertissement à Gabriel durant sa convalescence.

Son calvaire sera interrompu par l’arrivée d’Esteban aux vestiaires cinq minutes plus tard, le jeune espagnol étant exclu à son tour suite à un deuxième carton jaune reçu pour un geste d’humeur sur le portier adverse qui a eu l’outrecuidance d’effectuer une sortie virile alors qu’il semblait parti pour inscrire le deuxième but sevranais.

A la mi-temps, à l’exception de Tomi qui craint des effets à long terme pour l’équipe, le public est particulièrement enthousiaste devant un tel déferlement de violence, les deux équipes sont réduites à 8, et pour ne rien gâcher, l’AS Sevran mène 4-1 grâce à Khalid qui est le seul joueur sur le terrain à avoir gardé son calme durant la première mi-temps.

Le coach est un peu moins enthousiaste, mais Valentino parvient à l’attendrir en lui faisant croire que le contact était parfaitement accidentel et qu’il est sincèrement attristé par les conséquences sur la santé de son adversaire. Quoi qu’il en soit, il demande une deuxième mi-temps qui joue un peu moins sur le fanservice, il ne faudrait pas perdre sur forfait.

Grâce à son petit numéro, Valentino a obtenu le droit de quitter prématurément le stade en compagnie de Bruno et Esteban. Les trois hommes décident alors de tirer profit de ce temps libre pour préparer une belle fête d’anniversaire pour Gabriel le surlendemain, leur camarade étant convalescent, autant faire en sorte qu’il s’amuse bien.

Connaissant les goûts de Gabriel, Bruno et Valentino font découvrir à Esteban le sex-shop le plus proche de leur lieu d’entrainement. Valentino étant encore mineur pour quelques mois, il exhibe fièrement sa licence à l’AS Sevran lorsque la vendeuse lui demande une pièce d’identité.

Esteban découvre alors les vertus du précieux sésame, la vendeuse, non contente de laisser entrer Valentino, tient absolument à le conseiller sur les nouveautés du moment, la popularité de l’équipe étant bien plus liée à la générosité de son propriétaire qu’aux résultats sportifs. Bruno se dit que si elle est prête à faire ça pour le premier jeune de l’équipe venu, il n’ose pas imaginer ce qu’elle ferait à Gabriel si il était venu en personne. Esteban, lui, l’imagine parfaitement.

Etant donné que Gabriel, malgré son rythme diabolique, est encore obligé de dormir seul une nuit sur dix, ses camarades décident de mettre fin à ce manque scandaleux, et par conséquent, ils estiment qu’une poupée gonflable réaliste serait le meilleur présent à lui offrir. Par chance, le magasin dispose d’une offre particulièrement variée, le modèle à l’effigie d’Emma Watson rencontrant par exemple un certain succès, mais malheureusement Gabriel n’est pas fan d’Harry Potter.

La vendeuse suggère alors de se tourner vers Star Wars et propose une poupée Natalie Portman, mais Bruno et Valentino imaginent vite la catastrophe si on filait une poupée casher à Gabriel. Les poupées à l’effigie de Taylor Swift et de Selena Gomez sont recalées avec le même entrain, offrir ça à un fan de rap comme Gabriel, ce serait l’équivalent d’insulter l’ensemble de sa famille, chien compris.

Finalement, sur les bons conseils de Valentino, le groupe se décide à prendre la poupée à l’effigie de Maria Ozawa, ça rendra hommage au bienfaiteur du club, et ça fera du changement pour Gabriel, ce n’est pas à Sevran qu’il enchainera cinq asiatiques en une soirée.

La future poupée de Gabriel n’est pas la seule asiatique à avoir l’impression de se faire niquer en cette fin d’été à Sevran. En effet, le lundi matin est quelque peu délicat pour la famille Miyazaki, le maire de Sevran, a décidé de refuser de délivrer le permis de construire du nouveau stade après une longue réflexion.

Réflexion menée pour des raisons aussi nobles que rassurer les écologistes locaux qui ne voulaient pas d’un tel chantier, que rallier le Parti Communiste Unifié qui reste très influent localement, et qui avait mené une croisade contre la dérive commerciale du club de football local et s’attirer les faveurs de quelques associations de riverains.

C’est forcément un choc, le père de Louis, influent adjoint, avait pourtant mis ses 110 kilos dans la balance pour soutenir le projet, mais le maire a préféré solidifier quelques niches électorales, se disant que club ou pas, les populations des quartiers sensibles le soutiendront éternellement pour avoir remis à sa place le précédent ministre de l’intérieur qui avait utilisé de sombres expressions telles que “racaille” lors de sa dernière venue à Sevran, plutôt qu’écouter un de ses plus fidèles lieutenants.

Le premier réflexe de monsieur Miyazaki est bien sûr d’essayer de trouver une parade légale, pour cela, il faut trouver un avocat maitrisant un minimum les questions sportives. Par chance, Tomi en a un parmi ses connaissances, un suédois nommé Mats, installé en France depuis plusieurs années, mais il se demande si c’est une bonne idée, l’homme ayant un style très particulier.

Ne refusant jamais une solution facile, monsieur Miyazaki se dit qu’il fera l’affaire. C’est ainsi que trois heures plus tard, un type aux airs d’acteur de film pornographique allemand des années 1970 se pointe à l’appartement de la famille Miyazaki. Dans un premier temps, la sécurité croit à un usurpateur, et réagit donc avec son calme habituel en infligeant un bon coup de taser à l’audacieux.

Alors que monsieur Miyazaki commence à se demander qui sont les plus stupides entre ses joueurs et ses agents de sécurité, Tomi et Boubacar, le directeur général du club, briefent Mats qui n’a pas été secoué plus que ça par le choc électrique, il a vu bien pire à des soirées sadomasochistes organisées par le magasine “Frappe-moi avec une fourche”.

Analysant la situation, Mats fait rapidement un double constat, l’argumentaire du maire étant fallacieux, il n’y aurait pas de difficultés à faire annuler une pareille décision en justice. Mais il subsiste un problème, la procédure prendrait au mieux plusieurs mois, au pire plusieurs années.

Le club serait voué à louer un autre stade, qui plus est loin de ses terres, pendant plusieurs saisons en cas d’accession en Ligue 1, le stade Alfred Nobel n’étant manifestement pas assez grand, sans compter que le fait de partager un terrain avec ces barbares de rugbymen est totalement insupportable pour des footballeurs si délicats que ceux qui composent l’effectif de l’AS Sevran.

Bien inspiré par ses manigances autour du baccalauréat, Tomi se demande si le mieux ne serait pas de chercher à contourner les règles, par exemple en faisant construire le stade sur un terrain à proximité immédiate de la ville. L’idée est séduisante, et monsieur Miyazaki charge bien vite Boubacar de prendre contact avec le député de la circonscription, glisser une petite quenelle au maire qui a essayé de piquer sa place il y a quelques années ne sera sans doute pas pour lui déplaire.

Alors que les éminences du club trinquent à la réussite de cette opération de contournement, Valentino, qui a eu vent du refus du permis de construire et qui se doute bien qu’il y a des motivations politiques sous la décision, déboule l’air remonté à la permanence locale du Parti Communiste Unifié, dans l’espoir de s’entretenir avec son camarade Allan.

Le ton adopté par Valentino n’est pas franchement amical, qu’il y ait sodomie sur mouche non consentante pour le maillot, passe encore, chacun son fétichisme, Allan ce sont les symboles, lui ce sont les jeunes femmes déguisées en infirmières, chacun son trip. Mais le blocage d’un chantier qui aurait donné du travail à de nombreux habitants du coin, à commencer par tous les frères de Bruno, ça passe moins bien.

Allan dit fermement que parfois, il faut savoir faire passer l’honneur avant la raison, comme ce qu’il a fait en broyant la cheville du joueur rouennais la veille alors qu’il risque de manger une suspension bien corsée, faisant donc stagner sa carrière.

Son imposant camarade lui répond qu’il y a une différence fondamentale entre leurs sens de l’honneur, c’est que le sien n’a nui qu’à lui même et à l’autre fumier raciste, alors que celui d’Allan risque de pénaliser toute la cité. Il se demande ensuite comment un mec aussi généreux qu’Allan a pu devenir aussi égoïste au contact de la politique, plus intéressé par son image que par les gens avec qui il a grandi.

Alors que Valentino s’apprêtait à tourner le dos à Allan, il revient vers lui et lui dit l’air plus menaçant que jamais : “Si tu nous faire encore barrage une seule fois, je te détruirai comme j’ai détruit ce minable.”.
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Ça fait un moment que j’ai pas posté mais j’ai suivi l’avancée, c’est toujours sympa, ça se lit facilement; on avance dans les saisons, dans les matchs, je trouve ça fluide. Par contre j’avais une question, les personnages sont pour la plupart, caricaturaux, ou presque, on a un trait de caractère principal qui fait sa spécificité et je trouve que parfois c’est un peu tout. On a pas vraiment de nuances d’émotions, de réactions face à telle ou telle chose, c’est assez linéaire. Ça offre l’avantage de pouvoir prendre des “chouchous”, tu aimes le personnage au début et vu qu’il change peu, tu le gardes, mais en même temps, par moment (je parle a titre personnel) j’aurai presque envie qu’ils évoluent un peu plus, qu’ils surprennent en sortant de leur rôle justement. Que ce soit au niveau sportif ou extra-sportif, l’un pourrait être tellement déçu de ne pas être sélectionné qu’il en voudrait à Gabriel et se rejouirait finalement de sa blessure, l’autre verrait bien qu’il y a embouteillage au milieu de terrain et changerait d’attitude pour damer le pion à ses “amis-concurrents” (en incitant l’un à l’exclusion tout en jouant le gentil de son côté pour s’attirer les bonnes grâces de l’entraîneur) bref, sortir du côté gentil pour aller du côté obscur du football qui est aussi fait de ce genre de petites magouilles et tromperies.

Voilà sinon moi je prends plaisir à le lire c’est fluide (de plus en plus je dirai) donc agréable.

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Le fait que j’ai pas mal cherché à rendre mon style moins lourd à digérer en fin de saison 1 et début de saison 2 comme j’avais constaté quelques problèmes à ce niveau en milieu de saison 1, ça m’a peut-être dévié de l’idée de mieux développer les personnages. En effet, la plupart restent très unidimensionnels, il faudrait que je bosse sur les plus importants pour le récit, sinon ils pourraient devenir trop répétitifs.

Pour Gabriel, c’est un peu compliqué, ils ne jouent pas vraiment au même poste, ce serait limite plus pertinent qu’il y ait de la jalousie envers Louis, et je pense qu’il est un peu tôt pour que les autres crèvent de jalousie sur sa mise en avant (qui reste relative, c’est de la Ligue 2, il fait pas encore des pubs pour McDo), mais c’est loin d’être exclu par la suite. Donc je pense qu’à ce moment précis du récit, il est plus logique que les personnages cherchent une occasion de le réconforter tout en s’amusant plutôt que de tenter de tirer sur l’ambulance.

Concernant le côté obscur du football, je n’avais pas non plus envie de trop charger le début de saison qui est déjà assez relevé avec ces histoires de tout-business et de magouilles du maire, mais c’est sur que si on ne veut pas tourner en rond, il faudra bien y venir à un moment ou à un autre du récit.

En tout cas, ça fait toujours plaisir d’avoir ton avis, le but pour moi c’est aussi de progresser un peu sur mon style d’écriture, et il y a besoin d’avis constructifs pour le faire.

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Chapitre 21
Des mecs déraisonnables

Jeudi 10 septembre 2015

A l’approche d’élections départementales, les militants du Parti Pour la Liberté se décident à revenir coller leurs affiches à Sevran, une sous-exposition serait catastrophique pour eux. Vu que leur dernière excursion en ces terres hostiles s’est conclue par un affrontement avec les militants d’Alternative Antifasciste, les courageux défenseurs de la liberté de l’homme blanc hétérosexuel, riche, chrétien et conservateur, se décident à aller coller leurs affiches de nuit.

Alors que les militants s’apprêtent paisiblement à coller une affiche appelant au rétablissement de la peine de mort pour les seuls étrangers, ils sont soudainement alpagués par quatre personnes, perchées sur des rollers, revêtues de combinaisons intégrales de couleur différente, un espèce de monstre violet, un petit teigneux jaune, un gabarit moyen mais élancé rouge, et un grand fin blanc. Une sorte de Power Rangers en version antifasciste.

La technique se rapproche de celle de leurs proches cousins d’Alternative Antifasciste, un bon coup de barre de fer pour tout le monde, ça remet toujours les idées dans le bon sens. Cependant, notre force jaune des temps modernes est bien vite livré à un cas de conscience, il se refuse de se livrer à un acte aussi violent sur une militante de sexe féminin, la parité, c’est cool mais ça a ses limites.

Heureusement, le bon sens de force violette lui a dicté de prévoir un traitement spécifique pour les femmes, il sort donc une tondeuse de sa combinaison, on peut être antifasciste et respecter les traditions. Alors que la victime hurle après les premiers coups de tondeuse, force jaune suggère d’arrêter le châtiment, elle a eu son compte entre la dégradation de sa chevelure et le choc de voir ses amis KO.

Au contraire, force rouge réclame un maximum de violence, comme au Parti Pour la Liberté, ils pensent qu’une peine plus forte est nécessairement plus dissuasive, il est donc probable qu’un châtiment plus mémorable les dissuadera de l’ouvrir une fois de plus.

Finalement, la force des choses pousse au compromis, de peur que les hurlements rameutent du monde, force violette abandonne sa victime, le travail à moitié fait, et le quatuor fuit bien vite par les égoûts, la police ne risque pas d’avoir beaucoup d’éléments vu l’avance prise par nos pseudo-justiciers.

Après une traversée parfaite des égoûts, le quatuor se retrouve dans la cave du centre de formation de l’AS Sevran et défait ses combinaisons, outre Rachid, le jeune amateur de pétanque occupant un des studios du onzième étage, on distingue bien Bruno, Esteban et Valentino.

Il faut dire que depuis qu’ils aient écopé de suspensions allant de quatre à sept matchs, ils semblent quelque peu désœuvrés, et reportent leur volonté d’aider le club sur leur haine envers le Parti Pour la Liberté, qui ne fait certes pas grand chose pour être apprécié par la population sevranaise.

Vu que le lieu est normalement inoccupé à cette heure, les quatre hommes fêtent le succès de leur expédition punitive en s’enquillant une bouteille de porto gentiment ramenée par Bruno de son retour au pays pendant les vacances. Ils sont cependant vite interrompu par un “Les mecs, vous avez pas fini vos conneries ?”.

C’est Tomi, qui avait été alerté par le père de Valentino, inquiet de ne pas voir son fils rentrer de sa soirée FIFA-piment chez Gabriel, les joueurs ayant été autorisés à loger chez eux et non au centre de formation durant cette longue suspension. Privilège accordé sur insistance de monsieur Miyazaki qui a encore cédé à un caprice de sa fille.

La suite n’a pas été compliquée à deviner pour lui, il sait que la cave est un lieu de rassemblent populaire chez les jeunes joueurs comme elle est encore moins surveillée que la salle vidéo, ce qui en fait le repère parfait pour la consommation d’alcool. En revanche, il avoue être un peu plus surpris que ce lieu serve de base arrière pour des activités de toute évidence illégales.

Tomi essaie de donner de la puissance à son discours en secouant un des jeunes, mais malheureusement, mal réveillé, il essaie de secouer Valentino dont les 105 kilos ne sont pas franchement faciles à bouger et finit par se faire mal au poignet. Esteban va alors chercher quelques bandages et lui dit qu’il aurait mieux fait de le secouer lui, ou au pire Bruno.

En fait, les jeunes voulaient donner aux militants du Parti Pour la Liberté une bonne raison de se plaindre. A chaque fois que leur chef est inquiété pour une affaire de corruption, ils crient au complot, à chaque fois qu’un de leurs élus est épinglé pour une injure raciste, ils crient à la censure. Pour une fois qu’on leur donne une raison de se plaindre pour quelque chose d’objectivement vérifiable, c’est à dire un bon coup de barre de fer dans la gueule, ça devrait changer leur perception des priorités.

Manifestement, Tomi est sceptique devant l’impact moral de la chose et ne manque pas de rappeler que s’il comprend la tentation ressentie par ses jeunes amis, après tout qui n’a jamais eu envie de rouer de coups son tonton Henri après un discours raciste ? Ils sont jeunes, ils ont bien le droit de s’amuser, mais utiliser ce genre de méthodes, c’est quand même se rabaisser à leur niveau.

Toujours prolixe quand il s’agit de défendre ses méthodes, certes un peu plus proches de la mafia que d’un mouvement politique, Valentino rappelle la montée du Parti Pour la Liberté alors que tout le monde se l’est jouée digne, d’un niveau insignifiant il y a six ans, à 10 % de l’électorat, de quoi faire regretter le bon vieux temps où l’Union Patriotique Française était seule à l’extrême droite avec son leader sénile. Si la non-violence payait tant que ça, il n’y aurait pas de séquestrations de patrons, de taxis qui s’en prennent aux chauffeurs de véhicules de tourisme et surtout pas de bagnoles cramées après chaque bavure policière.

Tomi essaie alors de cerner les motivations des autres membres du groupe, mais sans surprise Bruno dit qu’il aime juste la baston, ce qui risque d’être un peu complexe pour une discussion philosophique. Esteban, quant à lui, voulait juste se mettre un peu au fait des merveilleuses coutumes locales, mais il est prêt à reporter sa violence sur des sujets moins sensibles tels que la martyrisation des joueurs les plus faibles de l’équipe, ce qui constitue une approche bien plus civilisée de la chose.

L’interprète, en bon amateur de lettres, se lance alors dans sa plus belle tirade pour tenter de convaincre les indécis et ce malgré l’heure tardive, “Un homme sage disait que l’homme raisonnable s’adapte au monde alors que l’homme déraisonnable s’obstine à essayer d’adapter le monde à lui-même. Tout progrès dépend donc de l’homme déraisonnable. Je sais que vous êtes des mecs déraisonnables et que vous voulez faire progresser la société, abandonnez la violence, parce qu’une société où elle a une quelconque valeur est une société d’inégalités”.

Malgré cette brillante démonstration, Tomi reste inquiet de la situation et ne manque pas d’en parler à monsieur Miyazaki et à quelques autres cadres du club le lendemain matin, Laura se montre alors étrangement très intéressée.

La directrice en communication remarque que le trio latin pourrait parfaitement coller à son plan de communication décalée, beaucoup d’utilisateurs de YouTube ont un attrait pour les vidéastes ayant tendance à s’énerver facilement, avec ces trois là, il devrait y avoir de quoi faire un bon lancement pour les chaines du club.

Monsieur Miyazaki essaie alors d’imaginer Bruno et Valentino en vidéastes spécialisés gaming, il ne pensait pas envisager une idée encore plus farfelue que tout ce que le club a traversé ces derniers mois. Cependant, il se dit que si tout tourne bien, il est entouré de génies incompris et que si ça tourne mal, tout le monde sera au moins bien amusé, le risque vaut donc le coup d’être pris et Laura est donc mandatée pour convaincre le trio de canaliser sa violence sur les webcams achetées à prix d’or par le service communication du club.

Laura décide alors de demander à Caroline de se charger de convaincre les garçons, elle les connait mieux qu’elle, mais la jeune apprentie panique un peu devant l’ampleur de la mission, elle ne s’entend pas particulièrement bien avec Bruno et elle peine encore un peu à voir Valentino jouer les clowns.

Malgré son stress plus qu’apparent, Caroline alpague le trio qui est alors en train de faire quelques menues emplettes au supermarché du coin. Elle n’était pas retournée sur les lieux depuis son humiliante expérience de février où elle avait terminé avec des habits en lambeaux, son stress est alors dédoublé par la crainte du fait qu’il y ait expédition punitive en cours.

Certes, Esteban a planqué deux boites de préservatifs dans le sac à main d’une vieille dame, mais dans la globalité, les jeunes ont décidé de faire leurs courses tranquillement, il le faut bien de temps en temps, les bouteilles de whisky ne se remplissent pas toutes seules.

Caroline s’approche si timidement que Bruno croit qu’elle va déclarer sa flamme à Esteban, mais il n’en est rien, elle leur explique la proposition de Laura en bafouillant toutes les trois secondes, trop effrayée d’échouer sur sa première tâche d’ampleur.

Cependant le temps est avec Caroline, un à deux mois de suspension, ça donne un peu de temps à perdre et peu d’opportunités d’atteindre immédiatement le haut de l’affiche. Rapidement, un accord est donc négocié, faire un peu de fric en tuant l’ennui, même s’il y a des questions d’honneur, tout le monde ici sait ce qu’est la valeur de l’argent. L’accord tourne autour d’une idée directrice, pas de censure, si Laura une idée folle, elle doit l’assumer jusqu’au bout.

Alors qu’Esteban et Valentino se dirigent vers le rayon des fruits et légumes pour préparer la prochaine soirée FIFA-piment, Bruno saisit Caroline en lui disant qu’elle devrait arrêter de donner l’impression de s’excuser à chaque fois qu’elle demande quelque chose, elle devrait oser, comme quand elle a voulu mesurer l’engin de Dimitri, après tout si l’équipe était bourrée de gens réfractaires au changement, on ne serait pas en train de construire l’équipe la plus déjantée de France.

Équipe qui joue d’ailleurs en ce vendredi soir le match de la réhabilitation à l’extérieur contre Le Havre, vu le climat tumultueux qui l’entoure ainsi que les absences de Gabriel et Konstantínos, inutile de dire qu’elle ne part pas avec les faveurs des pronostics.

Le 3-6-1 sauce Diaz reste à l’ordre du jour, le coach croit que quand ses nouveaux joueurs se seront faits à ce système, l’équipe sera difficile à arrêter. Forcément, les absents forcent à quelques ajustements, ainsi Louis n’est plus aligné sur le flanc gauche, mais en pointe pour remplacer Gabriel, alors que Pierre monte d’un cran pour remplacer Konstantínos à l’organisation du jeu sevranais.

Le reste de la formation se repose sur le même noyau que contre Valenciennes. Il est aussi à noter que Khalid a été promu de l’équipe réserve pour prendre place sur le banc, même s’il a été jusque là beaucoup trop fragile dans les matchs importants, le coach Diaz espère un délic moral rapide pour que Khalid justifie enfin la très belle réputation qui le suivait en équipe des moins de 19 ans.

Le début de match n’est pas forcément convaincant, le jeune Pierre n’est pas un milieu offensif de formation et cela se voit très bien, le milieu sevranais n’est pas aussi impérial que d’habitude et cela se ressent sur la possession du ballon, les havrais ont plus d’occasions nettes que tous les adversaires des sevranais réunis jusque là.

Mais cela a le mérite de ne pas installer la défense dans un faux rythme, Marc épaule parfaitement le trio défensif qui réussit d’ailleurs sa prestation la plus aboutie en ce début de match, les attaques havraises sont bien contenues, mais les sevranais n’ont pas la créativité nécessaire au milieu de terrain pour organiser de bons contres, et la combattivité de Gabriel manque pour faire vaciller les défenseurs adverses sur un jeu long.

A la 32e minute, les havrais s’offrent la plus grosse occasion de la première mi-temps sur une chevauchée plein centre après une erreur de placement d’Abdel, mais ce coup-ci, Alejandro remporte avec autorité son duel, envoyant le ballon en touche alors que l’audacieux attaquant adverse croyait pouvoir le dribbler.

Le terme de la première mi-temps vient ensuite assez vite, il y a assez peu d’occasions entre deux équipes au final plutôt peureuses. Mais il y a enfin de vraies satisfactions côté sevranais, la défense semble plus efficace quand elle est mieux impliquée, Alejandro a enfin été décisif et Marc est particulièrement précieux dans le repli défensif dans cette configuration plus passive. En revanche, Pierre est inexistant et Louis a bien du mal à faire oublier l’absence de Gabriel, n’ayant pas le même impact à la lutte pour saisir les rares ballons qui lui sont adressés.

Le coach Diaz a appris une leçon des précédents matchs, Mateo fatigue très vite en ce moment, et ce n’est pas sa prestation en première mi-temps qui le rend indispensable, par conséquent Khalid va jouer ses 45 premières minutes en championnat de la saison et apporter un peu de fraicheur au secteur offensif sevranais.

Le début de deuxième mi-temps est havrais, les joueurs normands sont désormais persuadés que jouer trop bas n’est pas utile vu les difficultés du milieu sevranais et sont de moins en moins timides. Un bon centre aurait pu lancer idéalement la mi-temps pour eux, mais Alejandro est monté plus haut que les attaquants locaux, puis c’est un coup franc qui passe 50 centimètres trop haut.

Côté servanais, cela reste laborieux, mais Louis se distingue enfin sur un ballon long de Marc, le guépard de Sevran parvient enfin à semer ses cerbères, mais son tir passe quelques centimètres à gauche des montants havrais.

Les locaux ripostent immédiatement sur un dégagement rapide, face à une défense dégarnie, les deux attaquants locaux réussissent un superbe une-deux, mais au moment de conclure, Alejandro arrive à effleurer le ballon et à l’envoyer sur son poteau, affirmant enfin son statut de patron de la formation sevranaise.

A la 68e minute, Pierre parvient enfin à déborder la défense havraise, de peur d’un retour, il remet vite le ballon en retrait, c’est Khalid qui est sur sa trajectoire, le milieu franco-algérien n’hésite pas et reprend de volée le ballon, le gardien ne peut l’anticiper et celui-ci heurte le dessous de la barre transversale avant de rebondir sur la ligne.

Il y a quelques instants de flottement avant que l’arbitre assistant ne se dirige vers le centre du terrain, indiquant par conséquent à l’arbitre central d’accorder ce but, malgré les protestations des locaux. But probablement accordé à juste titre si on en croit les ralentis, le ballon semblant avoir dépassé la ligne de quelques centimètres.

Khalid peut exulter, jusque là en délicatesse dès que le coach Diaz était sur son dos, il offre l’avantage à son équipe sur sa première tentative du soir. Il pense enlever son maillot, mais il sait que le coach a horreur des cartons jaunes pris pour rien, il décide donc de faire preuve d’originalité et baisse son short pour célébrer son but, révélant un superbe boxer aux couleurs du club, s’en suit une épique traversée du terrain, short aux chevilles, devant des arbitres qui ne savent pas s’il faut sortir le carton jaune vu la rareté du cas.

Le jeu reprend, et les havrais tentent le tout pour le tout, empilant les attaquants et s’offrant quelques opportunités, malheureusement pour eux, rarement franches, Alejandro n’étant pas vraiment mis en difficulté.

Les sevranais ont alors tout loisir de lancer des contres, et Louis est enfin libre d’exprimer sa pointe de vitesse, même s’il est d’accoutumée moins souverain en fin de rencontre, à la 80e minute, sur un très long dégagement d’Alexey, Louis grille tous les défenseurs adverses et se retrouve seul face au portier adverse, celui-ci anticipe mal la direction prise par le très rapide attaquant franco-gabonais et accroche sa jambe au lieu du ballon.

L’arbitre se précipite alors sur les lieux de la faute, et le verdict est sans appel, coup franc bien placé et carton rouge. Les derniers espoirs des havrais s’envolent quelques secondes plus tard, Pierre initie une combinaison mal anticipée par la défense adverse et décale Marc qui dispose d’une excellente position de tir et envoie avec un grand sang-froid le ballon dans les filets adverses, doublant ainsi la mise.

Les havrais abdiquent et la fin de match est bien vite atteinte. Les soucis du club sont loin d’être éteints, mais entre la première victoire, qui plus est à l’extérieur, la sortie de la zone rouge et le déclic psychologique de Khalid, il y a de quoi entendre un peu moins parler de la crise.
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Chapitre 22
Des dents roses fluo

Mercredi 16 septembre 2015

Le grand jour est arrivé pour Laura, son trio de clowns va tourner sa première vidéo, première étape de son plan de communication. Il n’y a pas eu grand débat pour le choix de la première vidéo, Esteban a immédiatement suggéré une vidéo FIFA-piment, ça ne décolle pas trop de l’image du sport et tout le monde sera plus à l’aise avec un domaine connu, ce n’est pas comme si on demandait à mettre l’énorme carcasse de Valentino sur Dance Dance Revolution.

Inutile de dire que Caroline est un peu stressée, mais Valentino la rassure immédiatement, ils ont eu une heure de cours de communication toutes les deux semaines en terminale, tout le monde sera à l’aise, enfin normalement. Bruno est également stressé, mais plus à cause des piments que de la caméra.

Le stress des deux femmes explose lorsque Gabriel arrivé, jonché sur ses béquilles, lui aussi s’ennuie un peu quand il n’a pas de séance de kiné avec la norvégienne, alors quand il a entendu Valentino parler de FIFA-piment, il n’a pas hésité une seule seconde à proposer ses services. Que va t-on dire d’un joueur qui fait l’idiot sur internet en pleine convalescence ? Esteban proteste : “Vous voulez une image décalée ou pas ?”.

Le tournage peut alors débuter, Valentino essaie d’expliquer les règles de FIFA-piment étant donné que les utilisateurs de Youtube ne connaissent sans doute pas tous les raffinements de ce jeu si subtil, mais il bafouille toutes les trois secondes, Caroline ne peut alors pas s’empêcher de repenser au fait que Valentino séchait toujours les cours de communication au lycée.

Laura suggère alors que ce soit Gabriel qui fasse l’entame, il est plus habitué aux caméras étant donné qu’il est dans l’équipe première, les autres se lâcheront plus une fois dans leur élément naturel.

C’est donc le buteur de l’AS Sevran qui présente ses camarades, on sent bien que les cerveaux de Bruno et Valentino sont à la limite d’exploser quand Gabriel est contraint par la réalité de rappeler qu’ils sont membres de l’équipe des moins de 19 ans, mais ils retrouvent leur calme pour l’explication des règles, qui sont fort simples, un but pris, c’est un piment hot thaï à avaler. Des règles dignes du bon temps de Michaël Youn, mais il vaut mieux ne pas le dire à Gabriel pour des raisons évidentes.

Dès le premier match, on sent toute la ferveur des traditionnelles soirées FIFA-piment, avec un très beau duel entre Gabriel et Bruno. Et comme souvent avec les FIFA-piment, c’est Bruno qui avale le premier piment, puis le deuxième, puis le troisième. Au quatrième piment, devant le manque de bonne volonté évident de Bruno, qui ne s’est curieusement pas rué sur la corbeille à piments, Esteban a une idée de génie et enfonce directement le délice dans la bouche de Bruno.

Alors que Laura se frotte les mains devant une bonne scène à buzz, Caroline essaie de se souvenir des coordonnées de l’hôpital le plus proche. Souvenir qui sera d’autant plus crucial après le cinquième piment pris par Bruno qui commence à sentir qu’il a l’estomac en feu et qu’on sait tous que ça redescendra dans quelques heures.

Visiblement l’agonie de Bruno fait rire tout le monde, celui-ci met alors en garde Gabriel qu’il rira moins quand le Portugal battra la France à l’Euro, ce qui fait encore plus rire ce dernier, il faudrait que les poules aient des dents roses fluo pour que le Portugal gagne un match significatif contre la France.

La deuxième partie de la vidéo sera hélas moins exaltante, un piment partout entre Valentino et Esteban, une sinécure pour ces deux allumés. Voila qui va pousser les deux cités à rechercher de nouveaux concepts de vidéo, mais le début suffira largement à faire un bon lancement d’après Laura qui tient à récompenser ses figurants de luxe.

La directrice de la communication tend alors sa main vers son soutien-gorge et en sort un portefeuille bien garni, c’est le seul endroit où il est à peu près sur avec tous les pickpockets dans le coin. Elle remet un billet de 50 euros à chacun de ses figurants, la fête du soir ne sera pas chez Abdullah mais dans un lieu un peu plus huppé comme le McDonald’s du centre-ville par exemple.

Enchantée, Laura se précipite vers le bureau de Tomi pour lui montrer le résultat du premier tournage, mais elle ne peut que remarquer que le traducteur du club, accompagné de Boubacar, la directeur général du club, est consterné devant son poste de télévision.

Sur l’écran, on voit Bertrand Poulain, le président de la Ligue, se vanter de son dernier plan “Avenir Football Élite”, qui prévoit entre autres de réduire avec effet immédiat le nombre de promotions d’équipes de Ligue 2 en Ligue 1 de trois à deux et de mettre en place une répartition des droits de diffusion beaucoup plus favorable à la Ligue 1.

Il faut dire que Bertrand Poulain sait qu’il est en difficulté pour sa réélection. Occupant le trône de la Ligue Française de Football depuis 2000, il a connu des réélections faciles en 2004 et 2012 faute de concurrence. En 2008, en revanche, il a été bousculé, certains dirigeants de grands clubs comme le très influent président de Lyon, se voyaient bien reprendre les clés de la Ligue, c’est alors qu’il a eu son idée de génie.

Il a retourné la campagne avec son plan “FootSpé 2012”, faisant croire à tous les clubs de milieu de tableau que grâce à lui la France sera 3e au classement des clubs européens, que tout le monde aurait des stades de 50 000 places, que tous les joueurs de l’équipe de France reviendraient en Ligue 1, que le chiffre d’affaires augmenterait soudainement de 30 %, que leurs femmes perdraient toutes 10 kilos et que la France organiserait l’Euro 2016. Avec un tel argumentaire, il s’est confortablement retrouvé réélu, et en 2012 il a pu présenter son plan comme un succès grâce à l’organisation de l’Euro 2016.

Ce coup-ci, il sait qu’il n’y aura pas de candidature pour le mondial 2026 pour le sauver, il faut donc chercher à capter une majorité. Et le mode de vote à l’Assemblée générale de la LFF donne la majorité aux équipes de Ligue 1, l’idée est donc de les brosser dans le sens du poil quitte à se faire encore plus insulter dans tous les stades de Ligue 2.

Ce qui est gênant pour l’AS Sevran, c’est qu’une place de promu en moins, qui plus est après le début de saison plus que délicat traversé par le club, cela compromet grandement leurs chances de monter immédiatement en Ligue 1.

La réaction de Boubacar ne se fait pas attendre, il appelle immédiatement à l’organisation d’une concertation entre représentants des équipes de Ligue 2. Les 20 clubs ont encore une chance de faire échec au projet de Bertrand Poulain si la fédération bloque celui-ci, chose qui impliquerait une crise majeure dans la gestion du football français, mais entre une crise et barbiche, il est difficile de considérer le second comme le moindre mal.

Bertrand Poulain s’était bien douté que son projet ne ferait pas que des heureux, il a donc eu l’idée de génie de ringardiser ses opposants par une croisade médiatique. Pour cela, la première étape de son plan était de jouer de ses relations avec le quotidien sportif de référence “Le Collectif” pour glorifier son plan. Et force est de constater que le rédacteur en chef n’y a pas été timidement avec une une tout à la gloire de barbiche le lendemain de cette annonce, qualifié de visionnaire et de trois pages de contenus proches de la publicité pour son plan “Avenir Football Élite”.

Le hasard a voulu que ce soit Konstantínos qui accompagne le capitaine Alejandro à la conférence de presse précédant le match contre Sochaux. Et comme on pouvait s’y attendre avec le brillant ailier grec, la conférence de presse prend vite des airs surréalistes.

Lorsque la journaliste de “Le Collectif” pose sa première question à Konstantínos, celui-ci la traite gentiment de collaboratrice et indique qu’elle sera tondue en place publique quand le football sera libéré de Bertrand Poulain. Après avoir encaissé le choc, elle demande si ce sont des menaces, mais elle n’entend qu’Alejandro lui dire “Ta gueule, la soumise !” de sa voix grave si raffinée, et Konstantínos d’enfoncer le clou par “Soumise au plus grand des soumis, qu’y a t-il de plus déshonorant ?”.

Dans la salle d’à côté, où l’état major du club s’est réuni, c’est bien sûr la consternation, Caroline est en pleine crise de panique alors que Tomi commence franchement à désespérer de ses troupes. Aux grands maux, les grands remèdes, Laura saisit immédiatement son téléphone et contacte Esteban par téléphone, lui demandant une vidéo encore plus corsée pour dévier un peu l’attention.

Malheureusement, vu l’état de Bruno après le dernier défi piment, ça risque d’être compliqué de refaire quelque chose d’aussi drôle rapidement. Laura conseille alors à Esteban de varier, par exemple en s’amusant un peu avec les pom-pom girls. Caroline fait alors une deuxième crise de panique en imaginant le résultat.

Le pire est encore à venir, Yuji, le discret président du club, se rend au domicile de monsieur Miyazaki pour annoncer sa démission. Il décide de prendre l’entière responsabilité de la spirale négative qui entoure le club et renonce donc à son poste pour le bien du groupe.

A vrai dire, monsieur Miyazaki attendait cette démission depuis le début, il savait que certaines pilules seraient dures à faire passer et que son premier président en prendrait lourdement pour son grade. Alors autant que ce soit l’idiot qui lui a fait croire que Sevran c’est presque pareil que Paris qui déguste pendant que son vrai homme de confiance, le vice-président Tanaka, reste au chaud en attendant que la tempête passe.

Mais monsieur Miyazaki n’est pas un monstre et offre un beau placard doré à Yuji, la présidence d’Hard On Offer, une société où certes le directeur général détient tout le pouvoir réel, mais un emploi qui reste agréable, les actrices étant un brin plus dociles que son groupe de bourrins.

Monsieur Miyazaki n’est pas le seul à se frotter les mains, Laura voit en cette démission une opportunité de minimiser l’impact de la sortie peu inspirée d’Alejandro et Konstantínos dans la presse et s’attèle bien vite à la rédaction d’un communiqué de presse où elle condamnera bien sûr l’acharnement dont a été victime le pauvre Yuji, histoire de faire culpabiliser un peu les médias au moment où ils seront plus que tentés de lâcher le coup de grâce.

Tout s’enchaine vite puisqu’au moment où la plume de Laura s’agite, Caroline reçoit un coup de téléphone de Boubacar qui déclenche l’alerte générale, le député local a accepté de diner avec l’état major du club ce soir afin de discuter des problèmes autour du nouveau stade.

Le soir même, c’est donc dans un restaurant chic parisien que le député convie le nouveau président du club, monsieur Tanaka ainsi que monsieur Miyazaki, Boubacar, Nacio, Laura et Tomi pour un dîner de travail dont le thème sera “Comment pourrir ce petit con de maire qui a voulu prendre ma place il y a trois ans ?”.

Le député, qui était en contact avec Boubacar depuis quelques jours, a vite trouvé la solution rêvée pour la construction du nouveau stade, mais il faudra mettre le prix fort. En effet, un terrain à moins de 300 mètres de l’entrée de Sevran est disponible, les logements qu’il contient sont totalement insalubres et l’espace devrait être largement suffisant pour le stade voulu par monsieur Miyazaki, le seul problème étant que le maire de la commune voisine exige que monsieur Miyazaki se charge personnellement de reloger tous les occupants actuels.

Monsieur Miyazaki sort alors un porte-cartes contenant des centaines de cartes bancaires et dit que ce ne sera pas vraiment un problème. Une fort belle alliance est sur le point de se conclure entre le député du Mouvement de la Gauche Antilibérale et le PDG d’Akabura, mais quand il s’agit de taper ce traitre d’écologiste, on peut dire que c’est pour la bonne cause.

Tout le monde reprend espoir, cette année ne sera peut-être pas si pourrie que ça, mais pour relancer la machine, Tomi suggère que le nouveau président Tanaka frappe un grand coup psychologique. Le nouvel homme fort du club acquiesce, mais cela sera fait selon la méthode japonaise.
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Chapitre 23
Un raffinement sans égal

Jeudi 24 septembre 2015

Il règne une certaine effervescence autour du Stade Alfred Nobel en ce jeudi matin, monsieur Miyazaki a décidé d’organiser une conférence de presse exceptionnelle, chose qui n’a pas manqué d’allécher les journalistes. En effet, la dernière conférence de presse en ces lieux s’étant terminée sur un beau scandale, il hume une délicate odeur de sang à l’orée de cet attroupement.

Malheureusement, monsieur Miyazaki n’a pas la prose si poétique d’un Alejandro ou d’un Konstantínos, son discours est plus proche de celui d’un technocrate quelconque, il faudra donc plus s’attacher au fond qu’à la forme. Le fond, c’est tout d’abord que comme prévu, le malheureux Yuji est remplacé à la présidence du club par Katsuro Tanaka, l’homme de confiance de monsieur Miyazaki.

Le nouveau président Tanaka est un homme d’une quarantaine d’années au gabarit assez imposant pour un homme de son ethnie, mais qui parait cependant un brin frêle si on le compare aux gaillards les plus solides de l’équipe. Il est réputé pour avoir été le directeur de la succursale britannique d’Akabura il y a quelques années malgré son jeune âge, il faut dire que monsieur Miyazaki a toujours été impressionné par les capacités de cet homme.

Le président Tanaka a toutes les qualités requises, une grande ouverture d’esprit qui lui permet de savoir comment aborder les salariés étrangers, chose trop rare au Japon, une intelligence absolument exceptionnelle, puisqu’il se murmure que son quotient intellectuel serait supérieur à 150, un apprentissage rapide du français lors de son court mandat de vice-président du club et bien sûr une affinité naturelle avec l’argent qui est la base de toute bonne entreprise capitaliste.

Le seul souci du président Tanaka est que contrairement à monsieur Miyazaki et même à Yuji, il n’y connait pas grand chose en football. Comme beaucoup de japonais, il est plus fan de baseball, chose qui peut cependant lui offrir un sujet de conversation avec certains jeunes de la cité, toujours friands de conversations sur leurs battes préférées, même si certains comme Gabriel estiment que les battes relèvent d’un folklore désuet et que les barres de fer sont plus d’actualité.

Pour pallier à ce manque tout en envoyant un signe fort au traitre qui fait office de maire de la ville, monsieur Miyazaki a décidé de débaucher le père de Louis, jusqu’ici adjoint au maire et principal relais avec la jeunesse locale, pour devenir le nouveau vice-président du club, un spécialiste du coin et un amoureux de football pour conseiller le nouveau président, c’est la combinaison parfaite.

Monsieur Miyazaki n’a d’ailleurs pas résisté à la tentation d’enfoncer encore plus ce cher maire en annonçant la construction du nouveau stade sur le territoire d’une ville voisine, juste devant le panneau “Sevran - Ville Fleurie”. La nouvelle antre promet d’être majestueuse, nantie de 39 000 places, spécialement conçue pour être la plus bruyante possible, dotée d’un mécanisme de chauffage de la pelouse pour limiter les risques de report l’hiver.

Comme prévu, le nouveau stade est totalement financé par Akabura et appartiendra au club, hors de question que des pouilleux de rugbymen ou des pseudo-stars en manque de notoriété posent leurs pattes sur le précieux gazon, ce sera une antre strictement réservée au football. Le petit souci étant qu’Akabura Arena, ça sonne moins historique que Stade Alfred Nobel. Mais les militants du Parti Communiste Unifié pourront cependant se consoler devant la qualité des superbes éclairages rouges à l’entrée du stade.

Pour souder l’ensemble du groupe, le président Tanaka annonce la tenue d’une grande réunion de groupe lundi soir, convoquant tous les joueurs de toutes les équipes du club ainsi que l’ensemble du personnel. Mais la priorité du jour reste bien sûr la réception de Brest le lendemain.

Depuis la débâcle contre Valenciennes, la défense du club s’est spectaculairement ressaisie avec aucun but encaissé sur les trois derniers matchs, mais il manque toujours ce qui fera vibrer les foules avec une attaque peu inspirée, le retour de Konstantínos n’a pas suffi à dynamiter les offensives sevranaises et le coach Diaz a beaucoup de mal a gérer l’absence de Gabriel.

Sa dernière idée a même été de ne faire jouer personne en pointe lors du déplacement contre Evian, chose qui a mené à un match si terne qu’il a fallu que Tomi et Laura interrompent le jeu à boire des jeunes de l’équipe qui avaient parié de prendre un verre à chaque fois qu’il se passerait 3 minutes sans action, match seulement secoué par un très beau coup franc direct de Pierre qui inscrit par la même occasion son premier but sous ses nouvelles couleurs.

Heureusement pour le public du match contre Brest, le coach Diaz a remballé ce très étrange 3-7-0 pour tenter l’inverse avec un dispositif à deux pointes bien plus traditionnel pour muscler l’attaque en l’absence de Gabriel. La défense reste très traditionnelle avec son noyau Mohamed/Alexey/Abdel assisté de Marc et Pierre au poste de milieux récupérateurs.

Le vrai changement est en attaque, avec deux pointes, Mateo se retrouve seul meneur de jeu, permettant à Konstantínos de retrouver son poste fétiche d’ailier droit, l’aile gauche est laissée à Louis qui retrouve lui aussi son poste de prédilection après une expérience peu concluante en pointe.

Le duo de pointe est composé d’Hugo, la doublure attirée de Gabriel qui n’a apporté jusque là que des déceptions et de Khalid qui doit s’improviser attaquant, faute d’une meilleure alternative, inutile de préciser que la défense brestoise ne semble pas véritablement terrifiée par ce défi.

Le début de match est à l’avantage des locaux, la réduction des effectifs en milieu de terrain semble largement compensée par le retour de Konstantínos et Louis à des rôles plus naturels pour eux, leurs accélérations régulières ne permettent pas aux brestois de défendre d’une manière aussi compacte qu’ils le voudraient.

Et bien vite des ouvertures se manifestent, Konstantínos parvient à délivrer deux très beaux centres dans le premier quart d’heure, mais à chaque fois, Khalid est victime de son manque de repères en pointe et arrive une fraction de seconde trop tard pour bien cadrer de la tête. Ensuite, c’est Louis qui se livre à une démonstration de force débordant tout le monde sur l’aile avant de repiquer vers la surface.

Un défenseur brestois désespéré le fauche, alors que le public espère un pénalty, l’arbitre estime que la faute est à l’extérieur de la surface et n’accorde qu’un coup franc. Le défenseur a subi un claquage suite à cette course folle, il est donc évacué du terrain tout en recevant un carton jaune pour sa faute sous les sifflets d’une partie du public croyant en une opération de victimisation bidon.

Sur le coup franc, Konstantínos envoie le ballon dans le paquet, malheureusement, la tête d’Hugo n’est pas assez puissante pour tromper le portier adverse. Frustré, le public fait remarquer en chanson que le buteur portugais s’est encore une fois fait dessus, encore plus frustré, Konstantínos se promet d’étriper ses coéquipiers à la mi-temps.

Les brestois ont peu d’occasion de voir le jour en attaque, Marc et Pierre ont enfin trouvé tous leurs automatismes et peu nombreux sont les ballons sur lesquels Alexey, Abdel et Mohamed ont a forcer leur talent. Les situations les plus dangereuses restent les coups de pied arrêtés, et le public a bien eu peur d’un petit hold up quand lorsqu’un peu avant la mi-temps, le ballon a frisé la barre transversale sur un coup franc lointain tenté directement.

La mi-temps tant attendue par certains arrive, en vestiaires c’est un festival de Konstantínos qui se déchaîne contre ses deux attaquants, si Hugo laisse passer, Khalid n’a pas apprécié le passage où Konstantínos a commencé à parler de la famille. En bon capitaine, Alejandro se sent obligé de séparer ses deux coéquipiers pour éviter toute blessures, malheureusement, il percute Mateo dans son élan.

Le jeune milieu de terrain semble KO alors qu’Alejandro, Konstantínos et Khalid ne savent plus où se mettre et que Louis ne peut pas s’empêcher de penser que jamais Bruno et Valentino n’auraient été assommés sur ce genre de pichenette. Quoi qu’il en soit, le coach Diaz doit trouver une solution pour le remplacer. Khalid, tout heureux du “coaching” de Konstantínos et Alejandro, retrouve donc sa place fétiche de milieu offensif et Michel, un joueur de la réserve prend sa place en attaque.

La deuxième mi-temps débute comme la première, Konstantínos exécute un centre parfait, mais Michel envoie le ballon trois mètres à côté. Il faudra tout le pragmatisme de Khalid et Louis pour empêcher l’ailier grec de frapper son coéquipier d’un soir, pourquoi lui asséner un coup de boule sur le terrain et prendre des matchs de suspension au lieu de le rouer de coups en dehors et s’en tirer sans rien comme la police n’aime pas regarder dans les affaires du club ?

Au milieu de la deuxième mi-temps, Khalid obtient un coup franc excentré, profitant pleinement du fait que les joueurs brestois semblent un brin jaloux de sa facilité pour exécuter le geste de la roulette. Konstantínos se charge de mettre le ballon dans le paquet une fois de plus, ce coup-ci c’est Pierre qui jaillit au dessus de la mêlée malgré son gabarit modeste et qui envoie le ballon en pleine lucarne.

Les joueurs sevranais contrôlent paisiblement le jeu dans le final, le coach ayant fait sortir Michel quelques minutes après le but pour ajouter un quatrième défenseur, le réveil des foules n’est pas pour ce soir, mais les trois points sont là, et l’AS Sevran remonte à la 9e place du championnat, les espoirs de promotion restent donc intacts.

Tout le monde va pouvoir passer un week-end tranquille, à l’exception de Pierre, les lettres d’amour que le milieu de terrain à la gueule d’ange reçoit après chaque belle performance ont quelque peu tendance à susciter la méfiance de sa petite amie qui le retient donc encore plus longtemps au téléphone.

Le lundi soir, il ne manque personne à la grande réunion organisée par le président Tanaka qui compte beaucoup sur cette occasion pour souder les troupes. Monsieur Miyazaki explique rapidement le principe à Tomi et Laura avant que la soirée ne commence, au Japon, il n’est pas rare que patron et employé participent ensemble à de grandes beuveries pour évacuer le stress du travail, et vu les individus qui composent l’équipe, monsieur Miyazaki a bon espoir que la coutume sera très vite comprise des troupes.

Alors que Tomi reconnait qu’il ne voyait pas vraiment les entrepreneurs japonais de la sorte, Laura sent poindre une catastrophe, vu le bordel que peuvent mettre certains joueurs en étant sobres, elle n’ose pas imaginer ce que ça donnerait avec tout le monde bourré.

Mais elle est bien vite arrachée à ses réflexions par un bref discours du président Tanaka qui félicite tout le monde pour la victoire de vendredi avant d’inviter tout le monde à boire un premier verre pour célébrer ce succès. Laura est d’abord hésitante, mais quand Tomi lui dit que le président le prendrait mal, elle engloutit son verre à une allure stupéfiante.

Quelques joueurs musulmans se sont dispensés de cet acte pour des raisons religieuses évidentes, mais ce n’est pas le cas de tous, par exemple Khalid et Gabriel ne sont pas franchement frileux vis à vis de l’alcool et font même un peu de zèle pour plaire au boss en ajoutant trois verres avant le repas.

Le premier plat est un consommé au tôfu et à l’asperge verte, plat assez peu prisé des joueurs qui ont l’impression d’être un repas de l’amicale des véganes, un vrai homme viril ça mange de la viande, idéalement du poulet. Bruno a alors l’idée lumineuse de profiter que le président aie la tête tournée pour vider les plats, mais Gabriel se refuse à le faire comme gaspiller c’est pêcher.

Le président propose ensuite une tournée générale à la santé de Yuji, son malheureux prédécesseur, avant de passer au deuxième plat, le hijiki à la sauce de soja douce, un plat à base d’algues. Caroline essaie de jouer à la femme forte et tente d’ingurgiter cette horreur, malheureusement à la première bouchée elle recrache tout au visage d’Esteban.

Alors que Caroline se confond en excuses, Esteban est au contraire ravi d’avoir un prétexte pour s’éclipser, mais le plus heureux est Konstantínos qui se lance à plein dans la beauferie en faisant remarquer que maintenant on sait que Caroline préfère cracher plutôt qu’avaler.

En pleine forme, le président suggère une nouvelle tournée pour fêter sa prise de fonctions. Ce verre est celui de trop pour la kinésithérapeute norvégienne qui s’effondre au sol. Alors que sa collègue anglaise en charge des équipes de jeunes moque sa petite nature étant donné qu’elle a déjà fait bien pire au pays, Tomi charge immédiatement Mohamed de la raccompagner chez elle, il ne faudrait pas qu’elle fasse des bêtises.

Mais guère de temps pour s’attarder sur ce cas, le saba-soboro-gohan est servi, il s’agit d’une sorte de mixture infernale à base de maquereau sur du riz. Alors que Louis demande immédiatement à savoir qui a vomi dans l’assiette, Gabriel va chercher son exemplaire du Coran pour savoir si on peut faire une exception à la règle anti-gaspillage quand il y a présentation d’un aliment qui devrait être interdit par la convention de Genève.

Alors que Gabriel feuillette frénétiquement son Coran à la recherche de la délivrance, le président revient à la charge pour une nouvelle tournée générale pour fêter le début de la construction du nouveau stade. L’alcool commence à porter ses effets, et Bruno se lance dans une série de chants d’un raffinement sans égal, insinuant que le coach Diaz serait manifestement fort mal doté par la nature et que Laura a très probablement oublié son soutien-gorge en Allemagne.

Alors qu’il s’apprêtait à entamer un nouvel attentat auditif, Bruno est coupé dans son élan par Esteban qui lui enfonce un calmar dans la bouche. Il faut dire que le brillant attaquant espagnol n’a pas trouvé de meilleur moyen d’écouler son plat de brocolis et calmar à la sauce de soja et à la moutarde japonaise.

Le président offre alors une tournée générale au saké avant le dessert. Pierre est vite réprimandé par sa petite amie pour avoir eu l’outrecuidance de vérifier s’il y avait une femme nue au fond du verre comme Marc le lui avait dit, malheureusement la jeune fille étant elle aussi quelque peu éméchée, sa gifle ne s’abat pas sur Pierre, mais sur le malheureux Mateo, qui finit une nouvelle fois sonné. Louis attire alors immédiatement l’attention de tous sur ce babtou fragile qui s’est fait mettre KO par une femelle, à l’hilarité quasi-générale, Mateo aura encore du mal à se faire respecter.

Le clou du repas est le dessert, l’itokiri-dango, un plat à base d’haricots et de riz. Alexey, pourtant dur au mal, en a assez, et déverse discrètement le contenu de son bol au sol. Malheureusement, il a oublié la présence de son pitbull, qui tente directement de l’attaquer après avoir cru à une tentative d’empoisonnement de son maitre.

Pour finir la soirée en beauté, MC 20 centimes a enfin l’opportunité de finir une chanson, tout le monde est en assez mauvais état pour ne pas avoir les forces nécessaires pour piquer un sprint afin de le faire taire. Mais malheureusement il n’a pas le temps d’en entamer une seconde, Allan se pointe à la soirée pour régler ses comptes avec le traitre, qui a tourné casaque à la première opportunité artistique.

Quelques joueurs ouvrent alors des paris sur le vainqueur du combat entre Vincent et Allan, mais Marc refuse de s’y prêter par rejet viscéral du principe de risquer de l’argent, même complètement cuit, il conserve ce côté rabat-joie si distinctif.

Alors que l’ambiance retombe, Gabriel fait une petite vidéo sur son téléphone portable pour la mettre sur les réseaux sociaux. Inspiré, Louis se dit qu’il devrait en faire autant et rallume le sien, il voit alors qu’il a reçu un courriel et se décide à le lire, sitôt le texte lu, Louis hurle sa joie et file sans réfléchir vers son père.

Gabriel voit alors sur le téléphone abandonné par Louis un message rédigé par le sélectionneur de l’équipe de France des moins de 19 ans convoquant Louis pour les matchs de qualification pour l’Euro des moins de 19 ans. Le jeune attaquant, bien qu’heureux pour son ami, ne peut pas s’empêcher de regretter le fait que sans cette blessure, il aurait probablement porté le maillot bleu en même temps que Louis. Valentino le rassure, lui disant que tôt ou tard, ils le porteront tous les quatre en même temps, Khalid ne répond à cette affirmation que par un sourire gêné.
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Chapitre 24
La gueule du cadeau

Samedi 14 novembre 2015

“On a besoin de ta magie, tu rentres !”, cela faisait plus de deux mois que Gabriel attendait que la coach Diaz lui dise ces mots, depuis cette soirée horrible passée contre Valenciennes où la seule chose qui s’est brisée plus brutalement que son orteil fut la solidité d’une défense sevranaise totalement submergée. Mais vu les circonstances, il ne sait pas s’il doit se réjouir de son retour ou de se méfier de la gueule du cadeau.

Il faut dire que pendant ces deux mois, l’équipe s’est trouvée une nouvelle forme d’harmonie sans lui. Au fond du trou après l’humiliation contre les nordistes, la formation servranaise semble avoir réglé beaucoup de ses problèmes lors des dernières semaines, les victoires sont courtes mais elles sont là, la défense bénéficiant d’une plus grande implication de Marc, qui est presque devenu un quatrième défenseur dans cette nouvelle organisation.


L’équipe est désormais cinquième au championnat, à quatre points de la deuxième place, la promotion ne semble plus être un rêve lointain. Seules quelques mauvaises langues ne partagent pas l’enthousiasme général, comme par exemple Valentino, Esteban et Bruno qui se sont décidés à tourner leurs vidéos pendant les matchs, comme les 1-0 moisis, ce sont tous les mêmes.

Le statut de Gabriel comme star de l’effectif semble même remis en cause, il faut dire que Louis a été très solide sous le maillot bleu, cinq buts en trois matchs qualificatifs pour l’Euro des moins de 19 ans, même si les adversaires ne faisaient pas franchement rêver, ça a bien lancé psychologiquement le guépard de Sevran. Ce tremplin semble l’avoir transformé et tout semble lui réussir depuis un mois, il a d’ailleurs inscrit le but de la victoire à cinq minutes de la fin lors du déplacement sur le terrain du Paris FC, il y a une semaine.

Dans de telles circonstances, le coach Diaz n’a pas voulu précipiter le retour de Gabriel, même s’il se sent prêt depuis deux bonnes semaines, tout ce qu’il a obtenu c’est une mi-temps jouée avec la réserve et cette place de remplaçant pour l’entrée du club en Coupe de France sur le terrain des amateurs de Saint Malo.

Dans de telles circonstances, il faut pour lui se montrer particulièrement féroce sur sa première prestation de retour de blessures pour justifier de mettre à mal cet équilibre trouvé sans lui. Mais aujourd’hui, pas grand monde n’a le cœur à jouer.

Comme beaucoup de gens, il l’a entendue en regardant le match à la télévision cette explosion. Comme beaucoup de gens, il a eu peur pour un proche qui était à Paris.

Même une fois rassuré sur la santé de ses proches, il a eu du mal à trouver le sommeil, il sait qu’en tant que personne convertie à l’islam, il va passer de sales moments dans les mois à venir, à voir la haine ressurgir par la faute de personnes qu’il voit comme des traitres, à voir ces ordures du Parti Pour la Liberté favoriser cette haine pour arracher le vote de quelques paumés dans un village de Moselle qui n’ont vu des immigrés qu’à la télévision.

Du coup, il a passé la nuit au téléphone avec Valentino qui était au moins aussi secoué que lui. Cet attentat, c’est encore pire que Charlie Hebdo, on passe de l’attaque de cibles symboliques à des attaques totalement aveugles. Le seul avantage, c’est qu’on trouvera moins d’idiots pour tenter de justifier ça, mais malheureusement, en toutes circonstances, un idiot reste la chose la plus aisée à trouver sur terre.

Au téléphone, ils ont longuement discuté de leur espoir que personne de la cité ne soit impliqué. Cette cité, c’est un terreau fertile pour créer des personnes en état de détresse, de la misère à perte de vue, un dialogue avec la police totalement rompu, la ghettoïsation qui favorise la montée du communautarisme, une domination de l’idéologie viriliste qui pousse chacun à masquer ses faiblesses, mais aussi un sentiment de crise identitaire chez certains.

Rejetés à la fois en France par une opinion de plus en plus tentée par l’intolérance et dans le pays d’origine de leurs ancêtres où ils sont vite vus comme des parvenus, ils tentent de s’identifier à autre chose, et quand c’est la religion, ça part vite en concours de celui qui fera la plus grosse provocation.

Si ce marqueur identitaire manquant c’était l’équipe de football, tout serait plus simple pour tout le monde, même si ce n’est qu’une unité de façade, cela peut faire gagner un peu de temps si précieux à certains jeunes, un temps qui peut changer leur vie. Pour certaines équipes, gagner est un rêve, pour d’autres un devoir vu les sommes investies, pour celle-ci, cela pourrait vite devenir une mission.

Au petit matin, les entraineurs respectifs des deux joueurs ont bien vu qu’ils ne sont manifestement pas en forme pour jouer, du côté de l’équipe des moins de 19 ans, c’est relativement simple, à domicile, il n’est pas compliqué d’appeler un autre jeune joueur en urgence, mais du côté du coach Diaz, il n’y a pas vraiment de possibilité de faire venir un autre attaquant remplaçant, déjà que ceux-ci sont une denrée rare, du coup Gabriel reste mobilisé, en espérant que l’on n’ait pas besoin de lui.

Hélas, Gabriel est loin d’être le seul à ne pas être dans son assiette, beaucoup de joueurs sont encore sous le choc de la veille, si Louis a marqué son but habituel, la défense est dans un jour sombre, et un pénalty obtenu a cinq minutes de la fin a permis aux bretons de faire basculer la partie en leur faveur, menant sur le score de deux buts à un.

En désespoir de cause, le coach Diaz fait sortir un de ses milieux défensifs pour laisser la place à Gabriel, il était difficile de concevoir un moment plus délicat pour relancer la machine, mais pourtant voilà Gabriel à nouveau au sein de l’équipe première de l’AS Sevran.

Konstantínos, armé de sa rage habituelle, semble être le seul joueur à échappe à l’apathie généralisée, même Louis semble terrassé par la fatigue depuis le retour des vestiaires, sur une course rageuse à l’orée du temps additionnel, il parvient à obtenir un corner qu’il se décide à frapper lui-même. Désespéré des faibles résultats obtenus par ses tentatives en direction de Louis et Khalid, il se décide à tenter le pari d’envoyer le ballon sur Gabriel.

Connaissant bien son coéquipier, Gabriel se doutait qu’il serait la cible au premier corner venu, il jette ses maigres forces pour sauter bien plus haut que ses cerbères et place une tête puissante, le ballon heurte le montant gauche avant de repartir vers le centre du but, le gardien le maitrise alors, croyant avoir réalisé l’arrêt décisif.

Mais l’arbitre assistant ne le voit pas de cet oeil là, il se dirige vers le centre du terrain, indiquant que le ballon a franchi la ligne avant d’être contrôlé. L’arbitre central valide le but malgré les protestations bretonnes, les deux équipes iront en prolongations.

Lors de ces deux périodes supplémentaires, les deux équipes semblent proches d’être KO debout, Gabriel aimerait tant que Valentino soit là dans de telles circonstances, histoire qu’il en achève deux ou trois comme au bon vieux temps des équipes de jeunes, mais force est de constater que les sevranais n’ont pas l’avantage physique en ce jour.

Konstantínos a bien compris le danger et se replie tant bien que mal pour parer aux carences affichées par sa défense, la stratégie est claire, espérer qu’Alejandro sauve la mise pour tout le monde lors de la séance de tirs au but. Un coup franc de dernière seconde envoyé au-dessus des cages, et tout le monde peut se préparer à la séance fatidique.

Les sevranais ont la chance de tirer les premiers, Konstantínos, en tant que joueur le plus à l’aise sur cette partie, est désigné pour ouvrir les hostilités, en espérant que ce soit de nature à encourager les autres. L’ailier grec remplit sa part du contrat d’une frappe puissante à raz du poteau droit.

Son confrère breton en faisant de même, le score est à égalité quand Alexey se présente pour tirer le deuxième tir au but, une frappe puissante au centre sans délicatesse, mais très efficace, le gardien adverse avait anticipé un tir à droite. Le tireur breton aurait quant à lui, peut-être mieux fait de l’imiter, sa molle frappe à gauche n’a pas été un obstacle pour Alejandro, et l’AS Sevran prend la tête.

Louis est le troisième tireur, et il confirme son statut d’homme du moment d’une belle frappe dans la lucarne gauche, le tireur adverse efface lui aussi cet obstacle. Vient ensuite le tour d’Hugo, mais celui-ci déçoit une fois de plus au moment décisif en envoyant le ballon au dessus de la barre transversale. Les locaux ont alors l’occasion d’égaliser, mais Alejandro réalise un superbe numéro d’intox en se décalant sur le côté droit, n’osant pas tirer du côté ouvert, le tireur lui fait une véritable offrande qu’il ne loue pas.

Offrande qui met Gabriel en position de sceller ce match et de montrer que fatigue ou pas, il n’est pas le grand espoir de ce club pour rien. Une course d’élan très courte et un ballon qui frise le poteau gauche plus tard, il est noyé sous une marée de coéquipiers reconnaissants, la Coupe de France continue pour l’AS Sevran.

Certains amateurs de sports ont tendance à dire que les champions français n’ont pas une grande force mentale, si cela était vrai, il faudrait d’urgence faire subir un test ADN à Gabriel, les défaillances mentales, ce n’est pas trop son truc.

Même si ce fut contre un adversaire des plus modestes, l’équipe aurait été ravie de célébrer ce maigre moment de réconfort de retour à la cité, malheureusement, le peu de joie qu’ils avaient est cassé par le père de Khalid qui l’informe que sa soeur Sabrina est à l’hôpital des suites d’une agression à caractère manifestement raciste.

De retour de l’hôpital, Khalid explique ce qu’il s’est passé à ses amis les plus proches, alors que Gabriel débute vite une prière pour le rétablissement de Sabrina; Bruno suggère immédiatement à Valentino de réactiver les Power Rangers antifascistes. Après un quinzième de seconde de réflexion et un “Pardon tonton Tomi, mais c’était trop tentant” chuchoté, Valentino félicite Bruno pour sa lumineuse idée et convie tout le monde dans les sous-sols du centre de formation le soir même.

La nuit tombée, le plan est expliqué, l’agresseur de Sabrina devrait logiquement sortir de garde à vue libre en attendant son audience où il prendra très probablement quatre mois avec sursis. Ils savent aussi grâce aux informations données par le petit frère de Louis que la fille de l’agresseur va faire du judo tous les jeudis après le collège.

Le plan est de faire croire à leur proie qu’ils tiennent sa fille en otage, alors qu’elle est en réalité à son entrainement, pour l’attirer dans un entrepôt désaffecté qui a le mérite d’être très proche des égouts et éloigné de la foule. Une fois dans le piège, ce sera selon la créativité de nos vaillants héros, mais à six contre un, l’autre devrait bien manger.

Khalid, Gabriel et Louis acceptant bien vite de participer à cette petite expédition punitive, il n’y a plus qu’à choisir la couleur de leurs combinaisons, un morceau de leur personnalité. Valentino avait déjà choisi le violet car c’est la couleur de la mort en Italie, chose qui lui convient parfaitement vu ce qu’il pense de ses cibles, Bruno a choisi le rouge comme le sang et Esteban le jaune car c’est très voyant, parfait pour provoquer les poulets.

Khalid souhaite se vêtir de vert, la couleur traditionnelle de l’Islam, Gabriel choisit le bleu en référence à l’ambition commune qu’il pense partager avec ses amis et Louis une teinte de jaune plus sombre qu’Esteban en référence à son surnom de guépard.

Alors que Bruno s’apprêtait à contacter l’ami qui leur fournit les combinaisons, les six compères sont interrompus par une voix féminine, c’est Caroline qui les espionne depuis une heure et qui voudrait les rejoindre. En tant qu’amie de Sabrina, elle voudrait donner quelques coups à l’infâme.

Après de longues hésitations, les garçons se disent qu’inclure une femme pourrait être une bonne idée, ce sera plus humiliant pour leurs victimes vu l’esprit viriliste qui règne dans le coin, mais ils posent deux conditions. La première étant que Caroline s’engage à suivre une formation accélérée en rollers, comme ça reste le principe du groupe, et la deuxième étant qu’elle accepte la couleur rose malgré ses idées progressistes, il faut bien que la victime se rende compte qu’elle va se faire écraser la gueule par une femme.

Le jeudi, tout ce petit monde se prépare pour les festivités du soir, une fois la fille de la cible sortie du collège, Louis modifie sa voix et s’empare du téléphone spécialement acheté pour cette occasion pour dire à la cible qu’ils tiennent sa fille et qu’ils n’hésiteront pas à lui broyer les deux bras s’il n’est pas dans l’entrepôt dans trente minutes afin d’écouter leurs revendications pour sa libération.

Quelque peu stupide, la cible ne prend pas soin de vérifier si sa fille est bel et bien disparue et fonce vers ledit lieu. Force verte bondit alors sur lui pour lui coller un bon uppercut pour le mettre au sol, et c’est dans la bonne humeur que tout ce petit monde se relaie pour donner quelques coups de pied à l’infâme.

Alors que force rose s’apprête à attacher sa victime à un poteau, force violette déboule avec une barre de fer, arguant que la cible n’a pas encore eu son compte. Au troisième coup, force bleue et force guépard unissent leur force pour empêcher leur ami d’en mettre plus au prétexte qu’il risquerait de tuer sa cible. Force violette leur demande alors s’il leur manquerait tant que ça, mais force guépard trouve les mots justes en lui disant “Lui non, mais toi si, lâche ça”.

Force violette ne peut s’empêcher de donner un ultime coup de pied au visage de sa cible tout en lui disant que la prochaine fois, il kidnappera vraiment sa fille. Outrée la victime tente de se rebeller, mais force rose détend l’atmosphère en le forçant à sucer langoureusement des merguez sous les rires de toute l’assistance, force violette excepté.

Il est alors l’heure de se séparer, la victime est attachée au poteau et force jaune dit à son collègue le plus nerveux qu’avec ce qu’il a mangé, ça l’étonnerait qu’il recommence. La troupe se dirige donc toute guillerette vers les égouts pour rejoindre sa planque.

Mais alors qu’ils émergent, ils remarquent que Tomi est déjà sur les lieux. Après les avoir applaudi ironiquement il remarque qu’il était venu pour travailler comme traducteur et qu’il se retrouve à faire l’éducateur pour des ados casse-cou. Force guépard ne trouve alors rien de mieux à dire que “Demande une augmentation à monsieur Miyazaki”.
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Chapitre 25
Un gigantesque malentendu

Lundi 7 décembre 2015

L’ambiance est au beau fixe pour les hommes sevranais en ce début de mois de décembre. L’équipe des moins de 19 ans a enfin récupéré son trio infernal et l’équipe première a signé il y a quelques jours son match le plus convaincant de la saison en écartant Metz, rival direct pour la promotion, sur le score de 3 buts à 1 lors duquel Gabriel a montré qu’il a enfin retrouvé tous ses moyens en inscrivant son premier doublé de la saison.

Chez les femmes, en revanche, le schéma est inversé. Après un début foudroyant avec 9 victoires et 1 nul en 10 matchs avec à la clé un total monstrueux de 23 buts inscrits par Kasumi, le dernier match a été bien moins glorieux avec une défaite à domicile sur le score de 1-0 contre Arras, sur une sombre histoire de pénalty.

Lors de l’entrainement de ce lundi matin, le sujet fait encore un peu parler, Kasumi reprochant vivement à Nina, qui évolue au poste de défenseure axiale de laisser encore plus trainer ses mains qu’un vieux pervers dans le métro de Tokyo avant de sortir sa plus belle collection d’insultes, que Tomi refusera naturellement de traduire.

Après cette séance embarrassante qui a duré près de cinq minutes, les filles passent à l’entrainement, mais cela ne semble pas avoir suffi à Kasumi. Elle profite d’un moment d’inattention de Nina pour la déséquilibrer, puis lui piétine frénétiquement la main alors qu’elle est au sol afin de s’assurer qu’elle ne recommence pas.

Devant ce déferlement de haine, Tomi bondit sur le terrain pour retenir Kasumi d’aller plus loin, alors qu’en tribunes, Caroline et Louis sont tétanisés. Une fois le choc passé, Louis remarque que même en cumulant la rage de Konstantínos, l’agressivité de Bruno et l’impulsivité de Valentino, il y aurait peu de chances qu’on en arrive à quelque chose d’aussi sournois.

Alors que Tomi conduit Kasumi aux vestiaires et que le kiné conduit Nina à l’infirmerie du club, on entend toujours la fille de monsieur Miyazaki hurler sur son traducteur. Se disant que cette scène fait suite à une défaite 1-0, Louis a le sang qui se glace en imaginant ce qu’il pourrait arriver en cas de 4-0, elle serait foutue de se ramener à l’entrainement avec une kalachnikov. En fait, ils auraient peut-être mieux fait de s’installer à Marseille qu’à Sevran.

Dans les vestiaires, Tomi doit supporter le discours de Kasumi, qui dit qu’elle a uniquement dit qu’elle trouvait positif que son père s’installe dans ce coin de pouilleux pour ne pas le vexer, qu’elle en a marre de jouer avec des coéquipières sans talent qui ont en plus un quotient intellectuel inférieur à celui d’une moule et qu’elle pense également que Nina n’a été recrutée que pour exciter les vingt mecs en tribunes vu son physique.

Alors que Caroline et Louis raccompagnent Kasumi chez elle, Tomi reste au centre d’entrainement, Laura l’ayant convié à assister au tournage de la prochaine vidéo Youtube, particulièrement enthousiasmée par la dernière idée d’Esteban. Sur le trajet, les paroles de Kasumi lui reviennent à l’esprit, elle n’a pas osé vexer son père, alors que monsieur Miyazaki lui a toujours dit que c’est l’enthousiasme de sa fille qui l’a conduit à ne pas chercher un autre club, le rachat serait-il un gigantesque malentendu ?

Tomi revient dans le présent pour assister au nouveau concept de vidéo sur la chaine, le trio Bruno/Esteban/Valentino a aujourd’hui convié Konstantínos pour jouer le quatrième membre de l’équipe.

Le concept est très particulier, les quatre hommes doivent réaliser le meilleur temps possible sur une simulation de course automobile. Une fois les temps établis, les quatre reçoivent une quantité de lait inversement proportionnelle à leur performance que la pom-pom girl qui leur est associé doit placer dans sa bouche sans avaler. Les pom-pom girls sont alors installées sur des sièges à bascule, la première qui crache sur son joueur a perdu.

Sur la phase de course, Esteban a été largement dominateur, si sa pom-pom girl n’est pas trop fragile, son t-shirt rouge devrait le rester, c’est en revanche plus serré entre les trois autres. La tension monte dans le studio alors que l’on passe à l’étape des sièges à bascule. Il ne faut pas beaucoup plus qu’une minute pour que Bruno reçoive une énorme quantité de lait en plein visage à l’hilarité générale.

Laura est enthousiaste, le rendu promet une très forte exposition sur internet, en revanche Tomi commence à se demander s’il a affaire à une équipe de football ou à une compagnie de cirque. Quoi qu’il en soit, la bonne humeur est là quand Laura convie tout le monde au restaurant ce soir pour fêter le futur succès de ce format.

Chic oblige, ce n’est pas chez Abdullah ni à la pizzeria du coin que se rendent nos héros, mais au McDonald’s de Sevran, où la connexion internet est abondamment utilisé pour que chacun voie le résultat. Le plus beau résultat, c’est que cette petite farce a rendu sa bonne humeur à Kasumi qui a beaucoup ri, la vidéo lui faisant furieusement penser à une de ses émissions japonaises préférées.

En voyant la scène du crachat, elle ne peut pas s’empêcher de rire aux malheurs de Bruno l’idiot, diplomate, Tomi refuse de traduire cette réplique, mais hélas, Bruno connait le sens du mot japonais “baka” et ne manque pas de lui dire. Le visage du traducteur vire alors à un rouge si vif qu’on peut aisément imaginer une conversion au communisme de sa part dans les deux semaines à venir.

Le malaise sera cependant encore plus grand au moment où le gros Paul pénètre dans ce restaurant haut de gamme pour commander 4 maxi best of Big Mac, 3 maxi best of 280, 5 maxi best of Royal Cheese et 8 sundae. Devant le vendeur étonné par cette commande, il se justifie “Oui, je suis au régime depuis deux semaines”.

Si cette commande ravira sans doutes les caisses du McDonald’s, elle agace quelques clients qui tardent à être servis, et malheureusement pour tout le monde, MC 20 Centimes est parmi eux et se met à improviser deux couplets sur son malheur, chose qui ne manque pas de faire ressurgir l’agacement de Kasumi qui lui met un coup de boule dans le thorax. Spectateurs de ce joli geste, Esteban et Caroline se demandent si elle ne ferait pas un bon ajout aux Power Rangers sauce sevranaise, le seul problème étant que force jaune, c’est déjà pris.

Le lendemain, c’est l’enthousiasme qui règne parmi les pontes de l’AS Sevran, des dizaines de milliers de personnes ont déjà eu l’occasion de se foutre de la gueule de Bruno sur Youtube et certains enfants commencent déjà à demander des maillots au nom du nouveau clown d’entreprise de l’AS Sevran.

L’enthousiasme est également là chez Louis, Esteban, Bruno, Mateo, Alexey, Konstantínos, Khalid et Pierre qui ont organisé un strip poker avec quelques pom-pom girls. Gabriel ne s’est pas joint à la fête, jugeant puéril d’avoir besoin d’un jeu pour tremper son biscuit alors que du baratin suffit. De même pour le capitaine Alejandro, qui trouve les gages prévus beaucoup trop gentillets pour ses goûts.

Valentino ne sera pas présent non plus, ce n’est pas le genre de mec le plus à l’aise pour parler avec les filles, mais il va jouer son rôle. En effet, Louis lui a aimablement demandé le meilleur moyen de tricher à un tel jeu. Fort de son triomphe du baccalauréat, Valentino a réussi à se procurer de l’encre invisible et des lentilles spécialement traitées pour déceler ladite encre.

Valentino n’a demandé qu’une contrepartie, l’installation d’une caméra discrète pour profiter de la soirée. En plus cela tombe bien, les pom-pom girls sont toutes majeures, s’ils se font choper, il n’y aura pas de matériel considéré comme pédopornographique, ce qui est une excellente nouvelle.

Le soir venu, Louis et Esteban sont de très loin les plus à l’aise, en effet entre le fait que Pierre craint de se faire griller par sa copine, le fait que Khalid a peur que sa famille entende parler de la soirée, le fait que l’excitation de Bruno se voie à dix kilomètres, la crainte de Konstantínos que les filles aient comploté pour contre-truquer le jeu, les difficultés d’Alexey en français et la timidité de Mateo, la soirée ne passe pas loin de créer une nouvelle échelle du malaise.

Le problème du strip poker à 16, c’est que les tours sont un peu longs, ce qui n’est cependant sans créer quelques avantages, comme par exemple le fait qu’Esteban puisse se rouler un joint entre deux annonces, qu’Alexey puisse servir la vodka pour tout le monde ou que Pierre puisse faire une crise de panique en pensant que sa copine va débarquer.

L’encre invisible fait bien son effet, et ce sont vite les vêtements des pom-pom girls qui deviennent invisibles, seule ombre au tableau, le fait que Bruno soit tellement excité qu’il se plante également dans les largeurs. Est-ce une stupidité feinte pour se déshabiller en même temps que les filles ou une énième boulette de sa part ? N’oublions pas que nous parlons de Bruno…

Pour les garçons, gagner devient si monotone qu’ils se lancent dans des enjeux annexes, par exemple Konstantínos parie 50 € sur le fait que Bruno va s’éjaculer dessus tout seul comme un idiot avant la fin de la soirée et Esteban parie 100 € sur le fait que la copine de Pierre va se ramener, ce qui occasionne une crise de panique chez lui.

Lyndsey et Brooke, deux pom-pom girls recrutées aux États-Unis pour former les plus jeunes pour que le groupe fasse un minimum sérieux, trouvent Pierre terriblement mignon et viennent le chauffer. Il fait une autre crise de panique, au même moment, le téléphone de Louis vibre, c’est Valentino qui se moque de Pierre en écrivant “Tu imagines ce que je pourrais faire à sa place ?”, Louis ne peut pas s’empêcher de trouver un air de déjà vu à cette question.

Alors que la soirée commençait à trainer encore plus en longueur qu’un match de football américain, le moment le plus attendu de la soirée arrive enfin, Brooke perd son soutien-gorge. Pierre fait encore une crise de panique, Alexey commence à en avoir assez de ce petit numéro et assomme son coéquipier, c’était la seule solution pour que la soirée ne se termine pas en débandade.

Alors que son regard était perdu sur la poitrine de Brooke, Mateo reçoit un message de Gabriel “Salut minus, elle est bien ta fête de puceaux ?”, manifestement la star du club n’a toujours pas digéré sa passe trop faiblarde qui l’a peut-être privé d’un coup du chapeau lors du dernier match.

Bruno, quant à lui, est au bord de l’implosion et file soudainement vers les toilettes au plus grand mécontentement de Konstantínos, on en fait quoi de son pari ? Personne ne sait s’il va là bas pour se finir ou pour mettre trois poches de glace. Mais au moins Konstantínos se consolera en voyant que Lyndsey le compare à un dieu grec.

Louis, impressionné par les deux atouts supplémentaires de Brooke et un peu désinhibé par les joints préparés par Esteban a l’excellente idée de lui demander le nom de son chirurgien. Vexée qu’on fasse une telle réflexion à voix haute, Brooke va chercher ses pompons et tente de les faire avaler de force à Louis qui proteste en hurlant qu’il voulait juste rendre un service à Caroline, qui a quelques complexes concernant cette partie du corps.

C’est le moment que choisit Tomi pour débarquer, en entendant tout ce bruit il s’est demandé s’il n’y avait pas une expédition punitive en préparation, alors que tout le monde cherche plus ou moins adroitement à se couvrir, il dit que tant qu’il n’y a pas de violence ça va et s’éclipse dans le plus grand des calmes mais en se demandant s’il est toujours membre du staff d’une équipe de football.
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Chapitre 26
Inventer une nouvelle langue

Samedi 9 janvier 2016

L’atmosphère est électrique au stade Alfred Nobel pour le premier match de l’année 2016 et de la phase retour du championnat de Ligue 2. La réception de Lens, un prétendant sérieux à la montée s’annonce cruciale, une victoire, ce serait une quatrième place à égalité de points avec le troisième.

Bien sûr, barbiche a décrété que seuls les deux premiers monteraient, mais à Sevran tout le monde compte sur Laurent Limagna, le père de Louis et vice-président du club et l’ensemble des dirigeants de Ligue 2 pour faire en sorte que la fédération le fasse plier.

Sur le plan sportif, l’équipe reste sur un nul encourageant sur le terrain du leader dijonnais, la défense semble au point et le retour de Gabriel fait se dissiper une part du casse-tête offensif. Après les expérimentations farfelues du début de mandat du coach Diaz, il s’est rabattu vers une tactique beaucoup plus classique, un 4-4-2 diamant.

Alejandro reste bien sur inamovible dans les buts, la ligne défensive est désormais composée de quatre éléments, Marc a reculé pour rejoindre Alexey dans l’axe de la défense, laissant Abdel et Mohamed prendre les couloirs. Pierre est désormais le seul milieu défensif, Khalid profite de la blessure de Mateo pour prendre le côté gauche et Mamadou le côté droit, faisant de Konstantínos le seul meneur de jeu. La pointe de l’attaque est occupée par le duo Gabriel/Louis.

En tribunes, Esteban et Bruno marquent leur retour, ce n’est pas de gaieté de coeur vu l’indigence des derniers matchs, mais la soeur de l’attaquant espagnol, de visite en France, insistait pour voir un match avec son petit frère et Esteban ne voulait pas rester seul avec elle, lui expliquer dix fois le hors-jeu dans le même match, ce serait surhumain.

Du coup, au studio vidéo, Valentino est seul avec Laura, découvrant le concept initialement prévu pour Esteban. C’est un concept très épuré, ici, il n’est nullement question de bouteilles de lait ou de piments, c’est un strip-FIFA très basique avec l’actrice X russe Natalia Piskareva en guise de perdante.

Valentino comprend vite pourquoi Esteban l’a choisi lui et non Bruno, connaissant son ami portugais, il serait capable de jouer n’importe comment en reluquant Natalia toutes les trente secondes. Lui, par contre, est un vrai pro, bimbo ou pas, un match c’est un match.

Cependant, il reste quelque peu inquiet, l’actrice pour attirer les ados en manque, c’est parfait, mais même si c’est la majorité du public, on risque un peu de perdre le public féminin. Laura lui recommande de faire exprès de prendre un but pour montrer ses muscles. En soulevant son t-shirt à manches longues il dit à Laura qu’il n’est pas sur que les mecs velus ce soit ce qui séduise le plus. Mais elle le rassure, disant qu’avec son look d’homme des cavernes, personne ne s’attendait à ce qu’il soit imberbe et qu’un peu de virilité ça ne fait pas de mal, ça reste la chaine Youtube d’une équipe de foot, pas un magazine gay stéréotypé.

Au stade, les choses sérieuses commencent. Dès la première minute, les sevranais tentent de partir de l’avant sur une percée de Khalid, mais celui-ci se fait subtiliser le ballon par un défenseur adverse. Celui-ci, sous la pression d’un Gabriel remonté, renvoie le ballon loin devant, c’est alors qu’Alexey perd l’équilibre en essayant de contrôler le ballon, qui est alors intercepté par le buteur adverse qui est lancé seul vers le but sevranais. Malgré une tentative de retour désespérée d’Abdel, celui-ci peut initier son duel avec Alejandro et le remporter.

Le stade, d’ordinaire si bruyant, est devenu totalement silencieux suite à un tel coup du sort. Le seul à parler est Bruno qui ne peut pas s’empêcher de dire à Esteban, que si le but sur le terrain est de faire des conneries il peut parfaitement les faire tout seul et pour bien moins cher que les titulaires.

Malgré ce coup de bambou, l’avant-garde conserve sa sérénité et les sevranais dominent le premier quart d’heure, donnant plusieurs coups de semonce, une frappe de Konstantínos en bout de course qui passe quelques centimètres au dessus à la cinquième minute, un corner du même Konstantínos pour une tête de Gabriel repoussée sur la ligne à la huitième minute ou encore un superbe une-deux entre Khalid et Louis qui se termine par une frappe sur le poteau du second cité à la treizième minute.

A la seizième minute, les lensois s’offrent leur deuxième escapade en surface adverse du match, mais Alejandro bloque facilement la frappe molle du buteur de l’équipe visiteuse. Son renvoi est en revanche exécuté de manière désastreuse, un rebond malheureux repousse le ballon vers le meneur de jeu lensois qui peut filer vers les cages sevranaises. Alejandro, trop soucieux de racheter sa bévue essaie maladroitement de reprendre le ballon mais ne fait qu’accrocher son adversaire en pleine surface.

Le pénalty et le carton rouge qui s’en suivent offrent un périlleux dilemme tactique au coach Diaz. A potentiellement 0-2 et 10 joueurs contre 11, faut-il favoriser la défense ou l’attaque ? Au final, le coach Diaz tente une solution polyvalente pour aviser au fil du match. Le malheureux Mamadou sort après moins de vingt minutes de jeu pour céder sa place à Daniel, le portier polonais étant devenu la doublure d’Alejandro. Sur le terrain, Khalid change de côté pour glisser à droite, laissant Louis sur l’aile gauche et Gabriel seul en pointe.

Sans avoir touché la balle auparavant, Daniel ne peut pas faire de miracles, et les lensois mènent déjà 2-0 à la plus grande consternation d’Esteban et Bruno, même en voulant prendre la place de ceux qui sont sur le terrain, ce genre de scénario n’est pas franchement agréable à vivre.

En supériorité numérique, les lensois essaient de contrôler et ralentir le jeu, cela n’apporte pas grand chose face à une défense sevranaise bien en place qui ne panique pas excessivement après ces deux coups du sort. Encore pire, Marc, fort de son bagage de milieu de terrain, exécute plusieurs belles relances, dont une qui met Louis en situation idéale face au portier lensois, mais l’ailier franco-gabonais pousse son ballon trop loin.

Alors que les deux équipes semblent se diriger vers un score de 0-2 à la mi-temps, les lensois obtiennent un coup franc à 25 mètres des buts à un peu plus d’une minute de la mi-temps. La frappe du tireur sang et or est limpide et va échouer dans la lucarne d’un Daniel médusé. L’addition est particulièrement salée à la mi-temps, trois buts de retard et une infériorité numérique. Le coach Diaz se dit qu’il ne devra pas seulement trouver les mots, mais carrément inventer une nouvelle langue.

Dans les vestiaires, c’est Mohamed, capitaine de circonstance, qui relance le moral de ses troupes qui maudissaient le sort, en les incitant à être les seuls auteurs de leur destin lors des 45 minutes à venir, nul ne peut faire abdiquer sa fière troupe sans leur consentement, la moindre parcelle de pelouse doit devenir l’enfer sur terre pour ceux qui se mettront en travers de leur chemin.

Il faut cependant un résultat rapide pour qu’un tel discours fasse pleinement son effet, le coach Diaz se décide à envoyer au diable la prudence, Marc remonte à son poste de milieu défensif, Pierre se cale sur le côté droit, Khalid repart sur le côté gauche et Louis retourne en pointe, ce sera tout ou rien en ce début de deuxième mi-temps.

Surpris par cette charge rapide, les lensois paniquent en défense, voyant ses adversaires déstabilisés par le nouveau placement de Pierre, Marc le vise abondamment dans les premières minutes de ce second acte. Et à la 51e minute, il trouve Pierre parfaitement isolé sur le côté droit, celui-ci a tout son temps pour centrer et trouver la tête de Louis qui débloque le compteur des locaux.

Dans les minutes suivantes, le combat change totalement d’âme, pourtant en supériorité numérique, les lensois paniquent totalement face au jeu très agressif des sevranais, une frappe de loin de Khalid trois minutes après la réduction du score sonne un premier avertissement, puis c’est un corner envoyé par Konstantínos sur Marc qui enlève trop sa volée qui fait trembler les visiteurs.

A l’heure de jeu, le même Konstantínos voit un espace béant entre les deux défenseurs centraux lensois, il y envoie le ballon, et c’est Louis qui va le chercher, laissant s’exprimer sa fameuse foulée de guépard. Ce coup-ci, il ne loupe pas son duel, il lobe tranquillement le portier adverse qui tentait de s’emparer de la balle au sol et ramène les locaux à un seul but de leurs rivaux à une demi-heure de la fin.

Le stade Alfred Nobel, censé un quart d’heure plus tôt être le parc d’une longue promenade tranquille pour les lensois se transforme peu à peu en véritable guet-apens, le public est incroyablement bruyant, le scénario oppressant et les contacts imposés par les locaux très rugueux.

Quatre minutes après le deuxième but sevranais, les locaux se montrent une fois de plus à l’offensive, Khalid réussit un superbe coup du sombrero sur le défenseur latéral adverse et se retrouve seul sur l’aile gauche, malheureusement son centre en retrait vers Gabriel est trop mou et ne viendra pas récompenser son action comme il se doit.

Sur le renvoi consécutif à cette action, Louis tente de se montrer agressif à la conquête du ballon et tacle un défenseur adverse d’un geste extrêmement maladroit d’attaquant. Alors que la victime du tacle reste longuement au sol, entourée du staff médical de l’équipe visiteuse, les arbitres discutent tout aussi longuement entre eux. Les joueurs lensois réclament une sanction, alors que Konstantínos va gentiment les chambrer à coups de “elle a rien votre tarlouze”.

Malheureusement, le très brillant argumentaire de Konstantínos ne sera pas entendu, et Louis sera exclu pour ce fait de jeu, laissant ses partenaires à neuf, chose qui ne manque pas d’irriter le public local qui reste cependant sobre dans ses invectives, en ne menaçant l’arbitre que d’un viol dans un parking de la cité.

Alors qu’il reste environ vingt minutes, le coach Diaz décide une nouvelle fois de prendre la décision la plus risquée en faisant entrer Hugo afin d’avoir un second attaquant de pointe sur la pelouse, il choisit de faire sortir Marc qui lui semblait décliner depuis quelques minutes. Konstantínos part sur l’aile droite, son poste de prédilection, alors que Pierre reprend la place de Marc comme milieu défensif, il n’y a plus de meneur de jeu à proprement parler.

Avec une défense désarmée, les sevranais laissent forcément quelques opportunités en chemin à leurs visiteurs, à la 79e minute, le buteur lensois déborde un Alexey épuisé sur une longue passe, mais il tergiverse trop et Mohamed revient sur lui comme une fusée et lui subtilise le ballon qu’il renvoie loin devant, sur la tête de Khalid qui le dévie lui-même sur Konstantínos qui tente une frappe de l’entrée de la surface qui ne passe qu’à une dizaine de centimètres du poteau droit des visiteurs.

Plus la montre s’égrène, moins les lensois acceptent de prendre l’initiative malgré leur double supériorité numérique, et un immense frisson parcourt tout le stade lorsque sur un des derniers coups francs de la rencontre, Konstantínos place le ballon dans la boite, mais malheureusement, Hugo se montre une fois de plus faible dans les moments décisifs et envoie le ballon dans les tribunes du stade Alfred Nobel.

Alors qu’il reste deux minutes dans le temps réglementaire, les lensois sont bien en place et ne veulent pas laisser d’espace pour tirer. Qu’importe, Gabriel tente d’une position improbable, dans un angle que beaucoup qualifieraient d’impossible, sa tentative surprend totalement le portier adverse, qui paniquant, laisse filer le ballon entre ses jambes, permettant à l’AS Sevran d’égaliser devant un public en délire qui invite les visiteurs à retourner sodomiser leurs cousines.

En double supériorité numérique, les lensois n’entendent pas laisser filer cette victoire qui leur semblait promise et se regroupent en attaque, côté sevranais on décide vite de se placer pour le contre, Gabriel et Hugo campent donc au milieu du terrain alors que le reste de l’équipe s’est repliée, une victoire obtenue en de telles circonstances serait si éclatante.

Alors qu’on a entamé le temps additionnel depuis deux minutes, les visiteurs obtiennent un coup franc excentré et l’envoient sans réfléchir dans la boite, vigilant, Mohamed le repousse de la tête sur son coéquipier Pierre, celui-ci se lance dans une longue chevauchée pour servir au mieux Gabriel qui se présente seul face au portier adverse.

Plutôt que de tenter de tirer ou de dribbler, Gabriel se tourne vers l’option qui lui semble la plus sûre, une passe en retrait vers Hugo, malheureusement celui-ci manque lamentablement son contrôle et un défenseur adverse de retour peut récupérer le ballon. Il l’envoie loin devant, Pierre tente d’accélérer pour le mettre en touche, mais il est rattrapé par ses 90 minutes d’effort et est débordé par l’attaquant remplaçant lensois qui n’a plus qu’à glisser une petite passe en retrait vers son meneur de jeu pour gommer les 45 dernières minutes en une fraction de seconde.

A l’autre bout de la ville, dans le même temps, Laura organisait un débriefing avec Valentino suite au tournage de sa dernière vidéo pour rechercher les moyens qu’il montre plus d’aisance devant la caméra les prochaines fois. D’un seul coup, Valentino se tait, comme s’il était ailleurs. Laura s’inquiète de son état de santé, mais il la rassure vite en lui disant que c’était juste une petite absence, comme s’il venait de comprendre ce qu’il est arrivé à l’autre bout de la ville.

Le silence est également de mise dans les vestiaires pendant de longues minutes, jusqu’à ce que Gabriel se décide à vider son sac en disant à Hugo qu’il s’était encore fait dessus. Sa seule réponse étant un “Comment tu l’as su ?”, Konstantínos exprime toute sa rage et bouscule violemment son coéquipier. Il faudra vite trouver une nouvelle solution en attaque pour ne plus rater de telles opportunités.

Le soir, Laura est avec Caroline et Tomi pour visionner la vidéo tournée durant l’après-midi, le sujet n’excite pas vraiment ses invités mais la directrice de la communication avait besoin d’un œil neuf avant de valider la publication de la vidéo. Au moment où Valentino encaisse volontairement un but, Tomi s’amuse du fait que Laura ait réussi à le convaincre d’enlever le haut, lui qui se trimballe toujours avec des t-shirts tellement grands qu’ils recouvrent tout sauf ses mains.

Dans le même temps, Caroline a soudainement très chaud, elle se rend compte qu’elle s’est épuisée pendant des mois sur Bruno alors que son coéquipier est nettement plus conforme à son idée de la virilité. Quelques instants plus tard, Tomi remarque même que Caroline est en train de baver, sitôt cette remarque prononcée, Laura déclare que tout est parfait et qu’on peut publier la vidéo.
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Chapitre 27
Se dégourdir les muscles

Vendredi 22 janvier 2016

Le déplacement à Tours, pour la 21e journée de Ligue 2, s’était mal passé. Pour compenser l’absence de Louis, le coach Diaz a tenté de maintenir le 4-4-2 diamant avec Konstantínos en pointe. Malheureusement, le prodige grec ne semble pas vraiment fait pour ce rôle, et c’est un manque total de créativité qui aura caractérisé la prestation sevranaise. Seule satisfaction, la bonne forme de Daniel aux buts qui aura permis de sauver un score nul et vierge.

Voyant qu’il ne peut pas jouer à ce point sur la polyvalence de ses joueurs, le coach Diaz avait deux possibilités devant lui, recruter en urgence un attaquant plus solide qu’Hugo, qui est devenu la risée de la ville entière, ou faire immédiatement sortir son joker de l’équipe des moins de 19 ans.

Le coach Diaz ne pensait pas avoir besoin d’Esteban si tôt, et imaginait pouvoir lui offrir un an en équipe de jeunes loin de la pression pour développer son talent exceptionnel. Mais la situation impose des mesures fortes, et le jeune attaquant espagnol va pouvoir découvrir l’intense ferveur des stades de Ligue 2, sans doute un rêve d’enfance.

Du coup, Bruno et Valentino se retrouvent seuls tauliers de l’équipe des moins de 19 ans et seuls maitres du groupe des Power Rangers antifascistes. Cette semaine, ils se sont donnés un objectif facile, incendier le véhicule personnel du directeur de la banque de la ville après ce que celui-ci ait refusé un crédit à Vittorio, le père de Valentino, sans doute par réflexe xénophobe envers les italiens.

Pour cette mission, outre Bruno et Valentino, Louis, toujours suspendu suite à son tacle maladroit, est là pour se dégourdir les muscles, Caroline s’est aussi laissée embarquer dans l’opération, on se demande bien pourquoi. L’équipe est donc composée des forces rouge, violette, guépard et rose.

Les conclusions du précédent incident ayant été tirées, Tomi est désormais prévenu à chaque raid, comme ça il n’a pas à s’inquiéter pour sa bande de petits inconscients les autres soirs. Chose qui a en plus l’avantage de pouvoir plus facilement s’organiser s’il y a un incident, même si on ne voit pas trop le genre de problèmes qu’il pourrait y avoir à aller chasser du facho à rollers avec option barre de fer et cocktail molotov.

L’expédition punitive est la plus simple qu’ils aient mise au point jusque là, des voitures cramées, ce n’est pas ce qu’il manque dans la ville, même si le quartier où vit le banquier reste moins habitué à la chose que la cité des cerisiers fleuris. A l’origine, le groupe avait imaginé rouer de coups l’indélicat, mais après les deux précédentes attaques à coups de barre de fer, Bruno a suggéré que l’on tente d’autres méthodes de militantisme.

C’est donc en pleine nuit et armés de cocktails molotov que nos vaillants combattants se dirigent vers l’Audi du directeur et se servent dudit véhicule pour dresser un immense feu de joie, pour une fois qu’un incendie de voiture tombe sur une personne qui le mérite, il y a de quoi se féliciter un peu.

Pour éviter tout problème d’arrivée trop rapide de la police, le groupe fuit promptement vers les égouts de la ville. En sautant dans les égouts, force violette commet un mouvement trop brusque et ressent immédiatement une vive douleur au mollet. Fort heureusement pour lui, il parvient à contenir son cri de douleur pour ne pas être repéré, mais il est incapable de marcher par ses propres moyens.

Force rouge et force guépard se retrouvent contraints à faire usage de toute leur musculature pour tenter de faire péniblement avancer la bête, alors que force rose part loin devant pour prévenir Tomi. En pleine nuit, Tomi parvient à faire venir Rachid et MC 20 centimes pour qu’ils aident Louis et Bruno à porter Valentino ainsi que la kiné anglaise de l’équipe de jeunes pour le traiter au plus vite.

La kiné ne manque de raconter sa jeunesse à tout le monde, disant que la fougueuse jeunesse sevranaise lui rappelle quelques amis louches qu’elle avait quand elle vivait à Birmingham, pendant que Valentino semble agoniser.

Mais elle n’en oublie pas de rester sérieuse et se doute rapidement que Valentino a subi une déchirure du mollet, elle prodigue donc les soins d’urgence qui sont l’immobilisation du muscle et l’application abondante de glace en attendant qu’on puisse trouver une histoire bidon autour de la blessure pour l’emmener à l’hôpital sans que personne ne fasse le lien avec les individus masqués qui ont incendié un véhicule cette nuit.

Alors que les autres débattent du meilleur bobard possible, Valentino se rend compte qu’il n’y a que très peu de chances qu’il rejoue cette saison, une année totalement gâchée de son côté. L’année prochaine risque de faire la différence entre une carrière de joueur de football professionnel et une carrière de serveur à la pizzeria du coin.

Le lendemain matin, Tomi s’est chargé de mettre sur pied un récit selon lequel Valentino s’est blessé par pure inadvertance au réveil, en sprintant pour ouvrir la porte à Louis qui venait lui rendre son disque dur. Il s’agit de ne pas déstabiliser l’équipe première le jour d’un match très important contre Laval.

En effet, le club est tombé à la septième place suite à la déception du déplacement à Tours et a cruellement besoin d’une victoire pour se relancer dans la course à la promotion. En face, Laval pointe à la onzième place et se présente comme un adversaire abordable si les hommes du coach Diaz jouent à leur meilleur niveau.

Le 4-4-2 diamant qui a mené à une hausse de la sérénité de l’équipe est conservé, mais avec quelques surprises. En effet, Alejandro a été laissé sur le banc au profit de Daniel qui sort d’une très belle prestation contre Tours, un manque de confiance envers le capitaine qui ne manquera pas de faire polémique si les choses venaient à mal tourner.

En revanche, la défense est des plus classiques, Abdel et Mohamed sur les côtés, Alexey et Marc dans l’axe, rien à signaler. Le diamant a un peu évolué, Pierre reste le milieu défensif de référence et Khalid reste à gauche en l’absence de Louis mais Mateo signe son retour à sa pointe, ce qui permet à Konstantínos de retourner à droite, son poste de prédilection. Mais l’attraction du match est bien sur la premier match professionnel d’Esteban qui complète la pointe de l’attaque sevranais avec Gabriel, la star de l’effectif.

En tribunes, Bruno et Louis sont bien là pour encourager l’équipe et plus particulièrement Esteban, Valentino aurait bien aimé venir, mais son mollet droit n’est pas du même avis. Également présent, MC 20 centimes s’est promis de mettre le feu au stade, non pas avec un cocktail molotov, mais avec ses rimes, voila qui promet un match animé.

Et force est de constater que les premières minutes offrent bien plus de spectacle en tribunes que sur le gazon, alors que les joueurs des deux équipes sont en pleine phase d’observation, trahissant le manque de confiance des locaux. En tribunes, le spectacle est bien là, MC 20 centimes subissant une véritable expédition punitive menée par Allan et ses sbires qui n’ont que modérément approuvé sa petite trahison de la soirée organisée par le président Tanaka.

Il faut dire que si la lutte d’Allan contre les maillots noirs et le nouveau stade a plutôt porté à sourire, elle ne résume pas l’envergure de ce courageux militant. Réussir à vendre de la gauche chrétienne à Sevran, c’est comme réussir à vendre des radiateurs à des mauritaniens, une mission qu’on pense impossible. Pour cela, il vaut bien sûr une certaine éloquence, qualité essentielle du bon politicien, mais aussi et surtout un bon crochet du droit, pour respecter les coutumes ancestrales de la cité des cerisiers fleuris.

MC 20 centimes sort perdant par KO de l’incident alors que Bruno se dit que c’est bête qu’Allan se soit embrouillé avec Valentino, comme en combinant sa petite troupe avec les Power Rangers antifascistes, il y aurait de quoi pousser ces ordures du Parti Pour la Liberté hors du territoire de Sevran.

Il faut croire que le bruit de MC 20 centimes s’écrasant sur une barrière de sécurité a réveillé certains joueurs sevranais, en effet, Konstantínos tente une frappe à l’entrée de la surface qui passe à droite du cadre, puis c’est Khalid qui se distingue d’une belle percée, mais son centre est trop long pour que Gabriel puisse en faire quoi que ce soit.

Les lavallois ne répliquent qu’assez timidement en contre, mais Alexey et Marc ne sont jamais débordés et seules des frappes lointaines un peu faiblardes sont tentées, sans aucun danger pour le portier polonais de l’AS Sevran.

De l’autre côté en revanche, on retrouve enfin l’AS Sevran conquérant de la deuxième mi-temps contre Lens, Gabriel parvient à se débarrasser de ses cerbères au forceps mais bute sur le gardien adverse, puis c’est Khalid qui tente une ouverture en profondeur pour Esteban, mais son ballon est trop long, ensuite même les défenseurs se joignent aux hostilités, une frappe lointaine de Marc, bien démarqué, n’échoue qu’à quelques centimètres du poteau droit.

Peu après la demi-heure de jeu, Khalid réalise à nouveau un débordement des plus inspirés, mais son centre est dévié par un joueur lavallois. Khalid s’agite immédiatement, et pour cause, son adversaire a dévié le ballon de la main, alors que l’arbitre central n’a pas immédiatement réagi, son assistant l’appelle pour confirmer les dires de Khalid.

L’arbitre accorde donc logiquement un pénalty à l’AS Sevran. On compte à nouveau sur les nerfs d’acier de Gabriel pour le transformer, ce qui est fait d’une frappe puissante à raz du poteau gauche, les locaux ouvrent très logiquement le score.

C’est sur ce score que les deux équipes rentrent aux vestiaires, le coach Diaz boit du petit lait, il n’y a pas grand chose à changer dans cette équipe, il suffit de veiller à ne pas se relâcher et à jouer de la même manière en deuxième mi-temps.

La deuxième mi-temps reprend sur le même rythme, les chevauchées d’Esteban sont ravageuses face à une défense épuisée, mais malheureusement pour les hôtes, il pêche encore un peu à la finition. Gabriel demeure plus dangereux, sa tête sur un centre de Konstantínos s’écrase sur la transversale.

Peu avant l’heure de jeu, sur un corner, le gardien lavallois repousse de justesse la tête bien placée de Khalid, mais le ballon atterrit sur Marc totalement démarqué à 25 mètres du but, qui reprend de volée le ballon qui finit dans la lucarne, pour son premier but de l’année, mais quel but.

Le sort semble scellé tant les lavallois semblent impuissants sur ce match, et le coach Diaz opte pour la sécurité maximale en faisant sortir Esteban pour faire rentrer un second milieu défensif. La fin de match sera le théâtre de longues séquences de possession ennuyeuses mais chronophages fort bien exécutées par les locaux qui s’offrent une solide victoire 2-0.

Ce succès fait remonter l’AS Sevran à la cinquième place, à seulement deux points du podium, de quoi relancer le moral des joueurs après deux semaines très difficiles. De chez lui, le séjour à l’hôpital n’ayant duré que quelques heures, Valentino a probablement apprécié.

Après le match, alors qu’il s’apprêtait à faire un petit match sur FIFA, il entend frapper à sa porte. C’est Caroline qui s’est déguisée en infirmière, lui apportant une boite supplémentaire de médicaments contre la douleur. Au début, il a pensé à une petite blague de la part de son amie pour un peu égayer sa journée. Mais en la voyant se pencher ostensiblement pour indiquer qu’elle a oublié ses sous-vêtements à la maison, il comprend que ça va un peu plus loin que la blague.

Dans un premier temps, il croit que Caroline a un peu trop bu et essaie de la dissuader de faire une bêtise, mais bien vite il se rend compte qu’elle est parfaitement sobre et plus déterminée que jamais vu sa manière de se pencher au-dessus de Valentino et de caresser son torse. Efforts récompensés comme l’excitation de celui-ci commence à se voir, il faut dire que Caroline a mis tous les atouts dans son jeu avec ce déguisement d’infirmière, c’est un des fantasmes de Valentino.

Celui-ci n’est pas dupe et lui demande qui lui a appris ça, un peu candide elle répond honnêtement et désigne Allan, ce à quoi Valentino répondra par un petit “Il faudra que je lui fende le crâne quand j’aurai retrouvé ma jambe droite”. Mais au moment où Caroline s’apprête à caresser autre chose que ses biceps, il commence à perdre sa belle assurance et panique un peu.

A sa décharge il est vrai que coucher entre amis ce n’est pas extrêmement courant, même si la pratique se répand un peu plus récemment. Il a franchement peur que cela sème un peu le trouble non seulement entre eux, mais aussi dans le groupe des Power Rangers antifascistes et surtout dans l’équipe, si c’est pour qu’il y ait des relations tendues entre les joueurs et l’équipe commerciale, le jeu pourrait ne pas en valoir la chandelle.

Mais la bougresse insiste, elle pense que Valentino devrait suivre son instinct puisque c’est ce qu’il a de plus fort au lieu de se lancer dans des milliers d’hypothèses, et vu l’état d’un certain membre, il est facile de deviner vers où penche son instinct.

Valentino se fige quelques secondes avant d’ouvrir à nouveau sa bouche et de dire qu’il sent que quelque soit son choix, quelque chose va se casser entre eux, s’il refuse elle sera encore plus frustrée que lui après un match qui se finit mal, s’il accepte, leur relation va prendre un tournant imprévisible, donc autant s’amuser un peu, en précisant toutefois que Caroline serait bien inspirée d’éviter de toucher à son mollet.
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Chapitre 28
On aime le progrès

Mardi 9 février 2016

Le succès plein de maitrise contre Laval semble avoir relancé l’AS Sevran sur de bonnes bases, les succès contre Sochaux, et surtout contre Le Havre, un rival sérieux pour la montée, ont fait du bien au moral et le club se retrouve quatrième à un point du troisième.

Et cette troisième place a enfin retrouvé son importance, grâce à une action concertée des présidents de Ligue 2 à la fédération, barbiche a été contraint à un compromis avec la mise en place d’un match de barrage entre le dix-huitième de Ligue 1 et le troisième de Ligue 2.

Au début, il a voulu s’y prendre sournoisement avec des règles comme le maintien automatique de l’équipe de Ligue 1 en cas de match nul et le fait que celle-ci joue à domicile, mais quand il a vu le regard noir du père de Louis, qui représentait l’AS Sevran lors de la réunion avec les présidents de Ligue 2, il a vite compris qu’il allait devoir mettre un barrage aller/retour pour éviter qu’il y ait une action plus sérieuse. Quoi qu’il en soit avec ce genre de pensées, il faudra tôt ou tard s’occuper de son cas.

La rédaction du journal “Le Collectif” s’était retrouvée très partagée face à ce compromis, dur de faire de lèche aussi ostensiblement après avoir parlé de la décision originale comme d’un “modèle de courage”. Finalement, leur journaliste vedette, Franck Dussod, a trouvé l’alternative imparable, s’en prendre aux présidents de Ligue 2 pour avoir osé défendre leurs intérêts particuliers face à la compétitivité du football français tout entier, dans un éditorial à charge.

Le plan aurait été parfait si ce brave Franck n’avait pas commis l’imprudence de se rendre à la conférence de presse de l’AS Sevran avant le match contre Sochaux. En effet, par une malheureuse coïncidence, le joueur désigné pour faire face à la presse était Louis, qui n’a pas très bien digéré les critiques faites à son père.

Originellement, il a tenté de garder son sang froid, se contenant d’ignorer ouvertement les questions du dénommé Dussod, mais quand celui-ci, vexé que ces gueux osent ne pas lui répondre, a comparé le club à une dictature, le panache de Louis a ressurgi, déclarant, non sans une certaine éloquence : “Toi suce-barbiche, on t’a pas donné la parole. Ton dernier article était tellement marqué de traces de griffes qu’on dirait l’état d’un comptoir après que tu aies récupéré ta monnaie. Casse toi, le sport n’a pas besoin de toi.”.

Certains n’ont pas pu s’empêcher de voir ici de voir une référence à la religion de Franck Dussod, chose qui a valu à Louis beaucoup de critiques dans la presse, mais aussi beaucoup de félicitations à la cité, où manifestement presque tout le monde a beaucoup ri à l’évocation de cette brillante tirade.

Faut-il voir un lien entre cette taquinerie et son absence pour le huitième de finale de Coupe de France contre Ajaccio ? Mystère.

Quoi qu’il en soit, ce huitième de finale est le premier test sérieux des sevranais en Coupe après une succession de tirages cléments qui ont permis à la bande du coach Diaz d’écarter facilement des équipes composées de vrais amateurs, des copains un peu nuls qui font les trois huit à l’usine et qui ne sont pas du tout des joueurs qui ont un passé parmi les équipes de jeunes des grands du pays et qui disposent d’un statut semi-professionnel qui ne dit pas son nom.

On se souvient que les sevranais avaient déjà croisé le chemin des corses, futurs promus, l’an dernier, pour un match, joué dans un vacarme assourdissant, qui fut marqué par la première titularisation de Gabriel et par un scénario haletant qui avait vu les sevranais revenir à 3-4 après avoir été menés 1-4, ne loupant que d’un rien le match nul.

Les attentes des supporters sont élevées, en revanche celles du staff du club semblent moins hautes, la priorité c’est la promotion en Ligue 1, et c’est donc une équipe hybride qui est envoyée sur le terrain. Si ce choix permet à Alejandro de revenir dans les buts pour la première fois depuis le match contre Lens, la défense est en revanche des plus classiques avec l’habituel quatuor Abdel/Marc/Alexey/Mohamed, en partie par quête d’automatismes, en partie parce que le banc sevranais est très restreint dans ce domaine.

Le milieu est un peu plus original, Khalid a enfin le droit de jouer comme meneur de jeu, mais il est encadré par Mamadou Diop, le milieu droit malien qui a vu son temps de jeu fondre passé le début de saison et par deux autres joueurs habituellement en réserve, cela aurait sans doute pu être une opportunité pour Bruno s’il n’avait pas le caractère qu’on lui connait. En attaque, Esteban a le droit à du temps de jeu supplémentaire pour pleinement rentrer dans le rythme de l’équipe première, il est accompagné d’Hugo, qui n’avait pas rejoué depuis son naufrage lensois.

Un brin rancunier, le public conspue copieusement Hugo au moment de la présentation des équipes, certains tentent même de lui envoyer des rouleaux de papier hygiénique au visage, bref on peut dire il y a encore quelques frictions entre l’équipe et son public.

La première conséquence de faire face à une équipe de Ligue 1, qui plus est sans la créativité de Konstantínos au milieu de terrain, c’est que la possession n’est pas vraiment au rendez-vous, mais l’arrière-garde se montre à la hauteur du défi, Alexey réalise sa meilleure mi-temps sous le maillot noir de l’AS Sevran, le buteur corse ne parvenant pas à passer cette maudite montagne russe malgré de nombreux ballons bien dosés en sa direction.

L’action ajaccienne la plus sérieuse de la première demi-heure est un coup franc lointain envoyé dans la surface de réparation sur la tête d’un des défenseurs des visiteurs, de grande taille, mais Alejandro, bien vigilant sur ce coup a repoussé le ballon en corner.

Côté sevranais, la domination ayant donc été laissée aux visiteurs, on opère par contre-attaque. Le procédé est on ne peut plus simple, on balance loin devant et on espère qu’un des trois joueurs offensifs fera des miracles. Cela faisait très longtemps que les sevranais n’avaient pas joué ainsi, et Khalid semble d’ailleurs mal à l’aise dans ce style de jeu où sa technique ne pèse pas autant qu’à l’accoutumée.

A la 34e minute, récupérant le ballon après une-deux mal négocié par l’attaque corse, Marc, qui a bien vu les difficultés de Khalid en ce début de match, fait le choix de viser Esteban loin devant. La passe est très longue, mais le buteur espagnol parvient à arriver à temps pour s’emparer du ballon tout en ayant semé une bonne partie de la défense. Il ne lui reste plus qu’à sprinter vers le but pour s’offrir un duel avec le portier des visiteurs, ce dernier part trop tôt et Esteban parvient à le contourner alors qu’il a déjà plongé au sol. Ainsi, le jeune buteur s’offre son premier but avec l’équipe première de l’AS Sevran et place son équipe en posture idéale dans ce match.

Ce but réveille les ajacciens, mais Alexey reste impérial face à la star des visiteurs, et ceux-ci s’offrent leurs meilleures opportunités sur coups de pied arrêtés, mais Alejandro reste vigilant, que ce soit sur un coup franc direct de 22 mètres bien cadré ou sur une tête consécutive à un corner.

La mi-temps est sifflée sur ce bilan encourageant et c’est la satisfaction qui prédomine côté sevranais où le coach Diaz décide que l’urgence est de ne surtout rien changer. En revanche côté corse, l’entraineur a bien vu les difficultés de son buteur face à Alexey qui semble parfaitement rompu à son style de jeu et prend la très audacieuse décision de le remplacer et de changer l’organisation de son équipe toute entière par la même occasion.

Cette réorganisation muscle encore plus le milieu de terrain corse, et la deuxième mi-temps part sur des bases très élevées pour les visiteurs qui confisquent le ballon et n’hésitent désormais plus à tirer de loin pour espérer bousculer le bloc sevranais, mais ces banderilles sont repoussées par Alejandro qui montre que son autorité n’a pas molli malgré son passage sur le banc.

Ces tirs sont cependant porteurs d’une conséquence, les défenseurs sevranais n’osent plus attendre aussi bas, et à l’heure de jeu, lorsque Abdel se retrouve débordé, il n’y a plus personne pour préserver le flanc droit de l’arrière-garde sevranaise. L’ailier corse a alors tout son temps pour ajuste un bon centre, repris victorieusement de la tête par un de ses milieux de terrain.

Le coach Diaz se retrouve alors face à un dilemme, continuer à défendre et espérer un nouveau contre ou une réussite sur coup de pied arrêté, ou tenter de renverser le match pour éviter une prolongation qui serait difficile à encaisser pour certains joueurs. Il lui semble évident de privilégier l’approche conservatrice en tant qu’outsider, au plus grand mécontentement d’un certain nombre de supporters du club, qui manifestent bruyamment leur désapprobation face à la passivité de leur équipe, Bruno en tête.

L’arrière-garde commence à fatiguer et Alejandro est le seul qui peut arracher des sourires aux supporters, auteur d’un superbe arrêt-réflexe sur un coup franc directement tenté puis vainqueur d’un duel avec l’attaquant remplaçant corse.

Pour le passer, il faut recourir à des techniques pas franchement réglementaires, sur un corner à douze minutes de la fin, il est gêné par l’attaquant adverse ce qui laisse le temps à un défenseur monté pour l’occasion de pousser le ballon au fond des filets, le but est validé malgré les protestations virulentes d’Alexey.

Le coach Diaz se retrouve soudainement forcé de faire partir ses troupes à l’assaut, Gabriel rentre pour les dix dernières minutes et, fait extrêmement rare, l’équipe se retrouve avec trois attaquants de pointe. La puissance de Gabriel se fait sentir lorsqu’il parvient à faire lâcher deux défenseurs adversaires en force, mais malheureusement sa frappe est trop prévisible pour surprendre le portier corse.

Ce geste donne la tonalité de cette fin de temps réglementaire, les trois attaquants sevranais tentant tous au moins deux fois de surprendre le portier adverse, malheureusement Esteban est épuisé et ses frappes sont trop molles et Hugo se montre une fois de plus trop maladroit. Gabriel est donc le plus dangereux, mais sa frappe de loin passe de peu à côté, puis sa tête sur corner est sauvée sur la ligne.

Dans les derniers instants, c’est Khalid, peu visible sur ce match couperet, qui tente le tout pour le tout sur un frappe de loin, mais le portier adverse parvient à la claquer en corner. Sur le corner suivant, tout le monde est dans la boite, Alejandro inclus, et Khalid envoie le ballon dans le paquet, au terme d’une véritable partie de billard, le ballon rebondit sur Alejandro qui amorce une frappe.

Le ballon passe loin des montants adverses, il faut dire que ce genre de geste n’est pas véritablement la spécialité du portier espagnol. Voilà qui sonne le glas des espoirs sevranais en coupe nationale, une nouvelle qui ne va pas forcément déplaire au coach Diaz, concentré sur le championnat.

En revanche, un homme est beaucoup plus contrarié par le déroulement des évènements, c’est Boubacar Traoré, le directeur général du club, l’homme qui avait attiré la famille Miyazaki en Seine-Saint-Denis. Il se rend compte que Luis Diaz est en train de perdre le soutien d’une bonne partie du public sevranais en plus d’avoir des résultats très moyens comparativement aux attentes suscitées par son arrivée un an plus tôt.

Le soir-même de l’élimination de la Coupe de France, Boubacar arrange un rendez-vous secret avec Laurent, le père de Louis et vice-président du club et Tomi, le traducteur officiel du club, garde du corps officieux de Kasumi Miyazaki et éducateur spécialisé pour adolescents violents à ses heures perdues. Tomi a d’ailleurs trouvé un lieu parfait pour maintenir le secret, la base secrète des Power Rangers antifascistes.

Lauren, la kiné anglaise de l’équipe de jeunes est aussi dans le coin. Tomi et Laurent ont estimé qu’elle ne dérangerait pas leurs plans, trouvant elle-même que le coach Diaz est une lavette parce qu’il n’a pas le courage de faire venir Bruno en équipe première. Elle apportera des bières à tout le monde, ça changera du café, à Sevran on aime le progrès.

La petite troupe part d’un constat simple, le jeu de possession, c’est bien joli mais ça n’emballe pas le public local qui est plutôt amateur de gladiateurs virils et impulsifs qui aiment tenter le tout pour le tout, il y a eu un vrai problème de ciblage lors de la période de transition. Si tout se passe bien, le coach Diaz restera encore un petit bout de temps et on aura largement le temps de trouver quelqu’un de mieux adapté au club pour la deuxième phase de l’expansion du club.

Mais s’il y a le moindre souci, que ce soit sportif, populaire ou relationnel, Boubacar a besoin d’un plan B au plus vite pour rassurer son investisseur. Laurent et Boubacar passent alors en revue tous les coachs potentiellement disponibles, mais beaucoup sont trop haut placés pour envisager venir en Ligue 2 française, et les candidats restants ne les emballent pas vraiment.

Il y a bien Marius Evebø, un norvégien qui a écrit neuf manuels de théories sur le football, mais son style de petit bourgeois risque de ne pas emballer la population locale. L’autre nom qui ressort, c’est Iván Riffo, un chilien, mais il a démissionné de son dernier emploi car trop de joueurs arrivaient en retard à l’entrainement.

Laurent croit tenir son idée de génie en proposant le nom d’Alexandra Cooke, la coach de l’équipe d’Australie féminine qui a fait des progrès fulgurants sous sa férule avec un style très offensif. Mais Tomi l’interrompt immédiatement en lui citant les noms de tous les joueurs misogynes de l’effectif, et ça c’est sans compter les supporters ayant les mêmes idées.

Lauren prend alors la parole et évoque le nom de Zoran Knezevic, un serbe qui avait été approché par son ancien club, en Angleterre. Boubacar est pour le moins dubitatif, il faut dire que des joueurs de la dernière équipe qu’il avait entrainée avaient essayé de le balancer dans le Danube en raison de son caractère quelque peu tyrannique. Il faut reconnaitre que huit tours de terrain pour un tacle pas assez appuyé, c’était un peu excessif.

Le groupe évoque d’autres noms, mais le résultat est encore moins concluant. S’il arrive quelque chose, il faudra à la fois choisir parmi une de ces quatre options qui comportent toutes une part importante de risque. Mais il faudra aussi convaincre monsieur Miyazaki et le président Tanaka.

Concernant le président, Laurent assure que ce ne sera pas trop dur, il fait entièrement confiance à son expertise dans le domaine du football. Le vrai problème, ce sera monsieur Miyazaki, et à cet instant tous les regards se tournent vers Tomi qui comprend bien qu’on lui demande désormais de jouer les conseillers sportifs pour le grand chef, ça commence à faire beaucoup de cumuls de fonctions.

Quelle sera sa prochaine tâche ? Dessiner les maillots de la saison prochaine ? Porter le rouleau de papier hygiénique d’Hugo ? Refroidir régulièrement Caroline à coups de karcher pour ne pas qu’elle déraille devant un autre mâle musclé ?
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Chapitre 29
Deux familles

Jeudi 10 mars 2016

Si en coulisses, certains s’imaginent bien scalper le coach Diaz au plus vite, la réalité des terrains semble plutôt favorable à l’entraineur espagnol et à ses troupes à l’approche du printemps.

Le choix de reposer les troupes en Coupe de France ne s’était pourtant pas montré payant avec un match nul contre Evian sur le score de 3 buts partout, avec une égalisation sur pénalty à la dernière seconde des visiteurs qui a rappelé les heures sombres du début de saison. Pour noircir un peu plus le tableau, Mateo s’est fait exclure en fin de match, ayant mal digéré qu’un de ses adversaires se moque de sa petite taille.

Mais la suite des évènements s’est montrée plus réjouissante, tout d’abord, lors du déplacement à Brest, les sevranais sont sortis vainqueurs d’un match fermé et tendu grâce à une frappe de loin de Marc qui a enfin retrouvé sa cape de sauveur à l’heure de jeu. Puis, ce fut au tour de Gabriel d’endosser ce costume, auteur d’un doublé en deuxième mi-temps contre Nîmes, les deux seuls buts du match.

Malgré un accroc lors du dernier match contre Nancy, 2e du championnat, en grande partie causé par l’exclusion précoce d’Alexey suite à un tacle de boucher-charcutier que même Bruno a trouvé maladroit, les sevranais sont désormais troisièmes au classement, en position d’accrocher ce fameux barrage de montée en Ligue 1.

Ce bon classement a logiquement attiré les projecteurs sur les jeunes pousses sevranaises, et le staff s’attend à ce que quelques courriels de convocation de joueurs par l’équipe de France des moins de 19 ans arrivent, ce qui serait une bonne chose pour ne pas que Louis se sente trop seul.

Esteban, lui, est très heureux de se sentir seul, suite à quelques blessures, il a été appelé en équipe d’Espagne de la même catégorie d’âge. Peu de chances de jouer vu ses débuts assez moyens sous la tunique noire sevranaise, mais toujours une bonne expérience à prendre pour la suite.

Sans surprise, le premier à célébrer sa convocation est Louis, c’était attendu comme il était déjà là fin 2015 et comme chacun savait qu’il serait le plus rapide à dévaler les escaliers pour annoncer la bonne nouvelle à son père. Quelques instants plus tard, Gabriel le rejoint, là aussi, ce n’est pas une surprise, on parlait déjà de lui l’an dernier, et seule sa blessure a contrarié une arrivée rapide dans ce groupe.

Rapidement, le duo se demande si Khalid a été également retenu, après tout, il commence à creuser son trou dans l’effectif sevranais et la fédération est parfois en manque de joueurs techniques. L’attente est longue, interminable même, Khalid ne sort pas de sa chambre.

Il y a anguille sous roche, et Louis se décide à vérifier les choses par lui-même. Il voit Khalid se tenir la tête à deux mains devant son écran d’ordinateur qui affiche pourtant le même message que celui reçu par Gabriel et lui-même.

Khalid se lament de devoir faire un choix qu’il n’aurait souhaité ne jamais avoir à faire. Il aurait préféré être un joueur trop moyen et que la fédération française ne s’intéresse jamais à lui pour ne pas avoir à choisir entre ses deux familles.

D’un côté, il est tellement attaché à ses amis qu’il les voit comme ses frères, porter le même maillot qu’eux dans les joutes internationales, ce serait une suite logique.

Il ne peut pas s’empêcher de penser aux parties de foot qu’il a jouées dans la cour de récréation avec Louis dès l’école élémentaire, s’il y a une certaine rivalité entre maghrébins et noirs dans la cité, surtout quand la Coupe d’Afrique des Nations s’approche, Louis est juste trop sympathique pour se faire des ennemis.

Un professeur de collège qui avait certes la punition un peu trop facile l’a appris à ses dépends quand toute sa classe s’est rebellée contre lui suite à un châtiment jugé injuste à l’initiative du pourtant réservé Khalid. Ce malheureux enseignant se souviendra toute sa carrière d’avoir eu une classe toute entière dansant le hip-hop sur les tables, par clin d’œil à leur camarade fervent amateur de ce genre de danses.

Gabriel est arrivé à peu près à ce moment là, et est vite devenu l’un des principaux compagnons de prière de Khalid. Il faut dire qu’en tant que converti très récent, Gabriel se montre parfois très zélé, sauf sur la bibine bien entendu. Mais bien plus que la religion, ce qui a soudé Gabriel aux autres, c’est bien le football, dans les diverses catégories des jeunes, les entraineurs se sont sentis bénis d’avoir à leur disposition un trio disposant d’une telle puissance et parmi ce trio, c’est bien lui qui s’est toujours dégagé, son sang-froid de buteur et son excellente vision du jeu a causé bien des raclées.

Hors du terrain, le Gabriel de l’époque était bien plus effacé que l’actuel, il y avait certes déjà quelques tentatives de drague, un peu moins efficaces qu’elles ne le sont depuis son entrée au lycée, mais il passait le clair de son temps à discuter avec Khalid pour refaire un peu le monde, imaginant par exemple un collège où on enseignerait le hip-hop et les techniques de combat, choses bien plus utiles que les mathématiques et la biologie à Sevran, et la scène du rap local au passage. L’exubérance, c’était plutôt la spécialité de Louis.

De l’autre côté, il y a sa famille biologique, qu’il aime tellement qu’il a refusé l’offre d’un recruteur de Montpellier quand l’AS Sevran ne pesait pas bien lourd, préférant rester aux côtés de sa mère à la santé chancelante. Il sait que son grand-père a combattu aux côtés du FLN, ce serait dur de l’ignorer, il en parle à chaque repas de famille.

Il sait que ce ne ferait pas forcément plaisir à une bonne partie de sa famille de le voir porter les couleurs de l’ex-colonisateur. Il n’est pas franchement le premier dans ce cas, beaucoup de jeunes comme lui se sentent égarés, incapables de totalement s’identifier à l’ancien ennemi d’armes de leurs ancêtres, mais vu comme des parvenus sur la terre de ceux-ci.

Il pourrait comme tant d’autres se servir des équipes de jeunes comme un tremplin puis reporter sa décision à dans quelques années, quand tout aura plus muri dans sa tête, mais Khalid n’aime pas l’hypocrisie, s’il doit endosser le maillot bleu un jour, c’est qu’il est disposé à l’embrasser pour toujours. Suivre ses rêves ou son héritage familial, lourd dilemme pour un jeune homme.

Louis propose un déjeuner chez Abdullah, il faudrait éviter que Khalid s’épuise à faire travailler ses méninges, alors autant lui donner des réserves. Une fois Louis, Gabriel et Khalid installés à table, leur conversation est vite interrompue par Caroline et Laura qui ont décidé de prendre leur pause déjeuner au même endroit, principalement parce qu’elles n’avaient pas envie d’user leurs chaussures neuves.

Forcément, Laura qui a du jongler entre deux cultures pendant toute son enfance est particulièrement attentive au récit de Khalid, le fait qu’elle ait vite été sur-diplômée et valorisée en tant que conseillère en communication l’a beaucoup aidée à ne pas à avoir traverser une interrogation identitaire sérieuse, la réussite pousse souvent plus du côté de la terre d’adoption que de celle des racines.

Caroline est aussi de bon conseil, se souvenant d’une nuit agitée il y a quelques semaines, elle ne peut que recommander à Khalid de faire ce qui l’amuse le plus, quelle que soit la décision qu’il prendra, il y aura des heureux et des déçus, autant penser à soi pour une fois.

Khalid est sorti de ses songes par une course-poursuite dans le restaurant, en effet, Abdullah tente de chasser MC 20 centimes de son établissement après qu’il ait cru bon d’entamer quelques couplets en attendant que l’on lui serve son kebab, après avoir souri pour la première fois de la journée, il ferme ses yeux et espère fort un signe du destin pour l’aider.

Forcément à la maison, il n’y a pas un tel unanimisme. Si sa mère est franchement d’avis à ne pas franchir la ligne bleue pour ne pas nuire à la réputation de la famille, sa sœur Sabrina se souvient de l’enfance de Khalid, ce n’est pas devant des matchs de l’Algérie qu’il a vécu ses premières émotions sportives, en revanche c’est bien avec Gabriel et Louis qu’il a conquis la Coupe Gambardella, c’est bien avec sa clique sevranaise qu’il a procédé à l’opération visant à venger son agression il y a quatre mois. En refusant d’écouter son instinct, on peut perdre très cher.

Le lendemain matin, on trouve enfin Khalid souriant. Il a pris sa décision et par la même occasion son billet d’avion pour participer à ces matchs en Serbie. Ce qui l’a convaincu la nuit précédente, c’est un rêve étrange, il voyait Gabriel vêtu d’un maillot bleu l’air extrêmement concentré, à l’autre bout du tunnel, il voit le terrain, et surtout des tribunes à perte de vue, mais presque vides. Il remarquait aussi le climat, une pluie violente qui semblait étrangement réjouir Gabriel qui disait “Il n’y a que comme ça qu’on peut les avoir”, sans savoir de qui il parlait.

Ces instants de flou quasi-mystique l’ont convaincu, Khalid est très croyant bien qu’il ne fasse pas dans le zèle comme le fait parfois Gabriel, mais il est persuadé d’une chose, c’est qu’on ne peut pas désobéir au destin.

Deux semaines plus tard, l’AS Sevran est toujours en 3e place, la victoire à Clermont-Ferrand avec des buts de Louis et Khalid a d’ailleurs été particulièrement bienvenue, rien de tel qu’un bon réconfort moral juste avant ces trois joutes en terre serbe.

Le premier match, contre le Monténégro a été pénible, les jeunes sevranais ont assez mal récupéré du peu de repos entre leur coup d’éclat auvergnat et cette première rencontre, au plus grand désespoir du coach qui espérait de grandes choses de l’alchimie entre les trois. Heureusement, ce manque de forme n’a pas totalement entamé les capacités de Khalid sur coup de pied arrêté, et Romain Bakar, le taulier de la défense tricolore a victorieusement repris de la tête un de ses corners à l’heure de jeu pour le seul but de la rencontre.

C’est lors du deuxième match qu’on a vu la véritable force de frappe du trio, contre des danois totalement à la dérive. Après un quart d’heure de jeu, il y avait déjà 2 buts inscrits par Gabriel et Louis. Tout d’abord, Gabriel, toujours bien placé, a subtilisé un ballon mal dégagé par la défense nordique pour s’offrir un but facile, mais plein de valeur pour lui, le premier en bleu. Ensuite, Louis a bénéficié de la magnanimité de son coéquipier, qui plutôt que tenter un duel contre un gardien déjà mal en point mentalement, a préféré assurer le coup en lui faisant une très classique mais si efficace remise en retrait.

Forts de cet avantage, les jeunes français ont ensuite opéré par contres, ainsi il n’y aura eu aucune opposition au tir de loin de Khalid peu après la pause, pour le 3-0, le meneur de jeu s’est ensuite muté en passeur décisif pour l’attaquant remplaçant, le coach ayant décidé d’économiser Gabriel pour le dernier match, parfaitement lancé sur ce ballon mis en profondeur.

Ce net succès met les jeunes tricolores en posture favorable avant leur ultime match contre les hôtes serbes, un résultat nul leur suffit pour prendre la première place du groupe, et par conséquent le seul ticket pour le championnat d’Europe des moins de 19 ans qui se déroulera cet été en Allemagne.

En temps normal, une ambiance serbe, c’est quelque chose qui inspire la crainte de tous, même des plus durs, des tribunes ultra-chaudes, le sentiment d’étouffement, tout peut arriver. Mais là, on parle d’un match de jeunes, qui plus est disputé en semaine à 14 h 30. On est donc plus proches de Casimir que de Saw sur l’échelle de la trouille.

Mais même sans ça, on sent les jeunes serbes légèrement supérieurs en début de match, le fait de ne pas avoir voyagé pèse alors que l’on dispute le troisième match en six jours. Mais heureusement pour les bleuets, Romain Bakar sauve sur la ligne une tête à bout portant qui aurait pu donner le dessus au locaux dès la cinquième minute. Le reste de la supériorité serbe n’aboutira qu’à quelques frappes qui ont plus ressemblé à des offrandes au portier français qu’à des menaces sérieuses.

Passé la vaguelette des vingt premières minutes, les bleuets se décident enfin à passer aux choses sérieuses. D’abord un une-deux entre Louis et Gabriel, mal récompensé d’une frappe sur la transversale, ensuite une frappe de loin de Khalid déviée in extremis en corner, puis sur le corner en question, une tête de Gabriel qui passe de peu à côté, c’est l’alerte rouge sur le but serbe.

A quatre minutes de la mi-temps, l’alerte vire au cramoisi, Gabriel récupère un ballon au milieu de terrain après une timide excursion serbe, il se défait consécutivement de trois de ses gardes sur des gestes démontrant une technique et une force hors du commun avant de dribbler le portier des locaux et de pousser tranquillement le ballon dans le but vide. Si le collectif a rondement fonctionné, il aura fallu un exploit individuel pour déverrouiller la situation.

Ce score établi, le coach recommande de baisser le tempo. En temps normal, Gabriel et Louis auraient été tentés de désobéir, mais ils savent que leur forme n’est pas si optimale que leur premier acte aurait pu laisser le croire et s’économisent pendant que le taulier de la défense transforme la surface bleue en une véritable zone interdite.

Les minutes s’égrènent lentement mais sûrement, les serbes multipliant des tentatives de loin désespérées, au milieu d’une forêt de joueurs, on semble même plus proches du 2-0 que du 1-1 sur des contres bien menés par Khalid, mais malheureusement Louis manifeste quelques signes de fatigue et n’est pas aussi tranchant qu’attendu à la conclusion.

En revanche Gabriel reste dangereux, peu après l’heure de jeu, il trompe toute la défense serbe sur une accélération fabuleuse, le portier adverse n’a pas d’autre choix que de tenter de saisir le ballon à la régulière, mais tout ce qu’il parvient à prendre, c’est la jambe droite de Gabriel qui s’effondre à trois mètres de la surface. Le but est sauvé, mais la Serbie est dans un sacré pétrin, l’arbitre exclut logiquement le gardien.

Il n’y a alors plus qu’à gérer tranquillement la fin de match pour les visiteurs, il faut deux buts pour être éliminés alors qu’ils sont en supériorité numérique et ont démontré une aisance défensive particulièrement nette. Les rares tentatives désespérées sont systématiquement loin du cadre, et c’est logiquement que les français obtiennent un troisième succès en trois matchs. Mission accomplie, Louis, Khalid et Gabriel rentreront à Sevran la tête haute.

On ne peut pas en dire autant d’Esteban, qui n’a joué qu’un quart d’heure à la fin du match décisif contre l’Angleterre alors que son équipe était déjà menée 2-0, il n’a jamais su imposer sa pointe de vitesse et n’aura donc pas eu la moindre opportunité de tir, le choc tant rêvé entre sa vélocité et celle de Louis attendra.

De retour à Sevran, les jeunes décident de varier un peu et célèbrent leur succès dans un bar de quartier, comme le dit Louis, il faut bien préparer le déplacement en Allemagne au mois de juin.
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Chapitre 30
Trouille Magazine comme sponsor

Vendredi 22 avril 2016

Accident industriel ? Poisson d’avril ? On ne sait pas vraiment quel nom donner à cette période pourrie pour l’AS Sevran qui a surpris plus d’un observateur tant elle semblait imprévisible.

Les embûches ont commencé par un match à domicile a priori facile contre le Paris FC, alors en dernière position. Ce qui n’était déjà pas habituel, c’était les pertes de balle dès les premières minutes, Khalid ne semblait pas en grande forme, il faut dire que le retour du voyage en Serbie cumulé à des reproches continus formulés par la moitié de la famille, ça ne met pas vraiment dans les meilleures dispositions.

Encore plus surprenantes que les difficultés de Khalid, celles de Daniel, le gardien polonais qui avait alors retrouvé son statut de numéro 1, qui se fait auteur d’une grosse faute de main sur une frappe pourtant pas très compliquée dès la cinquième minute, qui met tout le monde dans l’embarras.

On a cru à une simple difficulté passagère, d’ailleurs un quart d’heure plus tard, Gabriel arrache l’égalisation, profitant d’une grosse mésentente entre un défenseur parisien et son portier pour chiper le ballon et marquer sans résistance. Mais la fin de mi-temps met en avant un mal plus profond, les sevranais se font dévorer physiquement, Alexey n’a pas eu beaucoup de repos cette saison, les jeunes sont épuisés par leur périple européen, Marc, Pierre et Mateo sont beaucoup trop limités dans ce domaine.

Peu avant la pause, les craintes furent confirmées par un pénalty concédé par un Alexey totalement en retard, Daniel plonge du mauvais côté, et le score était alors de 2-1 pour les visiteurs et le resta jusqu’à la pause. Dans les vestiaires, le coach Diaz pestait sur le manque de fougue de ses joueurs, mais dans les loges du stade, si tant est qu’on peut parler de loges au stade Alfred Nobel, Boubacar et Laurent, les deux grands pontes de la gestion sportive du club ne comprennent pas l’obstination du coach Diaz à se passer d’un joueur comme Bruno en pleine déconfiture physique.

La deuxième mi-temps commença bien mieux, les plus grosses actions étaient pour les locaux, et à la 63e minute, Khalid se trouva à la réception d’un centre parfait de Mohamed, pour une des rares montées du défenseur gauche tunisien en camp adverse, égalisant ainsi à deux buts partout.

Mais le soulagement fut très court, à la 68e minute, Mohamed repoussa maladroitement dans ses propres filets un corner parisien, puis le coup de grâce fut porté huit minutes plus tard, sur une superbe frappe lointaine du buteur attitré des visiteurs, la seule réalisation de la soirée sur laquelle les sevranais n’auraient pas pu faire grand chose.

Perdre 2-4 à domicile, qui plus est contre un club proche géographiquement et en dernière place du championnat, ça a mis un coup au moral de certains, mais aussi un coup à la confiance des supporters envers le coach Diaz, en un match on a vu les limites de sa faible rotation et d’un style de jeu qui néglige un peu l’aspect physique qui est pourtant dans l’ADN des équipes locales.

La semaine suivante, la réception de Niort, autre relégable, était l’occasion parfaite pour relancer la machine, mais le manque de soutien du public s’est fait cruellement ressentir, personne ne semblait avoir le feu sacré dans l’équipe et le match fut très terne, jusqu’à sa conclusion quasi-inévitable, un but niortais à la 88e minute et des slogans appelant au changement d’entraineur.

Sur le terrain de l’AC Ajaccio, tout commença mal aussi, une première mi-temps à oublier, les deux défenseurs centraux ont pris leur jaune et Alejandro, de retour en grâce, a du s’incliner sur le pénalty consécutif à la faute de Marc. Mais le public local se distingua par des cris de singe à chaque fois que Louis touchait la balle.

Le coach Diaz avait trouvé de quoi révolter ses joueurs. En deuxième mi-temps ils étaient méconnaissables; prêts à arracher des têtes corses à mains nues, et l’inévitable Gabriel égalisa peu avant l’heure de jeu de la tête sur un corner parfaitement joué par Konstantínos. La dernière demi-heure fut une confrontation attaque-défense permanente, en vain jusqu’à la dernière minute où après une véritable partie de billard dans la surface corse après le coup franc du dernier espoir, le ballon se retrouva on ne sait pas vraiment comment dans les pieds d’Alexey en parfaite position pour donner la victoire aux siens et ainsi ne pas tirer un trait sur la promotion.

Le classement montre une bataille à cinq pour la place de barragiste entre Metz, Lens, Le Havre, Sevran et Clermont, avec tout le monde en deux points. Le déplacement à Metz pour la 35e journée est devenu décisif vu ce qu’il s’est passé en ce début de mois d’avril. Une victoire, ce serait se placer idéalement en débordant le concurrent le plus dangereux, une défaite, ce serait prendre 4 points de retard à trois journées de la fin, un désastre.

Dire que la direction du club a approché Trouille Magazine pour sponsoriser ce match serait un euphémisme, durant la semaine précédant le match pas mal de joueurs semblaient agir comme s’ils étaient des écoliers qui se faisaient rackette des lycées, les exceptions étant Gabriel et son sang-froid qui semble tellement à toute épreuve qu’on se demande s’il n’est pas en fait un lézard déguisé en homme et Khalid qui a plus peur des représailles de sa famille que d’une contre-performance en ce vendredi soir.

Le grand soir est arrivé, et le coach Diaz a réservé une surprise aux observateurs en testant un nouveau schéma dans un moment critique, un 4-3-3, qui lui permet d’aligner Gabriel et les deux fusées en même temps tout en maintenant une assise défensive solide. Dans le détail, Alejandro, revenu en grâce après le naufrage parisien de Daniel est de nouveau gardien titulaire, le quatuor désormais inamovible Abdel/Mohamed/Alexey/Marc règne en défense. Le milieu à trois est composé de Pierre pour le rôle le plus en retrait et de Konstantínos et Khalid un peu plus avancés, ce qui reste cependant inhabituellement bas vu leur style de jeu. L’attaque à trois est animée par les deux joueurs les plus rapides du championnat sur les côtés, Esteban à droite et Louis à gauche, pour appuyer la star Gabriel en pointe.

Les premières minutes font un peu peur, il faut dire que les circonstances sont réunies pour, outre le fait que beaucoup de joueurs n’ont pas semblé aborder la rencontre avec grande sérénité, il ne faut pas oublier qu’il est difficile de s’adapter à un milieu dégarni pour une équipe qui a l’habitude de jouer la possession et que milieu dégarni ou non, une nouvelle tactique ne se construit pas en quelques minutes.

Heureusement, la défense se montre robuste pour passer l’orage, même avec un estomac produisant encore plus de nœuds qu’un catamaran parfaitement lancé, Marc reste le gardien du temple sevranais, en témoigne son intervention exemplaire après six minutes de jeu sur le buteur adverse qui se croyait en position idéale après avoir effacé Alexey.

C’est ensuite au tour de Mohamed de fermer la porte de la surface sevranaise à la face de son ailier attitré, d’une intervention bien virile, tellement virile qu’il faudra arrêter le match deux bonnes minutes pour qu’il s’en remette, mais n’oublions pas que nous parlons de football pas de danse classique, c’est donc une bonne intervention.

Entre ces exploits défensifs, peu de champ d’expression pour les flèches sevranaises, l’opportunité la plus sérieuse de ce début de match revient à Esteban qui a mis le feu à toute la défense adverse d’un sprint fabuleux, mais qui ne parvient pas à ajuster sa frappe à bout de course, le seul mal qui sera subi par Metz sera la perte de deux dents par un jeune supporter qui a mal apprécié l’arrivée du ballon en tribunes.

Incapables de passer par la force brute, les messins se mettent à miser sur les coups de pied arrêtés, leur meneur de jeu expédie le ballon vers la lucarne sur un coup franc à l’entrée de la surface, mais Alejandro d’un bond somptueux vient littéralement effacer ce but qui aurait pu propulser son équipe au fond des abysses.

Heureusement pour les locaux, les sevranais sont bien moins inspirés en attaque qu’en défense, réduits à tenter des tirs improbables de loin pour ne pas mettre le portier adverse au chômage technique, la moins ratée de ces frappes sera l’œuvre de Pierre qui n’envoie sa praline de trente mètres seulement un mètre au dessus des cages adverses.

On peut dire que le score nul et vierge à la pause est un petit miracle pour les sevranais qui se font confisquer le ballon sans réussir à rendre leurs contres tranchants, les ailiers ne recevant pas assez de ballons exploitables. Ordre leur est donné de jouer un peu plus bas pour tenter de récupérer des cartouches.

Le début de deuxième mi-temps valide cette orientation, si la domination reste messine, Louis et Esteban font vivre un enfer à leurs gardes et les locaux sont progressivement contraints à reculer pour éviter des frayeurs plus lourdes que cette tête de Gabriel sur un centre de Louis, repoussée d’extrême justesse en corner par un portier vigilant.

C’est ensuite à Konstantínos de se distinguer, profitant d’un petit relâchement dans l’axe, dans doute provoqué par la peur de Louis, il s’offre un raid au cœur de l’arrière-garde messine, qu’il conclut d’un superbe coup du sombrero sur un défenseur adverse, se sachant à bout de course, il décide de ne pas tirer lui-même et remet le ballon en retrait pour Esteban, mais celui-ci ne parvient pas à surprendre le portier des locaux.

Si le match adopte un tempo étrange, les locaux ne sachant pas s’ils doivent attaquer, profitant de leur supériorité au milieu, ou défendre, par crainte de la vitesse foudroyante d’Esteban et Louis, les messins n’en restent pas moins dangereux dans leurs de plus en plus rares assauts sur le but des visiteurs.

Pour exemple, une passe en profondeur parfaite du milieu terrain a grillé toute la défense sevranaise, atterrissant dans les pieds du buteur local, le chemin du but lui semble grand ouvert, mais Alejandro déboule comme une furie et parvient à tacler le ballon à la régulière, repoussant ainsi le danger en touche.

Passé l’heure de jeu, ce tempo étrange laisse la place à une période de folie durant laquelle les deux équipes semblent déverser tout leur fureur offensive pour prendre le dessus, avec tant d’équipes en chasse pour le troisième rang, le nul n’apparait pas véritablement comme une bonne opération.

On se rend coup pour coup, une frappe lointaine de Marc, c’est un une-deux quasi-parfait côté messin en réponse. Un coup franc placé dans la boite qui met Alejandro en danger, c’est une tentative d’enfoncer la défense en force par Gabriel en représailles. Un slalom improbable d’Esteban, c’est une combinaison sur corner de façon à avoir un tir de loin sans opposition pour tenter de refroidir les visiteurs.

Alors que le dernier quart d’heure approche sans que cette rencontre n’ait trouvé son maitre, les locaux s’offrent un énième débordement, Abdel étant monté trop haut sur la dernière occasion, ce coup-ci, au lieu de centrer vers son buteur, le meneur de jeu messin tente le coup de folie nécessaire pour tromper Alejandro et frappe directement depuis l’angle. Le portier espagnol ne s’attendait certainement pas à une telle manœuvre et est en retard, laissant le ballon finir sa course au fond des filets.

Suite à cette action de grande classe, les sevranais sont dans une posture désespérée, le coach Diaz décide de tenter le tout pour le tout et fait entrer un quatrième attaquant sur le terrain. Le problème est que l’équipe est limitée dans ce secteur, et c’est donc un Hugo en pleine disgrâce qui se retrouve à tenter de jouer au sauveur, chose à laquelle aucune personne rationnelle ne croirait. Le coach Diaz prend la décision de douteuse de faire sortir Konstantínos pour faire rentrer son attaquant, estimant l’apport défensif de Pierre trop précieux.

Le prodige grec prend ombrage de cette décision et préfère rentrer directement aux vestiaires plutôt que d’insulter son coach en allemand comme il aimerait tant le faire en un tel moment. Et force est de constater que Konstantínos avait raison, sans son aisance technique, l’équipe semble coupée en deux, chose totalement contraire aux habitudes prises cette saison, et peu de bons ballons parviennent à l’armada offensive.

Au contraire, ce sont les messins qui s’offrent de belles opportunités de 2-0 en profitant du chaos régnant dans la formation visiteuse, et à cinq minutes de la fin, le buteur attitré des locaux s’empare de la balle et s’offre une superbe percée, une fois à l’entrée de la surface, au lieu de tirer directement il décale son meneur de jeu qui était sur la même ligne que lui, permettant à ce dernier de signer un doublé d’une magnifique frappe enroulée.

A Sevran, au kebab “Chez Abdullah” où tous les fans s’étaient réunis, c’est bien sur la consternation, sauf à une table. En effet, soucieux de rappeler à Caroline qu’ils sont juste amis, même s’ils ont couché douze fois ensemble, Valentino l’avait logiquement invitée à déguster un kebab devant le match en compagnie de Bruno.

Suite au deuxième but, Bruno et Valentino ont immédiatement trinqué en hurlant “¡Despedida Luis Diaz, que no se pierda!” que l’on pourrait traduire par “Casse toi, pauvre con !”. En effet, le style qu’on pourrait qualifier de très viril des deux joueurs ne convenait pas vraiment au technicien espagnol, et ils se disent que leur salut passera par un coach qui a un caleçon un brin mieux garni.

Ils ne sont pas les seuls à vouloir la peau de l’homme fort de l’AS Sevran. Dès le lendemain de la déroute, la cellule secrète du club composée de Boubacar, le directeur général, Laurent, le vice-président et accessoirement père de Louis, Tomi, le traducteur attitré et conseiller officieux de monsieur Miyazaki et de Lauren la kiné anglaise, qui passait par hasard le jour de la première séance, se réunit dans ses locaux si prestigieux de la cave du centre de formation.

Si, à l’évidence, tout le monde aurait préféré attendre un an avant de passer à l’assaut, l’opportunité est unique. Il y aura une hésitation au sommet du club, si on garde le coach Diaz, il est certain qu’avec une équipe plus mature ça passera l’an prochain, mais veut-on embarquer le club dans une image de rupture avec le style local ?

Il faut donc vite préparer un double plan B, d’abord pour remplacer Luis Diaz, mais aussi pour remplacer Nacio Rojas, le directeur sportif, qui s’était personnellement chargé de recruter le coach, un tel désaveu pour lui serait un motif légitime de démission. Pour le coach, les noms repris la dernière fois font l’objet d’un nouvel examen.

Alexandra Cooke, la fougueuse australienne, a une certaine poigne, mais Tomi doute que ce sera suffisant face à des joueurs assez têtes brûlées pour organiser des expéditions punitives à rollers entre deux matchs. Marius Evebø, l’intellectuel norvégien, ce serait encore plus se couper du public, Laurent y met un veto direct. Iván Riffo, le chilien aux mille et une lettres de démission, ce serait la garantie de se faire lyncher par monsieur Miyazaki si ça se passe mal, Boubacar refuse donc définitivement cette option.

Zoran Knezevic, le sympathique tyran serbe, serait donc la meilleure option, il saura se faire respecter des joueurs, le public aimera son côté bourrin, et il est le spécialiste incontesté de l’agressivité dans tous les domaines, mais pour convaincre les pontes du club de prendre un tel fêlé, il faudrait presque inventer une nouvelle langue. Tomi suggère au groupe d’inviter Laura au plus vite, en tant que commerciale d’exception, elle devrait pouvoir aider.

Concernant le directeur sportif, il n’y a pas encore de liste, mais Laurent cite plusieurs pointures du métier qui ne décevront pas. C’est le moment que choisit Laura pour rejoindre tout le monde à l’appel de Tomi, après avoir promis d’enrober le paquet Zoran pour monsieur Miyazaki, elle suggère de miser à bloc sur la jeunesse pour la direction sportive du club, officiellement parce que c’est un bon retour sur investissement, officieusement car ils accepteront plus facilement ses débilités sur YouTube que des joueurs confirmés.

Laurent et Boubacar, voyant le grand intérêt pour le club et soucieux de ne pas fâcher Laura pour que son plan sur Zoran fonctionne, recherchent alors frénétiquement dans leurs fichiers le plus apte à laisser place à la jeunesse. Quelques minutes plus tard, Boubacar dit qu’il a bien un nom, mais que Laura devra faire quelques heures supplémentaires, vu que là, c’est vraiment chaud…
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