Chosen, de la petite série US à grosse production chinoise

Petite série méconnue d’un service de streaming de Sony (Crackle), Chosen a fait l’objet d’une adaptation à gros budget et a été le fruit d’une collaboration inédite entre un site majeur chinois, une boîte de production australienne et le géant Sony Pictures Television. Qu’est-ce que Chosen ? Pourquoi cette série ?

Chosen, version US (2013-2014)


CH:OS:EN met en scène Ian Mitchell, un avocat, marié et père d’une petite fille qui reçoit un jour sur son palier une boîte à son nom. À l’intérieur : la photo d’un inconnu, une date et un flingue. Quand il est attaqué par un inconnu qui possède cette même boite, il réalise qu’il fait partie d’un jeu macabre où il doit échapper à des tueurs et doit à son tour tuer pour satisfaire les Veilleurs, des observateurs anonymes du jeu.
Avant d’entrer dans les détails du scenario, on peut déjà distinguer deux choses sur cette série, qui ont participé à se bâtir une fandom loyale :
  • le format de 6 épisodes de 22 minutes par saison sort du lot. Les séries dramatiques du genre ont une durée de 40-45 minutes en général étalés sur 13 épisodes. Là c’est nettement réduit, cela permet d’enchaîner facilement et rapidement les épisodes, sans subir des longueurs ou des épisodes de transition. Le rythme reste posé pour installer le thriller, mais on n’a pas le temps de s’ennuyer.

  • le casting de la série est composé de visages familiers. Des acteurs pas forcément réputés pour leur jeu mais qu’on reconnaît facilement. Avec Milo Ventimiglia (c’était avant This is Us, il était surtout connu pour Heroes) en personnage principal, Chad Michael Murray (un frère Scott dans One Tree Hill) dès la deuxième saison, Rose McGowan (Charmed) dans la troisième, ou encore Nicky Whelan (Neighbours, le soap majeur en Australie ou Scrubs) et Brandon Routh (un Superman ou deux et un peu de Chuck), la série s’offre des visages familiers et du capital sympathie sans forcer.

Ces bases ont participé à susciter la curiosité du public du monde entier. Que l’on se lance pour les acteurs ou pour le format court peu importe, il est facile de tester la série et de vite se faire une opinion. Et comme la série a eu la bonne idée de ne pas être mauvaise…
La série est arrivée à peu près au même moment que Hunger Games et The Purge et ce concept de jeu malsain était encore très excitant. Des inconnus qui s’entretuent pour un plaisir voyeuriste, ça rend curieux. Chosen choisit d’abord un angle psychologique pour démarrer en douceur avant d’explorer pleinement la cruauté du concept. Le format court empêche de s’emmerder au début avec les questionnement d’un père de famille lambda qui doit tuer, et malgré le peu d’épisodes on s’attache rapidement à Ian Mitchel et sa famille, ce qui rend la cruauté du jeu plus perturbant. Les fins de saisons sont excellentes et osent montrer des choses qu’on ne voit pas beaucoup dans les séries US. Cette prise de risque a participé à créer ce petit culte autour de la série.
Malheureusement, Chosen n’aura jamais de fin. Crackle semblait toujours partante pour faire une suite (la série a été officiellement renouvelée pour une saison 4 dès la fin de la troisième saison), les producteurs et acteurs aussi étaient motivés, mais les mois sont passés sans que la suite ne soit produite. Sans doute que le planning plus chargé de Milo Ventimiglia avec le succès incroyable de This is Us a compliqué les choses, malgré sa volonté de finir la série.
Chosen est ce mélange curieux d’un casting pas forcément brillant mais attachant, d’un format parfait, d’un concept attrayant et bien exploité. Et cette absence de conclusion a du jouer dans la réputation que la série s’est forgée.
Si vous n’avez jamais vu Chosen, je vous conseille de vous lancer. C’est assez inégal, mais la durée des saisons et les scènes chocs font leur effet. L’absence de conclusion n’est pas un frein.

Version Sino-australienne (2018)


Fin 2016, Sony à l’origine de la version US annonce un partenariat avec iQIYI (le youtube chinois), Playmaker Media (boîte de production australienne) et Sony Pictures Television (société majeure de production US). 30 millions de Yuan (près de 5 millions de dollars) sont alloués pour produire une mini-série de trois épisodes (d’une heure chacun) pour cette co-production inédite entre trois acteurs internationaux. Quelques mois après la production de la série, Netflix a acquis les droits exclusifs à l’international.
Même si le format de la série change, il n’est pas étonnant de voir qu’il a pu attirer un service de streaming chinois (et le géant du streaming international). Chosen est fait pour être bingé et le concept de la série attire un public post-ado, qui est une cible choyée.
Parlons un peu de l’histoire : Dai Huan part en voyage en Australie avec sa femme Tao Lu et son fils Xiao-yong pour des affaires. Ce médecin va chercher à vendre (et améliorer) à l’international le pacemaker qu’il a conçu. Après sa présentation, il trouve une boîte à son nom avec à l’intérieur le nom d’un inconnu, une date et une arme. Quand il va voir la police, elle ne semble pas faire de cas, mais Dai Huan prendra cela au sérieux quand une autre personne tente de le tuer…
Les différences avec l’original sont anecdotiques dans le postulat de base. Même le décor n’a pas d’incidence particulière. Et la trame du premier épisode suit les grandes lignes de la première saison de la version US. Malheureusement, la version sino-australienne prend un peu plus de libertés ensuite, en mettant un peu plus de côté la cruauté du jeu pour proposer un récit plus édulcoré. Chaque épisode a tout de même une scène inspirée qui donne un petit frisson de plaisir sadique mais c’est à peu près tout.
Le budget n’a pas été jeté par la fenêtre pourtant, les décors sont bien plus variés que dans l’original, le jeu semble plus impressionnant et d’une plus grande ampleur, la réalisation est correcte mais l’ensemble souffre des choix du scenario. C’est plus prévisible, moins surprenant. Les scènes d’action sont décevantes également, c’est propre mais trop mou et pas assez palpitant. Même la caution biceps de la série, Sam Hayden-Smith, n’a que trop peu à faire dans le domaine et semble sur la réserve.
Cheng-Lung Lan (Dai Huan) est un lead décevant et son personnage est con comme la pluie. Même si Deng Jiajia (Tao Lu) s’en sort assez bien entre force, courage et tendresse, elle ne suffit pas à rendre cette famille aussi attachante que les Mitchell. Les autres personnages sont loin de marquer les esprits.
Si on regarde cette version sans avoir vu l’originale, le scenario ne vous semblera pas suffisamment original pour vous passionner. Et les fans ne pourront que regretter les choix des scénaristes. Cette adaptation ressemble presque à une adaptation d’une fanfiction de la série originale, fanfiction qui aurait enlevé le côté tordu et cruel des scénaristes. C’est plus gentillet mais moins fun.

Pourquoi parler de Chosen ?


Chosen est sorti en 2013, il n’y avait pas Netflix à l’époque, et si les productions US étaient nombreuses, il n’y avait pas le trop plein que l’on connaît aujourd’hui. Chosen est tombé au bon moment. Un format court, un thriller prenant, et des surprises qui marquent les esprits.
Pour la petite histoire, je partage parfois des séries à ma mère et quand je lui ai mis Chosen dans les mains, elle a fini par m’engueuler car elle n’a pas supporté le twist de la fin de deuxième saison. En relisant les notes sur la fin de la troisième saison, j’ai eu des flashs d’une scène qui monte encore d’un cran dans la cruauté.
Chosen (US) malgré ses défauts, a su prendre des risques et cela aura suffit à donner un statut particulier à cette série. C’est en quelque sorte la série méconnue qu’on se passe sous le manteau entre initiés.
En navigant sur Netflix, je suis tombé sur le nom Chosen, le logo qui y ressemble fortement et j’ai vite réalisé que c’était une adaptation. Avec le temps, on a l’habitude de voir des séries cool sans fin (Siberia saison 2, je t’attendrais toute ma vie !), mais si on peut trouver une forme de conclusion de la série US par procuration, l’expérience méritait d’être tentée.
Bon au final cette adaptation n’était pas terrible, mais c’est pas grave.


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