Fiction - Le syndrome de Sevran

Je suis pas forcément d accord. si c est ton style et que ça te vient naturellement comme ça c est ok.
Y a toujours quelques phrases qui mériteraient d être plus entrecoupées et peut être que ça leur donnerait plus de force. Mais en même temps c est un style et ça permet de ne pas laisser de temps mort. C est un chapitre très très long, surtout pour une mise en bouche et c est devenu digeste (pour moi) grâce à ça, on avance car les phrases sont longues et quand on arrive au bout on a avancé dans la lecture.
Le seul reproche dans cette optique serait peut être de mieux séparer tes phrases (point ect) quand elles n ont pas la même idée, le même objectif final (en gros qi tu passes de la situation du club a celle d un jeune et qu’il n y pas un lien fort par exemple) mais sinon c est pas si derangeant que ca pour moi. C est un style.

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Je pense voir ce que tu veux dire, c’est vrai que j’ai un peu trop mélangé les idées au sein d’une même phrase, je vais vraiment faire attention à ça sur le chapitre 2.

Ton avis était très intéressant à lire, je vais essayer d’en prendre compte.

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Va expliquer ça aux réalistes toi :no:

EDIT : je vais donner mon avis Gino, je prends le temps de tout lire :slight_smile:

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Un auteur qui prend en compte l avis de ses lecteurs :catpls:

Espèce de faible :sac: (ouais j avais été trop sérieux et ordonné pour la journée)

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T’y connais rien ! C’est parce que Gino, c’est le Proust d’Iunctis. (Je sens le jeu de mot arriver).

Chapitre 2
On regarde rarement ce genre de film pour les dialogues

Mardi 23 septembre 2014

Quatre mois jour pour jour après la montée miraculeuse en Ligue 2, l’enthousiasme est complètement retombé dans les rangs de l’AS Sevran, l’équipe ne s’est imposée qu’une fois en sept journées de championnat et a été éliminée de la Coupe de la Ligue dès son entrée. Mais ce qui a fait le plus de mal au peu de fans que compte le club reste la déroute 3-0 subie à Créteil lors de la deuxième journée dans le choc des équipes franciliennes.

Ce soir, le club risque un affront encore plus fort, en effet, en cas de défaite à Nîmes, c’est la dernière place qui s’annonce pour les troupes menées par Etienne Baron. Cette place n’aurait cependant rien de surprenant, le président du club, Jean-Christophe Marquet, plus connu pour son souci de la rentabilité que pour sa passion pour le football, n’ayant pas dégagé de grand budget pour le recrutement.

En effet, l’ossature de l’équipe est principalement celle de la saison dernière, un équipe qui paraissait déjà faible en National se retrouve à accomplir une mission quasi impossible pour se maintenir en Ligue 2. Seules lueurs d’espoir au tableau, l’explosion du héros surprise de la promotion, le portier polonais Daniel Iwanicki, désormais solide titulaire et l’arrivée en prêt de Marc Verdier, ce milieu défensif de 21 ans, barré par beaucoup plus talentueux que lui au PSG, est un véritable atout maître pour une équipe de Ligue 2 grâce à son immense intelligence de jeu.

Sur le terrain, les deux stars défensives ne sont pas de trop pour contenir les assauts de la formation nîmoise pourtant seulement 16e au classement. Mais à force de plier, les sevranais rompent à la 25e minute, lorsque Mahamadou Ramirez reprend victorieusement de la tête un corner nîmois.

Le reste du match a des airs de spectacle pathétique, les tentatives sevranaises sont extrêmement rares, le capitaine Etienne Baron n’étant presque jamais trouvé par ses partenaires et les frappes lointaines des milieux de terrain inquiétant bien plus les imprudents pigeons survolant le Stade des Costières que le portier de l’équipe hôte.

Dans les vestiaires l’absence d’esprit de révolte est affligeante, on compte 16 joueurs totalement abattus et passifs d’un côté et Daniel et Marc de l’autre, déjà plongés dans une analyse vidéo du match sur leurs tablettes.

A l’autre bout de la France, l’ambiance est bien plus chaude chez les jeunes du centre de formation. Lassés de voir les matchs pitoyables de l’équipe première, ils décident de profiter de l’absence d’une bonne partie du staff pour organiser une projection de films pornographiques afin d’égayer leur soirée.

Si Louis n’a eu aucun mal à “emprunter” la clé de la salle vidéo, on ne peut pas en dire autant de Bruno. En effet, le nouveau venu, milieu droit au gabarit fin et à la taille moyenne, issu de la très nombreuse communauté portugaise d’Ile de France, fait parfois preuve de distraction, et a oublié le précieux disque dur contenant une imposante quantité des films pour adultes.

Gabriel a alors la brillante idée de demander un peu d’aide à Valentino, qui était resté dans sa chambre pour une discussion en ligne avec des amis membres d’Alternative Antifasciste, organisation plus connue pour son très bon niveau en MMA que pour la profondeur de son message politique soit dit en passant.

Gabriel sait que Valentino est particulièrement précautionneux et a lui-même un disque dur regorgeant d’oeuvres du genre. Le colosse de la bande lui conseille de se tenir au dossier contenant les grands classiques de ce genre cinématographique comme il y a des risques que l’autre dossier ne convienne pas vraiment à son public.

Peut-être trop curieux, après avoir constaté qu’il avait déjà vu tous les films classiques, Gabriel propose aux autres de tester le second dossier, proposition immédiatement validée par une assemblée surexcitée. Les jeunes découvrent alors un film japonais sous-titré en anglais, mais n’y accordent que peu d’importance, on regarde rarement ce genre de film pour les dialogues. Ils se montrent également indulgents vis à vis des poitrines relativement modestes des demoiselles en se disant que ça reste mieux que Caroline du lycée Robespierre.

En revanche, là où ça commence à tiquer, c’est qu’il n’y a eu aucune action après cinq minutes, chose certes pas vraiment différente du match de l’équipe première, mais qui ne manque pas de frustrer Dimitri, le farceur de la bande, qui prononce alors ces paroles historiques : “Quand est-ce qu’ils baisent ?”. Pour ne pas casser l’ambiance, Louis a alors l’excellente initiative d’appuyer sur la touche avance rapide.

Arrivés à environ 45 minutes de film, et après une nouvelle complainte de Dimitri qui trouvait le temps long même en multipliant la vitesse de lecture par 8, arrive enfin la première scène de fellation, nos amis cinéphiles sont éberlués par le constat d’une mosaïque apposée sur les parties génitales du héros de cette œuvre éblouissante. Alors que Louis et sa bonne humeur légendaire se dit simplement que c’est plus un film comique qu’un film pornographique qui est projeté, Dimitri hurle à l’arnaque.

Pour calmer la foule, Louis décide d’aller à la scène suivante, la première scène de pénétration, qui intervient après 1 heure 30 de film, chose qui fait mieux comprendre la durée de plus de 4 heures du fichier. Si la mosaïque également apposée sur les parties intimes de la charmante demoiselle à l’écran ne manque pas de provoquer l’hilarité de Louis, la tradition de la pornographie japonaise de ne pas refuser la pilosité pubienne n’est pas sans causer quelques incidents.

En effet, en voyant cette pilosité abondante, Gabriel a cru bon de remarquer qu’il avait plus l’impression de voir un film pornographique portugais et non japonais. Remarque assez mal vécue par Bruno qui ne manque pas de coller un bon crochet du droit à Gabriel dans la visée de défendre la terre de ses ancêtres, il n’en fallait pas plus pour mettre le feu à la salle, qui se livre de bon cœur à une bien belle bagarre générale qui n’est pas sans rappeler les valeurs du rugby tant appréciées par les masses.

Dérangé par le bruit alors qu’il jouait à un jeu en ligne, Khalid joue les ambassadeurs, non sans avoir eu à faire parler son sens de l’esquive, et parvient à réconcilier les deux camps autour d’un bon vieux classique de la pornographie à l’occidentale. Louis et Gabriel ne manquent pas de s’amuser du fait que même en matière de pornographie leur ami Valentino a des goûts d’intellectuel, alors que Dimitri s’amuse pour la première fois de la soirée.

Après une soirée aussi grandiose, difficile de retourner au travail, et c’est le personnel du lycée Robespierre, ayant la garde des footballeurs en herbe le matin, qui en fait le constat. En effet, la direction de l’établissement a reçu pas moins de quinze certificats médicaux ce matin, concernant tous des jeunes footballeurs, à la plus grande tristesse de la jeune Caroline qui pensait avoir enfin une touche avec le si viril Bruno.

En revanche, l’après-midi, tout ce petit monde est en pleine forme à l’entrainement, il faut dire que l’énième échec de la veille pourrait être de nature à anticiper le début de carrière de certains membres du groupe. Et la brillante jeunesse sevranaise a des arguments à faire valoir, la pointe de vitesse de Louis serait déjà une arme fort raisonnable en Ligue 2, Khalid et Bruno affichent une belle aisance technique et que dire de Gabriel qui est tout proche d’envoyer le gardien de but chez le psychiatre pour cause de dépression ?

Malheureusement, cette brillante démonstration est interrompue par un tacle un brin appuyé de Valentino sur Dimitri. Immédiatement, les autres joueurs soupçonnent une vengeance de Valentino après une énième mauvaise blague de Dimitri, alors que celui-ci voulait simplement démontrer sa force au staff qui observait l’entrainement. Quoi qu’il en soit, Bruno se montrant un peu trop entreprenant pour critiquer l’excès d’engagement de Valentino, alors qu’à l’inverse Gabriel n’hésite pas à défendre le geste de son ami, le ton monte rapidement entre les jeunes espoirs du club, et l’entrainement prend fin sur une nouvelle bagarre.

Cette bagarre est un petit répit pour une équipe première à la dérive, le vieil entraineur, Bertrand Tison, ne manque pas de conter l’incident lors du décrassage pour rassurer quelques joueurs qui semblaient tétanisés lors des derniers matchs, choix qui ne manque pas d’agacer Daniel qui aimerait voir un peu plus de fougue de la part de ses coéquipiers et qui pense qu’une bonne frayeur ne leur ferait pas de mal.

A la fin de l’entrainement, Marc Verdier, la nouvelle star de l’effectif, passe plus d’une heure à discuter avec son entraineur pour lui faire part de toutes les imperfections qu’il a recensées lors du visionnage du match de la veille, éveillant par la même occasion de furieuses envies de retraite chez le technicien, il est vrai un peu dépassé par les évènements.

Le lendemain, alors que l’équipe première cherche à se préparer pour la venue de Brest et que l’équipe de jeunes cherche un nouveau moyen de faire déprimer le professeur de mathématiques, tout est chamboulé par des révélations faites sur le site internet d’un grand journal quotidien national. Le président Marquet aurait remis de généreux dessous de table au maire d’une commune voisine afin d’obtenir des avantages pour sa société de construction.

Si la communication officielle du club insiste fortement sur la présomption d’innocence, l’affaire ne manque pas de fragiliser considérablement la posture du président, le staff étant de façon fort compréhensible peu envieux de voir l’image du club associée à la corruption en cette période de grands règlements de comptes à la fédération internationale.

Mais le coup le plus rude pour le club est la prise de position particulièrement sévère du maire de la ville qui menace implicitement de faire perdre l’usage du stade Alfred Nobel au club s’il ne change pas vite de présidence, si l’on peut légitimement se demander si cette sévérité doit être mise sur le compte de l’incorruptibilité ou à l’inverse de la jalousie envers les communes voisines, il y a péril en la demeure et l’ambiance autour du club est absolument délétère avant la venue de Brest.

Le vendredi, si le stade est mieux rempli que jamais, ce n’est pas forcément une bonne nouvelle pour le président, certaines tribunes sont remplies de pancartes appelant à sa démission, voire plus. Mais ce qui alarme le plus la direction du club, c’est la présence de fumigènes en forte quantité, probablement pour obtenir une sanction de la Ligue qui embarrasserait fortement l’équipe dirigeante.

C’est l’heure pour l’effectif de l’AS Sevran de faire enfin preuve de force de caractère malgré un contexte des plus difficiles. Si Marc et Daniel restent de marbre, en ce début de match, le reste de l’arrière-garde ne respire pas la tranquillité, les brestois assiègent la surface sevranaise, privant à nouveau totalement l’attaque de ballons.

Après avoir retardé l’échéance par deux fois dans le premier quart d’heure, Daniel Iwanicki ne peut rien faire sur une mauvaise relance de sa défense, offrant littéralement un but aux attaquants bretons à la 15e minute de jeu.

A partir de ce moment, les brestois gèrent peut-être trop tranquillement leur avantage, lançant quelques contres tranchants aux assauts d’un Etienne Baron encore une fois trop mou et mal inspiré, mais à chaque fois, les brestois trouvent Marc Verdier sur leur chemin, le milieu défensif réussissant un nombre colossal d’interceptions en cette première mi-temps, chose qui permet à son équipe de rentrer aux vestiaires avec un seul but de retard.

De retour des vestiaires, les sevranais sont certes toujours très limités, mais on retrouve une envie qu’on n’avait pas revue depuis longtemps dans leurs yeux, et le capitaine Etienne Baron se met au diapason de ses troupes, sa tête de la 56e minute aurait d’ailleurs mérité un bien meilleur sort que celui de finir sur le montant gauche du portier brestois.

L’audace n’est pas sans risque, et lorsque qu’un attaquant brestois file au but après avoir enfin réussi à enrhumer Marc Verdier, Benjamin Gomis, l’autre milieu défensif aligné sur ce match, n’hésite pas à se sacrifier en déséquilibrant son adversaire en pleine occasion de but. L’arbitre sort un carton rouge logique, et l’AS Sevran s’apprête à souffrir en infériorité numérique pendant une demi-heure.

Le match ne perd cependant rien en intensité, les sevranais sont bien décidés à faire en sorte que le sacrifice de leur coéquipier ne soit pas vain et les brestois sentent que le but du KO est plus possible que jamais avec les espaces ouverts, on assiste vite à une rencontre totalement débridée, mais le score semble ne pas vouloir bouger en raison de la maladresse des attaquants.

En désespoir de cause, le coach sevranais procède à un ajustement tactique à la 75e minute, Stéphane Germain, buteur lors du match de la promotion il y a quatre mois, vient au renfort de son capitaine et Marc Verdier se voit ordonner d’évoluer plus haut sur le terrain.

Si Marc Verdier n’est aucun cas le joueur le plus doué techniquement de France ni même de Ligue 2, s’il n’est pas le plus solide physiquement, s’il n’est pas franchement flamboyant, il a deux qualités essentielles, il connait ses limites et il sait reconnaitre une situation prometteuse. Un gardien mal placé, une défense un brin passive, une position pas trop lointaine pour lui, la décision est faite en un rien de temps, c’est un tir puissant qui fait trembler les filets brestois à la 80e minute.

Les dix dernières minutes seront extrêmement crispantes pour les deux camps, mais rien de plus ne sera marqué. L’AS Sevran reste en dernière position après ce match nul, en proie à une grave crise de direction, avec un effectif global très faible, mais ce soir le public ne retient qu’une chose, pour la première fois depuis la montée en Ligue 2, il s’est trouvé un héros.
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Très agréable à lire beaucoup plus, même si le même “souci” que la dernière fois revient j ai l impression qu’il manque parfois des virgules ou des points quand tu changes tes idées (oui je sais, LOLILLOL Rorchak qui parle de la ponctuation le mec prend même pas le temps de mettre d apostrophes)
Sinon moi j aime bien ce style, assez long, presque trop descriptif mais c est intéressant. En revanche je t avoue que si sur la forme Ok, sur le fond y a une grosse partie assez… inutile? (et c est pas ma “sensibilité” légendaire, je pense même ne pas être choqué par grand chose en litterature) je veux dire : tu annonces en début de chapitre du graveleux, Ok mais c est déjà la première mauvaise idée (pour moi) car tu mets le lecteur en condition, quelle que soit son opinion : un :fragile: à la @Gino (ouais c est gratuit) va s attendre à du très gras qui ne lui plaira pas donc même s il le lit, bah il partira dans un mauvais esprit sur ce chapitre (ca va pas me plaireect) et celui qui comme @Deco ou @Thomas n attend que ça (respectivement des filles de douze ans et des ballons de Kin Ball) va en vouloir des tonnes, du bien gras et bien lourd. Perso je pense (et ça n engagera toujours que moi) que ce fut ta plus grosse erreur. Sans rien dire tu laisses chacun se faire son avis et si vraiment ça lui va pas, la personne te le dira ou arretera lecture. Bref, pour ma part je m attendais a du bien gras, bien lourd, presque trop mais c était mon attente et finalement j ai été plutôt déçu car j ai trouvé le tout assez soft. Et je ne pense pas que j aurai eu la même impression sans la phrase d’intro qui m a mis en condition d un bon gros chapitre d humour de cul.

Pour finir globalement j ai aimé toutes les parties relatives au sport, c est propre, maîtrisé, descriptif mais vu que c est un sport, c est plutôt dynamique dans l avancement et ça fonctionne bien. J aurai préféré du jusqu’en boutisme sur quelques scène, surtout après l annonce introductive (genre les films de l autre, faire un contraste justement entre son côté intellectuel et des pornos hardcores, du fétichisme super bizarre, de la scatophilie bref, un trux qui met mal à l aise ses potes qui finissent par tomber sur un porno gay et s en aller la tête basse, dans un silence de cathédrale). Bref je parle trop, le mec va même pas me lire et me répondre, merci ton avis était très intéressant j en prends note et @Bubaji ou @Hoshi vont me sortir un

https://goo.gl/images/rmdq0T

des familles.

RÉSUMÉ : J ai bien aimé, mais des trucs moins. Bonne soirée.

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Pour le message d’introduction, je t’avoue avoir hésité, mais comme il y a pas mal de monde qui déteste ce genre d’humour (bon j’en connais pas des tonnes ici, mais je suis du genre à prendre beaucoup de précautions) et qu’on est assez tôt dans la fic, j’ai voulu éviter de les prendre par surprise. Je pense qu’une fois bien installé, je serai moins prudent.
Ceci dit, je reconnais que ça fait un redondant de nommer le chapitre comme ça après le message d’introduction, je vais donc retirer le message pour éviter de “piéger” les futurs lecteurs comme on a la chance d’avoir un support qui le permet.

Concernant le niveau de gras, si on y réfléchit, la situation est quand même pas si mal niveau beauferie même si je me doute bien que beaucoup d’entre vous faisaient bien pire à cet âge là. Je pense que le ton sur lequel j’essaie de décrire ça contribue à rendre ça léger. J’ai surement plus réfléchi sur la situation que sur le rendu pour trouver ça vraiment gras.

Concernant les parties, j’ai essayé de diviser le chapitre en quatre, avec les deux matchs, le petit sketch et un peu de progression vers la situation décrite par le synopsis. C’est vrai que le sketch peut sembler superflu (même s’il n’est pas si gratuit que ça), je l’ai fait pour rendre ces longues parties introductives plus amusantes.

Pour la ponctuation, j’ai essayé de faire attention, mais j’ai du mal à vraiment distinguer deux idées relativement proches pendant l’écriture, je vais encore essayer d’être plus vigilant sur le chapitre 3 (je dois reconnaitre que sur ma fic précédente, j’avais une sorte de beta-reader qui m’aidait pour ce genre de choses là donc je pense qu’il me faudra du temps pour être vraiment opérationnel là dessus).

Content de voir que les parties sportives t’ont plu, c’est important pour moi de maitriser ça le mieux possible, et j’avais vraiment peur que ça paraisse léger vu la grande culture sportive et tactique de pas mal de membres de ce forum.

Oh la dernière phrase de fayot. ^^

Plus sérieusement c est justement ça qu’est intéressant si c était trop tactique ce serait assez ennuyeux à mon goût car ça ne s y prête pas vraiment surtout concernant une fiction, une histoire (ce n est pas un dictionnaire des tactiques quoi) la c est suffisamment dynamique on suit les actions avec deux trois joueurs clés et c est suffisant, on comprend ce qu’il se passe, ou ça se situe sur le terrain sans avoir besoin de connaître le placement exact du latéral droit qui ne participe pas à cette dernière.

Je comprends totalement ton argumentaire et je me doute que cette partie entre les matchs est importante (on en apprend déjà plus sur la personnalité des jeunes, Bruno est plutôt un nerveux, l autre intellectuel, l autre taquin et ça influera probablement sur leurs prestations ensuite avec un mec plus capable de péter les plombs et au contraire un manquant parfois de spontanéité etc). Bref ça sert, et c est très bien, je ne me repeterai pas à mon goût tu n avais pas été assez loin mais ce n est aussi qu’une petite partie d un très long récit (qui s annonce ainsi en tous cas) donc c est clairement pas une catastrophe.

Pour la ponctuation ça n a pas l air d être ton style d en utiliser beaucoup, ce sera difficile de changer cela je pense et c est pas grave, c est suffisamment bien écrit et fluide pour que ça se lise bien, donc c est pas non plus un truc trop chiant. Surtout que si tu conserves le même style tout du long on s’y habituera assez rapidement je suppose.

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Une pensée pour Blendecques (?) de MO. Les vrais savent.

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Ouais enfin c est pas sympa si c était une comparaison ^^.
Remarque lui aussi avait un style certain. On ne sait toujours pas lequel mais il en avait !

J’en parlais après le five avec les gars, je lisais grave ses trucs moi, il était tellement perché, il me faisait délirer de ouf.
Mais la comparaison s’arrête à la fiction bien évidemment :slight_smile:

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J’ai bien aimé ce deuxième chapitre, j’ai lu ça d’une traite sans problème.

Maintenant, il faut que je lise le premier pour mieux comprendre quelques trucs. :sac:

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Il est toujours présent (Lions-1987, je crois) et personne lit ses stories xD

Chapitre 3
La seule décision logique

Vendredi 17 octobre 2014

Cela fait près d’un mois que la mairie et le club se livrent une intense bataille médiatique suite aux révélations sur l’affaire de corruption dans laquelle serait impliqué le président Marquet.

Dans un premier temps, l’immense montée en popularité de Marc Verdier parmi les fans du club, ainsi qu’une victoire 1-0 à Arles faisant sortir le club de la zone de relégation, ont un peu fait oublier le scandale en freinant la montée de la grogne contre le président du club. Certains conseillers municipaux opportunistes avaient d’ailleurs commencé à se distancer de la posture radicale du maire, découvrant soudainement les vertus de la présomption d’innocence.

Mais c’était sans compter sur la persévérance de la presse, trop heureuse de pouvoir traquer sans retenue un patron assez stupide pour ne pas avoir placé une seule bille chez eux, qui livre alors des éléments de plus en plus accablants pour le président Marquet. Il est cependant vrai qu’il serait difficile de passer sous silence le fait que ce brave monsieur Marquet est le parrain du fils du maire malhonnête.

Devant des éléments aussi solides, une bonne partie des fans ne cache plus son hostilité envers un dirigeant qui met son club en danger, et c’est sous des sifflets nourris que se déroule la première mi-temps du match contre Sochaux, comme si les températures inhabituellement hautes pour la saison ne suffisaient pas à offrir une chaude ambiance.

Sifflets qui ont très vite redoublé, en effet, dès la première minute du match, les locaux concèdent un penalty pour une main trop baladeuse de José Sidibé, le défenseur central. Daniel Iwanicki ne pourra rien faire sur la frappe à ras du poteau qui suit, et la situation est déjà fort mal engagée.

Les sevranais se montrent volontaires et dominent globalement le jeu, mais Etienne Baron se montre particulièrement maladroit au moment de conclure, et le score est toujours en faveur de la formation du Doubs à la mi-temps. Le capitaine demande alors à quitter le terrain, ressentant une gêne à la cuise, et est remplacé par Stéphane Germain.

A l’heure de jeu, la réussite semble enfin sourire à l’équipe locale, sur un coup franc bien placé, Marc Verdier déposé le ballon sur la tête de Stéphane Germain qui égalise. Toutefois, la joie dans les tribunes reste très contenue, contexte oblige.

Et le public s’aperçoit bien vite qu’il a probablement bien fait de ne pas trop se réjouir, quand Sochaux repart à l’assaut, la défense semble avoir toutes les peines du monde à s’aligner, même Marc Verdier semble peiner à suivre ses adversaires, le coach, malgré son âge avancé, constate comme tout le monde en tribunes que l’équipe semble complètement carbonisée suite à sa débauche d’énergie de la première mi-temps et fait rentrer deux joueurs défensifs frais en espérant tenir le nul.

Malheureusement, les joueurs appelés en renfort rappellent vite au public leur vrai niveau, celui d’amateurs pour qui la montée était déjà un miracle, et nullement renforcée, la défense se retrouve surtout déstabilisée, laissant de grands espaces aux attaquants sochaliens malgré la prolifération de joueurs défensifs sur le terrain.

A la 72e minute, le sommet du ridicule est atteint lorsque deux défenseurs se percutent, laissant Gregory Gaubert, le buteur sochalien, aller remporter tranquillement son duel avec Daniel Iwanicki. A ce moment, à la débandade physique, s’ajoute un décrochage mental inquiétant, on ne sent aucun esprit de rébellion, au contraire, les mouvements de l’équipe se font de plus en plus mous.

Il n’est alors pas surprenant de voir la défense a nouveau débordée à la 76e minute sur un corner et encore à la 84e minute foudroyée par un une-deux parfaitement exécuté. La bronca du public se fait de plus en plus intense au fur et à mesure que la fin du match approche.

Lorsque l’arbitre siffle la fin des débats, la situation semble plus catastrophique que jamais, cette lourde défaite 4-1 renvoie le club dans la zone de relégation et la rupture entre le président et le public semble plus que consommée.

Dès le lendemain, le président prend la seule décision logique en décidant de demander à son vice-président, Boubacar Traoré, de préparer la vente du club dans les meilleurs délais, ne pouvant s’en charger lui même pour cause de calendrier judiciaire probablement très chargé pour lui.

Pour Boubacar, c’est une mission très difficile, il faut dire que le club n’a pas grand chose pour lui, l’effectif joue environ un niveau trop haut, la base de supporters reste très limitée, les infrastructures d’entrainement auraient besoin d’une bonne rénovation, le stade Alfred Nobel n’est pas franchement attrayant, et soyons honnêtes, Sevran n’est pas la ville qui a la meilleure réputation de France. Les deux seules forces du dossier semblent être la proximité de Paris et le fait que le prix soit bradé pour cause d’urgence, avantages qui paraissent tout de même assez légers.

Boubacar se lance alors à la traque du moindre argument alternatif pour que son dossier ne se réduise pas à un post-it et mène une inspection de toutes les structures du club, c’est cette inspection qui le mène le lendemain sur le terrain d’entrainement pour assister à la réception des jeunes lensois par l’équipe des moins de 19 ans.

A en croire le père de Valentino, qui ne manque jamais une occasion de suivre les exploits de son fils, jusque là les jeunes sevranais ont laissé une impression favorable, ne concédant la défaite que contre le PSG la semaine où une mystérieuse épidémie avait troublé l’équipe. Boubacar veut voir de ses propres yeux s’il y a quelque chose à tirer de ce groupe et s’installe pour assister au spectacle.

Cela commence fort, dès la première minute, Khalid se lance dans une superbe chevauchée, prenant trois joueurs lensois de court, et trouve Bruno parfaitement isolé sur le côté droit, le jeune portugais a alors tout son temps pour ajuster son centre en direction de Gabriel qui expédie le ballon en pleine lucarne.

Dans les minutes qui suivent, les impressions semblent se renforcer, alors que les lensois peinent à passer le milieu de terrain, les sevranais se lancent fréquemment à l’assaut des cages adverses, Louis passe d’ailleurs tout près de doubler la mise à la 14e minute après avoir enrhumé toute la défense adverse sur un sprint magnifique dont il a le secret.

A la 19e minute, c’est au tour de Valentino de se distinguer, sa frappe puissante des 40 mètres aurait peut-être mérité un meilleur sort que la transversale lensoise. Mais son équipe tirera bénéfice de coup de boutoir, les lensois s’éloignent un peu plus de leur but de peur d’essuyer un nouvel assaut de loin, offrant de beaux espaces à l’attaque sevranaise. Espaces dont Valentino profite d’ailleurs à la 32e minute lorsqu’il sert Gabriel parfaitement démarqué, celui-ci dribble alors le gardien avec son aisance habituelle et va inscrire le deuxième but du match dans une cage vide.

Gabriel, décidément en pleine forme, s’offre même le coup du chapeau parfait à la 41e minute lorsqu’il résiste aux assauts de deux défenseurs lensois et va conclure seul du pied gauche dans un angle pourtant difficile, le score est alors de 3-0 et on se demande ce qui pourrait déstabiliser les jeunes sevranais.

En début de deuxième mi-temps, les lensois tentent une tactique plus offensive pour tenter de faire douter les sevranais, malheureusement, l’attaquant remplaçant trouve rapidement Valentino et ses crampons de 18 millimètres sur son sillage, découvrant de façon fort douloureuse le jeu à la sevranaise.

Après un quart d’heure relativement tranquille, les sevranais se décident à porter l’estocade à des joueurs lensois qui semblent totalement vidés par cette rencontre. Soucieux d’en laisser un peu aux autres, Gabriel qui a une nouvelle fois fait tourner la tête de la défense adverse remet en retrait à Khalid qui inscrit le but du 4-0 à la 63e minute.

La dernière demi-heure prend des airs de supplice, les buts lensois semblent mitraillés toutes les minutes, que ce soit de près ou de loin, si le recul de la défense prive Louis de son principal moyen d’expression, ce qui pousse le coach à le remplacer. Il fait le bonheur des artificiers à longue distance, et Bruno aggrave la marque à la 78e minute d’un tir à près de 30 mètres.

Chose rare, même Dimitri a le droit de se joindre à la fête, il coupe la trajectoire d’un corner parfaitement dosé par Bruno pour achever les lensois à la 90e minute. Le score final est de 6-0, à la plus grande joie de la dizaine de spectateurs qui peuvent enfin se changer un peu d’idées après les multiples désillusions de l’équipe première.

Boubacar, quant à lui, n’a pas manqué une miette de ce spectacle aussi cruel que magnifique, et a déjà en tête son principal argument de vente, la qualité des équipes de jeunes, à défaut d’investisseur ça devrait au moins intéresser l’association des cougars enragées.

Il est toutefois heureux que Boubacar n’ait pas assisté à la célébration de victoire de cette brillante jeunesse, qui se sont livrés à une escapade en rollers à travers la ville dans le but de saccager toutes les affiches du Parti Pour la Liberté, formation d’extrême droite, largement honnie par la jeunesse locale. Il y eut d’ailleurs un vif débat entre les jeunes hommes pour décider qui de Bruno ou Louis dessinait les plus belles moustaches d’Hitler. Débat qui s’est terminé en bagarre (quelle bonne surprise).

Boubacar s’entoure alors de tout ce que la cité des cerisiers fleuris compte de jeunes doués en informatique pour réaliser un dossier mettant en avant la jeunesse locale, à cette occasion il souhaite interviewer certains jeunes talents qu’il a aperçus la veille sur le terrain.

Malheureusement pour lui, Bruno fuit dès qu’il voit Caroline dans le bureau de Boubacar, Gabriel passe le plus clair de son temps à draguer une jeune métisse plutôt qu’à répondre à ses questions, Louis n’est pas vraiment présentable après la baston de veille, Dimitri croit amusant d’insérer un coussin péteur sur le siège de Boubacar et Valentino croit bon de lui asséner un coup de boule pour le sanctionner de cette blague pourrie. Il faudra se contenter de l’imperturbable Khalid.

Boubacar s’active ensuite à faire passer la nouvelle dans tous ses contacts d’affaires, il comprend hélas bien vite qu’en France, le nom Sevran fait un peu peur. Craignant un nouveau scandale judciaire s’il venait à abuser de la naïveté d’une personne âgée en jouant sur la confusion entre la ville de Sevran et Pascal Sevran, il comprend vite que le salut viendra de l’étranger.

Sa première piste est Mohammad Bitar, un magnat des médias libanais. Le contact entre les deux hommes passe plutôt bien, mais hélas les négociations tournent court lorsque monsieur Bitar divulgue son intention de faire de Al-Manar, la chaîne de télévision du Hezbollah, le sponsor principal du club. Si Boubacar convient que les jeunes de la cité n’auront pas grand mal à accepter pareil sponsor, il sera un peu plus dur de faire avaler une telle nouvelle à la Ligue.

Boubacar noue ensuite des contacts avec un multimillionnaire texan, Ryan Devlin, les premiers contacts semblent prometteurs, même si Boubacar semble déboussolé par quelques questions comme celles portant sur le niveau de son quarterback. Mais hélas, le prétendant se retirera vite des négociations après avoir vu sur Fox News que Sevran était une “no-go zone”.

Un fonds d’investissement de Bahreïn se manifeste alors, dans la volonté affichée de marcher sur les plate-bandes du Qatar et du PSG, particulièrement généreux, le fonds se propose même de racheter plusieurs terrains autour du stade pour offrir une vraie mosquée à la ville et créer un centre commercial à proximité du stade. Cependant, Boubacar rompt de lui-même les négociations lorsque les bahreïnis évoquent la possibilité d’interdire l’alcool dans les zones rachetées, on ne touche pas à sa bibine.

La candidature de David Cohen, riche banquier de Tel-Aviv connaitra le même sort, Boubacar ayant peur de déclencher des émeutes encore plus violentes que celles de 2005, de même que celle d’une riche suédoise qui voulait changer les maillots du club en rose au prétexte que “notre club, ce n’est pas tarlouze-land” ou encore que celle du propriétaire allemand du magazine “Frappe-moi avec une fourche”, sponsor pas véritablement adapté au football convenons-en.

Alors que Boubacar remue ciel et terre pour trouver un nouveau propriétaire au club, contactant même le président de la Corée du Nord au passage, c’est dans la ville de Sapporo, au Japon que pourrait bien se jouer l’avenir du club.

Ce jour là, Shigeru Miyazaki, le richissime propriétaire de l’entreprise Akabura, mondialement reconnue pour ses composants informatiques de grande qualité, et principal employeur de l’ile d’Hokkaidō, découvre un rapport établi par Yuji Nozaki, un de ses principaux conseillers.

Cela ne fait pas de grand mystère dans la région que monsieur Miyazaki a une certaine envie de s’expatrier, à la fois lassé par les catastrophes naturelles et par le tournant nauséabond que prend la politique japonaise actuelle. Mais sa démarche s’inscrit aussi dans la volonté de découvrir d’autres cultures et de faire en sorte que sa fille en fasse de même, il a un peu peur qu’elle ait été surprotégée dans les écoles privées haut de gamme dans lesquelles elle a passé toute son enfance.

Il a fait le choix d’acquérir un club de football à l’étranger pour prendre racine ailleurs, il est lui-même un fervent amateur de ballon rond et n’a pas manqué d’inscrire sa fille au club local dès le plus jeune âge, sa seule forme de socialisation hors des écoles privées. Le rapport rédigé par son conseiller vise à le renseigner sur plusieurs pistes pour s’implanter en Europe, de préférence à proximité de grandes villes.

La fiche de l’AS Sevran l’attire rapidement. Le prix est plus qu’abordable pour un club de deuxième division, la proximité de Paris n’est pas pour lui déplaire, et un projet axé sur les jeunes locaux a tendance à le séduire.

Monsieur Miyazaki discute alors longuement de cette piste avec Yuji qui ne manque pas de lui dire que c’est également son projet préféré et qu’au fond, Sevran c’est presque comme Paris…
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Bien bien. Les phrases sur les repreneurs m ont fait sourire bien commifaut, on rentre dans le vif du sujet c est sympa et plutôt bien emmené !

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Chapitre 4
A la manière d’un village Potemkine

Samedi 13 décembre 2014

Hier, l’AS Sevran a perdu une nouvelle fois, 1-0 à Valenciennes, encore une fois malgré une superbe prestation de son portier polonais, confortant sa solide place d’avant-dernier au classement. Mais fort heureusement pour les coéquipiers d’Etienne Baron, cela n’intéresse pas grand monde en ville en ce samedi matin.

En effet, c’est ce samedi que monsieur Miyazaki arrive en France pour visiter les infrastructures du club, discuter avec les principaux acteurs de celui-ci, se trouver une résidence à proximité et moult autres préparatifs à sa possible arrivée. S’il est satisfait au terme de sa semaine de séjour, le rachat du club sera signé dans moins d’un mois, les avocats des deux parties ayant déjà travaillé aux principaux aspects de l’accord de cession du club.

Inutile de préciser que Boubacar a mis les petits plats dans les grands pour cette visite avec l’aimable coopération du maire de la ville, soucieux de se débarrasser de l’encombrant président Marquet et du député de la circonscription, qui a vite vu de belles opportunités de développement économique en voyant le classement de monsieur Miyazaki parmi les plus grandes fortunes de la planète.

Pour commencer, le député a fait jouer ses relations avec le gouvernement pour dire aux douaniers de ne pas commettre d’impair. En effet, il serait du plus mauvais goût que ceux-ci croient qu’il y a 300 grammes de cocaïne cachés dans le derrière de la peluche Hello Kitty de la fille de ce prestigieux visiteur. Un visiteur traumatisé est un visiteur qui n’a pas envie d’acheter.

Ensuite, sachant que contrairement à de nombreux joueurs qui adorent l’effet cheveux mouillés, une bonne partie des japonais semblent composés à 25 % de sucre, Boubacar a fait dépêcher plusieurs de ses hommes de main à l’aéroport avec des parapluies haute performance pour que monsieur Miyazaki et son entourage restent encore plus secs qu’une journée dans le désert.

Il faut également que monsieur Miyazaki ne soit pas trop déboussolé dans ses clichés concernant l’élégance des français, ainsi tout le monde au club a mis ses plus beaux habits, joueurs inclus, il a tout de même fallu un peu de coaching pour certains. Par exemple il a fallu convaincre Gabriel et Khalid que si la djellaba a son charme, il y a peu de chances que nos amis japonais la cernent comme un accessoire de haute esthétisme.

Pour appâter le client, Boubacar a également investi en tenues un peu plus aguichantes pour les jeunes femmes qui s’y prêtent le mieux, le club étant également doté d’une équipe féminine qui est dans une situation encore plus désespérante que l’équipe masculine. La transformation de Caroline, qui s’est récemment inscrite dans l’espoir d’attirer l’attention de Bruno, à l’aide d’un soutien-gorge rembourré et du remplacement de ses lunettes par des lentilles a un tel succès que même celui-ci ne l’a pas reconnue.

La sécurité est bien entendu une préoccupation majeure du club durant ce séjour. La police municipale s’étant encore ridiculisée en ne pouvant rien faire il y a quelques jours lors d’un affrontement entre militants d’Alternative Antifasciste et colleurs d’affiche du Parti Pour la Liberté pour une sombre question d’affichage électoral, affrontement qui s’est d’ailleurs soldé sur une victoire d’Alternative Antifasciste par KO.

Boubacar a alors eu l’excellente idée de proposer un petit complément de revenu à des militaires en permission pour assurer la sécurité de son prestigieux visiteur, gageons que ça fera plus viril que l’agent René Deblanchard et son légendaire embonpoint, victime régulière des taquineries des jeunes de la cité.

Pour finir, Boubacar a eu le bon sens de programmer la venue de son prestigieux visiteur pour la 14e journée du championnat des moins de 19 ans avec un affrontement contre Orléans. Ainsi il a bon espoir que la bande à Gabriel livre une grande démonstration de force sous les yeux de son acheteur.

Le plan est clair, masquer les aspects les moins reluisants de la vie à Sevran à ses visiteurs, à la manière d’un village Potemkine. Si le syndrome de Paris peut causer des hallucinations et des vertiges à certains touristes japonais, on n’ose imaginer l’effet qu’une visite à Sevran non filtrée pourrait causer à la famille Miyazaki.

En début d’après-midi, un avion en provenance de Tokyo se pose à l’aéroport de Roissy, monsieur Miyazaki en sort, accompagné de son conseiller Yuji et de sa fille Kasumi. Le plan démarre bien, les douaniers, soucieux de ne pas froisser leur hiérarchie, ne causant aucun souci à la famille et se montrent par ailleurs fort courtois.

Yuji ne manque pas d’ailleurs pas de remarquer que les autorités françaises sont bien plus civilisées que leurs homologues américaines. En effet, lors d’une visite à New York il y a deux ans, Kasumi avait été traumatisée par le comportement des agents de TSA, une grosse femme avait tourné les piqûres de moustiques qui lui font office de seins dans tous les sens, ignorant froidement ses cris de douleur. Suite à cet incident, elle n’a plus repris l’avion jusqu’à ce jour et son père, quelque peu rancunier, avait annulé des négociations pourtant longues de six mois avec un grand groupe américain.

C’est un premier succès pour le comité d’accueil, qui continue sur sa bonne lancée, dès la sortie de l’aéroport, un groupe d’hommes vient protéger le trio de la forte pluie qui s’abat sur la région parisienne avec des parapluies fort robustes, chose fortement appréciée par Kasumi qui est particulièrement délicate.

Le trio est alors conduit vers des Mercedes de couleur verte, en référence aux couleurs du club. Si monsieur Miyazaki n’est pas un fervent adepte de ce coloris, force est de constater que tout le reste montre pour lui un grand professionnalisme de la part du personnel de l’AS Sevran, chose qui le surprend favorablement venant d’un club à faibles moyens.

Une fois au stade Alfred Nobel, la journée de rêve se poursuit pour Boubacar et ses invités, les joueurs et le personnel sont tous très élégamment vêtus et saluent cordialement les visiteurs. Yuji tombe rapidement sous le charme de Sabrina, la grande soeur de Khalid, alors que de façon plus sérieuse monsieur Miyazaki a la chance de pouvoir discuter avec Marc, dont l’anglais est impeccable, des avantages du 3-5-2.

C’est un Boubacar triomphant qui conduit le clan Miyazaki dans un hôtel parisien réputé en fin de journée, son plan a parfaitement fonctionné, il n’a plus besoin que d’une belle prestation de l’équipe de jeunes le lendemain pour que l’affaire soit dans le sac.

Le lendemain, la pluie est toujours au rendez-vous pour la confrontation entre les jeunes sevranais et leurs homologues d’Orléans. Par conséquent, les tribunes sont désertées par tous, à l’exception du trio japonais, d’une délégation de cadres du club et du professeur d’anglais du lycée Robespierre pour aider les jeunes si monsieur Miyazaki venait à leur adresser la parole.

Conscients de l’enjeu, les jeunes sont remontés à bloc, même si Gabriel aurait préféré que l’offre suédoise soit retenue après être tombé sur une photo des deux filles de la repreneuse potentielle, qui soyons honnêtes, ont en effet une poitrine un brin mieux fournie que celle de Kasumi. Tous sont conscients que le rachat du club par une grande fortune serait une belle opportunité de maintenir le centre de formation à flot pour les années suivantes, et donc potentiellement pour leurs petits frères et ceux de leurs amis de la cité.

Et cet éclat se retrouve sur le terrain, si la technique de Bruno et Khalid est contrariée par la pluie, la puissance physique de Valentino peut en revanche pleinement s’épanouir, l’attaque orléanaise est totalement privée de ballons, en grande partie grâce à la démonstration de force du milieu défensif. Chose qui aide les joueurs offensifs à jouer sans complexes, et après 22 minutes de jeu, un une-deux parfaitement exécuté entre Louis et Gabriel permet au premier cité d’ouvrir le score.

Par la suite, l’équipe se montre moins virevoltante que dans d’autres matchs, l’effort physique requis étant important, les stars de l’effectif en gardent sous le pied pour la deuxième mi-temps. On se concentre alors sur les frappes de loin, Valentino est assez malchanceux, son tir limpide de 35 mètres s’écrasant contre le poteau gauche orléanais, c’est la cinquième fois en 14 matchs qu’il touche du bois sur des frappes longues, de quoi être légèrement nerveux.

Sur l’action suivante, Valentino passe ses nerfs sur un milieu de terrain orléanais en lui assénant mesquinement un coup de coude alors que les arbitres avaient le dos tourné. Alors que le jeu change de sens suite à un arrêt du gardien sevranais, le capitaine orléanais cherche à venger son coéquipier et se livre à un geste d’humeur malheureux en poussant brutalement Valentino, qui voyant que l’arbitre s’est retourné, se roule par terre au lieu de répliquer.

N’ayant vu que la fin de l’action et ayant reçu des consignes de sévérité, l’arbitre sort immédiatement le carton rouge contre le capitaine orléanais, à la plus grande fureur de son équipe. En tribunes, Boubacar craint que ce type d’incident ait quelque peu refroidi son convive, connaissant le manque de vice fréquent des joueurs japonais et a secrètement envie d’aller coller une bonne baffe à son jeune milieu défensif.

Ses inquiétudes sont heureusement infondées, en homme d’affaires qui se respecte, monsieur Miyazaki a franchement apprécié le pragmatisme froid de son éventuel futur employé, et est de plus en plus agréablement surpris par le professionnalisme émergent de cette structure encore fortement amateure.

La mi-temps arrive bien vite, le score est toujours de 1-0, mais les sevranais sont en supériorité numérique et ont bien ménagé leurs forces, il y a donc une certaine confiance qui règne en tribunes pour une rapide aggravation de la marque. Confiance qui se retrouve également dans les vestiaires où les joueurs plaisantent sur la manière dont leurs rivaux semblent essoufflés alors qu’eux sont aussi frais qu’une journée ordinaire à Sapporo.

Pourtant à la 47e minute, c’est Orléans qui réalise le hold-up, obtenant leur premier coup franc bien placé du match, ils bénéficient d’une glissade du gardien pour marquer un but chanceux. La colère des joueurs sevranais sera encore plus glaciale que la pluie qui s’abat continuellement sur le terrain.

Sur le coup d’envoi, Gabriel réalise un slalom fabuleux et tout en puissance à travers une défense orléanaise pétrifiée, il n’a qu’à remettre tranquillement en retrait pour que Bruno redonne instantanément l’avantage aux siens. En marquant ce but, les orléanais n’ont pas cassé le moral de leurs rivaux, au contraire, ils leur ont donné le coup de fouet qui leur manquait, une attitude qui ne manquera pas de combler monsieur Miyazaki.

En effet, la suite du match sera une véritable démonstration de puissance de la part de la jeune garde sevranaise, tout d’abord sur une longue ouverture de Valentino pour Khalid à travers une défense bien trop lente à la 51e minute pour le troisième but. Puis sur une percée supersonique de Louis qui pousse les orléanais à la faute dans la surface peu avant l’heure de jeu, Gabriel ne manquera pas d’exécuter la sentence avec son sang-froid habituel.

Le spectacle est loin d’être fini, c’est ensuite Valentino qui se distingue en expédiant enfin une frappe puissante de 25 mètres dans la lucarne orélanaise. Boubacar est d’ailleurs particulièrement heureux de ce but, l’ensemble du fabuleux quintet sevranais, son principal argument commercial, a marqué sur ce match alors qu’il reste encore plus de 20 minutes.

Valentino, déchaîné sous la pluie, s’offre ensuite sa deuxième passe décisive du match en adressant un centre bien ajusté sur le grand gabarit de Khalid qui expédie tranquillement le ballon au fond des filets. Avec un score de 6-1 à un quart d’heure de la fin, le coach ne prend pas de risques inutiles, Louis, Gabriel et Khalid sont envoyés sur le banc pour éviter une blessure.

Qu’à cela ne tienne, Bruno et Valentino peuvent également assurer le spectacle seuls face à une équipe orléanaise à l’agonie, le portugais s’offre d’abord le doublé sur une jolie inspiration à l’entrée de la surface de réparation à la 81e minute. Cinq minutes plus tard, son coéquipier y va aussi de son doublé après avoir percé la défense adverse de toute sa puissance, trois orléanais finissent d’ailleurs au sol après avoir tenté de lui subtiliser le ballon, avant de conclure seul, une fois n’est pas coutume.

C’est donc sur le très imposant score de 8-1 que se termine ce match sous les yeux d’un monsieur Miyazaki forcément impressionné, même s’il faut reconnaitre que l’opposition n’était pas véritablement la plus forte rencontrée par cette prometteuse équipe. Boubacar boit du petit lait, son plan fonctionne à la perfection, c’est un Sevran totalement éloigné de la triste réalité qui s’offre au regard de l’acquéreur.

Le milliardaire japonais ne fait d’ailleurs pas de mystère de son admiration envers cette équipe de jeunes prodiges du ballon, et annonce qu’il serait ravi de passer un journée avec eux pour mieux découvrir l’état d’esprit des futurs tauliers de son équipe, après tout il est là pour ça, ce n’est pas l’équipe première qui contient deux joueurs corrects dont un en prêt qui l’a fait venir ici.

Légitimement, Boubacar est fortement embarrassé, si ses contacts peuvent dire aux douaniers de mettre de côté le zèle, s’il a les moyens de lever une armée de parapluies, s’il est capable de trouver un service de sécurité en béton, s’il a le goût pour veiller au respect de l’esthétique par les siens, s’il a l’audace de jouer la carte de la séduction en pleine cité, s’il a le sens de l’anticipation pour proposer un match splendide à son riche partenaire d’affaires, trouver un moyen de calmer cette bande de nerveux pendant une journée semble être une mission impossible.

Quoi qu’il en soit, Boubacar n’est pas en position de refuser, et monsieur Miyazaki aura donc le privilège de passer la journée de mercredi avec l’élite de la jeunesse sevranaise. Fidèle à son tempérament, Boubacar ne dépose pas les armes et discute immédiatement avec le père de Louis, le meilleur relais avec la jeunesse locale, pour trouver le meilleur guide possible pour ses invités.

Il est vite déterminé qu’un des cinq as serait le choix le plus légitime aux yeux de monsieur Miyazaki, malheureusement ils ont tous leurs problèmes. Khalid a 4 de moyenne en anglais, chose qui rendrait la discussion quelque peu périlleuse, Louis a un tempérament qui ne collerait pas du tout avec le formalisme imposé dans une telle rencontre, Bruno est du genre à vite péter les plombs, chose qui pourrait vite créer un incident des plus embarrassants, Gabriel est si pieux qu’il pourrait laisser tout en plan à l’heure de la prière et Valentino n’a jamais caché ses sympathies pour les idées d’extrême gauche, la rencontre avec un grand patron ne serait pas franchement une sinécure.

Après très mure réflexion, Boubacar pense que le plus sage reste de tenter de raisonner Valentino, le bien-être de ses amis vaut bien un petit sacrifice idéologique, et monsieur Miyzaki ne doit pas avoir un si mauvais fond. Mais on ne va pas cacher que Boubacar est quelque peu pessimiste, compter sur un gamin de 16 ans, qui plus est communiste, pour vendre un club pourri dans une ville à la réputation sulfureuse à un milliardaire japonais, ce n’est pas donné à tout le monde.
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Chapitre 5
Probablement rien en commun

Dimanche 14 décembre 2014

Loin de l’agitation qui traverse le cerveau des pontes du club, l’équipe des moins de 19 ans célèbre sobrement son triomphe en s’adonnant à une partie de FIFA-piment dans la salle vidéo. Le principe de ce jeu est très simple, un but encaissé, c’est un piment thaï hot à avaler.

L’entraineur a vivement encouragé une telle pratique, y voyant un progrès par rapport à l’ancienne coutume barbare qui consistait à frapper le plus mauvais joueur du match ou encore par rapport aux multiples provocations envers la police locale qui avaient encore cours il y a quelques semaines. Le staff a bon espoir de voir une moyenne inférieure à deux hospitalisés par victoire en deuxième partie de saison, la professionnalisation est en marche.

Alors que Valentino s’apprêtait à faire avaler un piment à Dimitri, le farceur du groupe est sauvé par l’arrivée du père de Louis dans la pièce qui demande à discuter en privé avec Valentino. Celui-ci rejoint de bon cœur son bienfaiteur et les deux hommes s’éloignent de la salle vidéo pour tenir une longue conversation.

Vu l’ampleur de la tâche que Boubacar confie à Valentino, il avait estimé qu’il valait mieux que la requête provienne du père de Louis, pour bien lui faire comprendre que la mission qui lui est confiée porte les espoirs de développement de toute une ville et pas seulement ceux de l’équipe, espérant ainsi rendre son petit sacrifice idéologique plus supportable et valorisant.

Si Valentino n’a pas grand mal à accepter le principe de faire des concessions pour le bien-être de ses amis, il reste un problème majeur, même s’il est plus capable d’arrondir les angles qu’un Bruno, son attitude n’est pas franchement la plus compatible avec la rencontre d’un milliardaire, et surtout qu’aura t-il à lui dire pendant toute une journée ? Les deux hommes n’ont probablement rien en commun si l’on exclut l’amour pour le football, et on peut légitimement douter que monsieur Miyazaki ait envie de parler de football pendant des heures.

La solution semble se dégager lors du repas du soir entre les jeunes espoirs sevranais, récompensés par leur coach qui leur accorde le droit de se restaurer à la pizzeria du coin vu leur sompteusue prestation de l’après-midi. Khalid suggère à Valentino d’utiliser internet pour en savoir plus sur ce milliardaire japonais, si cet homme aime autant le football, il pourrait avoir quelques centres d’intérêt peu orthodoxes vis à vis de son rang.

Une fois rentré dans sa chambre du centre de formation, Valentino se lance dans une nuit de recherches sur internet pour en savoir un maximum sur son futur interlocuteur. Il est vite rejoint derrière l’écran par Gabriel qui ne pouvait décemment pas laisser un ami seul, puis par Louis qui est toujours de bon conseil pour mettre les gens à l’aise, Khalid étant excusé de par son piètre niveau d’anglais.

Au moment où Gabriel décide de célébrer la victoire en entamant une bouteille de whisky, Valentino découvre une première facette surprenante de la personnalité de monsieur Miyazaki en découvrant le fait qu’il avait rompu des négociations avec un groupe américain suite aux mauvais traitements infligées à sa fille par les douanes locales. Un homme qui fait passer l’honneur familial avant les affaires ne peut être si mauvais.

A 2 heures du matin, alors que l’on entend les ronflements de Bruno, totalement épuisé, dans la chambre d’à côté et que Gabriel est scotché à son portable. Valentino lit une interview de monsieur Miyazaki exposant son désarroi devant la situation politique de son pays, devenue une véritable course au nationalisme le plus malsain, une rhétorique qui sonne doux aux oreilles de ce farouche opposant au Parti pour la Liberté.

Dans la même interview, le milliardaire évoqué ses investissements hors de sa marque phare Akabura. Louis et Valentino ont vite l’idée de regarder la liste des sociétés dont il est actionnaire, peut-être y a t-il quelque chose en rapport avec un sujet de discussion plus intéressant.

La liste est interminable, les yeux de Louis commencent le torturer, mais après un bon quart d’heure de lecture, Valentino semble se figer devant l’écran comme s’il avait vu Nicolas Montini réussir une sortie décisive. Il vient de découvrir que monsieur Miyazaki est le propriétaire d’une société nommée Hard On Offer.

Valentino demande alors à Gabriel et Louis s’ils se souviennent du film pornographique qui avait provoqué la bagarre dans la salle vidéo. Le film en question est produit par Hard On Offer, comme approximativement la moitié des vidéos présentes sur le fameux disque dur de Valentino. Celui-ci, en cinéphile averti, explique à ses coéquipiers que cette société est le leader incontesté de la pornographie au Japon.

Hard On Offer est en effet un producteur réputé pour son audace prononcée, si les situations cocasses de certains films sont particulièrement prisées par Valentino, les vidéos de simulation de viol ou d’inceste ont également une réputation toute particulière dans le milieu. Au terme de cet exposé, Gabriel a envie de vomir, mais il ne sait pas si c’est lié à l’exposé lui-même ou aux fortes quantités d’alcool ingérées après le repas.

Quoi qu’il en soit, le trio se rend compte qu’un changement radical de stratégie s’impose, ce n’est pas monsieur Miyazaki qu’il faut préserver, vu son passif, il est probable qu’il ne soit pas choqué par grand chose, mais sa fille. Les jeunes héros de l’AS Sevran passent alors le reste de la nuit à réfléchir à une liste d’impairs à ne surtout pas commettre envers la jeune fille, la clé de l’avenir de la ville est plus que jamais dans leurs mains.

Le lendemain, Louis se charge de communiquer le plan aux jeunes de la cité, il ne veut surtout pas de scandale concernant l’attitude de la population locale vis à vis de Kasumi Miyazaki. Valentino, de son côté, ajoute qu’il se chargera personnellement de crever les yeux de celui qui oserait dire à la jeune fille “Wesh wesh, mademoiselle, tu me suces ?”, la marque de romantisme de mise dans la cité n’étant pas véritablement la même que celle existante au Japon.

A fortiori, celui qui tenterait de mettre la main aux fesses de la jeune demoiselle recevra une vingtaine de coups de barre de fer en pleine tête. La sanction envers celui qui lui proposerait de la drogue n’a pas été divulguée, mais on peut supposer qu’on ne devrait pas être loin d’un écartèlement en place publique. Il faut bien montrer à la face du monde que cette cité est un lieu civilisé.

Le mercredi, la cité est donc fin prête à recevoir son prestigieux visiteur. Pour l’occasion, les jeunes footballeurs ont pu s’absenter du lycée Robespierre avec la bénédiction du responsable de la formation, n’oublions pas qu’il faut avoir le sens des priorités dans la vie.

C’est donc au grand complet que l’équipe des moins de 19 ans salue monsieur Miyzaki et sa fille. Alors que cette dernière ne parvient pas à comprendre comment des gens peuvent vivre dans des tours en si mauvais état, son père va à l’essentiel et discute avec Valentino du niveau de l’équipe première.

Il ne faut pas le cacher, il est difficile de sur-vendre cette équipe de bras cassés à qui que ce soit, d’autant plus que pas mal de monde dans l’équipe de jeune est intimement persuadé d’être capable de faire mieux et que si le coach n’était pas un vieux débris, ils l’auraient déjà démontré à la France entière.

Valentino adopte donc l’approche traditionnelle de tout supporter qui se respecte en mettant tous les maux du monde sur les épaules de l’entraineur de l’équipe première, celui ci est d’abord décrit comme incapable de faire confiance aux jeunes, puis comme extrêmement frileux tactiquement, comme aussi passif qu’une grande folle dans une partouze et ne devant son salut qu’au corporatisme régnant entre les entraineurs français et le journal sportif de référence.

Le sort de ce pauvre Bertrand Tison étant scellé, Valentino essaie d’enchainer sur une note de positivité en dressant les louanges de Marc Verdier, mais il est souvent obligé de demander un peu d’aide à Khalid pour en dire du bien. En effet, à titre personnel, Valentino n’est pas vraiment impressionné par la star de l’équipe, estimant que celui-ci a le physique d’un mollusque et qu’il est bien trop conservateur dans ses choix de jeu, mais il faut savoir déformer la vérité pour aider ses amis.

Alors que monsieur Miyazaki prend bonne note des diverses remarques faites sur l’effectif de l’équipe première, sa fille lui fait savoir qu’elle a un peu faim. En bon papa attentionné, monsieur Miyazaki demande alors à Valentino de lui indiquer le meilleur restaurant de la ville. Après de longues hésitations et une concertation avec ses amis, Valentino demande à son prestigieux interlocuteur s’il a quelque chose contre la gastronomie turque.

C’est donc au kebab “Chez Abdullah” que la fine équipe se retrouve, alors que la pauvre Kasumi a envie de se planquer dans un coin de ce lieu qui, il faut le reconnaitre, n’a pas grand chose avec le genre de restaurant qu’elle fréquente habituellement, Gabriel se charge de passer les commandes avec sa forte voix si distinctive.

Comprenant qu’il faut un peu distraire Kasumi, qui ne semble vraiment pas à l’aise, afin de ne pas laisser filer le marché, les jeunes se disent qu’un peu de musique ne lui ferait pas de mal. Ils convient alors un de leurs amis non-footballeur, MC 20 centimes, de son vrai prénom Vincent, un jeune malgache installé récemment dans la cité qui rêve de percer dans le rap, à lui interpréter ses meilleurs morceaux.

Alors que Vincent est déchainé et que Bruno commence à se demander s’il n’a pas fait une boulette en le recommandant à Gabriel et Valentino, ses beuglements sont interrompus par la table d’en face. Un des occupants lui reprochant vivement de faire du rap à dix centimes, outré, Vincent lui fait rappeler que son pseudo est MC 20 centimes.

Alors que l’on aurait pu croire que ce brillant argument ferait terminer la dispute, l’audacieux lui dit que ce n’est pas très joli de copier de vrais artistes comme 40 cent. Fou de rage, Vincent s’exclame “C’est 50 cent, connard !” et une bagarre éclate entre les deux hommes. Certains jeunes joueurs auraient bien aimé s’y joindre, mais les consignes de Louis et Valentino ont été formelles.

Abdullah, le patron de l’établissement, va alors intervenir, saisissant les deux insolents et les éjectant de son restaurant avec un bon coup de pied sur le postérieur. Le serveur amène alors les kebabs au groupe, l’objectif est accompli, Kasumi n’aura pas vraiment eu le temps de s’ennuyer avant le repas.

A table, les styles sont différents, alors que Bruno est sur la retenue, craignant pour son poids de forme, que Valentino et Khalid se comportent comme des goinfres, que Louis met des plombes à manger comme le temps entre deux de ses blagues est limité et que monsieur Miyazaki mange avec délicatesse le plat turc, les véritables difficultés se posent lorsque Kasumi tente de manger le kebab avec une fourchette et un couteau.

Fort heureusement, Valentino comprend vite le problème et offre à la jeune fille une paire de baguettes piquées au restaurant chinois du quartier, chose qui lui offre naturellement une bien plus grande aisance à profiter du délice turc qui s’offre à elle. Dans le même temps Gabriel se dit qu’il devrait peut être réduire sa consommation de cannabis comme il a vraiment beaucoup d’hallucinations ces derniers temps.

A la fin du repas, monsieur Miyazaki décide de visiter le lycée Robespierre pour s’enquérir de la qualité de la formation reçue par les jeunes. Il ne peut que constater les lourdes difficultés de l’établissement, le matériel de la salle informatique datant de Mathusalem, il serait difficile de cacher la vérité au fondateur d’Akabura.

Au cours de cette visite, il s’entretient à nouveau avec Valentino, s’attachant ce coup-ci à la population de la cité en elle-même, souhaitant démêler le vrai du faux concernant les rumeurs selon lesquelles la population locale serait quelque peu hostile à la police. Valentino, de son plus bel air indigné, s’insurge de pareilles rumeurs et affirme que les relations des jeunes avec la police sont très bonnes, une partie de pétanque ayant même été organisée en début de semaine dernière.

Alors que Khalid demande discrètement à Valentino de quelle partie il parle, celui-ci évoque la fois où Rachid, l’occupant d’un des studios du onzième étage avait lancé une boule de pétanque en direction de l’agent René Deblanchard, ne manquant pas de préciser que c’est de la pétanque, Rachid ayant visé le cochonnet.

Au terme de la conversation, monsieur Miyazaki s’interroge sur la situation sociale dans la cité. Lancé sur un tel sujet, le naturel de Valentino revient au galop, il évoque pêle-mêle, la pauvreté des habitants, l’insalubrité des logements, l’influence néfaste des dealers, la rhétorique malsaine du Parti pour la Liberté, la démission des responsables politiques et la problématique des discriminations à l’embauche.

Gabriel est atterré par la publicité particulièrement corsée que vient d’offrir Valentino à l’équipe et à l’ensemble de la cité, alors que monsieur Miyzaki essaie de traduire à sa fille tout ce qui vient d’être dit. Même sans comprendre le japonais, on peut déduire de ses réactions qu’elle ne pensait probablement pas qu’il soit possible que des choses pareilles existent encore dans un pays comme la France, abreuvée de clichés un peu trop flatteurs par les créateurs de son pays.

Monsieur Miyazaki s’adresse une dernière fois à l’équipe et leur dit que sa fille estime qu’il est terrible que de pareilles choses arrivent à des gens aussi gentils qui les ont si bien accueillis et qu’elle a vraiment envie de les aider. Il estime que ceci est une bonne chose étant donné que la possibilité de laisser une marque encore plus profonde qu’une équipe de football est potentiellement le challenge le plus excitant de toute sa carrière, en plus d’être quelque chose qui pourrait donner à l’équipe et à lui-même une image commerciale unique.

Le père et la fille étant sur la même longueur d’ondes, le sort est jeté, bientôt l’AS Sevran changera de propriétaire. Les jeunes, d’abord persuadés que Valentino avait fait une erreur majeure en laissant parler son instinct plutôt qu’en se livrant à une réponse formatée, n’en croient pas leurs oreilles et mettent plusieurs minutes avant de vraiment comprendre ce qu’il s’est passé. Là aussi le sort en est jeté, soirée FIFA-piment pour tout le monde, et le lycée Robespierre recevra un joli paquet de certificats médicaux demain matin, mais ce coup-ci personne ne s’en plaindra.

La fin de semaine est mise à profit par les Miyazaki pour rechercher un appartement dans les quartiers les plus aisés de Paris, aider les pauvres, ça passe encore, mais aller vivre avec eux, il ne faut pas exagérer, monsieur Miyazaki est peut-être un bobo gauchiste comme le diraient si distinctement nos amis du Parti pour la Liberté, mais en aucun cas un idiot intégral.

Ils ne manqueront cependant pas d’assister au match de football du vendredi soir où les locaux opposent une formidable résistance au leader dijonnais, bien que menés tôt dans la partie, ils prennent le jeu à leur compte et sont récompensés à la dernière minute lorsque Marc Verdier est fauché dans la surface après une belle percée.

Étienne Baron ne manque pas l’occasion de transformer le pénalty et c’est sur ce match nul très positif que s’achève la venue de monsieur Miyazaki. Celui-ci informe Boubacar qu’il va passer les fêtes avec ses proches au Japon et que le rachat formel interviendra début janvier. Le public ne sait pas qu’il ne célèbre pas seulement cette démonstration de force de caractère de ses protégés mais aussi la fin de l’ère Marquet.

Le lendemain, alors que l’avion transportant les Miyazaki s’éloigne de la France, Bruno fait remarquer à ses coéquipiers que quelque chose lui manque depuis une semaine, et très vite tous les jeunes en arrivent à la même conclusion, c’est donc dans une joie particulièrement communicative que débute une bien belle bagarre collective.
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Chapitre 6
Le nouveau père Noël de Sevran

Lundi 5 janvier 2015

Passée l’euphorie des fêtes, c’est la rentrée pour tout le monde. C’est bien sûr la rentrée au lycée Robespierre où tout semble se dérouler comme à l’accoutumée, durant le cours soporifique de madame Léjeaut, la professeure de philosophie. Caroline tente de faire passer des mots à Bruno qui n’en a rien à foutre comme à son habitude. Louis dort en classe, fatigué de ses prouesses de la veille et Khalid se dit qu’il aurait mieux fait de commander un faux certificat médical.

Gabriel est le seul heureux de cette rentrée puisqu’il n’a pas eu de mal à charmer Thana, ce qui constitue son vingtième succès de suite, les temps ont changé depuis le râteau infligé par Linda en fin de seconde. Au milieu de ce vacarme, madame Léjeaut tente de communiquer à ses élèves une bibliographie au moins aussi longue que l’engin de Rocco Siffredi, mais elle est interrompue par une dispute entre Bruno et Charles, l’intellectuel de la classe, au prétexte que ce dernier aurait l’étrange lubie de vouloir écouter le cours. Dispute qui se conclura par une victoire de Bruno par KO et une interruption de cours devant une foule en liesse.

Au stade Alfred Nobel, l’ambiance est nettement moins bon enfant, peu après l’entrainement du matin, une conférence de presse est organisée par le club. Persuadés de devoir entendre à nouveau les élucubrations du vieux Tison qui tente de faire croire à tout le monde que les difficultés de l’équipe sont liées au mauvais état du terrain d’entrainement, plusieurs journalistes ont boycotté l’évènement, et on peut dire que les absents ont toujours tort.

A la surprise des journalistes, ce n’est pas le vieil entraineur qui apparait devant leurs yeux, mais Boubacar Traoré entouré de quatre individus dont trois japonais, qui pour une fois, semblent là pour faire autre chose que prendre des photos. Boubacar annonce à une assistance médusée que la revente du club a été signée il y a environ une demi-heure et présente à l’assistance les personnes l’accompagnant.

A tout seigneur tout honneur, Shigeru Miyazaki est présenté le premier, le patron d’Akabura est le nouveau propriétaire du club, à la surprise de beaucoup. Il faut dire qu’imaginer qu’un homme dont la fortune est évaluée à plus de vingt milliards d’euros, ne fait pas franchement immédiatement penser au genre de personne qui pourrait reprendre l’AS Sevran et ses infrastructures miteuses, et c’est d’ailleurs pour les éviter un maximum qu’il délègue la gestion du club à d’autres.

Son fidèle conseiller Yuji Nozaki, quant à lui, devient le président du club. C’est donc lui qui aura l’immense honneur de faire toutes les annonces relatives aux changements que va subir le club et qui aura donc le bonheur de faire savoir à la moitié de l’effectif qu’ils sont virés, la seule différence avec le monde de l’entreprise étant qu’il faudra embaucher encore plus de monde.

Le poste de vice-président, c’est à dire le plus gros planqué du club, revient à un associé de longue date de monsieur Miyazaki, Katsuro Tanaka, son but sera principalement de faire de la lèche à d’autres entreprises plus ou moins partenaires avec Akabura afin de contourner plus facilement le fair-play financier à l’avenir. Comme aime tant le dire monsieur Miyazaki, ne pas tenter de contourner une règle, c’est ne pas respecter le sport en ne jouant pas à fond.

Mais le principal intérêt pour le club est l’arrivée d’un directeur sportif, Nacio Rojas, légende du football espagnol. Il a été immédiatement séduit par le projet, disposer d’une telle ruine pour pouvoir recruter au moins quarante joueurs en deux ans sans que personne ne pleure sur la stabilité de l’effectif, ça n’arrive pas tous les jours pour un négociateur aussi fin.

Notre brave Boubacar n’a pas été oublié, il devient le directeur général du club, il aidera à effectuer la transition et à nouer le dialogue avec les populations locales. Il est également chargé de dialoguer avec les élus locaux, chose particulièrement importante pour les investissements de monsieur Miyazaki.

En effet, pour s’attirer les faveurs du public, monsieur Miyazaki a annoncé le lancement immédiat de plusieurs investissements, avec la construction d’un nouveau centre d’entrainement qui devrait booster l’emploi dans le secteur du bâtiment, des dons de matériel informatique aux établissements scolaires de la ville et encore mieux, l’ouverture d’une succursale d’Akabura à Sevran.

Pour ne rien gâcher, le nouveau père Noël de Sevran annonce également le renvoi du coach, devenu fort impopulaire pour son style des plus soporifiques, et l’arrivée de deux nouveaux joueurs dès le lendemain, si leur visite médicale est concluante bien sûr. Inutile de dire que suite à cette conférence de presse, les opinions favorables au club et à son nouveau propriétaire dans la ville doivent atteindre un niveau digne de l’élection d’un dictateur africain.

Alors que les médias s’interrogent sur cette surprenante nouvelle, Boubacar savoure un triomphe bien mérité de retour dans la cité, il faut dire que c’est probablement la première fois depuis 50 ans qu’il arrive quelque chose de nature à susciter l’espoir ici, l’heure est donc à la célébration et les youyous se font particulièrement bruyants.

Les seules femmes de la ville à ne pas se joindre à cette célébration sont les footballeuses, bien qu’appréciant la nouvelle, elles sont affairées à leur entrainement, d’autant plus qu’elles doivent accueillir une nouvelle joueuse, Kasumi Miyazaki, la fille du nouveau propriétaire des lieux. De façon fort logique, les filles multiplient les courbettes, courbettes inutiles dans la mesure où Kasumi ne parle pas encore le français.

Même si l’équipe féminine évolue au troisième niveau, la première réaction des joueuses est de se demander comment une jeune fille aussi frêle, qui donne l’impression d’avoir encore 12 ans alors qu’elle en a sept de plus, peut s’en tirer sur un terrain. Après les exercices d’échauffement d’usage, le coach propose une petite confrontation entre titulaires et remplaçantes, Kasumi rejoignant les remplaçantes.

Les filles ont vite leur réponse, sur son premier ballon, Kasumi fait tourner la tête de deux joueuses sur une roulette avant de foncer vers le but à une vitesse exceptionnelle, avant de conclure en dribblant facilement la pauvre gardienne. Des scènes du même genre se reproduisant quatre fois en un peu moins de dix minutes, l’entraineur se dit qu’il serait peut-être temps de regarder le dossier qui lui a été communiqué par la nouvelle direction du club à ce sujet.

Le dossier est éloquent, Kasumi est actuellement membre de la sélection japonaise des moins de 19 ans, elle est réputée pour sa technique déjà très aboutie, mais surtout pour sa vitesse prodigieuse, elle court le 100 mètres en moins de onze secondes et demi. Alors que plusieurs titulaires pestent contre leur entraineur qui devrait plus faire attention aux papiers qui s’entassent sur son bureau, une chose est certaine, avec une joueuse pareille au troisième niveau, les matchs risquent d’être douloureux à regarder.

Dès le lendemain, la deuxième conférence de presse des nouveaux hommes forts de l’AS Sevran est du même niveau que la première. L’arrivée de Konstantínos Labakis, le brillant ailier droit de la sélection grecque espoirs, surtout connu par les amateurs de football français pour avoir inscrit le but éliminant les jeunes français de l’Euro espoirs, en surprend plus d’un, en effet on aurait plus imaginé un tel joueur en Ligue 1.

Konstantínos a ses raisons, il est vrai que sa tendance à péter un câble dès que ça tourne mal n’a pas remporté l’adhésion des clubs de Ligue 1 malgré son grand talent. Chose problématique étant donné qu’il souhaitait jouer en France pour sa première expérience hors de Grèce, connaissant déjà la langue et ayant des cousins dans le pays.

Le projet de l’AS Sevran qui lui a été présenté par Nacio Rojas l’a vite séduit, des moyens très larges qui font que le passage en Ligue 2 devrait être bref, une ville à l’ambiance très chaleureuse, beaucoup de jeunes prometteurs pour tirer l’équipe vers le haut, mais aussi et surtout un salaire fort généreux. La seule chose qui le gêne dans le projet est le fait de devoir jouer en vert, chose qui ne ravit jamais un supporter de l’Olympiakos, mais il a obtenu quelques garanties à ce sujet, monsieur Miyazaki n’étant pas non plus un grand fan du coloris, l’équipe jouera tant que possible en blanc.

L’autre recrue fait couler moins d’encre, le très expérimenté arrière gauche international tunisien Mohamed Ben Hassine, est un homme très discret et plein de professionnalisme. L’espoir des dirigeants du club est d’en faire une sorte de guide pour Konstantínos et l’armada de jeunes casse-cous qui frappe aux portes de l’équipe première, chose qui ne sera probablement pas du luxe.

Le soir, le club organise une petite fête pour célébrer la nouvelle ère que va connaitre l’équipe et les deux nouveaux arrivants, il est certes assez ironique que beaucoup de joueurs fêtent leur futur licenciement. Mais ce soir tout le monde ne pense qu’au positif, après tout, le couperet ne tombera que dans six mois pour les plus faibles, le temps d’espérer un miracle.

En bons professionnels, Mohamed et Marc n’apprécient que modérément cette petite sauterie en pleine semaine de match. Le nouveau venu se distinguant en réclamant un jus de carotte au bar, alors que Marc a tout de même accepté de boire une bière avec ses coéquipiers. En revanche, bien qu’habituellement sérieux, Daniel fait parler ses dons naturels de polonais et démontre à tous sa superbe résistance à la vodka.

Plus dissipé, Konstantínos démontre un peu trop bruyamment sa joie d’avoir trouvé un nouveau club, et un peu aidé par les merveilles du saké, se lance dans une série d’accusations envers le président de la Ligue qu’il accuse d’avoir voulu saboter le club et qu’il ne manque pas de qualifier de “pédé” dans son langage si châtié.

Après ce petit cocktail, Boubacar procède à la lecture d’un message du nouveau propriétaire du club, monsieur Miyazaki n’ayant pas encore beaucoup avancé sur son apprentissage du français. Alors que les joueurs l’écoutent d’une oreille, attendant avec hâte le repas, un agent d’entretien totalement ivre confond la salle de réception et les toilettes, urinant sur les chaussures de Boubacar.

L’individu est alors saisi par les hommes de main de monsieur Miyazaki et passé à tabac par ceux-ci, preuve de la belle adaptation des japonais aux mœurs locales. Yuji fait également en sorte que l’impertinent soit licencié sur le champ, il faut bien que le nouveau président du club ajoute une touche personnelle aux coutumes locales, c’est ce qui fait la beauté du mélange des cultures.

Après ce beau discours, le repas est servi, sport de haut niveau oblige et acquisition par un milliardaire japonais oblige, le plat principal est composé à base de ramen. Le plus chagriné par ce menu est Marc qui peine à tolérer que soient servies des pâtes qui ne respectent pas les règles fondamentales de la gastronomie italienne bien qu’il n’ait aucune origine dans ce pays, contrairement au gardien remplaçant Nicolas Montini qui, quant à lui, n’est en aucun cas gêné par la recette, mais bien plus par ses longs cheveux gras qui pendent dans le bol.

Au terme du repas, une distraction musicale est offerte aux convives, le groupe prévu ayant eu un imprévu familial de dernière minute, Boubacar a été contraint de faire appel aux services de MC 20 centimes. Le grand espoir du rap malgache, encore amer de son exclusion du restaurant il y a deux semaines propose un nouveau titre d’une subtilité sans égal dont les premières paroles sont “Nous on est les renois, et vous êtes les grecs. Nous on est des maitres et on vous encule sec.”.

Alors que de fort logique manière, Konstantínos, déjà bien au fait des coutumes locales se prépare à défoncer le crâne de MC 20 centimes avec le plat, la démonstration du jeune artiste est interrompue par Etienne Baron qui se plaint d’un chanteur à deux sous. MC 20 centimes s’arrête alors, essayant de convertir les sous en centimes d’euros, ne voyant pas l’ailier droit grec lui foncer dessus.

Alors que le jeune chanteur est évacué vers l’hôpital le plus proche, les joueurs retournent vers leurs résidences respectives. Daniel trouve la porte de son immeuble fermée, personne ne pouvant lui ouvrir à une pareille heure et ayant oublié sa clé, il se couche alors dans une poubelle, mais sa mésaventure le fait plutôt rire, pour les sevranais, ce début de mois de janvier est si beau que rien ne semble pouvoir éteindre leur joie.
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Tu fais un PDF du récit @Gino ? Je faisais ça en parallèle, mais si tu le fais aussi, c’est peut-être dispensable