AAR Total War Three Kingdoms : les rizières pourpres

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Au crépuscule de l’épopée des Montreal Badgers, l’option de raconter de nouvelles histoires faisait consensus. Le terrain d’expression n’a pas été trop long à trouver pour ceux qui connaissent mon amour de la Franchise des Total War, mais ce fut bien différent pour ce qui est de la manière de faire…

Au mois de mai est arrivé une nouvelle qui a –un peu- accéléré la décision : Creative Assembly annonçait cesser de développer du contenu additionnel sur Total War: Three Kingdoms ! La nouvelle n’était pas attendue pour un jeu déjà fort de plusieurs add-on et où j’ai passé d’excellents moments aux côtés de généraux comme diplomates et espions charismatiques. L’idée de célébrer la fin du jeu avec un AAR (j’explique le terme plus bas) sérieux enrichi de quelques mods a doucement fini par faire son chemin.

Quelques mois plus tard, j’ai donc décidé d’écrire à nouveau et je pense avoir –enfin- trouvé un format d’expression qui me correspond. @Tyler peut en témoigner, j’ai beaucoup hésité à le publier ici pour différentes raisons mais je voulais vous le partager parce que j’aime trop Iunctis et que j’ai plaisir à imaginer faire découvrir le jeu du récit en question à certains d’entre vous.

Voilà, sans plus attendre, quelques précisions importantes.

Qu’est-ce qu’un AAR et quel style ai-je choisi ?


L’AAR est un diminutif pour After Action Report qui est un exercice assez ancien consistant à raconter sa partie sur un jeu. J’ai découvert l’exercice en version anglophone sur les jeux Paradox Interactive (CKII, CKIII…) où les AARs semblent particulièrement populaires.

De ce que j’en ai vu, il existe de nombreux styles : humour, gameplay (où l’on se cantonne à expliquer ses stratégies comme je l’ai un peu fait sur mes parties Madden et NBA2K), historiques (sur le modèle d’un livres d’histoire)… Mais cet AAR sera, lui, sous une forme de narratif.

Ça n’a pas vocation à être une œuvre littéraire ni une fanfiction. J’ai un style d’écriture qui n’a pas le moindre intérêt à mes yeux mais qui trouve des inspirations diverses allant de George R. R. Martin à Christian Jacq en passant par Andrzej Sapkowski mais je n’ai pas envie de les copier. Mes mots se sont surtout agencés autour d’une grosse « carrière » de Roliste sur Forums (jardin secret :no: ) et ils habilleront la retranscription des évènements de ma partie pour vous raconter une histoire que j’espère cohérente. Aussi, j’entends vous raconter ce qu’il s’y passe en respectant plus ou moins fidèlement l’ordre de survenue des aléas mais aussi en honorant les différents personnages qui seront croisés. Si l’un d’eux est colérique c’est parce qu’il en aura le trait dans le jeu et s’il déteste un autre personnage ce sera aussi car son opinion sera négative dans le jeu.

Beaucoup de mots pour dire qu’il s’agit d’un simple rapport de partie en fait !

Quel jeu ?


Comme dit plus haut, ce sera Total War: Three Kingdoms, un jeu vidéo de stratégie au tour par tour et de tactique en temps réel développé par Creative Assembly. Le jeu mélange des phases de stratégie au tour par tour, lors desquelles on gère son empire province par province, et des phases d’affrontements tactiques se déroulant en temps réel dans un environnement en trois dimensions que l’on peut toutefois résoudre par simulation si on le souhaite.

Pour information, je joue au jeu en VO pour m’éviter les erreurs de traduction vers le français et profiter pleinement des mods que j’ai choisi mais qui ne sont pas traduit, malheureusement.

Quel contexte ?


Le jeu se déroule en Chine durant les Chroniques des Trois Royaumes et commence en 190 après JC alors que la dynastie des Han, autrefois glorieuse, est sur le point de s’effondrer. Le nouvel empereur, intronisé à l’âge de huit ans, est manipulé par son premier ministre et seigneur de guerre Dong Zhuo, dont le règne oppressif mène au chaos. De nombreux chefs de guerre se lèvent et forment des alliances pour lancer une campagne à son égard, chacun ayant des ambitions personnelles et des allégeances en constante évolution…

Amis des noms complexes et des territoires à la syntaxe imprononçable, cette histoire sera donc pour vous ! Clairement, la Chine pré-médiévale n’est pas le territoire le plus immersif pour nous mais les Chroniques des Trois Royaumes sont fortes d’un panthéon de personnages riches et hauts en couleurs. En espérant qu’ils vous séduisent un minimum et vous permettront d’accrocher à l’univers.

Quel objectif ?


J’ai choisi de démarrer ma partie avec Liu Bei, l’idéaliste vertueux. C’est un Noble (six rangs sont jouables dans Three Kingdoms : noble, second-marquis, marquis, duc, roi, empereur) historiquement lié à l’Empire des Han d’une façon que je détaillerai dans le récit.

Etant tout de même un joueur vétéran de Total War, je me suis fixé comme objectif de restaurer l’Empire des Han. Dans la pratique, il me faudra donc m’élever de Noble à Empereur et être la dernière faction du jeu à disposer de ce titre. Pour y arriver, j’ai décidé de jouer Roleplay en respectant un maximum la personnalité de mon chef de Faction Liu Bei (ses trois traits de caractère dominant sont Humble – Fraternal – Kind) en ayant plus la préoccupation de son devoir et du peuple que de ses titres.

Quel rythme ?


Je sais que @Bigbillou ne manquera pas de prophétiser à ce récit un sort similaire à mon narratif de Madden 17. Aussi, j’ai quelques « chapitres » déjà écrits sous le coude et je vais publier directement une salve de chapitres pour bien débuter l’histoire. Mais, par la suite, le rythme sera assez lent et probablement de l’ordre d’un chapitre par semaine. Je fais majoritairement ça pour m’amuser, donc je ne me presse pas.

Voilà, voilà.

Le premier chapitre n’en n’est pas vraiment un, il va permettre de donner un peu de contexte avant d’entrer dans le vif du sujet.

J’espère que cela vous plaira et que cela vous donnera envie de tester le jeu ou bien, plus généralement, la Franchise Total War. N’hésitez pas à poser des questions sur le contexte, le jeu, les mods, la partie… Echanger autour du récit est aussi un des petits plaisir du forum !


Heaven is to be rent asunder, earth shall fall away.

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Au très estimé et gracieux seigneur qui lira ces lignes, Jian Yong , humble émissaire de l’empire des Han, souhaite mille fois prospérité en cette heure et à jamais.

On dit en vérité que chaque édifice se construit pierre à pierre. On peut en dire autant du savoir, extrait et compilé par mains érudits, chacun bâtissant sur les ouvrages de ses prédécesseurs. Ce qu’ignore l’un est connu d’un autre, et peu de choses restent inconnues si on cherche assez loin.

A présent, je prends, moi Jian Yong , mon tour comme maçon.

Je fus un enfant trouvé, abandonné un matin dans une stalle du foyer d’un scribe où des acolytes exerçaient l’art de la correspondance pour qui avait besoin de leurs services. Mon destin se décida en ce jour où un acolyte me découvrit et décréta que je pouvais être utile. Je n’appris que bien plus tard qu’il écrivait un traité sur l’art de langer les nourrissons et qu’il souhaitait vérifier certaines théorie.

On m’éleva comme domestique au sein des salles, des chambres et des bibliothèques mais je reçu des acolytes l’enseignement des lettres. Et j’en vins à attirer à l’occasion l’attention des magistrats de l’administration de Jiujiang, moi qui ne désirais rien tant que scruter les étoiles, mesurer le cycle des saisons, lire l’histoire de lieux lointains et d’hommes disparus depuis longtemps.

Et c’est ce qui advint. Je fus placé sous la tutelle du grand administrateur de Jiujiang, Lu Zhi , et y eut pour compagnon d’étude Gongsun Zan et Liu Bei . Orphelin de père ayant vécu avec sa mère du tissage et de la vente de sandales de paille, ce dernier est un lointain descendant de l’empereur Jingdi des Han ! Ainsi, j’eu le grand privilège de côtoyer cet enfant dont naitra un grand homme et de tisser avec lui de profonds liens d’amitié.

Il importe de se souvenir qu’en ce temps nous vivions dans l’insouciance propre à l’enfance. Bien qu’il s’efforçait d’apporter à l’Empire la paix et l’abondance, l’Empereur Liu Hong vit son règne proliférer d’eunuques corrompus dominant le gouvernement central des Han. Et, sous la surface d’un cour impériale paisible bouillonnait un chaudron de dissension.

La puissance des premiers Empereurs Han avait suffit à soumettre leurs opposants, on ne pourrait en dire autant de leurs héritiers. A la cour d’un Empereur préférant s’adonner aux femmes et à un style de vie décadent plutôt qu’aux affaires de l’état, la corruption prit vite le pas sur la vertu. La cour devint sauvage et cruelle, comme elle apparaissait quand elle condamnait à l’exil ceux en qui elle voyait des ennemis, mais elle pouvait aussi être généreuse, comblant d’honneurs, de charges et de terres ses favoris. Nombre de favoris et de conseillers avaient amassés fortune et puissance de par les caprices des Eunuques.

Toujours plus avides, les fonctionnaires corrompus s’abimèrent en pratiques abjectes, en impôts écrasants et en répressions cinglantes. Ainsi, la peur engendra la colère, et la colère engendra la violence. Le mandat du Ciel perdu aux yeux du peuple, les Han se devaient d’être renversés. Et jusqu’à ce qu’ils le soient, la terre se devait de couler rouge… de sang !

Opprimé, le peuple s’unit autour du Grand Professeur Zhang Jiao , arborent un foulard jaune en signe de ralliement pour ce qui sera tristement renommé la Révolte des Turbans Jaunes. Assemblés par milliers, les rebelles se saisissent de bien des commanderies à travers l’Empire tout en pillant de nombreux villages. La Cour Impériale, incapable de réprimer cette nouvelle révolte, lance un appel à la mobilisation auquel répondent de nombreux généraux et seigneurs de guerre restés, malgré tout, fidèle à l’Empereur.

Liu Bei fut de ceux là et partit combattre les rebelles en compagnie de ses frères d’arme : Guan Yu et Zhang Fei ! Je le suivis dans cette entreprise, en qualité de secrétaire personnel. Le conflit déchira la Chine pendant cinq années où, malgré la mort des chefs de l’insurrection, de nombreuses révoltes continuèrent d’éclater et de se réclamer des Turbans Jaunes.

Au crépuscule de son existence, l’Empereur Liu Hong octroya plus de pouvoirs aux Inspecteurs chargés de la gestion des provinces, afin qu’ils puissent mater les révoltes locales. Ainsi autorisés à créer et à collecter des impôts comme à lever et à commander des armées, nombre des gouverneurs de l’Empire devinrent d’authentiques seigneurs de guerre.

A la mort de l’Empereur, c’est son fils de huit ans qui monta sur le trône et le chaos ne fit plus que grandir. Au centre d’un complot, l’oncle de l’Empereur commit l’erreur de faire appel à Dong Zhuo , seigneur de guerre contrôlant la province de Liang, pour lui ordonner de marcher sur la capitale de l’empire et ainsi déposséder l’impératrice douairière ainsi que les eunuques toujours influents à la cour. Mais ces derniers devancent l’oncle et l’assassinent froidement pour trépasser dans l’assaut du palais impérial par les forces de Dong Zhuo qui s’empara du jeune empereur. Fantoche dans les mains du seigneur de guerre, l’enfant le nomma Premier Ministre et avec le grand guerrier Lü Bu à ses côtés, personne n’osa s’opposer à lui.

En réponse à cette trahison, une coalition de seigneurs de guerre fut levée et dirigée par le charismatique Yuan Shao afin de sauver la Dynastie des Han. Les Seigneurs Cao Cao , Yuan Shu , Sun Jian et Liu Bei marchent sur la capitale pour soustraire l’empereur des griffes du tyran. Face à cette opposition unie, Dong Zhuo se retira vers l’ouest dans sa place forte de Chang’an, incendiant Luoyang pour n’en laisser que ruines et cendres.

Ainsi débuta l’année 190. Incapables de s’accorder sur la stratégie à suivre, les seigneurs fondateurs de la coalition contre le tyran l’ont laissée s’effondrer. Chacun s’en est retourné vers ses propres terres pour éteindre les dernières braise de révolte des Turbans Jaunes alors que le Chaos, toujours, menace… Les seigneurs de guerre de tous bords ont vu l’occasion de se bâtir leur propre fortune et ont bien ressenti le changement de destin dans le vent. Jamais l’unité de la Chine n’a paru si incertain.

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JIAN YONG

Temple de Luxian, Province de Pengcheng – Saison de moissons de l’An 190

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Jian Yong souffla sur le parchemin pour faire sécher l’encre, puis rangea délicatement sa plume dans son trousseau. Il relut une nouvelle fois les dernières lignes de sa chronique et ne put retenir un soupir de dépit. Un piètre style. Il aurait aimé avoir le talent de Maitre Lu Zhi , mais il avait toujours préféré l’étude des cartes comme des textes à l’écriture lors de sa tutelle à Jiujiang.

Le secrétaire roula méthodiquement son œuvre et se rendit dans l’embrasure de sa tente, saisissant au vol un bol de soupe désormais bien froid. La vue qui s’offrait à lui était imprenable. D’un seul regard il pouvait embrasser l’ensemble de la vallée alentour. Par beau temps, on pouvait même admirer les contreforts du Mont Tian au-delà des crêtes et du cotonneux des nuages.

Il se surprit à écouter la nuit. En effet, la bise vagissait comme un moutard et par intermittence s’y mêlait des voix d’hommes, le hennissement rêveur d’un cheval, les crachotements d’une buche. Un silence tellement total … Pour cette nuit, au moins, il trouverait ses aises. Les sourcils froncés, Jian Yong acheva sa soupe et se rendit vers les cages des oiseaux. Avant de trouver le repos, il lui fallait vérifier qu’aucun message n’était arrivé. Il ne put que se féliciter de sa prévoyance en découvrant l’un des gris volatiles à la patte duquel était attaché un message. Il s’empressa de s’en emparer et d’en lire le contenu.

A peine eut-il terminé qu’il se précipita dans les escaliers du Temple, avalant les marches deux par deux au risque de se briser le cou. Guidé tout à la fois par son instinct et, surtout, par les flammes nombreuses qui coiffaient les murs du sanctuaire, Jian Yong trouva enfin la salle du conseil gardée par l’imposant Zhang Fei qui l’accueillit avec son éternel sourire blagueur.

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« Pas encore couché, diplomate ? » Hors d’haleine, le secrétaire se figea et posa ses mains sur ses genoux en tâchant de retrouver son souffle. Qu’il se sentait frêle face à cet homme rude, tout en muscles, à la large carrure et au ventre plat. « On n’dérange pas mes frères d’arme… Alors vous montrez point trop audacieux sinon je me devrai de vous enseigner l’humilité à coups de taloches ! » De toute évidence, le gardien avait encore cédé à sa passion de la boisson. Mais guère assez pour ne pas saisir l’importance du billet qu’agita Jian Yong sous ses yeux. Il se renfrogna et bougonna en lui ouvrant la porte et en lui emboitant le pas.

La salle était ronde, ses murs étaient nus. De nombreux tabourets de méditation s’alignaient au sol. Du plafond coulaient plusieurs torchères et brûle-parfum de cuivre où fumaient des bâtonnets d’encens. Une vague odeur sainte embaumait l’air. Des hauteurs du temple, des chants et des prières leur parvenaient, adoucis par le vent frais.

Au centre, Guan Yu et Liu Bei étaient appuyés sur les rebords blanc d’une large vasque de pierre. Leurs visages brillaient des reflets de l’eau claire. En entrant dans la pièce, Jian Yong put surprendre une conversation animée et depuis bien longtemps déjà engagée entre les deux hommes, qui ne firent pas d’abord attention à lui.

« Aucun ne l’a reconnu… Rendons nous à l’évidence, il n’était pas ici !
-Depuis qu’il nous a échappé lors de cette bataille près de Dongping c’est à croire que nous sommes opposés à une anguille !
-Si ma hallebarde n’avait pas croisé le fer de cet officier… »

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« Ton bras n’a jamais tremblé, Guan Yu. Peut-être… Peut-être que nous n’avons pas à nous en débarrasser…
-Que veux-tu dire ?
-Qu’il prétend défendre le peuple. Ce que trop peu de gens font ce jour. »

Le rire de Guan Yu explosa dans la pièce comme un orage moqueur. Son calme immédiatement retrouvé, il dardait sur son frère d’arme un regard désapprobateur : « C’est un criminel et un rebelle… Dois-je te rappeler ce que nous avons découvert dans les mines après la prise de Dongping ? »

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Jian Yong sentit un frisson passer dans son dos à l’évocation de ce souvenir. Pourquoi s’être souvenu de çà ? Quand c’était justement tout ce dont il n’avait aucune envie de se souvenir ? Son trouble s’en allait tout juste que les deux hommes avaient repris leur conversation. Guan Yu poursuivait d’une voix enrouée :

« Je comprends, oui, Dong serait un refuge plausible… as-tu des informations précises ?
-Rien. Des éclaireurs se sont rendus sur place il y a trois semaines.
-Et ?
-Et rien. Ils ne sont pas revenus.
-Et tu n’as rien fait ?
-Tu sais bien que ce n’est pas si simple.
-Veux-tu que j’aille moi-même voir ce qui se passe du côté du Fleuve Jaune… ? »

Un gras raclement de gorge étouffa la réponse de Liu Bei et Zhang Fei termina de s’écarter pour laisser place au secrétaire. Le commandant se tourna vers les deux hommes, les observa un instant et leur adressa un sourire chaleureux.

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« J’imagine que vous n’êtes point là car vous ne parvenez guère à trouver le sommeil, secrétaire. Soupire Liu Bei. Non, messire. Répondit calmement Jian Yong en s’avançant d’un pas qui claqua vertement sur le dallage de grès blanc. Nous avons reçu un message de Maitre Lu Zhi. » II tendit la missive à son seigneur qui s’empressa de lire les mots de son tuteur et administrateur de Jiujiang. « Les Gouverneurs de l’Empire ont reçu ordre de traquer et d’exécuter les Seigneurs de Guerre ayant fait acte de rébellion. Tout homme ayant servi dans ces armées ou lui ayant porté assistance sera également condamné à mort. »

La lettre passa entre les mains de Guan Yu alors qu’éclatait le rire gras de Zhang Fei. « Hors la loi ! Fugitifs ! La même racaille que celle que nous avons affronté pour libérer ce temple, hééé ! »

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« C’est bien le sceau de l’Empereur mais ce sont les mots du Tyran… » Souffla un Guan Yu qui avait bien du mal à ne pas laisser exploser sa colère. Jian Yong approuva en hochant de la tête. De sa vie, jamais il n’avait connu personnage plus sec et acariâtre que ce guerrier à la barbe distinguée. A l’image des frappes de sa hallebarde, ses mots avaient touché juste.

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Bras croisés dans le dos, Liu Bei tournait d’un pas lent autour de la large vasque de pierre. Au bout d’un long instant, la voix rocailleuse de Zhang Fei vint énoncer ce que tous pensaient : « Les Turbans Jaunes au Nord… Tao Qian au Sud… Kong Rong à l’Est… Qu’est ce qui pourrait mal tourner ?! » Bien vite, ils sauraient à qui pouvait bien aller la fidélité des Gouverneurs de ce Pays.

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GUO JIA

Cité de Dongwu, Province de Langya – Automne de l’An 190

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Partout des feux allumés à la hâte illuminaient ponctuellement l’obscurité qui s’efforçait de régner sur Dongwu et ses alentours. Le ciel était noir de charbon, comme qui dirait orageux. Le vent soufflait sans discontinuer avec une force accrue tandis que les arbres agités de soubresauts dessinaient des ombres fort inquiétantes dans le lointain.

Une odeur de pluie flottait au-dessus du petit abri douillet que s’était bricolé Guo Jia entre un pan de mur et des paniers d’osier. Il se jucha soudain sur son séant et, l’œil bouffi, fixa la pluie d’un air ahuri. L’eau goutait sur son front et ses bottes étaient trempées. La nuit précédente avait apporté des pluies qui l’avait trempé jusqu’aux os et la précédente, encore, des rafales de vent humide. Guo Jia peinait se souvenir la dernière fois qu’il avait dormi au sec.

Il se souvenait avec délectation la douceur des soieries du dortoir des magistrats qu’il fréquentait lorsque la nouvelle était parvenue à Dongwu. L’armée du Seigneur de Guerre Liu Bei déferlait depuis les versants du Mont Tai. La panique avait envahie la ville lorsque la rumeur avait annoncé l’inaction du Gouverneur de Donghai, Tao Quin, face à cette incursion.

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Serviteur de longue date des Han, il n’avait eu que faire des ordres de l’Empereur fantoche manipulé par le Tyran. Très vite, la ville bruit de ragots sur la « proximité » du Gouverneur et du Seigneur de Guerre qui se seraient entretenus seuls à seuls. Ils s’intensifièrent lorsqu’arrivèrent les premiers habitants de Kaiyang ayant fui la proximité d’une armée ravitaillée de provisions et assurée du passage sur la province de Donghai.

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Toute la ville retrouva espoir lorsque l’on mobilisa la garnison impériale. Des acclamations clairsemées s’élevèrent le long du passage des cavaliers en armures. A la liesse succéda la stupeur lorsque les réfugiés de Kaiyang informèrent de la chute de la ville face à l’ost de Liu Bei contraint de ralentir le pas face à la plaine calcinée par le feu.

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Et à la stupeur succéda la panique lorsque les cavaliers impériaux chargèrent en trombe sous leur nez, une torche dans chaque main, flammèches dans leur sillage. Prestement, le brasier consuma la ville et les hommes prirent feu tels des fétus de paille. Des ténèbres émergea une femme titubant qui vint s’effondrer aux pieds de Guo Jia. Elle se mit à ramper dans le feu et n’était plus qu’à quelques pouces de lui lorsque la mort la prit. Ses cendres, loin de tomber, se muaient peu à peu en un champ d’argent où un dragon nageait librement. Une odeur de pluie flottait à nouveau dans l’air et il s’éveilla avec la certitude que donnent les rêves.

Se frottant les yeux en traversant la cité, il entendit le bruit des marteaux là où des soldats devenus charpentiers élevaient les nouvelles masures. La ville était encore fumante quand l’armée du Seigneur Liu Bei la prit et les envahisseurs devinrent aussitôt sauveurs. Sur l’esplanade enfin dégagée flottait une agréable odeur de feu de bois et soupe chaude.

A leur arrivée, les forces armées n’avaient trouvé que ruines fumantes et peuple meurtri. Sur ordre, les soldats avaient entrepris de dégager les ruines, soigner les blessés, nourrir les survivants et enterrer les morts. Une équipée de cavaliers menée par un certain Jian Yong fusa vers le nord solliciter l’aide du Gouverneur Kong Rong alors que l’on pansait toujours la ville. Ils revinrent moins d’une semaine plus tard, chargés de vivres et de différents onguents qui furent distribués à la population.

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Moitié abrité du vent par les remparts quasi intacts de la cité, il reçut des mains d’un cuistot son bol de soupe. De la douzaine d’hommes installée autour du feu, huit étaient des soldats du Seigneur de Guerre. Un affutait son arme d’un air calme. Un second blaguait sans relâche. Les autres devisaient de la reconstruction comme de la suite de leur campagne en dévorant leur soupe. Guo Jia fit de même en silence… rongé par l’inquiétude.

Et soudain, il s’immobilisa tout à fait. L’appel de cor grelotta à travers la ville, faible et distant mais impossible à méconnaitre. « Rassemblement ! » Brusquement surgi d’une douzaine de gorges, l’appel se répandit en quelques secondes aux quatre coins de la cité. « Soldats ! Rassemblement à la porte principale ! » L’air hagard, Guo Jia suivit la foule.

Au premier rang de la cohue, il distingua les officiers sous la grande arche et se faufila pour jeter un œil sur la plaine. L’air était tout embué d’haleines et l’acier reflétait les flammes des torchères.

« Là ! » s’écria un homme au rempart, une main tendue vers l’horizon. « L’armée impériale ! »

Alors que la peur emportait bien des civils vers le dédale de la ville, Guo Jia aperçut à son tour la longue colonne de soldats précédée par un important groupes de cavaliers dont certains portaient fièrement des bannières aux couleurs de la Dynastie des Han.

« Difficile à estimer, mais je dirais qu’ils sont deux ou trois milles. » Clama Jian Yong les yeux plissés. Zhang Fei prit alors la parole, d’une voix de tonnerre. « Ce n’est pas le moment de pinailler, l’ennemi est là ! » Une cinquantaine de cavaliers avaient en effet devancé l’armée pour venir à la rencontre du Seigneur de Guerre comme de ses troupes.

Un jeune officier aux traits bourrus fit office de héraut : « Son éminence, Grand Administrateur d’Hedong, Wang Yun !

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-C’est un honneur de vous recevoir , déclara Liu Bei en joignant les mains. Mais mon cœur saigne de ne pouvoir vous inviter dans cette cité que vous avez ordonné de passer à la torche.

-Epargnez-moi vos jérémiades, rebelle ! Morigéna l’administrateur. Je suis ici pour vous remettre à la Justice de l’Empereur ! Sa Majesté offre sa grâce à vos compagnons, mais vous n’échapperez pas à la corde pour vos crimes ! »

On louait à bon droit Liu Bei pour le calme de sa conduite et son égalité d’humeur mais que nul n’imagine que la flamme des Han ne brûlait pas dans ses veines. Il le démontra, alors. « J’accepterai les reproches de mon lointain cousin, mais point les vôtres comme celles de votre Tyran. Tenez votre langue, vieil homme. S’il sort encore un mot perfide de votre bouche, il se pourrait bien être le dernier ! »

Et l’administrateur Wang Yun se tut. Brutal et direct, il se retourna vers les hommes qui l’avaient accompagné depuis la province d’Hedong. « Saisissez vous de cet homme, nous allons le raccompagner jusqu’à Chang’an ! » Mais quand ses hommes s’avancèrent, les trois proches de Liu Bei s’interposèrent et tirèrent leurs armes. L’acier fit chanter au cuir un murmure aussi ténu que l’espoir.

« N’approchez pas d’avantage , les avertit Jian Yong. Tout homme qui posera la main sur notre Seigneur périra ce jour . Wang Yun était déconfit. Rentrez votre acier au fourreau et écartez-vous , ordonna-t-il. Auriez-vous oublié ? Je suis administrateur de l’Empereur !

- Oui-da , répondit le musculeux Zhang Fei, mais nous sommes les Frères jurés de Liu Bei, non point ceux du gamin fantoche qui siège sur le trône ! Ulcéré par les propos du guerrier, Wang Yun lui aboya : Vous êtes trois ! J’ai derrière moi une demi-centaine d’épées ! Un mot de moi et ils vous tailleront en pièces !

-Ils nous tueront peut-être, riposta l’impressionnant Guan Yu en brandissant sa hallebarde, mais vous périrez le premier, votre éminence, vous avez ma parole ! »

Liu Bei a les talents des héros et rallie à lui les cœurs des multitudes , songea Guo Jia. Zhang Fei et Guan Yu valent chacun dix-mille adversaires . Tel qu’il le voyait, Liu Bei n’était pas homme à rester sous les ordres d’un autre. J’ai enfin trouvé mon véritable seigneur !

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GUAN YU

Cité de Huangxian, Province de Donglai – Hiver de l’An 190

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Une bise frisquette s’était remise à souffler, qui exhalait des murmures acides en s’insinuant dans chaque faille de l’enceinte et saccadait les toiles des tentes. La terre était toute blanche et les cordes des pavillons raidies par le gel. Guan Yu ranima le feu et le gai brasillement des flammes lui jeta au visage des bouffées de chaleur bienvenues.

A l’intérieur de la tente, il entendait bouger son Frère d’Arme et Seigneur Liu Bei. Le pavillon où dormait Guan Yu en était contiguë. Il s’assit sur l’étroite couchette et, prélevant de leur coffre de cèdre sa pierre à aiguiser et son chiffon huilé, se mit à l’œuvre. Garde acéré l’acier de ta hallebarde , s’était-il juré à Dongwu. Il n’y manquait jamais.

Au faîte de l’automne, leur troupe s’était mise en marche pour la cité d’Huangxian. C’est là que c’était terré l’administrateur Wang Yun après son échec de Dongwu. Malgré le sol amolli par les pluies d’automne, ils furent vite sur le port de pêche de Buji qu’ils découvrirent épargné par la guerre. Contre un ravitaillement de vivres, Liu Bei accepta de détacher quelques régiments à la protection de la bourgade : bandits comme Turbans Jaunes rôdaient encore sur les terres exsangues de l’Empire.

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Les premiers flocons de l’hiver saluèrent leur arrivée en vue d’Huangxian. Dans sa solitude abrupte et battue des vents marins, la cité se trouvait protégée d’une antique enceinte de pierres grises érigées de tours auxquelles flottaient les bannières des Han. Une forteresse peu impressionnante mais facilement défendable !

« J’espère que nous trouverons un moyen d’abattre ces défenses , murmura Liu Bei par-dessus la carte qu’il déchiffrait. La flamme animée des chandelles accélérait la rudesse de son visage. Si ce n’est pas possible, nous attendrons. Guan Yu parlait d’une voix de basse dont les intonations singulières accentuaient le grondement. Nous les avons pris au dépourvu et ils n’ont point eu le temps de se préparer à un siège. Wang Yun finira par se rendre, même si cela doit prendre une année entière.

- Nous ne pouvons attendre une année mon ami. Dongping ne peut pas attendre une année ! » La nouvelle était arrivée à eux sous la forme d’une missive apportée par des ailes. Rédigé en menus caractères maladroitement formés, le message informait :

Assaillis par turbans jaunes. Sommes parvenus à les repousser. Totalement cernés par rebelles. Piégés dans ville, pressés durement. Tiendrons la mine pour le seigneur Liu Bei.

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Déjà de pierre lorsqu’il eut parlé, le visage de Guan Yu se durcit encore davantage. Il avait sollicité le droit de commander une troupe pour partir briser le siège des rebelles. Mais la neige interdisait les manœuvres d’envergure et, surtout, il ne leur était guère possible de scinder leurs provisions. Intimement convaincu qu’ Huang Shao , l’un des derniers chefs de l’insurrection, menait la troupe des rebelles, Guan Yu s’était juré d’être le premier à briser le siège lorsqu’arriverait la douce quiétude du printemps.

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L’ouïe fine du Champion le sortit de ses rêveries lorsqu’il saisit de longues foulées rageuses et précipitées. Lorsqu’on apparut sous l’embrasure de la tente, Guan Yu en bloquait l’accès de sa hallebarde en travers du passage. Comme l’acier de l’arme était fiché au bout d’une hampe en frêne des montagnes longue de six pieds, l’intrus se figea pour interpeller : « Messire. Les seigneurs Zhang Fei et Guo Jia ont terminé leur inspection. Ils souhaitent rejoindre votre pavillon. »

Emmitouflés dans d’épais lainages, les deux hommes furent vite sous la tente. Liu Bei salua son frère et son jeune conseiller puis se pencha sur la table où avait été préparé un plan de la forteresse ennemie. « Que proposez-vous ? » demanda-t-il aux deux observateurs.

« Je proposerais un assaut , répondit Zhang Fei. Nous pouvons envoyer quelques hommes dans la forêt avoisinante pour récupérer de quoi confectionner un bélier. Il nous suffira ensuite de briser la porte et nous prendrons la ville par la force. »

« Risqué… Je pense que ce serait suicidaire . Rétorqua Guo Jia alors que Zhang Fei fronçait les sourcils.
-Du suicide ? Nous parlons d’Huangxian, pas de la passe d’Hulao !
-J’en conviens , mais il n’empêche que cette porte me semble fort solide.
-Wang Yun n’a avec lui qu’une poignée de soldats. Des vieillards et des jouvenceaux pour la plupart.

-Je ne vous apprendrai pas ce que peuvent faire des vieux et des enfants depuis une barbacane. Nos pertes risquent d’être lourdes et notre victoire loin d’être assurée. Avec les campagnes qui nous attendent, nous ne pouvons guère nous le permettre. »

La perspective de perdre la majorité de leurs hommes dans un assaut incertain était peu réjouissante pourtant Guan Yu étirait un fin sourire à ces débats. Depuis qu’il était entré au service de Liu Bei, Guo Jia s’était illustré par la justesse de ses pronostics comme par la bonne planification des expéditions. Le voir associé à Zhang Fei pour l’élaboration du plan de bataille était une idée de leur Seigneur et frère d’arme, convaincu que la flexibilité comme l’innovation seraient de grandes armes dans la lutte contre ce chaos.

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Liu Bei se servit un verre de vin puis se tourna vers Guan Yu qui n’avait encore rien dit lorsque qu’un officier entra précipitamment dans le pavillon.

« Messire, messire ! Une armée approche ! Et elle arbore la bannière de Beihai ! »

Quelques heures plus tard, Liu Bei et Guan Yu chevauchaient depuis le pied de la petite colline où Kong Rong , gouverneur de la province de Beihai, avait décidé que se tiendrait la rencontre.

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« Pas trop tôt , soupira Kong Rong. Encore un peu et je gelais sur place.
-Quel est donc le but de cette entrevue ? Questionna Liu Bei qui avait commandé aux troupes de se tenir prêtes.
-Assumer mon titre de gouverneur de l’Empire Han et mettre fin à cette querelle ?
-Querelle ? » explosa Liu Bei. « Wang Yun a fait brûler une cité entière pour ralentir notre avancée et assembler une armée que nous avons eu tôt fait de disperser ! Tant que cet homme administrera des terres il sera un fléau pour le peuple !
-Epargnez moi ce couplet sur l’incompétence de Wang Yun, je ne le partage que trop mon ami ! »

Guan Yu eut le plus grand mal à cacher son malaise. Il s’était attendu à voir le gouverneur de Beihai comme un coriace adversaire mais voilà que ce dernier leur servait avec sincérité son amitié.

« Vous ne trouverez point trace de Wang Yun en ces murs. Ce lâche a pris la mer aux premiers jours de votre siège. N’aviez vous donc point de vaisseaux pour organiser le blocus de ce port ? Aucun des deux frères d’arme ne gouta les délices du sarcasme qui leur était proposé. L’Empereur m’a fait l’honneur d’étendre mes fonctions en me nommant Gouverneur de la Province de Donglai. Kong Rong tendit à Liu Bei un parchemin frappé du sceau impérial dans un grand effet de manche. A mon ordre les portes vous seront ouvertes et nous nommerons l’un de vos fidèles à l’administration de la cité. La Gouvernance de Beihai m’est déjà presqu’insupportable… »

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Là-dessus, Kong Rong éperonna sa monture et se dirigea au petit trot vers les portes de la cité. Liu Bei et Guan Yu furent vite à sa hauteur. « Gouverneur… Je… Je ne sais comment… Kong Rong l’interrompit d’un geste. Il n’y a rien d’honorable à faire couler le sang de ces gens. C’est mon devoir de Gouverneur de l’Empire que de les protéger. Entre le Tyran et le Seigneur de Guerre, je fais le choix du moindre mal. »

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« En outre, ce n’était pas là le seul motif de ma venue. Nous avons reçu par missive une information des plus… Troublante ! » Une nouvelle fois, le gouverneur de Beihai sortit un parchemin de ses manches qu’il tendit négligemment à Liu Bei. Guan Yu vit la nouvelle décomposer le visage de son frère d’arme. Il ressentit un frisson lui parcourir l’échine. Était-ce le vent froid ou la sentence proférée par son Seigneur ? « Cela ne se peut… ! »

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Guan Yu avait lu et relu la missive apportée par Kong Rong une dizaine de fois au moins. Chaque lecture et relecture lui avait laissé un âpre goût dans la bouche, comme si la plume dont Tao Quin s’était servie pour l’écrire avait été trempée dans de la pisse de vache. Le Seigneur Cao Cao le rendait coupable du trépas de son père et appelait ses partisans à prendre les armes pour le venger !

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Il ne suffit à Guan Yu qu’un regard pour saisir le dilemme de son Seigneur. Liu Bei avait toujours tenu le Gouverneur Tao Quin en haute estime et ce dernier s’était toujours montré d’une bonté désintéressée à son égard. Quant à Cao Cao, il fut des Seigneurs qui se levèrent pour réprimer la rébellion et s’insurgèrent face au Tyran jusqu’à offrir ses hommes au service de la Coalition de Yuan Shao.

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« Voyez mon ami, voyez ce que l’entêtement peut produire d’horreurs et de bassesses . Se récria Kong Rong d’une voix mélodieuse mais triste. Tellement triste. Retenez bien ceci : la perfidie des grands s’abreuve toujours du sang des petits. » Liu Bei sourit d’un air las et recueillit la missive dans l’une de ses mains pour mieux la froisser entre ses doigts. Immédiatement, Guan Yu comprit.

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Le mec balance tout ça BAM DOMINO ! Depuis mai 2019 ça pousse et ça grandit.

Le moment est venu, enfin ! :proud:

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Le début est pas mal.

Vivement 2023 pour la suite. :nadine:

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Prochain chapitre dès la semaine prochaine, médisant :no:

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JIAN YONG

Cité de Huangxian, Province de Donglai – Printemps de l’An 191

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Le tumulte de la journée était terminé. A chaque jour suffisait sa peine et le secrétaire du Seigneur Liu Bei ne ménageait point la sienne. Depuis que son maitre l’avait nommé gouverneur de la ville libérée de Huangxian, Jian Yong terminait invariablement ses journées fourbu comme migraineux alors que sa musculature courbaturée lui intimait des mouvements aussi raides que désarticulés.

Dans la quiétude de ses appartements privés, Jian Yong se massa longuement les tempes. L’homme n´était pas portée sur le luxe et sa volonté de partager les mêmes conditions de vie que ses hommes était clairement affichée. Un lit et un bureau simple constituaient la seule exception à cette règle. Les fonctionnaires de la cité avaient fini par accéder à l’intégralité de ses requêtes spartiates.

La brise marine heurtait de plein fouet son visage de ses caresses salées alors qu’il s’attaquait à la lecture d’un nouveau rapport détaillant les niveaux de stocks des différents greniers de la ville. L’armée menée par le seigneur Liu Bei et commandée par Guan Yu avait largement puisé dans les réserves de la ville pour s’élancer à la rescousses des assiégés de Dongping. C’est avec la bénédiction du Gouverneur Kong Rong qu’ils s’élancèrent sur les routes de la province de Beihai pour éteindre les dernières flammes de la rébellion des Turbans Jaunes.

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Chargé de veiller sur la cité, Jian Yong s’était également vu confié d’autres tâches par le Seigneur Liu Bei. Plus amateur de plumes que d’épées, il revenait à son trait de caresser le vélin du sang de son devoir.

La première missive lui fut dictée par son Sire avant qu’il ne parte en campagne. La formulation s’était voulue traditionnelle alors que le ton était apparu résolu. Jian Yong n’avait guère déformé un mot que son Seigneur n’en fut pas moins des plus hésitant. Il hésita un instant à être si franc, se relit, replia la lettre avec une satisfaction contrariée, la rouvrit, recommença une fois, puis deux, puis une huitaine ; pour en finir d’un soupir. Jian Yong ne le comprenait que trop bien : l’encre tâchant ce parchemin ferait couler le sang de bien des hommes.

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Jian Yong était entrain de coucher sur papier les noms des officiers qu’il affectait à la formation des nouvelles recrues quand il aperçut la chouette posée sur le bord de sa fenêtre. Deux yeux s’élevèrent devant le diplomate éreinté. Ils étaient de bronze, plus brillant que des boucliers polis, luisant de leur propre malice derrière un voile de poussière qui saturait l’atmosphère de petits nuages. Dans bruissement de plumes soulevant des nuées grises, l’oiseau disparut dans l’air marin.

Les oiseaux, Jian Yong aimait les côtoyer. La petite pièce exigüe au faîte de la tour Nord-Est pouvait bien puer la fiente de pigeons, il s’agissait de l’endroit préféré du diplomate. Il se risquait parfois à glisser sa tête dans l’une des étroites ouvertures de la pièce pour se délecter du spectacle de la crête des collines s’étendant telle une mince balafre à l’horizon.

Depuis sa prise de fonction, il avait lui-même noué d’importantes dépêches aux pattes de ces nobles messagers et avait eu à souffrir de la réceptions de sombres nouvelles par ces mêmes ailes ternes. La première lettre formée de caractères bien mal terminés survint moins d’une semaine après le départ de l’armée et énonçait :

A Donghai, avec trois douzaines d’hommes. Moitié blessés. Temple tombé, garnison perdue. Forces de Cao Cao. Situation très mauvaise ici.

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Maitre dans l’art de l’information, le Seigneur Cao Cao n’avait laissé aucune chance aux soldats laissés sur place pour protéger les bonzes des bandits comme des turbans jaunes. Et voilà qu’ils tombaient face à d’anciens frères d’arme jadis opposés à cette même canaille… Au moins étaient ils morts vaincus sur le champs de bataille.

Un temps, Jian Yong avait songé dépêcher un messager pour le lancer à la poursuite de la troupe du Seigneur Liu Bei partie pour Dongping. Le devoir commandait d’assister Tao Quin face à l’agression violente du Seigneur Cao Cao tandis que l’honneur exigeait de secourir les assiéger de Dongping. L’oiseau suivant étouffa toute volonté d’interférer alors que son message informait :

A nouveau repoussé turbans jaunes. Mine ravagée par incendie. Plus beaucoup d’eau. Survivants mangent leurs chevaux. Totalement cernés. Tiendrons pour le seigneur Liu Bei.

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Une main avait déposée au-dessous une marque furibonde. Une main aussi vigoureuse que déterminée n’attendant guère d’être sauvée. Et pourtant, chaque soir, Jian Yong priait tout le panthéon de sa connaissance qu’elle soit encore en vie lorsqu’arriverait l’armée du Seigneur Liu Bei.

Il restait la moitié de la grosse chandelle qu’il avait allumé juste avant de s’attaquer aux rapports du jour. Il avait beau être fourbu, il y avait toujours une autre page après celle-ci et encore une autre après celle-là. Près de son coude reposait une page consacrée aux capitales nouvelles de l’Empire que lui faisait parvenir régulièrement le Gouverneur Kong Rong. Sur la dernière, l’encre sèche y serrait un nom bien connu de tous.

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Charismatique leader de la coalition des Seigneurs de Guerre dressés contre le Tyran, Yuan Shao faisait parler de lui. La rumeur assurait de l’inexorable avancée de ses troupes sur les plaines du Nord pour soumettre les rebelles comme les Seigneurs pour le moins… Récalcitrant. Interdit et perplexe, Jian Yong fut bien surpris à la lecture du nom couché sur la page jaunie au beau milieu de quelques mots fort mal agencés.

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Historique soutien de la dynastie des Han, Zhang Yang fut également des Seigneurs qui se joignirent à la coalition pour faire rendre gorge au Tyran. Et le voilà ainsi menacé par celui à qui jadis il obéissait, avait songé le secrétaire du Seigneur Liu Bei. Cao Cao hier, Yuan Shao aujourd’hui… La coalition n’est plus que poussière. Mais Jian Yong s’en tint à son devoir pour exécuter les commandements de son Seigneur. Avant son départ en Campagne, Liu Bei avait dépêché des messagers pour conduire un message ainsi que des présents auprès de Yuan Shao. Comptait-il réellement sur le charisme de cet homme pour calmer les prétentions du Seigneur Cao Cao ? Le diplomate ne le savait point mais avait pour responsabilité la correspondance avec leur ancien Commandant. Pains d’encre et stylets lui étaient présentés, rendant plus difficile encore la vue du parchemin vierge qui lui fut opposé. Il n’avait point l’art des intrigants, point la plume des plus grands.

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Quand sa besogne fut terminée, il fut tout ébaubi de voir à quel point la chandelle brûlait bas, maintenant. Il avait les yeux rouges comme la fatigue chevillée au corps. L’envoi de la missive attendrait que ne se soit écoulé un court sommeil.

Jian Yong dormait à poings fermés lorsqu’un bruit de déflagration le tira brusquement de ses songes. La confusion la plus totale s’était emparée du fort et lorsqu’il quitta ses appartements tous commençaient à paniquer. Le diplomate se précipita hors du bâtiment tandis que des cris comme des ordres s’élevaient çà et là. Proches comme lointaines, d’autre déflagrations survinrent. Avec elles vinrent tant le feu que la fumée.

Personne dans la rue ne faisait attention à lui. Marchands, artisans, marins ou mendiants, tous étaient pris de panique et courraient dans tous les sens alors que les soldats s’enfermaient dans la discipline pour gagner leurs postes. La tête levée, ils fixaient le ciel nocturne avec frayeur. Çà et là, il se zébrait de nuées de flammes s’échouant finalement dans les rues de la ville.

Les gardes chargés de sa protection lui emboitant le pas, le Gouverneur gravit en courant les escaliers des remparts. Avant même d’atteindre leur faite, Jian Yong savait ce qu’il allait découvrir : une flotte battant le pavillon des Han !

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ZHANG FEI

Mine de Dongping, Province de Dong – Eté de l’An 191

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Le cadavre avait beau être alourdi d’une armure, il ne fallut qu’un essai à Zhang Fei pour le retourner. Il retira le heaume pour découvrir un visage juvénile. Les yeux sombres du jeune homme étaient encore grands ouverts, et sa bouche surmontée d’un petit duvet était figée dans une expression de souffrance que la mort ne semblait pas avoir estompée. A le voir couché comme ça, mort, il se rendait mieux compte de sa jeunesse. Un gosse.

« ‘lors m’sire ? » demanda Yan Xing qui se tenait à quelques pas de lui. « Trop jeune », gronda Zhang Fei tout en redressant sa musculeuse carcasse. « Pas plus de seize ans. »

D’un regard, il balaya la pente douce ayant fait office de champs de bataille où étaient étendus encore des centaines de cadavres. Ceux appartenant à leurs forces étaient chargés sur quelques charrettes réquisitionnées dans la ville minière. Les corps des hommes acquis à la cause des Turbans Jaunes n’avaient pas cette chance. Les soldats de Liu Bei les dépouillaient soigneusement de leurs effets personnels avant de les laisser à la merci des corbeaux.

« Laissez tomber, m’sire. Ce sac à foutre d’Huang Shao s’en est sorti, sûr comme l’jour ! » Zhang Fei ne put retenir un rire en posant son regard sur le loqueteux guerrier. Son armure portait des marques de rouilles, sa cape était couverte de boue et ses bottes tombaient pratiquement en lambeaux. Le coursier sur lequel il était juché était aussi émacié que le visage rude de son cavalier.

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Yan Xing parlait comme un charretier et ne pouvait ouvrir la bouche sans proférer une insanité mais il s’était révélé être un meneur d’hommes capable de faire, en peu de jours, d’un ramassis de recrues de hasard une troupe dotée d’un esprit de corps et d’un courage certain. Dur et inexorable, sa ténacité avait valu à la mine de Dongping de tenir le siège imposé. Rapide et exécutée d’une main de maitre, l’une de ses manœuvres audacieuses avec grandement entamé les armes de sièges de l’ennemi d’un éboulement soudain qui avait redonné espoir à ses hommes affamés.

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A l’arrivée de l’armée de Liu Bei commandée par Guan Yu, Yan Xing avait mené les assiégés dans une sortie pour prendre les Turbans Jaunes en tenaille. La bataille n’avait rien eu à voir avec les grands engagements de la Coalition auxquels avait participé Zhang Fei, mais ils étaient parvenus sans difficultés à écraser les Turbans Jaunes et à empêcher la majorité des survivants à fuir par l’audace de Yan Xing.

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« S’il a survécu, Huang Shao est probablement retourné se terrer dans les montagnes. » Tonna Zhang Fei en remontant sur son propre cheval. « Mauvaise nouvelle, pour sûr. Mais… » Yan Xing laissa sa phrase en suspens. Puis, il frappa dans ses mains. « Bon, faut réunir les gars, nous s’rons plus sûrs d’dans Dongping pour l’fin du jour. » Zhang Fei acquiesça, il donna quelques ordres aux soldats pour qu’ils se préparent à se remettre en route. Cet homme lui plaisait bien !

Bagarreur alcoolique, Zhang Fei n’était pas homme à accepter la langueur qu’impose un rythme lent et mesuré. Les chemins de montagne n’étaient pourtant pas faits pour la course ou la célérité. Toute imprudence entraînait d’atroces sanctions, blessures odieuses, inexorable mort. Parfois, il tournait la tête, pour s’assurer que les hommes tenaient bien les bœuf par la bride, mais les bêtes tractant les charrettes semblaient accoutumées du chemin et ne s’inquiétaient guère de côtoyer le vide et la menace d’une chute mortelle. Ce versant de la vallée devenue charnier n’était guère dégagé et de nombreux arbres, par touffes, en goinfraient les écueils, mais au loin se distinguait la figure massive et défigurée de la ville minière où ses frères l’attendait.

Abandonnant le convoi qui saurait où mener les bestiaux et leurs affaires, Zhang Fei prit congé du héros de Dongping et s’enfonça dans les ruelles où les balafres de la guerre étaient omniprésentes. La mine était silencieuse et la ville d’une propreté douteuse. Bien des choses s’étaient passées ici durant le siège. Des choses horribles , songea le bagarreur ivre.

« Frère ! » Héla t’il Guan Yu de sa voix de tonnerre. Hallebarde toujours au poing, le Champion à la réputation grandissante lui donna l’accolade. « Pas traces d’Huang Shao ? » Zhang hocha négativement de la tête. Les traits de son frère d’arme se déformèrent furieusement. « A croire que nous sommes opposés à une anguille ! » Par deux fois, ce chef de l’insurrection des Turbans Jaunes leur avait inexplicablement filé entre les doigts ! Tant qu’il vivrait, il serait une menace pour toutes les bourgades avoisinant ces montagnes où il semblait bien avoir trouvé refuge. Encore une fois.

Désanglant sa lance à son dos, Zhang Fei suivit les pas de Guan Yu et franchit le seuil d’une tente , se demandant depuis combien de temps il n’avait pas pris une coupe de vin. « La garnison est à bout et nous devrons laisser ici des hommes pour protéger la mine avant de repartir en campagne. » Grogna t’il rauquement en penchant la tête pour ne guère heurter le voilage et prendre sur un coffre, à l’écart. « Fâcheux, lui lâcha Guan Yu en farfouillant çà et là, d’autant que Cao Cao presse durement les terres de Tao Quin. Nous aurons besoin de toutes nos forces dans cette guerre. » Zhang Fei grimaça en repensant à la nouvelle de la chute de Xuexian, dans la province de Xiapi, et de ses terres arables. De tous les Seigneurs de Guerre assemblés du temps de la Coalition, Cao Cao fut sans conteste l’un des stratèges les plus brillants.

« Guo Jia devrait avoir rallié Donghai à la nouvelle lune , souffla un Guan Yu réapparu avec deux coupes de grès et un pichet, il y renforcera les armées de Tao Quin. Nous ferons jonction dès que nous aurons pacifié la région. » Zhang Fei porta le pot à sa bouche et chaque lampée qu’il déglutissait lui gonflait les muscles du cou. Lorsqu’il le reposa sur le sol, il manquait la moitié du vin. « Maintenant tu peux servir ! » Son frère n’avait pas touché sa coupe qu’il s’en réservait déjà une nouvelle.

« Le Seigneur Yuan Shao a également dépêché des forces pour Donghai. Cao Cao s’est exposé à une contre-attaque brutale. Aussi durement opposé, il reviendra à la raison et abandonnera ses prétentions. » « Tu fabules, frère. » Renifla Zhang Fei avec mépris. « Les Seigneurs de Guerre se déchirent la terre d’un Empire exsangue ! Nul ne reviendra à la raison : la Coalition est morte ! » Habitué à la rudesse de son frère méprisant la langue de chanteur des courtisans, Guan Yu finit par avancer avec hésitation : « Le… Le Seigneur Yuan Shao a formé une nouvelle cabale qu’il nomme la Coalition des Grandes Plaines. Il a invité Liu Bei à le rejoindre. »

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Zhang Fei éclata d’un rire rauque et gras, aussi froid et creux que s’il surgissait du fin fond d’un puit. « Et notre frère a accepté ? » Guan Yu le toisait de ses yeux vert-de-gris avec une sévérité qui ne l’impressionna guère. « Il a jugé bon de temporiser l’annonce de son allégeance. » Parce que son allégeance va à l’Empire et à son peuple plus qu’à un Seigneur à l’égo débordant , observa Zhang Fei en emplissant une dernière coupe qu’il vida tout en regardant fixement la flambée d’un brasero.

« Cao Cao et Yuan Shao hier, Zhang Chao aujourd’hui… Il semble bien que nos anciens alliés se déchirent et choisissent la désunion dans laquelle s’épanouit le chaos, le tyran… » Ancien de la Coalition, Zhang Chao avait tourné le dos à ses alliés de jadis pour trahir la confiance du Seigneur Liu Dai à l’aune d’obscurs droits provenant d’unions dont la réalité était plus que discutable.

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A croire que tous ne pouvaient plus se passer de la saveur du sang qu’ils avaient goutté en matant la rébellion et en combattant le Tyran. Beaucoup de sang ne tarderait pas à couler. « Allons donc trouver d’autre vin , grogna Zhang Fei en se redressant, l’aigreur de cette discussion ne se prête pas à l’ivresse de notre victoire ! »

Sous l’azur déclinant, la lune flamboyait. Le fracas des lames et les hurlements des hommes avaient cessé d’être, redonnant plein droit au vent de se briser contre les rochers et d’en colporter les échos aux oreilles des vainqueurs. Il en fut grand nombre pour célébrer cette glorieuse victoire autour de simples feux de bois allumés à l’abri du vent des montagnes. Et ceux-là emplirent l’atmosphère de rires et de chansons. Nul autre ne fut plus bruyant que le du siège de Dongping, fléau des assauts frontaux des Turbans Jaunes, Yan Xing.

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Il occupait un rocher plat à lui tout seul, et jouissait par l’importance de sa carrure et de son expérience de vétéran d’un auditoire tout acquis à sa cause. « Encore que j’vous ai pas conté comment not’ seigneur, l’brave sire Liu Bei, nous a envoyé valdinguer la caboche d’un turban jaune quand ces enfants d’putains lui ont amoché son destrier , dit Yan Xing de sa voix puissante. La colère vous change un homme que j’vous dis . Et v’la qu’not’ sire, il vous saute au cœur du carnage. Les hommes ont cru voir une bête furieuse, et tous y gueulaient d’-ci Liu Bei ! Liu Bei ! et d’-là Seigneur ! Seigneur ! Pas l’temps de comprendre c’qui s’passait là qu’les r’belles t’perdaient tout espoir d’l’emporter. Ouais ! Un sacré bonhomme not’ Sire. C’est pas l’premier nobliau v’nu qui braqu’rait son ch’val sur les r’belles pour y fout’e une peignée aux Turbans Jaunes. J’vous l’dis qu’not’ sire là est p’têtre bien plus couillu qu’tous nos Emp’reurs. »

« La vérité est bien moins reluisante, je le crains , commenta une voix en hauteur. »

Toutes les têtes amassées là se levèrent en même temps dans la même direction. La stupeur succéda à la surprise quand leurs yeux devinèrent le visage du Seigneur de Guerre penché sur leur ronde, le pied appuyé sur un gros rocher. Un sourire bienveillant accroché à son visage, Liu Bei ne manquait pas d’allure et de fierté malgré les nombreux périls par lesquels lui et son armée avaient dû passer. Son armure léchée par l’aura du brasier allumé en contrebas donnait l’illusion d’abriter sa propre flamme. Zhang Fei distingua ses mains souillées du sang de son dernière bataille, livrée contre les blessures des meurtris qu’il avait tenté de sauver des heures durant.

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« Toutes les bonnes histoires méritent d’être enjolivées vot’e seigneurie , répondit Yan Xing après s’être incliné bas. »

« Dans ce cas, enjolivez la mort des nôtres, louez leur chute héroïque et inscrivez-la dans la légende. Les rumeurs parleront bien assez des vivants dans les jours prochains, général ! » La louange passa dans les rangs des soldats à demi ivres et Zhang Fei sourit de bon cœur à la face interdite du héros de Dongping. « Si fait, vot’e seigneurie ! » répondit Yan Xing en s’inclinant à nouveau après le trouble que lui inspira la nouvelle de sa promotion dans l’armée du Seigneur Liu Bei. La guerre vient, avec son lot de gloire et son lot d’horreurs.

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« sac à foutre », ca me fera toujours marrer je sais pas pourquoi. :hoho:

416 v 613 sur la dernière, mais ça savate quand même des culs. :serenite: Par contre, pourquoi est-ce que c’est noté que tu as capturé des troupes, mais ce n’est pas comptabilisé juste à cote ?

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J’ai un certain amour pour cette expression aussi :hoho:

De mémoire c’est parce que c’est une résolution de siège défensif et pas d’une sortie de ma part. Durant la bataille, j’ai effectivement capturé des troupes mais vu que suis toujours assiégé dans la foulée, les captifs sont comme abandonnés… Mécanique un peu bizarre, j’en conviens.

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GUO JIA

Campagne de Xuexian, Province de Xiapi – Eté de l’An 191

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Guo Jia connaissait bien Donghai, l’immense plaine que couvraient les forêts et les champs, que boursouflaient quelques collines. On n’y trouvait qu’une poignée de villages et pourtant, c’était là que se livrerait la bataille. Le stratège et ses bataillons se dressaient face à l’armée adverse. Un ruisseau traçait une vaine ligne entre les deux troupes. L’aile droite, au sud, était plus dégarnie que l’aile gauche, au nord.

« La pluie a cessé de tomber mon seigneur , fit remarquer Guo Jia. Nos rangs sont bien plus fournis en archers que ceux de l’ennemi. Nous retrouvons notre avantage. »

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D’un âge semblable, Tao Ying était en tout point l’héritier parfait. Le seconde né du Gouverneur Tao Qian était capable de convaincre le plus récalcitrant des seigneurs par son charisme et son éloquence naturels. Il avait toujours une attention particulière pour ses hommes, du plus humble au plus fier. C’était un travailleur acharné qui n’économisait pas une seconde ses forces pour défendre les terres de son père.

Son armure cabossée, ses frusques déchirées, son arme ébréchée et ses larges cernes étaient autant de témoignages de ses souffrances, et pourtant il tentait de ne rien laisser transparaitre devant ses hommes. Sur le champ de bataille, il s’était couvert de gloire en terrassant de nombreux adversaires mais également en sauvant à deux reprises l’armée de Donghai. La guerre l’avait endurcie et grandit et lorsqu’il parlait le Seigneur Yuan Tan, fils héritier de Yuan Shao, l’écoutait attentivement.

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« Affronter une nouvelle fois Cao Cao est une folie , cracha Yuan Tan. Depuis qu’il avait débarqué sur les terres du gouverneur Tao Qian, il n’avait pas une seule fois connu le succès en bataille.

- Je suis tout à fait de votre avis , répondit calmement Tao Ying. Cette guerre nous échappe mais mon père pense encore pouvoir rallier à lui d’autres seigneurs et arrêter le félon. Il m’a confié la mission de retenir notre ennemi en lançant cette attaque. Aussi peu envieuse que soit notre situation, il est de notre devoir d’obéir et de gagner du temps.

-Après plusieurs assauts infructueux les forces qui assiégeaient Huangxian auraient plié le genou face à Jian Yong et rallié la cause du Seigneur Liu Bei. Guo Jia parlait d’une voix calme et assurée bien que toujours surprise par la récente réception de cette information. Nous serons bientôt renforcés par ces troupes et, je n’en doute pas un instant, par l’armée du Seigneur Liu Bei victorieux dans les montagnes.

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-Nous les affronterons donc ! » La voix de Tao Ying était assurée alors qu’il désignait, pourtant, l’armée du Seigneur Cao Cao presque deux fois plus nombreuse qui se préparait à la bataille. « Du suicide ! Mes propres hommes sont fatigués et démoralisés. » L’armée de Yuan Tan comptait pour la moitié des troupes alliées.

« Rappelez-vous que nous ne sommes pas ici pour remporter une victoire, mais pour ralentir l’invasion, siffla Guo Jia d’une voix mielleuse quand son plan de bataille se voulait acide. Il nous faut de l’audace. Nous devons absolument frapper vite et fort. Charger leur centre pour entrer au contact le plus rapidement possible nous garantira l’effet de surprise. Vous pourrez ainsi, Seigneur Yuan Tan, en profiter pour charger leur flanc droit. Ce dernier est complètement dégarni. Et, à mon signal, nous retraiterons le plus rapidement possible.

-Je prendrai donc avec moi le gros des troupes et chargerai leur centre. » Le ton du second né plein de confiance et d’autorité du Gouverneur Tao Qian ne souffrait pas de contradictions. Les Généraux s’entendirent pour suivre le plan de Guo Jia et s’en retournèrent à leurs bataillons. Les soldats s’armèrent puis rejoignirent leur rang tandis que le bruit des cors de guerre s’élevait dans le ciel.

Juché sur sa monture, le monde de Guo Jia se réduisit à la vue de la plaine par-delà les piques des rangs d’infanterie derrière laquelle il entendait commander. Sur un ordre de Tao Ying, l’armée se mit en marche et Guo Jia fit adopter le pas à sa monture pour rester au niveau des piétons. A mi-chemin, les archers se stoppèrent pour envoyer une volée de flèches qui se perdit lourdement dans les rangs ennemis pour y prélever un lourd tribut.

Quelques instants plus tard, le Seigneur Tao Ying donna de charger. Guo Jia souffla un grand coup en voyant les montures se mettre au galop. Il vit la troupe hurlante de cavaliers atteindre les rangs ennemis pour les percuter avec violence. L’infanterie pressa le pas pour venir les épauler alors que la charge semblait avoir fait son effet : le centre de l’armée du félon était ébranlé et ne tarderait pas à céder.

Mais alors que le combat tournait au chaos, Guo Jia se surprit à voir le flanc droit de l’armée adverse se refermer peu à peu sur eux. « Seigneur ! Les hommes de Yuan Tan ne sont pas encore là ! » cria-t-il. Tao Ying, s’extirpa tant bien que mal des premiers rangs pour se mettre à l’abri au centre de l’armée. Il remonta sur son cheval puis sortit son cor pour appeler à l’aide le fils héritier de Yuan Shao.

Celui-ci survint bientôt à la tête de ses bataillons. Non par le flanc, mais sur les arrières de l’armée. Guo Jia vit alors avec horreur les cavaliers de Yuan Tan percuter violemment l’arrière-garde et tailler comme piétiner violement les archers.

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« Trahison ! s’écria Tao Ying. Trahison ! Maudit soit… » Le fils du Gouverneur Tao Qian ne termina pas sa phrase. Une flèche venue de l’armée de Cao Cao vola jusqu’à sa gorge et ses derniers mots moururent dans un gazouillis sanglant. Guo Jia poussa un cri d’horreur lorsque le corps du jeune homme glissa de sa monture pour disparaitre dans la marée humaine.

Guo Jia était comme pétrifié. Tout autour de lui, la situation était chaotique. Des hommes mourraient en combattant ou en tentant de s’enfuir. Il crut que son cheval allait se renverser mais il tint son assiette et trouva la force de tailler de-ci de-là dans les rangs ennemis. Trahis et encerclés, ils n’avaient plus aucune chance…

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