Les seize séries les plus attendues de la rentrée 2026
“Harry Potter”, “Carrie” ou “Blade Runner 2099” du côté des remakes, la fin de “Hacks” et la suite de “Slow Horses”, ou encore un biopic sur la pionnière du cinéma Alice Guy-Blaché… Tour d’horizon des séries qui nous font de l’œil cet automne.
Une majorité de suites, remakes, récits historiques : comme chaque rentrée, les séries font du neuf avec du vieux. Par paresse ? Parfois, mais il serait tout aussi paresseux de se limiter à cette explication. La recontextualisation et le recyclage offrent des repères dans un présent déboussolé, qu’il s’agisse de réévaluer des œuvres au regard des évolutions de la société (Orgueil et préjugés, À l’est d’Eden) et/ou d’offrir du réconfort en ressuscitant un univers familier, ce qui n’évite pas toujours l’examen de conscience — la série Harry Potter sera-t-elle une madeleine pour les amoureux de la saga ou un nœud gordien, inextricable des positions transphobes de sa créatrice J.K. Rowling ? Regarder dans le rétro, c’est aussi, parfois, tirer la sonnette d’alarme. L’Histoire et les histoires sont d’éternels recommencements, et dans un climat d’embranchement civilisationnel, certaines des séries qu’on nous annonce sonnent, malgré leur air de déjà-vu, comme des coups de semonce.
Carrie revisité à la lumière des assauts trumpiens contre l’éducation, un nouveau Blade Runner en état d’alerte incendie, un portrait glaçant de Mussolini face aux relents de fascisme, et même l’utopie d’un monde meilleur ranimée dans une comédie post-soixante-huitarde… Reraconter peut avoir des vertus métaboliques, voire la capacité de réveiller les consciences. Cette nuance n’empêche pas de regretter la rareté des idées originales, capables de briser le moule et d’opposer l’imagination au fatalisme. À un an d’une élection présidentielle décisive pour notre pays, le monologue délivré par Zahia Dehar dans Paolo, le thriller politique imaginé par Sébastien Marnier, a cette vertu. Ses mots, comme une entaille, font surgir dans la fiction l’exigence et la possibilité du changement.
“Slow Horses”, saison 6
Inflation, budgets réduits à peau de chagrin… Les temps sont durs, y compris pour le MI-5 et ses services tiers. Tenez : ce mois-ci, les agents de Slough House — certes, les plus incompétents (du moins en principe) — n’ont même pas été rémunérés. Une erreur de saisie de salaires qui met bientôt ces bras cassés sur la piste d’un énième scandale d’État… et pourrait réveiller les fantômes du passé. Cette sixième saison de l’excellente série d’espionnage ne fait toujours pas l’économie d’un scénario bien fichu, alliant avec justesse action et émotion. — Cécile Marchand Ménard
Sur Apple TV le 16 septembre.
“Camarades”
Après les révoltes étudiantes de Mai 68, la Liberté se réfugie à l’université de Vincennes : une fac expérimentale pilotée de loin par l’État, où profs et élèves pratiquent plus les AG que les cours en amphi. Pour faire la nique aux bourgeois et libérer le prolétariat, tout est permis. Au cœur du récit, Claudine (Manon Kneusé), prostituée du bois de Boulogne, qui s’introduit à l’université pour les beaux yeux de son amant des RG. Mais au lieu de preuves incriminant le groupe maoïste qu’elle infiltre, elle va trouver une éducation politique et féministe… — Marion Michel
Sur Arte.tv le 16 septembre et sur Arte les 24 septembre et 1ᵉʳ octobre.
“Paolo”
Dans cette série de Sébastien Marnier (L’Heure de la sortie), le jeune et dynamique Théophane Tolbiac (Yoann Gasiorowski de la Comédie-Française) brigue la mairie de la petite ville de Roisson, près de Reims. Il est soutenu par Paolo Da Costa (Jérôme Niel), ancien camarade de classe devenu déménageur, à l’enthousiasme encombrant. Corps musculeux et regard intense, le second prend toute la place, obsédé par Théophane, qui réveille en lui un désir érotique et un sentiment de déclassement… violent. — Pierre Langlais
Sur HBO Max le 25 septembre.
“Carrie”
Sissy Spacek maculée de sang, ses yeux écarquillés déchaînant flammes et destruction… Le climax du Carrie de Brian de Palma, tiré du roman de Stephen King en 1976, est de ceux qu’on n’oublie pas. Comment passer après ? Cinquante ans plus tard, la minisérie signée Mike Flanagan (The Haunting of Hill House…) fait le choix judicieux de donner à la lycéenne timide harcelée par la horde les traits de Summer H. Howell, plus enfantine que Spacek à l’époque. Si le puritanisme fou transformé en maelström horrifique par le film subsiste en filigrane, ce remake offre ainsi une lecture moins sexualisée du personnage. Et retrouve dans le livre d’origine de quoi amorcer une réflexion contemporaine sur l’état d’un système éducatif américain sous tension. — Caroline Veunac
Sur Prime Video le 7 octobre.
“VisionQuest”
Première (et meilleure) série Marvel de Disney+, WandaVision (2021) mettait en scène le deuil destructeur de Wanda Maximoff, alias la Sorcière rouge (Elizabeth Olsen), après la mort de son mari androïde, Vision (Paul Bettany). Ce dernier a désormais droit à sa propre série, bâtie sur un concept similaire — chaque épisode s’inspire d’un genre cinématographique. Il y sera notamment question des rapports père-fils et de la transmission des traumas entre les générations. — P.L.
Sur Disney + le 14 octobre.
“Portobello”
Italie, 1983. Enzo Tortora, présentateur vedette de la RAI, est arrêté, soupçonné de fricoter avec la mafia. Quatre ans et deux procès plus tard, l’accusation s’effondre en même temps que les faux témoignages de camorristes repentis. Le cinéaste Marco Bellocchio s’empare avec brio de cette histoire rocambolesque pour explorer la collusion des pouvoirs, les illusions de la célébrité et l’influence de la télévision. — Margaux Baralon
Sur Arte en octobre.
“Un jour on fera l’amour”
C’est une rencontre entre un garçon et une fille, pas beaucoup plus. C’est vieux comme le monde, beau et terrible, car il ne s’agit pas seulement de tomber amoureux ; l’enjeu est aussi de surmonter ce que nous font subir les adultes pour en devenir un à son tour. On ne va donc pas perdre de temps à détailler l’histoire, juste dire comme c’est sensible et délicat. Jérôme Bonnell excelle à définir des personnages puissants et singuliers, Natacha Krief et Édouard Sulpice à leur donner une âme. Peu à peu se dévoilent Aurore et Noé, à grands coups de petits riens. Si le diable est dans les détails, ce sont eux qui font le charme, aussi, des œuvres différentes. — Michel Bezbakh
Sur Arte en octobre.
“Anatomía de un instante”
La jeune démocratie espagnole aurait pu, ce 23 février 1981, ne pas y survivre. Dans les pas du roman éponyme de Javier Cercas, cette série parvient à ressusciter l’intensité du moment — l’attaque, par deux cents putschistes, du Congrès madrilène — et à en dévoiler les coulisses. En s’attachant aux trajectoires de trois députés qui prirent le risque de s’opposer au coup d’État, la fiction exhorte à mesurer la valeur et la fragilité du moins mauvais des systèmes… — Marjolaine Jarry
Sur Arte en novembre.
“Blade Runner 2099”
« Bienvenue dans un futur que nous ne contrôlons plus », assène la bande-annonce, sur fond d’un monde dévoré par les flammes… Le genre d’amorce qu’on pourrait décemment, ces temps-ci, conjuguer au présent, mais on attend tout de même avec impatience de découvrir cette nouvelle mutation (après la suite signée Denis Villeneuve) du film culte de Ridley Scott. Coordonnée par la réalisatrice Silka Luisa, la série promet d’opposer aux « réplicants » (les androïdes qui ont pris le pouvoir) un intrigant duo incarné par Michelle Yeoh et Hunter Schafer. — M.J.
Sur Prime Video le 25 novembre.
“À l’est d’Eden”
Actrice et scénariste discrète, Zoe Kazan sort de sa réserve : en osant refaire À l’est d’Eden, le classique de John Steinbeck célèbrement adapté en 1955 par son grand-père Elia Kazan, la quadra s’impose dans une lignée d’écrasantes figures patriarcales. Interrogée en 2020 sur l’image de son aïeul, ternie par ses actes de délation durant le maccarthysme, elle avait déjà puisé sa réponse dans ce grand roman américain sur une famille d’immigrants : « Le pouvoir de triompher du péché dépend des choix de la génération d’après. » Quels seront les siens dans cette minisérie avec Florence Pugh et Mike Faist — dans le rôle jadis tenu par James Dean ? Avant de le découvrir, on peut déjà saluer l’audace. — C.V.
Prochainement sur Netflix.
“Hacks”, saison 5
Comédie vedette outre-Atlantique, multi-récompensée, Hacks tire sa révérence. La relation d’amour-haine entre Deborah Vance, star du stand-up sur le retour (l’immense Jean Smart), et sa jeune co-autrice Ava Daniels (la révélation Hannah Einbinder) se terminera-t-elle en douceur, par un puissant appel à la sororité, ou par un ultime clash générationnel ? La réponse au terme d’une cinquième saison toujours en équilibre entre confessions bouleversantes et fous rires, qui se referme sur un voyage à Paris. — P.L.
À l’automne sur Téva.
“M - L’Enfant du siècle”
Ce drame historique revisite l’ascension de Mussolini dans un bombardement d’images où le Duce (Luca Marinelli, survolté) s’adresse directement à la caméra, façon House of Cards. Une proposition radicale, étourdissante et épuisante, qui cherche à capturer la violence d’une époque et la façon dont le fascisme a su s’en saisir pour prospérer. Toute ressemblance avec la nôtre n’est pas fortuite… — P.L.
Prochainement sur France Télévisions.
“Alice”
Les pionnières du cinéma sortent de l’ombre où les a longtemps maintenues une histoire écrite par les hommes. Coproduit par HBO Max et France Télévisions, ce biopic de la plus illustre d’entre elles, Alice Guy-Blaché, vient prolonger dans la fiction cette entreprise de salubrité publique et piquer notre curiosité. Réalisée par Virginie Verrier (Marinette), la série imagine Bérénice Béjo dans le rôle de la mère fondatrice du septième art, dont le court métrage La Fée aux choux fut tourné dès 1896. — C.V.
En décembre sur France Télévisions et HBO Max.
“Harry Potter”
Avait-on vraiment besoin d’une nouvelle adaptation des romans jeunesse culte, quinze ans à peine après la sortie du dernier film ? Probablement pas. Énorme coup de la plateforme HBO Max, la superproduction saura sans doute intriguer des fans (le format sériel se prête après tout très bien aux adaptations de saga) et exploiter la nostalgie d’un phénomène malheureusement depuis entaché par les nombreuses prises de position transphobes de J.K. Rowling. — Marie Telling
Le 25 décembre, sur HBO Max.
“Orgueil et préjugés”
La froideur amoureuse de Colin Firth, dans la série de 1995, et la vivacité de Keira Knightley, dans le film de 2005, planent sur les adaptations d’Orgueil et préjugés, les deux acteurs ayant à jamais gravé les visages de Darcy et Elizabeth dans nos mémoires. Netflix rouvre pourtant le bal et dépose sur les épaules de Jack Lowden et Emma Corrin un lourd fardeau pour sa minisérie adaptée du roman d’Austen et écrite par la réjouissante essayiste Dolly Alderton. Révélé en espion fourbu dans Slow Horses, Lowden aura la distinction d’incarner le premier Darcy roux de l’Histoire, ce dont il s’amuse déjà. Face à lui, Emma Corrin, touchante princesse Diana dans The Crown, prêtera à Elizabeth Bennet sa fougue androgyne et son regard aiguisé. — Adèle Lavalaye
Prochainement sur Netflix.
“Singapura”
Sa caméra caresse la peau des villes étrangères et des amants interdits. La cinéaste Danielle Arbid (Passion simple, Seuls les rebelles) insuffle une sensualité folle à cette nouvelle création de Canal+, dont le scénario navigue entre The White Lotus et Expats. Dans un condo d’expatriés à Singapour se croisent les vies de Françaises aliénées par leurs privilèges (Nailia Harzoune, Ariane Labed et India Hair) et de maids philippines rêvant d’ascension sociale. Décor d’un faux polar au cœur des alcôves climatisées, où la froideur du néocolonialisme étreint la moiteur du désir libéré. — C.V.
À l’automne sur Canal+.
Source: télérama