Mercato, supporters, ambitions⊠Lâinterview exclusive de Marc Keller, le prĂ©sident du Racing Club de Strasbourg
Au lendemain du succĂšs tonitruant Ă Troyes (2-6), le prĂ©sident du Racing Club de Strasbourg, Marc Keller, a ouvert ce lundi les portes de la Meinau. Pour revenir sur les raisons dâun mercato estival endiablĂ© et Ă©voquer les hautes ambitions du club alsacien qui souffle cette annĂ©e ses 120 bougies. Entretien.
« Je suis trĂšs calme et serein. » La dĂ©monstration de force de lâĂ©quipe de Hugo Oliveira dimanche au stade de lâAube, lors de la 3e journĂ©e de Ligue 1, ne lui est pas montĂ©e Ă la tĂȘte. Pas plus que la prĂ©paration en pente raide suivie dâun gros couac en ouverture de saison Ă Marseille (revers 4-0) ne lâavait inquiĂ©tĂ©.
Ă 58 ans, le prĂ©sident strasbourgeois, en poste depuis juin 2012, continue de tracer son chemin pour tenter dâinstaller durablement son club dans le haut du panier français et sur la scĂšne europĂ©enne, dĂ©fendant son modĂšle et sa vision.
« Réaliser une saison passionnante pour les 120 ans du club »
Que vous inspire le début de saison du Racing, sixiÚme aprÚs trois journées ?
« Je ne parlerai pas de points ni de place, mĂȘme si câest Ă©videmment important. Nous avons des efforts importants Ă fournir dans les prochaines semaines pour vraiment crĂ©er ce collectif qui doit nous permettre, je lâespĂšre, de rĂ©aliser une saison passionnante pour les 120 ans du club.
Comme Hugo Oliveira, je suis heureux de lâeffectif que lâon a assemblĂ©, mais surtout content que notre coach puisse enfin travailler avec un groupe stabilisĂ©. »
Comment expliquer le mercato frĂ©nĂ©tique qui a totalement remodelĂ© le visage de lâĂ©quipe ?
« Depuis que jâai pris la prĂ©sidence du Racing, nous avons vĂ©cu trois modĂšles. Le premier, câĂ©tait dans le monde amateur en repartant de zĂ©ro, sans transferts ni droits tĂ©lĂ©. Notre seul rĂȘve Ă©tait de revenir dans le monde professionnel.
AprĂšs cette pĂ©riode de cinq ans, on sâest installĂ© en Ligue 1 avec des ambitions mesurĂ©es, Ă savoir se maintenir. Avec lâarrivĂ©e de nos partenaires amĂ©ricains (*) Ă lâĂ©tĂ© 2023, on est dans un modĂšle oĂč lâon veut lutter pour les places europĂ©ennes chaque annĂ©e. Il faut analyser le mercato Ă lâaune de cette ambition. »
Câest-Ă -dire ?
« La concurrence est féroce et pour rivaliser, il faut accepter de prendre de risques financiers qui peuvent déboucher sur des budgets déséquilibrés.
Câest pour cela que lâUEFA nous a sanctionnĂ©s fin juin (dâune amende de 13 millions dâeuros Ă effet immĂ©diat, plus une autre de 12M⏠en sursis, ndlr). Ce nâĂ©tait pas une surprise, mais comme Marseille, Monaco ou Lyon, on doit rĂ©duire notre ratio liĂ© au coĂ»t de lâĂ©quipe pour rentrer dans les clous europĂ©ens.
Pour y parvenir, on doit augmenter nos revenus via trois leviers : les droits télé, les recettes liées au stade et la vente de joueurs.
Or les droits, on ne les maßtrise pas et ils sont trÚs bas en France (5 à 6M⏠pour le Racing, contre 110 à 120M⏠en Angleterre à place équivalente au classement).
Concernant le stade, la nouvelle Meinau âco-construiteâ avec les collectivitĂ©s va nous permettre de dĂ©gager entre 45 et 50M⏠de chiffre dâaffaires par an, ce qui est un grand pas en avant. Mais pour Ă©quilibrer le budget selon les critĂšres de lâUEFA, le principal axe est la vente de joueurs.
Câest la rĂ©alitĂ© du football français. Ce qui est vrai pour Strasbourg lâest pour tous les clubs qui veulent jouer lâEurope : nous devons peu ou prou gĂ©nĂ©rer chaque annĂ©e 100 millions dâeuros de revenus dans cette colonne-lĂ . »
Avec Moreira, Barco, DouĂ©, Emegha, Enciso et Ouattara, vous avez atteint le double de cette somme cet Ă©tĂ©âŠ
« Oui, parce que lâon a beaucoup investi les premiĂšres annĂ©es et peu vendu. Or lâUEFA calcule les revenus des transferts sur la moyenne des trois derniĂšres annĂ©es civiles, donc entre 2024 et 2026.
Lâeffort Ă fournir ne se concentre pas sur une annĂ©e, câest une direction Ă prendre pour respecter le cadre financier. LĂ , on est engagĂ© sur la bonne voie. »
« Lâautre Ă©lĂ©ment, câest que lâon Ă©tait arrivĂ© avec les joueurs que vous citez au bout dâun cycle. Or celui-ci devient de plus en plus court. Ă mon Ă©poque (dans les annĂ©es 1990), un joueur restait entre trois et cinq saisons dans un club.
LĂ , on est plus sur des pĂ©riodes courtes de deux ans. Alors autant faire en sorte que leur passage soit marquant. Les DouĂ©, Moreira ou Ouattara ont bonifiĂ© lâĂ©quipe tout en progressant avec nous.
Mais ces contraintes ne nous empĂȘchent pas dâĂȘtre ambitieux. Pour preuve, nous avons investi prĂšs de 100M⏠dans les recrues. »
Nâavez-vous pas Ă©tĂ© inquiet par les mauvais rĂ©sultats en prĂ©saison, puis la dĂ©faite au VĂ©lodrome ?
« Je comprends quâil ait pu y avoir des doutes Ă lâextĂ©rieur. Mais je suis toujours restĂ© trĂšs calme et serein parce que je vois le travail fourni Ă lâintĂ©rieur.
Il y a le sportif, mais ça ne se limite pas Ă lâĂ©quipe premiĂšre. Ă tous les niveaux du club, on continue Ă progresser et Ă investir, que ce soit dans les infrastructures, les fĂ©minines, lâacadĂ©mie⊠»
Hugo Oliveira ? « Un entraßneur trÚs pointu, précis, mû par le travail collectif »
Pensez-vous quâavec les dix-sept renforts de lâĂ©tĂ©, lâĂ©quipe sera plus forte que celle de lâan dernier ?
« Je nâaime pas comparer les Ă©quipes, mais je suis convaincu que nous avons un groupe de qualitĂ© avec des joueurs qui portent fiĂšrement le maillot de Strasbourg.
Le directeur sportif David Weir et la cellule recrutement de Charlie Hutton ont bien travaillĂ©. Jâai dĂ©couvert de bons joueurs et vu leur volontĂ© de briller ici. Je peux vous garantir quâils sont contents dâĂȘtre lĂ . Il y a de la concurrence Ă tous les postes parce que notre volontĂ© cette annĂ©e est dâavoir un effectif plus dense. »
Hugo Oliveira est-il lâhomme idoine pour atteindre les objectifs ?
« Ce que je vois de lui au quotidien est conforme Ă lâimpression quâil mâa donnĂ©e quand on sâest dĂ©placĂ© Ă Porto avec David pour le rencontrer en juin. Câest un entraĂźneur trĂšs pointu, prĂ©cis, mĂ» par le travail collectif et qui a une grande facilitĂ© de communication. Je le vois aussi comme un homme dâune grande humilitĂ©. Je lâai encore perçu dimanche soir Ă Troyes, quand je lâai rejoint dans le vestiaire aprĂšs le match. »
Comment avez-vous accueilli le dégel avec une partie des supporters aprÚs une saison et demie de tension ?
« Contre Lens, les encouragements ont commencĂ© dĂšs lâentame. Et je crois que ce soir-lĂ , on a vĂ©cu une soirĂ©e trĂšs spĂ©ciale. Nos joueurs ont fait un superbe match et on a retrouvĂ© une Meinau unie. Lâambiance Ă©tait fantastique.
LĂ , on va accueillir Monaco (samedi Ă 17h15) , puis on fĂȘtera les 120 ans du club en novembre avant lâinauguration au printemps de la Meinau. On a tous envie que cette saison soit belle. »
(*) Le consortium dâinvestisseurs BlueCo qui est Ă©galement propriĂ©taire de Chelsea.