Fiction - Le syndrome de Sevran

Il est toujours présent (Lions-1987, je crois) et personne lit ses stories xD

Chapitre 3
La seule décision logique

Vendredi 17 octobre 2014

Cela fait près d’un mois que la mairie et le club se livrent une intense bataille médiatique suite aux révélations sur l’affaire de corruption dans laquelle serait impliqué le président Marquet.

Dans un premier temps, l’immense montée en popularité de Marc Verdier parmi les fans du club, ainsi qu’une victoire 1-0 à Arles faisant sortir le club de la zone de relégation, ont un peu fait oublier le scandale en freinant la montée de la grogne contre le président du club. Certains conseillers municipaux opportunistes avaient d’ailleurs commencé à se distancer de la posture radicale du maire, découvrant soudainement les vertus de la présomption d’innocence.

Mais c’était sans compter sur la persévérance de la presse, trop heureuse de pouvoir traquer sans retenue un patron assez stupide pour ne pas avoir placé une seule bille chez eux, qui livre alors des éléments de plus en plus accablants pour le président Marquet. Il est cependant vrai qu’il serait difficile de passer sous silence le fait que ce brave monsieur Marquet est le parrain du fils du maire malhonnête.

Devant des éléments aussi solides, une bonne partie des fans ne cache plus son hostilité envers un dirigeant qui met son club en danger, et c’est sous des sifflets nourris que se déroule la première mi-temps du match contre Sochaux, comme si les températures inhabituellement hautes pour la saison ne suffisaient pas à offrir une chaude ambiance.

Sifflets qui ont très vite redoublé, en effet, dès la première minute du match, les locaux concèdent un penalty pour une main trop baladeuse de José Sidibé, le défenseur central. Daniel Iwanicki ne pourra rien faire sur la frappe à ras du poteau qui suit, et la situation est déjà fort mal engagée.

Les sevranais se montrent volontaires et dominent globalement le jeu, mais Etienne Baron se montre particulièrement maladroit au moment de conclure, et le score est toujours en faveur de la formation du Doubs à la mi-temps. Le capitaine demande alors à quitter le terrain, ressentant une gêne à la cuise, et est remplacé par Stéphane Germain.

A l’heure de jeu, la réussite semble enfin sourire à l’équipe locale, sur un coup franc bien placé, Marc Verdier déposé le ballon sur la tête de Stéphane Germain qui égalise. Toutefois, la joie dans les tribunes reste très contenue, contexte oblige.

Et le public s’aperçoit bien vite qu’il a probablement bien fait de ne pas trop se réjouir, quand Sochaux repart à l’assaut, la défense semble avoir toutes les peines du monde à s’aligner, même Marc Verdier semble peiner à suivre ses adversaires, le coach, malgré son âge avancé, constate comme tout le monde en tribunes que l’équipe semble complètement carbonisée suite à sa débauche d’énergie de la première mi-temps et fait rentrer deux joueurs défensifs frais en espérant tenir le nul.

Malheureusement, les joueurs appelés en renfort rappellent vite au public leur vrai niveau, celui d’amateurs pour qui la montée était déjà un miracle, et nullement renforcée, la défense se retrouve surtout déstabilisée, laissant de grands espaces aux attaquants sochaliens malgré la prolifération de joueurs défensifs sur le terrain.

A la 72e minute, le sommet du ridicule est atteint lorsque deux défenseurs se percutent, laissant Gregory Gaubert, le buteur sochalien, aller remporter tranquillement son duel avec Daniel Iwanicki. A ce moment, à la débandade physique, s’ajoute un décrochage mental inquiétant, on ne sent aucun esprit de rébellion, au contraire, les mouvements de l’équipe se font de plus en plus mous.

Il n’est alors pas surprenant de voir la défense a nouveau débordée à la 76e minute sur un corner et encore à la 84e minute foudroyée par un une-deux parfaitement exécuté. La bronca du public se fait de plus en plus intense au fur et à mesure que la fin du match approche.

Lorsque l’arbitre siffle la fin des débats, la situation semble plus catastrophique que jamais, cette lourde défaite 4-1 renvoie le club dans la zone de relégation et la rupture entre le président et le public semble plus que consommée.

Dès le lendemain, le président prend la seule décision logique en décidant de demander à son vice-président, Boubacar Traoré, de préparer la vente du club dans les meilleurs délais, ne pouvant s’en charger lui même pour cause de calendrier judiciaire probablement très chargé pour lui.

Pour Boubacar, c’est une mission très difficile, il faut dire que le club n’a pas grand chose pour lui, l’effectif joue environ un niveau trop haut, la base de supporters reste très limitée, les infrastructures d’entrainement auraient besoin d’une bonne rénovation, le stade Alfred Nobel n’est pas franchement attrayant, et soyons honnêtes, Sevran n’est pas la ville qui a la meilleure réputation de France. Les deux seules forces du dossier semblent être la proximité de Paris et le fait que le prix soit bradé pour cause d’urgence, avantages qui paraissent tout de même assez légers.

Boubacar se lance alors à la traque du moindre argument alternatif pour que son dossier ne se réduise pas à un post-it et mène une inspection de toutes les structures du club, c’est cette inspection qui le mène le lendemain sur le terrain d’entrainement pour assister à la réception des jeunes lensois par l’équipe des moins de 19 ans.

A en croire le père de Valentino, qui ne manque jamais une occasion de suivre les exploits de son fils, jusque là les jeunes sevranais ont laissé une impression favorable, ne concédant la défaite que contre le PSG la semaine où une mystérieuse épidémie avait troublé l’équipe. Boubacar veut voir de ses propres yeux s’il y a quelque chose à tirer de ce groupe et s’installe pour assister au spectacle.

Cela commence fort, dès la première minute, Khalid se lance dans une superbe chevauchée, prenant trois joueurs lensois de court, et trouve Bruno parfaitement isolé sur le côté droit, le jeune portugais a alors tout son temps pour ajuster son centre en direction de Gabriel qui expédie le ballon en pleine lucarne.

Dans les minutes qui suivent, les impressions semblent se renforcer, alors que les lensois peinent à passer le milieu de terrain, les sevranais se lancent fréquemment à l’assaut des cages adverses, Louis passe d’ailleurs tout près de doubler la mise à la 14e minute après avoir enrhumé toute la défense adverse sur un sprint magnifique dont il a le secret.

A la 19e minute, c’est au tour de Valentino de se distinguer, sa frappe puissante des 40 mètres aurait peut-être mérité un meilleur sort que la transversale lensoise. Mais son équipe tirera bénéfice de coup de boutoir, les lensois s’éloignent un peu plus de leur but de peur d’essuyer un nouvel assaut de loin, offrant de beaux espaces à l’attaque sevranaise. Espaces dont Valentino profite d’ailleurs à la 32e minute lorsqu’il sert Gabriel parfaitement démarqué, celui-ci dribble alors le gardien avec son aisance habituelle et va inscrire le deuxième but du match dans une cage vide.

Gabriel, décidément en pleine forme, s’offre même le coup du chapeau parfait à la 41e minute lorsqu’il résiste aux assauts de deux défenseurs lensois et va conclure seul du pied gauche dans un angle pourtant difficile, le score est alors de 3-0 et on se demande ce qui pourrait déstabiliser les jeunes sevranais.

En début de deuxième mi-temps, les lensois tentent une tactique plus offensive pour tenter de faire douter les sevranais, malheureusement, l’attaquant remplaçant trouve rapidement Valentino et ses crampons de 18 millimètres sur son sillage, découvrant de façon fort douloureuse le jeu à la sevranaise.

Après un quart d’heure relativement tranquille, les sevranais se décident à porter l’estocade à des joueurs lensois qui semblent totalement vidés par cette rencontre. Soucieux d’en laisser un peu aux autres, Gabriel qui a une nouvelle fois fait tourner la tête de la défense adverse remet en retrait à Khalid qui inscrit le but du 4-0 à la 63e minute.

La dernière demi-heure prend des airs de supplice, les buts lensois semblent mitraillés toutes les minutes, que ce soit de près ou de loin, si le recul de la défense prive Louis de son principal moyen d’expression, ce qui pousse le coach à le remplacer. Il fait le bonheur des artificiers à longue distance, et Bruno aggrave la marque à la 78e minute d’un tir à près de 30 mètres.

Chose rare, même Dimitri a le droit de se joindre à la fête, il coupe la trajectoire d’un corner parfaitement dosé par Bruno pour achever les lensois à la 90e minute. Le score final est de 6-0, à la plus grande joie de la dizaine de spectateurs qui peuvent enfin se changer un peu d’idées après les multiples désillusions de l’équipe première.

Boubacar, quant à lui, n’a pas manqué une miette de ce spectacle aussi cruel que magnifique, et a déjà en tête son principal argument de vente, la qualité des équipes de jeunes, à défaut d’investisseur ça devrait au moins intéresser l’association des cougars enragées.

Il est toutefois heureux que Boubacar n’ait pas assisté à la célébration de victoire de cette brillante jeunesse, qui se sont livrés à une escapade en rollers à travers la ville dans le but de saccager toutes les affiches du Parti Pour la Liberté, formation d’extrême droite, largement honnie par la jeunesse locale. Il y eut d’ailleurs un vif débat entre les jeunes hommes pour décider qui de Bruno ou Louis dessinait les plus belles moustaches d’Hitler. Débat qui s’est terminé en bagarre (quelle bonne surprise).

Boubacar s’entoure alors de tout ce que la cité des cerisiers fleuris compte de jeunes doués en informatique pour réaliser un dossier mettant en avant la jeunesse locale, à cette occasion il souhaite interviewer certains jeunes talents qu’il a aperçus la veille sur le terrain.

Malheureusement pour lui, Bruno fuit dès qu’il voit Caroline dans le bureau de Boubacar, Gabriel passe le plus clair de son temps à draguer une jeune métisse plutôt qu’à répondre à ses questions, Louis n’est pas vraiment présentable après la baston de veille, Dimitri croit amusant d’insérer un coussin péteur sur le siège de Boubacar et Valentino croit bon de lui asséner un coup de boule pour le sanctionner de cette blague pourrie. Il faudra se contenter de l’imperturbable Khalid.

Boubacar s’active ensuite à faire passer la nouvelle dans tous ses contacts d’affaires, il comprend hélas bien vite qu’en France, le nom Sevran fait un peu peur. Craignant un nouveau scandale judciaire s’il venait à abuser de la naïveté d’une personne âgée en jouant sur la confusion entre la ville de Sevran et Pascal Sevran, il comprend vite que le salut viendra de l’étranger.

Sa première piste est Mohammad Bitar, un magnat des médias libanais. Le contact entre les deux hommes passe plutôt bien, mais hélas les négociations tournent court lorsque monsieur Bitar divulgue son intention de faire de Al-Manar, la chaîne de télévision du Hezbollah, le sponsor principal du club. Si Boubacar convient que les jeunes de la cité n’auront pas grand mal à accepter pareil sponsor, il sera un peu plus dur de faire avaler une telle nouvelle à la Ligue.

Boubacar noue ensuite des contacts avec un multimillionnaire texan, Ryan Devlin, les premiers contacts semblent prometteurs, même si Boubacar semble déboussolé par quelques questions comme celles portant sur le niveau de son quarterback. Mais hélas, le prétendant se retirera vite des négociations après avoir vu sur Fox News que Sevran était une “no-go zone”.

Un fonds d’investissement de Bahreïn se manifeste alors, dans la volonté affichée de marcher sur les plate-bandes du Qatar et du PSG, particulièrement généreux, le fonds se propose même de racheter plusieurs terrains autour du stade pour offrir une vraie mosquée à la ville et créer un centre commercial à proximité du stade. Cependant, Boubacar rompt de lui-même les négociations lorsque les bahreïnis évoquent la possibilité d’interdire l’alcool dans les zones rachetées, on ne touche pas à sa bibine.

La candidature de David Cohen, riche banquier de Tel-Aviv connaitra le même sort, Boubacar ayant peur de déclencher des émeutes encore plus violentes que celles de 2005, de même que celle d’une riche suédoise qui voulait changer les maillots du club en rose au prétexte que “notre club, ce n’est pas tarlouze-land” ou encore que celle du propriétaire allemand du magazine “Frappe-moi avec une fourche”, sponsor pas véritablement adapté au football convenons-en.

Alors que Boubacar remue ciel et terre pour trouver un nouveau propriétaire au club, contactant même le président de la Corée du Nord au passage, c’est dans la ville de Sapporo, au Japon que pourrait bien se jouer l’avenir du club.

Ce jour là, Shigeru Miyazaki, le richissime propriétaire de l’entreprise Akabura, mondialement reconnue pour ses composants informatiques de grande qualité, et principal employeur de l’ile d’Hokkaidō, découvre un rapport établi par Yuji Nozaki, un de ses principaux conseillers.

Cela ne fait pas de grand mystère dans la région que monsieur Miyazaki a une certaine envie de s’expatrier, à la fois lassé par les catastrophes naturelles et par le tournant nauséabond que prend la politique japonaise actuelle. Mais sa démarche s’inscrit aussi dans la volonté de découvrir d’autres cultures et de faire en sorte que sa fille en fasse de même, il a un peu peur qu’elle ait été surprotégée dans les écoles privées haut de gamme dans lesquelles elle a passé toute son enfance.

Il a fait le choix d’acquérir un club de football à l’étranger pour prendre racine ailleurs, il est lui-même un fervent amateur de ballon rond et n’a pas manqué d’inscrire sa fille au club local dès le plus jeune âge, sa seule forme de socialisation hors des écoles privées. Le rapport rédigé par son conseiller vise à le renseigner sur plusieurs pistes pour s’implanter en Europe, de préférence à proximité de grandes villes.

La fiche de l’AS Sevran l’attire rapidement. Le prix est plus qu’abordable pour un club de deuxième division, la proximité de Paris n’est pas pour lui déplaire, et un projet axé sur les jeunes locaux a tendance à le séduire.

Monsieur Miyazaki discute alors longuement de cette piste avec Yuji qui ne manque pas de lui dire que c’est également son projet préféré et qu’au fond, Sevran c’est presque comme Paris…
4 J'aimes

Bien bien. Les phrases sur les repreneurs m ont fait sourire bien commifaut, on rentre dans le vif du sujet c est sympa et plutôt bien emmené !

1 J'aime

Chapitre 4
A la manière d’un village Potemkine

Samedi 13 décembre 2014

Hier, l’AS Sevran a perdu une nouvelle fois, 1-0 à Valenciennes, encore une fois malgré une superbe prestation de son portier polonais, confortant sa solide place d’avant-dernier au classement. Mais fort heureusement pour les coéquipiers d’Etienne Baron, cela n’intéresse pas grand monde en ville en ce samedi matin.

En effet, c’est ce samedi que monsieur Miyazaki arrive en France pour visiter les infrastructures du club, discuter avec les principaux acteurs de celui-ci, se trouver une résidence à proximité et moult autres préparatifs à sa possible arrivée. S’il est satisfait au terme de sa semaine de séjour, le rachat du club sera signé dans moins d’un mois, les avocats des deux parties ayant déjà travaillé aux principaux aspects de l’accord de cession du club.

Inutile de préciser que Boubacar a mis les petits plats dans les grands pour cette visite avec l’aimable coopération du maire de la ville, soucieux de se débarrasser de l’encombrant président Marquet et du député de la circonscription, qui a vite vu de belles opportunités de développement économique en voyant le classement de monsieur Miyazaki parmi les plus grandes fortunes de la planète.

Pour commencer, le député a fait jouer ses relations avec le gouvernement pour dire aux douaniers de ne pas commettre d’impair. En effet, il serait du plus mauvais goût que ceux-ci croient qu’il y a 300 grammes de cocaïne cachés dans le derrière de la peluche Hello Kitty de la fille de ce prestigieux visiteur. Un visiteur traumatisé est un visiteur qui n’a pas envie d’acheter.

Ensuite, sachant que contrairement à de nombreux joueurs qui adorent l’effet cheveux mouillés, une bonne partie des japonais semblent composés à 25 % de sucre, Boubacar a fait dépêcher plusieurs de ses hommes de main à l’aéroport avec des parapluies haute performance pour que monsieur Miyazaki et son entourage restent encore plus secs qu’une journée dans le désert.

Il faut également que monsieur Miyazaki ne soit pas trop déboussolé dans ses clichés concernant l’élégance des français, ainsi tout le monde au club a mis ses plus beaux habits, joueurs inclus, il a tout de même fallu un peu de coaching pour certains. Par exemple il a fallu convaincre Gabriel et Khalid que si la djellaba a son charme, il y a peu de chances que nos amis japonais la cernent comme un accessoire de haute esthétisme.

Pour appâter le client, Boubacar a également investi en tenues un peu plus aguichantes pour les jeunes femmes qui s’y prêtent le mieux, le club étant également doté d’une équipe féminine qui est dans une situation encore plus désespérante que l’équipe masculine. La transformation de Caroline, qui s’est récemment inscrite dans l’espoir d’attirer l’attention de Bruno, à l’aide d’un soutien-gorge rembourré et du remplacement de ses lunettes par des lentilles a un tel succès que même celui-ci ne l’a pas reconnue.

La sécurité est bien entendu une préoccupation majeure du club durant ce séjour. La police municipale s’étant encore ridiculisée en ne pouvant rien faire il y a quelques jours lors d’un affrontement entre militants d’Alternative Antifasciste et colleurs d’affiche du Parti Pour la Liberté pour une sombre question d’affichage électoral, affrontement qui s’est d’ailleurs soldé sur une victoire d’Alternative Antifasciste par KO.

Boubacar a alors eu l’excellente idée de proposer un petit complément de revenu à des militaires en permission pour assurer la sécurité de son prestigieux visiteur, gageons que ça fera plus viril que l’agent René Deblanchard et son légendaire embonpoint, victime régulière des taquineries des jeunes de la cité.

Pour finir, Boubacar a eu le bon sens de programmer la venue de son prestigieux visiteur pour la 14e journée du championnat des moins de 19 ans avec un affrontement contre Orléans. Ainsi il a bon espoir que la bande à Gabriel livre une grande démonstration de force sous les yeux de son acheteur.

Le plan est clair, masquer les aspects les moins reluisants de la vie à Sevran à ses visiteurs, à la manière d’un village Potemkine. Si le syndrome de Paris peut causer des hallucinations et des vertiges à certains touristes japonais, on n’ose imaginer l’effet qu’une visite à Sevran non filtrée pourrait causer à la famille Miyazaki.

En début d’après-midi, un avion en provenance de Tokyo se pose à l’aéroport de Roissy, monsieur Miyazaki en sort, accompagné de son conseiller Yuji et de sa fille Kasumi. Le plan démarre bien, les douaniers, soucieux de ne pas froisser leur hiérarchie, ne causant aucun souci à la famille et se montrent par ailleurs fort courtois.

Yuji ne manque pas d’ailleurs pas de remarquer que les autorités françaises sont bien plus civilisées que leurs homologues américaines. En effet, lors d’une visite à New York il y a deux ans, Kasumi avait été traumatisée par le comportement des agents de TSA, une grosse femme avait tourné les piqûres de moustiques qui lui font office de seins dans tous les sens, ignorant froidement ses cris de douleur. Suite à cet incident, elle n’a plus repris l’avion jusqu’à ce jour et son père, quelque peu rancunier, avait annulé des négociations pourtant longues de six mois avec un grand groupe américain.

C’est un premier succès pour le comité d’accueil, qui continue sur sa bonne lancée, dès la sortie de l’aéroport, un groupe d’hommes vient protéger le trio de la forte pluie qui s’abat sur la région parisienne avec des parapluies fort robustes, chose fortement appréciée par Kasumi qui est particulièrement délicate.

Le trio est alors conduit vers des Mercedes de couleur verte, en référence aux couleurs du club. Si monsieur Miyazaki n’est pas un fervent adepte de ce coloris, force est de constater que tout le reste montre pour lui un grand professionnalisme de la part du personnel de l’AS Sevran, chose qui le surprend favorablement venant d’un club à faibles moyens.

Une fois au stade Alfred Nobel, la journée de rêve se poursuit pour Boubacar et ses invités, les joueurs et le personnel sont tous très élégamment vêtus et saluent cordialement les visiteurs. Yuji tombe rapidement sous le charme de Sabrina, la grande soeur de Khalid, alors que de façon plus sérieuse monsieur Miyazaki a la chance de pouvoir discuter avec Marc, dont l’anglais est impeccable, des avantages du 3-5-2.

C’est un Boubacar triomphant qui conduit le clan Miyazaki dans un hôtel parisien réputé en fin de journée, son plan a parfaitement fonctionné, il n’a plus besoin que d’une belle prestation de l’équipe de jeunes le lendemain pour que l’affaire soit dans le sac.

Le lendemain, la pluie est toujours au rendez-vous pour la confrontation entre les jeunes sevranais et leurs homologues d’Orléans. Par conséquent, les tribunes sont désertées par tous, à l’exception du trio japonais, d’une délégation de cadres du club et du professeur d’anglais du lycée Robespierre pour aider les jeunes si monsieur Miyazaki venait à leur adresser la parole.

Conscients de l’enjeu, les jeunes sont remontés à bloc, même si Gabriel aurait préféré que l’offre suédoise soit retenue après être tombé sur une photo des deux filles de la repreneuse potentielle, qui soyons honnêtes, ont en effet une poitrine un brin mieux fournie que celle de Kasumi. Tous sont conscients que le rachat du club par une grande fortune serait une belle opportunité de maintenir le centre de formation à flot pour les années suivantes, et donc potentiellement pour leurs petits frères et ceux de leurs amis de la cité.

Et cet éclat se retrouve sur le terrain, si la technique de Bruno et Khalid est contrariée par la pluie, la puissance physique de Valentino peut en revanche pleinement s’épanouir, l’attaque orléanaise est totalement privée de ballons, en grande partie grâce à la démonstration de force du milieu défensif. Chose qui aide les joueurs offensifs à jouer sans complexes, et après 22 minutes de jeu, un une-deux parfaitement exécuté entre Louis et Gabriel permet au premier cité d’ouvrir le score.

Par la suite, l’équipe se montre moins virevoltante que dans d’autres matchs, l’effort physique requis étant important, les stars de l’effectif en gardent sous le pied pour la deuxième mi-temps. On se concentre alors sur les frappes de loin, Valentino est assez malchanceux, son tir limpide de 35 mètres s’écrasant contre le poteau gauche orléanais, c’est la cinquième fois en 14 matchs qu’il touche du bois sur des frappes longues, de quoi être légèrement nerveux.

Sur l’action suivante, Valentino passe ses nerfs sur un milieu de terrain orléanais en lui assénant mesquinement un coup de coude alors que les arbitres avaient le dos tourné. Alors que le jeu change de sens suite à un arrêt du gardien sevranais, le capitaine orléanais cherche à venger son coéquipier et se livre à un geste d’humeur malheureux en poussant brutalement Valentino, qui voyant que l’arbitre s’est retourné, se roule par terre au lieu de répliquer.

N’ayant vu que la fin de l’action et ayant reçu des consignes de sévérité, l’arbitre sort immédiatement le carton rouge contre le capitaine orléanais, à la plus grande fureur de son équipe. En tribunes, Boubacar craint que ce type d’incident ait quelque peu refroidi son convive, connaissant le manque de vice fréquent des joueurs japonais et a secrètement envie d’aller coller une bonne baffe à son jeune milieu défensif.

Ses inquiétudes sont heureusement infondées, en homme d’affaires qui se respecte, monsieur Miyazaki a franchement apprécié le pragmatisme froid de son éventuel futur employé, et est de plus en plus agréablement surpris par le professionnalisme émergent de cette structure encore fortement amateure.

La mi-temps arrive bien vite, le score est toujours de 1-0, mais les sevranais sont en supériorité numérique et ont bien ménagé leurs forces, il y a donc une certaine confiance qui règne en tribunes pour une rapide aggravation de la marque. Confiance qui se retrouve également dans les vestiaires où les joueurs plaisantent sur la manière dont leurs rivaux semblent essoufflés alors qu’eux sont aussi frais qu’une journée ordinaire à Sapporo.

Pourtant à la 47e minute, c’est Orléans qui réalise le hold-up, obtenant leur premier coup franc bien placé du match, ils bénéficient d’une glissade du gardien pour marquer un but chanceux. La colère des joueurs sevranais sera encore plus glaciale que la pluie qui s’abat continuellement sur le terrain.

Sur le coup d’envoi, Gabriel réalise un slalom fabuleux et tout en puissance à travers une défense orléanaise pétrifiée, il n’a qu’à remettre tranquillement en retrait pour que Bruno redonne instantanément l’avantage aux siens. En marquant ce but, les orléanais n’ont pas cassé le moral de leurs rivaux, au contraire, ils leur ont donné le coup de fouet qui leur manquait, une attitude qui ne manquera pas de combler monsieur Miyazaki.

En effet, la suite du match sera une véritable démonstration de puissance de la part de la jeune garde sevranaise, tout d’abord sur une longue ouverture de Valentino pour Khalid à travers une défense bien trop lente à la 51e minute pour le troisième but. Puis sur une percée supersonique de Louis qui pousse les orléanais à la faute dans la surface peu avant l’heure de jeu, Gabriel ne manquera pas d’exécuter la sentence avec son sang-froid habituel.

Le spectacle est loin d’être fini, c’est ensuite Valentino qui se distingue en expédiant enfin une frappe puissante de 25 mètres dans la lucarne orélanaise. Boubacar est d’ailleurs particulièrement heureux de ce but, l’ensemble du fabuleux quintet sevranais, son principal argument commercial, a marqué sur ce match alors qu’il reste encore plus de 20 minutes.

Valentino, déchaîné sous la pluie, s’offre ensuite sa deuxième passe décisive du match en adressant un centre bien ajusté sur le grand gabarit de Khalid qui expédie tranquillement le ballon au fond des filets. Avec un score de 6-1 à un quart d’heure de la fin, le coach ne prend pas de risques inutiles, Louis, Gabriel et Khalid sont envoyés sur le banc pour éviter une blessure.

Qu’à cela ne tienne, Bruno et Valentino peuvent également assurer le spectacle seuls face à une équipe orléanaise à l’agonie, le portugais s’offre d’abord le doublé sur une jolie inspiration à l’entrée de la surface de réparation à la 81e minute. Cinq minutes plus tard, son coéquipier y va aussi de son doublé après avoir percé la défense adverse de toute sa puissance, trois orléanais finissent d’ailleurs au sol après avoir tenté de lui subtiliser le ballon, avant de conclure seul, une fois n’est pas coutume.

C’est donc sur le très imposant score de 8-1 que se termine ce match sous les yeux d’un monsieur Miyazaki forcément impressionné, même s’il faut reconnaitre que l’opposition n’était pas véritablement la plus forte rencontrée par cette prometteuse équipe. Boubacar boit du petit lait, son plan fonctionne à la perfection, c’est un Sevran totalement éloigné de la triste réalité qui s’offre au regard de l’acquéreur.

Le milliardaire japonais ne fait d’ailleurs pas de mystère de son admiration envers cette équipe de jeunes prodiges du ballon, et annonce qu’il serait ravi de passer un journée avec eux pour mieux découvrir l’état d’esprit des futurs tauliers de son équipe, après tout il est là pour ça, ce n’est pas l’équipe première qui contient deux joueurs corrects dont un en prêt qui l’a fait venir ici.

Légitimement, Boubacar est fortement embarrassé, si ses contacts peuvent dire aux douaniers de mettre de côté le zèle, s’il a les moyens de lever une armée de parapluies, s’il est capable de trouver un service de sécurité en béton, s’il a le goût pour veiller au respect de l’esthétique par les siens, s’il a l’audace de jouer la carte de la séduction en pleine cité, s’il a le sens de l’anticipation pour proposer un match splendide à son riche partenaire d’affaires, trouver un moyen de calmer cette bande de nerveux pendant une journée semble être une mission impossible.

Quoi qu’il en soit, Boubacar n’est pas en position de refuser, et monsieur Miyazaki aura donc le privilège de passer la journée de mercredi avec l’élite de la jeunesse sevranaise. Fidèle à son tempérament, Boubacar ne dépose pas les armes et discute immédiatement avec le père de Louis, le meilleur relais avec la jeunesse locale, pour trouver le meilleur guide possible pour ses invités.

Il est vite déterminé qu’un des cinq as serait le choix le plus légitime aux yeux de monsieur Miyazaki, malheureusement ils ont tous leurs problèmes. Khalid a 4 de moyenne en anglais, chose qui rendrait la discussion quelque peu périlleuse, Louis a un tempérament qui ne collerait pas du tout avec le formalisme imposé dans une telle rencontre, Bruno est du genre à vite péter les plombs, chose qui pourrait vite créer un incident des plus embarrassants, Gabriel est si pieux qu’il pourrait laisser tout en plan à l’heure de la prière et Valentino n’a jamais caché ses sympathies pour les idées d’extrême gauche, la rencontre avec un grand patron ne serait pas franchement une sinécure.

Après très mure réflexion, Boubacar pense que le plus sage reste de tenter de raisonner Valentino, le bien-être de ses amis vaut bien un petit sacrifice idéologique, et monsieur Miyzaki ne doit pas avoir un si mauvais fond. Mais on ne va pas cacher que Boubacar est quelque peu pessimiste, compter sur un gamin de 16 ans, qui plus est communiste, pour vendre un club pourri dans une ville à la réputation sulfureuse à un milliardaire japonais, ce n’est pas donné à tout le monde.
3 J'aimes

Chapitre 5
Probablement rien en commun

Dimanche 14 décembre 2014

Loin de l’agitation qui traverse le cerveau des pontes du club, l’équipe des moins de 19 ans célèbre sobrement son triomphe en s’adonnant à une partie de FIFA-piment dans la salle vidéo. Le principe de ce jeu est très simple, un but encaissé, c’est un piment thaï hot à avaler.

L’entraineur a vivement encouragé une telle pratique, y voyant un progrès par rapport à l’ancienne coutume barbare qui consistait à frapper le plus mauvais joueur du match ou encore par rapport aux multiples provocations envers la police locale qui avaient encore cours il y a quelques semaines. Le staff a bon espoir de voir une moyenne inférieure à deux hospitalisés par victoire en deuxième partie de saison, la professionnalisation est en marche.

Alors que Valentino s’apprêtait à faire avaler un piment à Dimitri, le farceur du groupe est sauvé par l’arrivée du père de Louis dans la pièce qui demande à discuter en privé avec Valentino. Celui-ci rejoint de bon cœur son bienfaiteur et les deux hommes s’éloignent de la salle vidéo pour tenir une longue conversation.

Vu l’ampleur de la tâche que Boubacar confie à Valentino, il avait estimé qu’il valait mieux que la requête provienne du père de Louis, pour bien lui faire comprendre que la mission qui lui est confiée porte les espoirs de développement de toute une ville et pas seulement ceux de l’équipe, espérant ainsi rendre son petit sacrifice idéologique plus supportable et valorisant.

Si Valentino n’a pas grand mal à accepter le principe de faire des concessions pour le bien-être de ses amis, il reste un problème majeur, même s’il est plus capable d’arrondir les angles qu’un Bruno, son attitude n’est pas franchement la plus compatible avec la rencontre d’un milliardaire, et surtout qu’aura t-il à lui dire pendant toute une journée ? Les deux hommes n’ont probablement rien en commun si l’on exclut l’amour pour le football, et on peut légitimement douter que monsieur Miyazaki ait envie de parler de football pendant des heures.

La solution semble se dégager lors du repas du soir entre les jeunes espoirs sevranais, récompensés par leur coach qui leur accorde le droit de se restaurer à la pizzeria du coin vu leur sompteusue prestation de l’après-midi. Khalid suggère à Valentino d’utiliser internet pour en savoir plus sur ce milliardaire japonais, si cet homme aime autant le football, il pourrait avoir quelques centres d’intérêt peu orthodoxes vis à vis de son rang.

Une fois rentré dans sa chambre du centre de formation, Valentino se lance dans une nuit de recherches sur internet pour en savoir un maximum sur son futur interlocuteur. Il est vite rejoint derrière l’écran par Gabriel qui ne pouvait décemment pas laisser un ami seul, puis par Louis qui est toujours de bon conseil pour mettre les gens à l’aise, Khalid étant excusé de par son piètre niveau d’anglais.

Au moment où Gabriel décide de célébrer la victoire en entamant une bouteille de whisky, Valentino découvre une première facette surprenante de la personnalité de monsieur Miyazaki en découvrant le fait qu’il avait rompu des négociations avec un groupe américain suite aux mauvais traitements infligées à sa fille par les douanes locales. Un homme qui fait passer l’honneur familial avant les affaires ne peut être si mauvais.

A 2 heures du matin, alors que l’on entend les ronflements de Bruno, totalement épuisé, dans la chambre d’à côté et que Gabriel est scotché à son portable. Valentino lit une interview de monsieur Miyazaki exposant son désarroi devant la situation politique de son pays, devenue une véritable course au nationalisme le plus malsain, une rhétorique qui sonne doux aux oreilles de ce farouche opposant au Parti pour la Liberté.

Dans la même interview, le milliardaire évoqué ses investissements hors de sa marque phare Akabura. Louis et Valentino ont vite l’idée de regarder la liste des sociétés dont il est actionnaire, peut-être y a t-il quelque chose en rapport avec un sujet de discussion plus intéressant.

La liste est interminable, les yeux de Louis commencent le torturer, mais après un bon quart d’heure de lecture, Valentino semble se figer devant l’écran comme s’il avait vu Nicolas Montini réussir une sortie décisive. Il vient de découvrir que monsieur Miyazaki est le propriétaire d’une société nommée Hard On Offer.

Valentino demande alors à Gabriel et Louis s’ils se souviennent du film pornographique qui avait provoqué la bagarre dans la salle vidéo. Le film en question est produit par Hard On Offer, comme approximativement la moitié des vidéos présentes sur le fameux disque dur de Valentino. Celui-ci, en cinéphile averti, explique à ses coéquipiers que cette société est le leader incontesté de la pornographie au Japon.

Hard On Offer est en effet un producteur réputé pour son audace prononcée, si les situations cocasses de certains films sont particulièrement prisées par Valentino, les vidéos de simulation de viol ou d’inceste ont également une réputation toute particulière dans le milieu. Au terme de cet exposé, Gabriel a envie de vomir, mais il ne sait pas si c’est lié à l’exposé lui-même ou aux fortes quantités d’alcool ingérées après le repas.

Quoi qu’il en soit, le trio se rend compte qu’un changement radical de stratégie s’impose, ce n’est pas monsieur Miyazaki qu’il faut préserver, vu son passif, il est probable qu’il ne soit pas choqué par grand chose, mais sa fille. Les jeunes héros de l’AS Sevran passent alors le reste de la nuit à réfléchir à une liste d’impairs à ne surtout pas commettre envers la jeune fille, la clé de l’avenir de la ville est plus que jamais dans leurs mains.

Le lendemain, Louis se charge de communiquer le plan aux jeunes de la cité, il ne veut surtout pas de scandale concernant l’attitude de la population locale vis à vis de Kasumi Miyazaki. Valentino, de son côté, ajoute qu’il se chargera personnellement de crever les yeux de celui qui oserait dire à la jeune fille “Wesh wesh, mademoiselle, tu me suces ?”, la marque de romantisme de mise dans la cité n’étant pas véritablement la même que celle existante au Japon.

A fortiori, celui qui tenterait de mettre la main aux fesses de la jeune demoiselle recevra une vingtaine de coups de barre de fer en pleine tête. La sanction envers celui qui lui proposerait de la drogue n’a pas été divulguée, mais on peut supposer qu’on ne devrait pas être loin d’un écartèlement en place publique. Il faut bien montrer à la face du monde que cette cité est un lieu civilisé.

Le mercredi, la cité est donc fin prête à recevoir son prestigieux visiteur. Pour l’occasion, les jeunes footballeurs ont pu s’absenter du lycée Robespierre avec la bénédiction du responsable de la formation, n’oublions pas qu’il faut avoir le sens des priorités dans la vie.

C’est donc au grand complet que l’équipe des moins de 19 ans salue monsieur Miyzaki et sa fille. Alors que cette dernière ne parvient pas à comprendre comment des gens peuvent vivre dans des tours en si mauvais état, son père va à l’essentiel et discute avec Valentino du niveau de l’équipe première.

Il ne faut pas le cacher, il est difficile de sur-vendre cette équipe de bras cassés à qui que ce soit, d’autant plus que pas mal de monde dans l’équipe de jeune est intimement persuadé d’être capable de faire mieux et que si le coach n’était pas un vieux débris, ils l’auraient déjà démontré à la France entière.

Valentino adopte donc l’approche traditionnelle de tout supporter qui se respecte en mettant tous les maux du monde sur les épaules de l’entraineur de l’équipe première, celui ci est d’abord décrit comme incapable de faire confiance aux jeunes, puis comme extrêmement frileux tactiquement, comme aussi passif qu’une grande folle dans une partouze et ne devant son salut qu’au corporatisme régnant entre les entraineurs français et le journal sportif de référence.

Le sort de ce pauvre Bertrand Tison étant scellé, Valentino essaie d’enchainer sur une note de positivité en dressant les louanges de Marc Verdier, mais il est souvent obligé de demander un peu d’aide à Khalid pour en dire du bien. En effet, à titre personnel, Valentino n’est pas vraiment impressionné par la star de l’équipe, estimant que celui-ci a le physique d’un mollusque et qu’il est bien trop conservateur dans ses choix de jeu, mais il faut savoir déformer la vérité pour aider ses amis.

Alors que monsieur Miyazaki prend bonne note des diverses remarques faites sur l’effectif de l’équipe première, sa fille lui fait savoir qu’elle a un peu faim. En bon papa attentionné, monsieur Miyazaki demande alors à Valentino de lui indiquer le meilleur restaurant de la ville. Après de longues hésitations et une concertation avec ses amis, Valentino demande à son prestigieux interlocuteur s’il a quelque chose contre la gastronomie turque.

C’est donc au kebab “Chez Abdullah” que la fine équipe se retrouve, alors que la pauvre Kasumi a envie de se planquer dans un coin de ce lieu qui, il faut le reconnaitre, n’a pas grand chose avec le genre de restaurant qu’elle fréquente habituellement, Gabriel se charge de passer les commandes avec sa forte voix si distinctive.

Comprenant qu’il faut un peu distraire Kasumi, qui ne semble vraiment pas à l’aise, afin de ne pas laisser filer le marché, les jeunes se disent qu’un peu de musique ne lui ferait pas de mal. Ils convient alors un de leurs amis non-footballeur, MC 20 centimes, de son vrai prénom Vincent, un jeune malgache installé récemment dans la cité qui rêve de percer dans le rap, à lui interpréter ses meilleurs morceaux.

Alors que Vincent est déchainé et que Bruno commence à se demander s’il n’a pas fait une boulette en le recommandant à Gabriel et Valentino, ses beuglements sont interrompus par la table d’en face. Un des occupants lui reprochant vivement de faire du rap à dix centimes, outré, Vincent lui fait rappeler que son pseudo est MC 20 centimes.

Alors que l’on aurait pu croire que ce brillant argument ferait terminer la dispute, l’audacieux lui dit que ce n’est pas très joli de copier de vrais artistes comme 40 cent. Fou de rage, Vincent s’exclame “C’est 50 cent, connard !” et une bagarre éclate entre les deux hommes. Certains jeunes joueurs auraient bien aimé s’y joindre, mais les consignes de Louis et Valentino ont été formelles.

Abdullah, le patron de l’établissement, va alors intervenir, saisissant les deux insolents et les éjectant de son restaurant avec un bon coup de pied sur le postérieur. Le serveur amène alors les kebabs au groupe, l’objectif est accompli, Kasumi n’aura pas vraiment eu le temps de s’ennuyer avant le repas.

A table, les styles sont différents, alors que Bruno est sur la retenue, craignant pour son poids de forme, que Valentino et Khalid se comportent comme des goinfres, que Louis met des plombes à manger comme le temps entre deux de ses blagues est limité et que monsieur Miyazaki mange avec délicatesse le plat turc, les véritables difficultés se posent lorsque Kasumi tente de manger le kebab avec une fourchette et un couteau.

Fort heureusement, Valentino comprend vite le problème et offre à la jeune fille une paire de baguettes piquées au restaurant chinois du quartier, chose qui lui offre naturellement une bien plus grande aisance à profiter du délice turc qui s’offre à elle. Dans le même temps Gabriel se dit qu’il devrait peut être réduire sa consommation de cannabis comme il a vraiment beaucoup d’hallucinations ces derniers temps.

A la fin du repas, monsieur Miyazaki décide de visiter le lycée Robespierre pour s’enquérir de la qualité de la formation reçue par les jeunes. Il ne peut que constater les lourdes difficultés de l’établissement, le matériel de la salle informatique datant de Mathusalem, il serait difficile de cacher la vérité au fondateur d’Akabura.

Au cours de cette visite, il s’entretient à nouveau avec Valentino, s’attachant ce coup-ci à la population de la cité en elle-même, souhaitant démêler le vrai du faux concernant les rumeurs selon lesquelles la population locale serait quelque peu hostile à la police. Valentino, de son plus bel air indigné, s’insurge de pareilles rumeurs et affirme que les relations des jeunes avec la police sont très bonnes, une partie de pétanque ayant même été organisée en début de semaine dernière.

Alors que Khalid demande discrètement à Valentino de quelle partie il parle, celui-ci évoque la fois où Rachid, l’occupant d’un des studios du onzième étage avait lancé une boule de pétanque en direction de l’agent René Deblanchard, ne manquant pas de préciser que c’est de la pétanque, Rachid ayant visé le cochonnet.

Au terme de la conversation, monsieur Miyazaki s’interroge sur la situation sociale dans la cité. Lancé sur un tel sujet, le naturel de Valentino revient au galop, il évoque pêle-mêle, la pauvreté des habitants, l’insalubrité des logements, l’influence néfaste des dealers, la rhétorique malsaine du Parti pour la Liberté, la démission des responsables politiques et la problématique des discriminations à l’embauche.

Gabriel est atterré par la publicité particulièrement corsée que vient d’offrir Valentino à l’équipe et à l’ensemble de la cité, alors que monsieur Miyzaki essaie de traduire à sa fille tout ce qui vient d’être dit. Même sans comprendre le japonais, on peut déduire de ses réactions qu’elle ne pensait probablement pas qu’il soit possible que des choses pareilles existent encore dans un pays comme la France, abreuvée de clichés un peu trop flatteurs par les créateurs de son pays.

Monsieur Miyazaki s’adresse une dernière fois à l’équipe et leur dit que sa fille estime qu’il est terrible que de pareilles choses arrivent à des gens aussi gentils qui les ont si bien accueillis et qu’elle a vraiment envie de les aider. Il estime que ceci est une bonne chose étant donné que la possibilité de laisser une marque encore plus profonde qu’une équipe de football est potentiellement le challenge le plus excitant de toute sa carrière, en plus d’être quelque chose qui pourrait donner à l’équipe et à lui-même une image commerciale unique.

Le père et la fille étant sur la même longueur d’ondes, le sort est jeté, bientôt l’AS Sevran changera de propriétaire. Les jeunes, d’abord persuadés que Valentino avait fait une erreur majeure en laissant parler son instinct plutôt qu’en se livrant à une réponse formatée, n’en croient pas leurs oreilles et mettent plusieurs minutes avant de vraiment comprendre ce qu’il s’est passé. Là aussi le sort en est jeté, soirée FIFA-piment pour tout le monde, et le lycée Robespierre recevra un joli paquet de certificats médicaux demain matin, mais ce coup-ci personne ne s’en plaindra.

La fin de semaine est mise à profit par les Miyazaki pour rechercher un appartement dans les quartiers les plus aisés de Paris, aider les pauvres, ça passe encore, mais aller vivre avec eux, il ne faut pas exagérer, monsieur Miyazaki est peut-être un bobo gauchiste comme le diraient si distinctement nos amis du Parti pour la Liberté, mais en aucun cas un idiot intégral.

Ils ne manqueront cependant pas d’assister au match de football du vendredi soir où les locaux opposent une formidable résistance au leader dijonnais, bien que menés tôt dans la partie, ils prennent le jeu à leur compte et sont récompensés à la dernière minute lorsque Marc Verdier est fauché dans la surface après une belle percée.

Étienne Baron ne manque pas l’occasion de transformer le pénalty et c’est sur ce match nul très positif que s’achève la venue de monsieur Miyazaki. Celui-ci informe Boubacar qu’il va passer les fêtes avec ses proches au Japon et que le rachat formel interviendra début janvier. Le public ne sait pas qu’il ne célèbre pas seulement cette démonstration de force de caractère de ses protégés mais aussi la fin de l’ère Marquet.

Le lendemain, alors que l’avion transportant les Miyazaki s’éloigne de la France, Bruno fait remarquer à ses coéquipiers que quelque chose lui manque depuis une semaine, et très vite tous les jeunes en arrivent à la même conclusion, c’est donc dans une joie particulièrement communicative que débute une bien belle bagarre collective.
3 J'aimes

Chapitre 6
Le nouveau père Noël de Sevran

Lundi 5 janvier 2015

Passée l’euphorie des fêtes, c’est la rentrée pour tout le monde. C’est bien sûr la rentrée au lycée Robespierre où tout semble se dérouler comme à l’accoutumée, durant le cours soporifique de madame Léjeaut, la professeure de philosophie. Caroline tente de faire passer des mots à Bruno qui n’en a rien à foutre comme à son habitude. Louis dort en classe, fatigué de ses prouesses de la veille et Khalid se dit qu’il aurait mieux fait de commander un faux certificat médical.

Gabriel est le seul heureux de cette rentrée puisqu’il n’a pas eu de mal à charmer Thana, ce qui constitue son vingtième succès de suite, les temps ont changé depuis le râteau infligé par Linda en fin de seconde. Au milieu de ce vacarme, madame Léjeaut tente de communiquer à ses élèves une bibliographie au moins aussi longue que l’engin de Rocco Siffredi, mais elle est interrompue par une dispute entre Bruno et Charles, l’intellectuel de la classe, au prétexte que ce dernier aurait l’étrange lubie de vouloir écouter le cours. Dispute qui se conclura par une victoire de Bruno par KO et une interruption de cours devant une foule en liesse.

Au stade Alfred Nobel, l’ambiance est nettement moins bon enfant, peu après l’entrainement du matin, une conférence de presse est organisée par le club. Persuadés de devoir entendre à nouveau les élucubrations du vieux Tison qui tente de faire croire à tout le monde que les difficultés de l’équipe sont liées au mauvais état du terrain d’entrainement, plusieurs journalistes ont boycotté l’évènement, et on peut dire que les absents ont toujours tort.

A la surprise des journalistes, ce n’est pas le vieil entraineur qui apparait devant leurs yeux, mais Boubacar Traoré entouré de quatre individus dont trois japonais, qui pour une fois, semblent là pour faire autre chose que prendre des photos. Boubacar annonce à une assistance médusée que la revente du club a été signée il y a environ une demi-heure et présente à l’assistance les personnes l’accompagnant.

A tout seigneur tout honneur, Shigeru Miyazaki est présenté le premier, le patron d’Akabura est le nouveau propriétaire du club, à la surprise de beaucoup. Il faut dire qu’imaginer qu’un homme dont la fortune est évaluée à plus de vingt milliards d’euros, ne fait pas franchement immédiatement penser au genre de personne qui pourrait reprendre l’AS Sevran et ses infrastructures miteuses, et c’est d’ailleurs pour les éviter un maximum qu’il délègue la gestion du club à d’autres.

Son fidèle conseiller Yuji Nozaki, quant à lui, devient le président du club. C’est donc lui qui aura l’immense honneur de faire toutes les annonces relatives aux changements que va subir le club et qui aura donc le bonheur de faire savoir à la moitié de l’effectif qu’ils sont virés, la seule différence avec le monde de l’entreprise étant qu’il faudra embaucher encore plus de monde.

Le poste de vice-président, c’est à dire le plus gros planqué du club, revient à un associé de longue date de monsieur Miyazaki, Katsuro Tanaka, son but sera principalement de faire de la lèche à d’autres entreprises plus ou moins partenaires avec Akabura afin de contourner plus facilement le fair-play financier à l’avenir. Comme aime tant le dire monsieur Miyazaki, ne pas tenter de contourner une règle, c’est ne pas respecter le sport en ne jouant pas à fond.

Mais le principal intérêt pour le club est l’arrivée d’un directeur sportif, Nacio Rojas, légende du football espagnol. Il a été immédiatement séduit par le projet, disposer d’une telle ruine pour pouvoir recruter au moins quarante joueurs en deux ans sans que personne ne pleure sur la stabilité de l’effectif, ça n’arrive pas tous les jours pour un négociateur aussi fin.

Notre brave Boubacar n’a pas été oublié, il devient le directeur général du club, il aidera à effectuer la transition et à nouer le dialogue avec les populations locales. Il est également chargé de dialoguer avec les élus locaux, chose particulièrement importante pour les investissements de monsieur Miyazaki.

En effet, pour s’attirer les faveurs du public, monsieur Miyazaki a annoncé le lancement immédiat de plusieurs investissements, avec la construction d’un nouveau centre d’entrainement qui devrait booster l’emploi dans le secteur du bâtiment, des dons de matériel informatique aux établissements scolaires de la ville et encore mieux, l’ouverture d’une succursale d’Akabura à Sevran.

Pour ne rien gâcher, le nouveau père Noël de Sevran annonce également le renvoi du coach, devenu fort impopulaire pour son style des plus soporifiques, et l’arrivée de deux nouveaux joueurs dès le lendemain, si leur visite médicale est concluante bien sûr. Inutile de dire que suite à cette conférence de presse, les opinions favorables au club et à son nouveau propriétaire dans la ville doivent atteindre un niveau digne de l’élection d’un dictateur africain.

Alors que les médias s’interrogent sur cette surprenante nouvelle, Boubacar savoure un triomphe bien mérité de retour dans la cité, il faut dire que c’est probablement la première fois depuis 50 ans qu’il arrive quelque chose de nature à susciter l’espoir ici, l’heure est donc à la célébration et les youyous se font particulièrement bruyants.

Les seules femmes de la ville à ne pas se joindre à cette célébration sont les footballeuses, bien qu’appréciant la nouvelle, elles sont affairées à leur entrainement, d’autant plus qu’elles doivent accueillir une nouvelle joueuse, Kasumi Miyazaki, la fille du nouveau propriétaire des lieux. De façon fort logique, les filles multiplient les courbettes, courbettes inutiles dans la mesure où Kasumi ne parle pas encore le français.

Même si l’équipe féminine évolue au troisième niveau, la première réaction des joueuses est de se demander comment une jeune fille aussi frêle, qui donne l’impression d’avoir encore 12 ans alors qu’elle en a sept de plus, peut s’en tirer sur un terrain. Après les exercices d’échauffement d’usage, le coach propose une petite confrontation entre titulaires et remplaçantes, Kasumi rejoignant les remplaçantes.

Les filles ont vite leur réponse, sur son premier ballon, Kasumi fait tourner la tête de deux joueuses sur une roulette avant de foncer vers le but à une vitesse exceptionnelle, avant de conclure en dribblant facilement la pauvre gardienne. Des scènes du même genre se reproduisant quatre fois en un peu moins de dix minutes, l’entraineur se dit qu’il serait peut-être temps de regarder le dossier qui lui a été communiqué par la nouvelle direction du club à ce sujet.

Le dossier est éloquent, Kasumi est actuellement membre de la sélection japonaise des moins de 19 ans, elle est réputée pour sa technique déjà très aboutie, mais surtout pour sa vitesse prodigieuse, elle court le 100 mètres en moins de onze secondes et demi. Alors que plusieurs titulaires pestent contre leur entraineur qui devrait plus faire attention aux papiers qui s’entassent sur son bureau, une chose est certaine, avec une joueuse pareille au troisième niveau, les matchs risquent d’être douloureux à regarder.

Dès le lendemain, la deuxième conférence de presse des nouveaux hommes forts de l’AS Sevran est du même niveau que la première. L’arrivée de Konstantínos Labakis, le brillant ailier droit de la sélection grecque espoirs, surtout connu par les amateurs de football français pour avoir inscrit le but éliminant les jeunes français de l’Euro espoirs, en surprend plus d’un, en effet on aurait plus imaginé un tel joueur en Ligue 1.

Konstantínos a ses raisons, il est vrai que sa tendance à péter un câble dès que ça tourne mal n’a pas remporté l’adhésion des clubs de Ligue 1 malgré son grand talent. Chose problématique étant donné qu’il souhaitait jouer en France pour sa première expérience hors de Grèce, connaissant déjà la langue et ayant des cousins dans le pays.

Le projet de l’AS Sevran qui lui a été présenté par Nacio Rojas l’a vite séduit, des moyens très larges qui font que le passage en Ligue 2 devrait être bref, une ville à l’ambiance très chaleureuse, beaucoup de jeunes prometteurs pour tirer l’équipe vers le haut, mais aussi et surtout un salaire fort généreux. La seule chose qui le gêne dans le projet est le fait de devoir jouer en vert, chose qui ne ravit jamais un supporter de l’Olympiakos, mais il a obtenu quelques garanties à ce sujet, monsieur Miyazaki n’étant pas non plus un grand fan du coloris, l’équipe jouera tant que possible en blanc.

L’autre recrue fait couler moins d’encre, le très expérimenté arrière gauche international tunisien Mohamed Ben Hassine, est un homme très discret et plein de professionnalisme. L’espoir des dirigeants du club est d’en faire une sorte de guide pour Konstantínos et l’armada de jeunes casse-cous qui frappe aux portes de l’équipe première, chose qui ne sera probablement pas du luxe.

Le soir, le club organise une petite fête pour célébrer la nouvelle ère que va connaitre l’équipe et les deux nouveaux arrivants, il est certes assez ironique que beaucoup de joueurs fêtent leur futur licenciement. Mais ce soir tout le monde ne pense qu’au positif, après tout, le couperet ne tombera que dans six mois pour les plus faibles, le temps d’espérer un miracle.

En bons professionnels, Mohamed et Marc n’apprécient que modérément cette petite sauterie en pleine semaine de match. Le nouveau venu se distinguant en réclamant un jus de carotte au bar, alors que Marc a tout de même accepté de boire une bière avec ses coéquipiers. En revanche, bien qu’habituellement sérieux, Daniel fait parler ses dons naturels de polonais et démontre à tous sa superbe résistance à la vodka.

Plus dissipé, Konstantínos démontre un peu trop bruyamment sa joie d’avoir trouvé un nouveau club, et un peu aidé par les merveilles du saké, se lance dans une série d’accusations envers le président de la Ligue qu’il accuse d’avoir voulu saboter le club et qu’il ne manque pas de qualifier de “pédé” dans son langage si châtié.

Après ce petit cocktail, Boubacar procède à la lecture d’un message du nouveau propriétaire du club, monsieur Miyazaki n’ayant pas encore beaucoup avancé sur son apprentissage du français. Alors que les joueurs l’écoutent d’une oreille, attendant avec hâte le repas, un agent d’entretien totalement ivre confond la salle de réception et les toilettes, urinant sur les chaussures de Boubacar.

L’individu est alors saisi par les hommes de main de monsieur Miyazaki et passé à tabac par ceux-ci, preuve de la belle adaptation des japonais aux mœurs locales. Yuji fait également en sorte que l’impertinent soit licencié sur le champ, il faut bien que le nouveau président du club ajoute une touche personnelle aux coutumes locales, c’est ce qui fait la beauté du mélange des cultures.

Après ce beau discours, le repas est servi, sport de haut niveau oblige et acquisition par un milliardaire japonais oblige, le plat principal est composé à base de ramen. Le plus chagriné par ce menu est Marc qui peine à tolérer que soient servies des pâtes qui ne respectent pas les règles fondamentales de la gastronomie italienne bien qu’il n’ait aucune origine dans ce pays, contrairement au gardien remplaçant Nicolas Montini qui, quant à lui, n’est en aucun cas gêné par la recette, mais bien plus par ses longs cheveux gras qui pendent dans le bol.

Au terme du repas, une distraction musicale est offerte aux convives, le groupe prévu ayant eu un imprévu familial de dernière minute, Boubacar a été contraint de faire appel aux services de MC 20 centimes. Le grand espoir du rap malgache, encore amer de son exclusion du restaurant il y a deux semaines propose un nouveau titre d’une subtilité sans égal dont les premières paroles sont “Nous on est les renois, et vous êtes les grecs. Nous on est des maitres et on vous encule sec.”.

Alors que de fort logique manière, Konstantínos, déjà bien au fait des coutumes locales se prépare à défoncer le crâne de MC 20 centimes avec le plat, la démonstration du jeune artiste est interrompue par Etienne Baron qui se plaint d’un chanteur à deux sous. MC 20 centimes s’arrête alors, essayant de convertir les sous en centimes d’euros, ne voyant pas l’ailier droit grec lui foncer dessus.

Alors que le jeune chanteur est évacué vers l’hôpital le plus proche, les joueurs retournent vers leurs résidences respectives. Daniel trouve la porte de son immeuble fermée, personne ne pouvant lui ouvrir à une pareille heure et ayant oublié sa clé, il se couche alors dans une poubelle, mais sa mésaventure le fait plutôt rire, pour les sevranais, ce début de mois de janvier est si beau que rien ne semble pouvoir éteindre leur joie.
3 J'aimes

Tu fais un PDF du récit @Gino ? Je faisais ça en parallèle, mais si tu le fais aussi, c’est peut-être dispensable

Non, je ne fais pas de PDF, pour le moment je me contente de le publier ici.

1 J'aime

J’ai pas encore tout lu mais c’est bien sympa pour le moment

1 J'aime

Bon ça suit son cours, y a de belles envolées humoristiques j attends que ça démarre vraiment, la ça fait deux chapitres un peu de transition j’ai l’impression. Ils sont sympas mais n’apporte rien de vraiment nouveau (en gros la vente validée et introduction des nouveaux joueurs). C’est posé comme truc bien linéaire et sympa à suivre.

1 J'aime

Merci à toi, à max et à tous les autres qui lisent cette fic :wink:

J’en profite pour rappeler qu’il ne faut pas hésiter à commenter s’il y a des choses qui vous semblent perfectibles, on apprend toujours de ses erreurs quand on y met de la bonne volonté (même si l’erreur date d’il y a 4 chapitres, il y a toujours des choses à apprendre).
N’hésitez pas aussi à me dire si certains personnages plaisent particulièrement ou agacent un peu, sans modifier les storylines, ça pourrait me pousser à mettre plus en avant un personnage dont je sous-estime le potentiel ou à essayer de lever le pied sur un concept que j’ai sur-évalué.

Pour en revenir à tes observations, je ne vois pas totalement le 5 comme un chapitre de transition pure et dure, je pense vraiment que développer le personnage de Miyazaki et ses motivations est essentiel à l’intrigue en justifiant une situation qui parait de premier abord franchement irréaliste (dans la fiction, je me permets beaucoup de choses improbables comme il faut que ce soit un peu divertissant, vu que souvent la vraie vie c’est chiant, mais j’essaie d’éviter ce qui est techniquement impossible), je pense que la petite mise en scène du chapitre 4 n’est pas suffisante pour justifier de tels agissements.

Mais je comprends que le manque d’un match détaillé puisse contribuer à ce sentiment, j’avais envisagé d’en faire un dans le final, mais le chapitre était déjà très long, et je tiens (peut-être un peu trop) à ma cible de 2 000 à 3 000 mots. Le fait que ça arrive sur deux chapitres de suite doit peut-être donner l’impression qu’on n’avance plus, il faut que je veille à limiter ce genre de cas par la suite.

Par contre, oui, le chapitre 6, c’est vraiment le chapitre de transition par excellence, comme tu l’as remarqué j’en avais besoin pour présenter les nouveaux joueurs et établir concrètement les premiers changements au club (un sous-entendu m’aurait paru insuffisant pour cette situation précise étant donné qu’il s’agit de l’aboutissement de la situation posée par le synopsis).

Ceci dit, la première saison du récit (j’en envisage plusieurs, le nombre exact viendra selon ma motivation, ma capacité à ne pas trop me répéter et aussi un peu les retours que je reçois ici et par mes amis extérieurs à iunctis) sert beaucoup à poser les bases, donc je comprends que ça puisse donner l’impression de trainer, j’espère pouvoir faire quelque chose de plus dynamique et déjanté sur la deuxième saison.

Chapitre 7
On ne peut pas échapper à son destin

Mercredi 7 janvier 2015

Au lycée Robespierre, le dernier cours de la matinée de la terminale technologique E, regroupant principalement les sportifs de l’établissement, est assuré par madame Léjeaut, sans doute l’enseignante la moins populaire de l’établissement.

En effet, les élèves sont souvent déroutés par son style si caractéristique d’enseigner, un cours de 55 minutes se décomposant en une première partie de 15 minutes, le temps d’assurer la discipline, une deuxième de 20 minutes, le temps de raconter sa vie, une troisième de 15 minutes, le temps d’exposer une interminable bibliographie qu’aucun élève à l’exception de Charles ne prend le temps de noter, et encore moins de lire, et pour terminer 5 minutes de cours ordinaire comme il faut bien avancer un peu sur le programme.

Le cours de philosophie de ce mercredi se déroule de façon fort banale, Louis croyant bon de blaguer sur le nouveau look “momie” de Vincent, suite à sa performance de la veille. Ce dernier se sent alors obligé de laver l’affront sous son identité de MC 20 centimes et se met à chanter. Alors que madame Léjeaut raconte à une classe passionnée son excursion de la veille dans le RER, où elle a eu le privilège de se faire alpaguer par un de ses anciens élèves qui a eu l’élégance de la qualifier de “keh”, terme qu’elle ne connaissait manifestement pas encore.

Coupée dans son exposé si passionnant par les douces sonorités de la voix de Vincent, madame Léjeaut essaie de trouver un moyen de le faire taire, sans quoi il serait difficile de lui signifier une exclusion de cours. Le lancer de craies en sa direction ayant lamentablement échoué, Bruno, dans un élan de bonté, vient au secours de son enseignante en tentant d’étouffer son camarade en lui faisant ingérer la feuille sur laquelle il avait rédigé les paroles de sa prestation du jour.

S’empêchant de fondre en larmes devant le chaos qui secoue sa classe, madame Léjeaut accompagne Vincent et Bruno vers la sortie, mais elle est interrompue par l’arrivée inattendue du proviseur. Le chef d’établissement demande alors à lui parler en privé, alors qu’ils s’éloignent de la classe, Valentino, qui était jusque là occupé à réfléchir à un nouveau système de dossiers pour mieux s’y retrouver dans son imposante collection de films X, remarque la mine exceptionnellement sombre du proviseur et dit à Gabriel qu’il sent poindre une nouvelle particulièrement sombre.

Lorsque les deux éducateurs reviennent de leur conversation, Khalid remarque également l’air choqué de madame Léjeaut, il conclut également de lui-même que les nouvelles doivent être particulièrement graves, cette femme ayant un registre d’expressions faciales encore moins varié que celui de l’acteur de Luke Skywalker.

Le proviseur s’adresse alors à la classe pour leur annoncer la tragique nouvelle d’attentats ayant eu lieu à la rédaction de Charlie Hebdo, tragédie qui a pour conséquence très secondaire de forcer les élèves à rester sur place l’après-midi. Le lycée Robespierre étant bouclé temps que les autorités soient sûres que les terroristes en fuite ne tentent pas de faire un détour par l’établissement pour semer encore plus le chaos.

Les très pieux Khalid et Gabriel se lancent dans une prière pour les victimes, pendant que Caroline prend Louis et Valentino à part. En effet, les trois adolescents ont reçu de la part de monsieur Miyazaki la consigne de porter attention à sa fille Kasumi, qui est encore très loin de maitriser le français et encore plus loin d’avoir assimilé les mœurs locales.

Celle-ci prenant justement ses cours de langue au sein du lycée Robespierre pour des raisons pratiques, il serait bon que le trio la rejoigne avant qu’il y ait trop d’agitation dans le lycée, Kasumi étant un brin trop habituée au calme de son lycée privé de Sapporo.

Les trois quittent la salle au pas de course, Louis, la fusée de l’équipe, est rapidement à l’autre bout de l’établissement, mais hélas pas au bon étage et Caroline se rend trop tard compte que courir avec les talons hauts qu’elle avait chaussés pour essayer de séduire Bruno n’étant pas une bonne idée.

C’est donc Valentino qui se charge d’accompagner Kasumi vers le groupe, tentant de lui expliquer la situation ayant mené vers une telle escalade vers la violence et la haine, mais expliquer des années de tensions communautaires en quelques minutes, qui plus est en n’utilisant pas sa langue maternelle, est une tâche au moins aussi périlleuse que de demander à un manchot de devenir champion de tennis, et le récit s’en retrouve franchement incomplet.

Pour garder la forme, tous les sportifs de l’établissement se sont regroupés au 4e étage, mettant au profit le moindre espace disponible pour faire un peu d’exercice dans un silence presque angoissant. Chacun reste dans son style, Bruno et Valentino ont opté pour un peu de boxe, Louis et Kasumi font parler leur pointe de vitesse dans un couloir parfaitement dégagé, Khalid et Gabriel travaillent sur leur agilité avec une corde à sauter et la pauvre Caroline se tord de douleur après avoir tenté dix pompes sous les rires perfides de Dimitri qui n’a pourtant rien fait pendant cette séance improvisée.

Alors que la fatigue commence à s’emparer des sportifs, la première petite satisfaction de la journée se profile, les repas sont prêts, ils sont certes modestes, le proviseur ayant du taper dans le stock de chips servant habituellement aux journées de grève du personnel de la cantine, mais les jeunes ne sont pas du genre à faire de chichis.

Alors que Kasumi commence à en avoir trop à la moitié du sachet petite portion et que Valentino ouvre son cinquième sachet, Charles regarde les actualités autour des évènements du jour et relaie l’essor du fameux “Je suis Charlie” sur les réseaux sociaux, essor qui ne fait pas l’unanimité parmi les jeunes.

Khalid est le premier à s’exprimer, en tant que plus calme du groupe, s’il a immédiatement adressé ses prières aux victimes et à leurs familles et qu’il estime que nul ne devrait être inquiété pour ses idées, il est hors de question pour lui de donner l’impression de soutenir tout ce qu’il se dit dans cet hebdomadaire, qu’il a trouvé à plusieurs reprises provocateur et de mauvais goût envers sa religion.

Valentino ajoute qu’il estime que la liberté d’expression, c’est aussi la liberté de se plaindre du mauvais goût, et qu’avec un tel slogan on aura droit dans quelques mois à des “pas très Charlie ça dis donc” à chaque critique portée à une forme d’expression. Bruno ne manque pas de rebondir en disant que si une seule personne utilise un tel argument devant lui, il se prendra un bon coup de pied sauté dans le visage.

Gabriel voit dans Charlie Hebdo un étendard de la tradition laïcarde à la française, qui pour lui ressemble plus à un athéisme d’État qu’à une forme de neutralité religieuse, cette tradition qui est remplie d’un mépris absolu pour les religions. Gabriel parle alors de son cas personnel, assurant que c’est la religion qui l’a fait sortir de la drogue et s’en prend aux médias qui parlent sans cesse des quelques individus rendus fous par une interprétation douteuse de la religion et jamais de personnes qui ont trouvé une forme d’équilibre grâce à elle.

Tout ce que voit Louis, c’est que ce slogan est juste une façade d’unité, mais que dès la semaine prochaine, les politiciens vont se lancer dans une course à la mesure à la con inefficace, se comportant comme des vautours. Il espère juste que son père ne s’abaissera jamais à pareille bassesse dans sa modeste carrière politique.

Caroline, elle, à l’inverse, refuse de voir dans ce slogan autre chose que le symbole qu’il porte, pour elle se déclarer Charlie, c’est simplement défendre la liberté d’expression contre l’obscurantisme prôné par le terrorisme, affirmer que la plume demeurera toujours plus forte que le fusil et montrer qu’un idéal ne peut pas se détruire quand ses incarnations se multiplient.

Plus à l’écart, Charles est surpris de voir pour la première fois ses camarades de classe discuter de façon sérieuse, habituellement leurs conversations tournent principalement autour du foot, des gonzesses, du rap et éventuellement de la baston de la veille, forcément ça fait un petit choc. Mais il n’a pas le temps de beaucoup plus y réfléchir car Kasumi l’interrompt toutes les quatre secondes pour comprendre la signification d’un mot prononcé lors de cette conversation.

Mais quelle que soit leur position, tous s’accordent sur un point, le climat nauséabond que monsieur Miyazaki voulait fuir en quittant le Japon risque de se retrouver de manière démultipliée en France après de pareils actes, la course à la stigmatisation va battre son plein. A croire qu’on ne peut pas échapper à son destin.

Le fameux débat sur la manière de rendre hommage aux victimes se manifeste également dans les vestiaires de l’équipe première, si l’éventualité de porter un brassard noir, comme voulu par la Ligue, ne gêne évidemment personne au vu du traumatisme ressenti dans tout le pays.

L’idée d’un design de maillot spécial pour rendre un hommage assez voyant à Charlie Hebdo, proposée par le nouveau président du club et vivement appuyée par le capitaine Etienne Baron, ne fait pas que des convaincus. A la tête de la fronde se trouve Konstantínos qui n’apprécie que modérément un comportement qu’il n’hésite pas à qualifier de moutonnier.

Il est appuyé par Marc qui connaissant les opinions de la population sevranaise, estime qu’un signe aussi ostensible de ralliement à Charlie Hebdo ne serait très probablement pas très bien accueilli. Au final, le débat est tranché par l’usine de maillots qui ne peut pas envoyer autant d’équipements en moins de 48 heures.

L’hommage se fera donc à renforts de brassards noirs et d’une minute de silence lors au déplacement au Havre, alors 11e du championnat. Les sevranais ne partent pas favoris, les recrues n’ont eu que trois jours pour se mettre en forme et s’adapter, le nouvel entraineur n’ayant pas encore été nommé, le directeur sportif Nacio Rojas assume l’intérim comme il le peut alors qu’il n’a pas entrainé depuis plus de dix ans et on ne peut pas ignorer l’impact négatif de la grande fête organisée le jour de l’arrivée de Mohamed et Konstantínos.

Le début de match des sevranais est très timide. Le Havre domine nettement la possession du ballon, mais Mohamed bloque parfaitement le flanc droit de l’attaque havraise, pourtant vu comme un point fort de l’effectif et Marc se montre très performant dans l’axe. Les rares offensives de ce début de match viennent d’un côté gauche habituellement délaissé par les havrais et ne présentent aucun danger pour Daniel.

Très motivé par la perspective de dédier un but aux victimes, Etienne se livre comme jamais et semble s’épuiser inutilement tant les autres joueurs offensifs ne sont pas à la fête pour ce match de reprise, sans doute encore un peu anesthésiés par l’enchainement de nouvelles surréalistes pendant la semaine précédente.

Devant l’inertie de l’attaque sevranaise, les joueurs havrais gagnent en confiance et multiplient les percées du côté gauche, même si les centres finissent souvent trop facilement dans les mains de Daniel. A la 36e minute, leur persévérance est récompensée d’un pénalty après que Daniel ait été poussé à la faute sur une énième approximation d’une défense encore trop faible si l’on exclut Mohamed.

Les espoirs sevranais semblent s’envoler lorsque l’arbitre du match dégaine un carton rouge, qui peut sembler assez sévère vu la position des joueurs. Au fait de jouer à dix, s’ajoute le fait de devoir aligner Nicolas Montini, qui trouve déjà le moyen de se distinguer en trébuchant en se dirigeant vers son but, probablement trop préoccupé par sa coiffure et pas assez par la position de ses pieds.

Contre un gardien pas encore dans son match, l’attaquant havrais Sofiane Faure croit bon de tenter une panenka, mais Nicolas Montini est resté totalement immobile et capte facilement le ballon. Alors que le coach havrais lance un regard noir à son attaquant, Nicolas envoie le ballon loin devant et atteint par miracle son capitaine.

Etienne Baron qui rêvait de cette opportunité, déborde le dernier défenseur, amorce son tir, et l’envoie deux mètres au dessus. Sur le banc, Nacio se met à débiter des injures en espagnol à un rythme qui forcerait le respect de beaucoup de jeunes de la cité.

Les havrais, en supériorité numérique, prennent alors encore plus largement le contrôle du match, en témoigne cette très nette occasion à la 44e minute, où un centre de Sofiane Faure trouve la tête d’un de ses coéquipiers qui l’envoie sur le poteau gauche sevranais, permettant à Mohamed de dégager le ballon.

A la mi-temps le score est toujours vierge, mais l’AS Sevran est en bien mauvaise posture, entre son infériorité numérique, la perte de son gardien titulaire, un côté droit sinistré et une attaque sans imagination. Nacio décide que les grands maux méritent les grands remèdes, Etienne Baron est sorti sans ménagement au profit de Stéphane Germain, sans doute moins émotif ce soir.

De plus, le brassard de capitaine est confié à Mohamed, certes très expérimenté et très performant ce soir, pour cette deuxième mi-temps alors qu’il connait à peine l’effectif. Alors qu’Etienne se retient d’aller dire ce qu’il pense vraiment à son coach d’un soir, Nacio surprend l’effectif en leur demandant de jouer avec audace même s’ils sont en infériorité numérique, ce n’est pas le vieux Tison qui aurait pris tant de risques.

En début de deuxième mi-temps, cet électrochoc semble porter ses fruits, les havrais n’avaient pas imaginé que les sevranais puissent se lancer corps et âme à l’attaque, et Marc profite d’un de ces moments de flottement pour trouver Konstantínos bien isolé sur le côté gauche, malheureusement son centre passe à quelques centimètres du crâne de Stéphane Germain.

Après dix minutes, les havrais s’adaptent enfin à ce jeu très dynamique et lancent des contres tranchants, encore une fois Sofiane Faure se retrouve franchement malheureux, glissant alors qu’il partait seul au but après une offensive sevranaise bien repoussée par ses défenseurs, trahi par un mauvais choix de crampons sur une pelouse un peu trop humide.

Les équipes se renvoient coup pour coup, et c’est tout un stade qui sort de la torpeur provoquée par l’actualité récente pour encourager les siens et profiter du spectacle. Ce type d’atmosphère, si rare en Ligue 2, inspire grandement Konstantínos, qui avait jusque là réalisé un match assez décevant, l’ailier droit grec élimine deux défenseurs, exposant enfin ses capacités techniques et envoie un centre parfait dans la surface. Cette fois-ci, Stéphane arrive à temps et propulse le ballon au fond des filets d’un coup de tête puissant.

Alors que les sevranais mènent au score, les havrais reprennent l’initiative sur le match, portés par leur public, et mettant la défense sevranaise au supplice en profitant de la baisse en régime de Marc, après de nombreux efforts consentis en attaque. Durant ce temps fort, la scoumoune s’abat encore une fois sur Sofiane Faure, qui trouve la barre transversale sur une tentative de 25 mètres pour laquelle il avait réussi à parfaitement s’isoler.

A la 75e minute de jeu, les havrais obtiennent un coup franc sur le côté gauche de la surface, le ballon est envoyé dans le paquet et est mal renvoyé par l’arrière-garde sevranaise, dans la confusion générale, le ballon arrive sur Sofiane Faure, qui le contrôle et l’envoie entre les jambes de Nicolas Montini pour le but de l’égalisation, récompensant sa persistance. Pendant ce temps, Daniel explose de rage dans les vestiaires, pensant qu’il aurait pu arrêter ce tir.

Le dernier quart d’heure est à sens unique, et sur le dernier corner, il faudra une tête miraculeuse de Mohamed sur la ligne de but pour contrarier le coup de tête rageur de Sofiane Faure, qui a bien failli passer de zéro à héros. C’est donc sur un score de un but partout que les deux équipes se séparent sous les vifs applaudissements d’un public conquis.

Si ce nul ne fait pas véritablement les affaires des sevranais sur un plan comptable, il marque une belle solidité mentale de la plupart de l’équipe dans un contexte douloureux, l’émergence possible d’une vraie mentalité offensive et des débuts très encourageants pour les deux nouveaux de l’équipe. Cette équipe est encore avant-dernière, mais la sortie de la zone de relégation ne semble être qu’une question de semaines.
4 J'aimes

Par souci de transparence, je dois vous signaler que j’ai procédé à une très légère retouche de deux anciens chapitres, le support le permettant.

En effet, j’ai commis une petite erreur de calcul dans l’âge des joueurs, ils sont censés être en terminale et non en première. C’est désormais chose corrigée, et tous les prochains chapitres prendront en compte cette correction.

1 J'aime

Intéressant on s’est éloigné un temps du sportif pour aborder un sujet bien plus sérieux. Alors je ne sais pas si tu veux en faire quelque chose plus tard, si tu écris au jour le jour etc mais clairement si tu voudrais en faire quelque chose un jour, tu devras modifier ce passage (voir carrément le supprimer je pense).

Perso j’aime bien l’idée d’y insérer de l’actu, du politique etc. Faut juste que ce soit bien senti et ne pas tomber dans une caricature de mecs de cités (je te rassure, y avait pas, a mon goût, cette erreur dans ce chapitre). Mais du coup au vu des derniers chapitres j’ai plus de mal à attraper un véritable fil conducteur, on se concentre sur les jeunes, mais finalement, pour l’instant plus au niveau personnel, idéologique que sur le plan sportif, et finalement on suit autant l’équipe première (si ce n’est plus). Ça apporte de la fraîcheur, maintenant je vais émettre une petite réticence dans le sens où plus les chapitres avanceront plus ça risque d’être difficile de s’intéresser à tout, après c’est prévu je pense que les jeunes intègrent l’équipe première et quand ce sera fait on aura plus à jongler entre chaque thèmes. J’espère être a peu près clair.

1 J'aime

Pour l’instant, l’idée c’est surtout à la fois de renouer un peu avec l’envie d’écrire (j’ai fait pas mal de fictions étant plus jeune, même s’il va sans dire que la qualité était nettement inférieure à ce que je fais actuellement) et de divertir des connaissances.

Je publie la fiction ici comme il y a beaucoup de gens passionnés par le football et beaucoup de gens qui me semblent très ouverts d’esprit vu le contenu des sujets sur l’actualité, je pense qu’on peut retrouver ici des personnes qui pourraient apprécier ce genre de contenu sans être des connaissances au préalable, ce qui est toujours un plus.
S’il y a possibilité d’en faire autre chose plus tard, je ne vais pas cracher dans la soupe, ce serait génial, mais actuellement ce n’est pas l’objectif principal.

Concernant l’insertion d’actualité et de politique, même si ça doit rester secondaire par rapport au sport, et s’il est nécessaire que je ne prenne pas de parti pris trop lourd (en clair, que je défende implicitement une idée spécifique me parait acceptable, mais il ne faudrait pas que je transforme la fiction en tract du Front de Gauche), ça me semble assez important, le fait que les personnages soient des footballeurs ne les coupe pas de la réalité et c’est une part intégrante de la vie d’un groupe. J’aurais le sentiment de faire quelque chose d’incomplet si je ne l’abordais pas, ne serait-ce que fugacement.

Ne pas tomber dans la caricature est très important, surtout pour une actualité aussi houleuse, je voulais aussi un peu combattre les clichés, montrer que les gens qui prennent leurs distances sur le “Je suis Charlie” ne sont pas que des fanatiques religieux ou des gens n’ayant aucune compassion envers les victimes (et inversement à travers le personnage de Caroline montrer qu’on peut défendre ce slogan sans tomber dans la moutonnerie).

Et oui, je comprends tes inquiétudes sur le fait que ça semble partir dans beaucoup de directions. Je l’ai bien ressenti comme à la base je voulais faire 8-10 chapitres sur cette saison, et je pense qu’on sera assez nettement au dessus, comme sinon il y a des tas de choses que je n’aurais pas pu caser (et même sans ça, j’ai été obligé de couper certains gags pour ne pas faire des chapitres encore plus longs). Mais sans trop vouloir te spoiler, je pense que ce sera plus aisé à gérer sur la suite.

1 J'aime

Chapitre 8
Un match plein de subtilité

Vendredi 16 janvier 2015

Durant la semaine séparant le déplacement au Havre de la réception du rival cristolien, le recrutement de l’encadrement est enfin terminé. Tout d’abord, le club se doute d’un atout de poids avec Luis Diaz, son nouvel entraineur espagnol, technicien expérimenté et connu pour son amour du jeu de passes courtes, chose qui ne manque pas de ravir les dirigeants du club qui comptent sur la bonne publicité accordée au niveau de jeu de l’équipe pour remplir les tribunes.

Ensuite, de manière qui semble plus anecdotique, monsieur Miyazaki a enfin trouvé la perle rare pour assumer le rôle de traducteur officiel, vu l’auberge espagnole que devient le club, il lui a semblé nécessaire de trouver une personne maitrisant un très grand nombre de langues. L’homme providentiel se nomme Tomi, un jeune franco-finlandais extrêmement talentueux dans ce domaine car il maitrise onze langues, le français, l’anglais, le japonais, le finnois, l’italien, l’espagnol, l’arabe, le portugais, le suédois, le russe et l’hindi. Il est fort probable qu’il évitera beaucoup de problèmes à l’ensemble de l’encadrement du club.

Ce soir, c’est bien sur le nouvel entraineur qui sera la star, alignant une formation assez originale en 3-6-1 qui devrait offrir un énorme défi aux cristoliens au milieu de terrain et offrant les clés du jeu à Konstantínos, aligné à une inhabituelle position de milieu offensif.

Les voyants semblent au vert, la pluie qui s’était abattue dans l’après-midi a disparu, laissant un terrain légèrement humide, plutôt bénéfique au jeu prôné par le coach Diaz. C’est d’ailleurs cette humidité qui lance les hostilités, un malheureux défenseur cristolien ayant fait un mauvais choix de crampons effectue une relance plus hasardeuse dans les pieds de Konstantínos, celui-ci n’a plus qu’à fixer le gardien adverse et remettre en retrait à Etienne Baron, pour que le capitaine sevranais ouvre le score après un peu plus d’une minute de jeu.

Bénéficiant du double avantage de pouvoir enfin gérer un avantage et d’avoir un milieu de terrain aussi touffu que l’intérieur de la culotte d’une actrice porno japonaise, les locaux n’ont aucun mal à étouffer les rivaux cristoliens qui se retrouvent avec une possession de balle ridicule durant toute la première demi-heure. Certains nouveaux fans croient d’ailleurs bon d’entamer une série de “olé” dans le public.

Malgré cette nette domination, les sevranais ne s’offrent pas d’occasion tranchante, et ils en sont punis à la 33e minute, lorsque les cristoliens obtiennent un coup franc aux trente mètres, si Mohamed parvient à empêcher l’avant-centre adverse de couper la trajectoire, Nicolas Montini se distingue en laissant bêtement passer le ballon sous son ventre, offrant une égalisation surprise aux visiteurs.

Les courageux des tribunes se lancent bien vite dans la reprise d’un chant de l’année précédente se moquant copieusement du gardien remplaçant qui ne doit sa place qu’à la suspension de Daniel Iwanicki. Mais ces chants sont vite éteints par un excellent réflexe de Marc, qui après une interception remet très vite la balle au milieu droit malien Mamadou Diop, alors parfaitement démarqué, qui file vers le but et inscrit son premier but de la saison, rendant ainsi l’avantage aux locaux.

Comprenant qu’un attitude aussi négative que celle vue lors de la première demi-heure pourrait leur coûter le match, les hommes de l’avant-garde sevranaise se lancent à l’assaut du but adverse, Konstantínos, qui n’avait pas fait grand chose après l’ouverture du score, se réveille de fort belle manière avec une tentative à 25 mètres du but, qui est déviée de justesse en corner par le gardien adverse.

Sur le corner suivant, Konstantínos trouve la tête de Mohamed, qui passe malheureusement quelques centimètres au-dessus de la barre adverse, les cristoliens semblent alors totalement submergés. Mais à la 44e minute, Nicolas Montini les remet à nouveau dans le match, lorsque beaucoup trop avancé, il concède un but sur un lob de loin parfaitement ajusté.

A la mi-temps, Konstantínos est légèrement irrité par ce mauvais travail de son portier et porte un sale coup à la porte du vestiaire avant de régler ses comptes avec Nicolas en lui déversant un flot d’insultes que personne n’ose interrompre. Dans un registre plus calme, le coach Diaz est également franchement déçu de la prestation de son gardien et n’hésite pas à le remplacer par le troisième gardien de l’équipe, un joueur de DH, recruté à la hâte cet été pour garnir la réserve.

D’entrée de deuxième mi-temps, les cristoliens se décident à tester leur nouveau jouet et c’est sur une frappe de 35 mètres que se solde la première offensive des visiteurs, frappe qui finit dans les filets après une grossière faute de main du portier local. Créteil prend pour la première fois les commandes du match, alors que Nicolas peut souffler pour son poste de remplaçant et que Konstantínos explose de colère hurlant à ses coéquipiers dans son langage si délicat qu’il ne supporterait pas de se faire enculer par une bande de bouffeurs de morue.

Le très dense milieu sevranais s’applique alors à sevrer leurs opposants de ballons pour que le gardien soit le moins sollicité possible. Privés de ballon, les visiteurs s’agacent de plus en plus et commettent des petites fautes de placement, et malheureusement pour eux, laisser Marc dans une bonne position de tir à l’entrée de la surface n’est pas franchement une bonne idée. La frappe est puissante, et le portier cristolien ne peut rien faire pour empêcher le but. Le score est désormais de trois buts partout alors qu’on n’est qu’à l’heure de jeu.

Revenus à ce score de parité, les joueurs sevranais sont totalement déchaînés, le nombre de tirs effectués par les joueurs locaux ressemble de plus en plus au nombre de balles que l’on retrouve dans le corps d’un terroriste après une intervention méticuleuse du RAID. La domination durant le quart d’heure suivant ce troisième but est si totale que l’on n’a vu le ballon que deux fois dans la moitié de terrain sevranaise pendant tout ce laps de temps.

Konstantínos, qui semblait avoir un peu disparu des radars après son petit pétage de câble de la mi-temps, retrouve tout son allant et réalisé un très joli une-deux avec Mamadou Diop, chose qui le lance parfaitement du côté droit. Il se doute alors que la défense cristolienne s’attend au centre et décide astucieusement de glisser le ballon entre les jambes du portier adverse.

Les filets tremblent donc pour la septième fois de la soirée en cette 75e minute de jeu, sous les applaudissements nourris d’un public en délire. MC 20 centimes tente de profiter de l’euphorie générale pour lancer un chant de soutien. Malheureusement ses voisins de tribune estimant le chant trop long préfèrent une autre activité, le lancer de Vincent sur les grilles du stade, une discipline bien noble que l’on sous-estime trop souvent.

Sur le terrain, l’ambiance est bien plus tenue et respectueuse, comme on peut par exemple le voir au milieu de terrain quand Marc commence à chambrer gentiment un de ses homologues cristoliens en l’incitant amicalement à abandonner le football pour se reconvertir dans la fabrication d’emmental. Propos pourtant mal pris par le joueur adverse, qui peut-être un peu fatigué, lui assène un coup de coude discret.

Konstantínos, lui, a bien vu le coup de coude et veut venger l’affront. Il inflige donc tout aussi discrètement un bon coup d’épaule au milieu de terrain cristolien, qui finit par dépasser les bornes et lui fait un plaquage en plein match de football. Les arbitres qui n’avaient rien vu jusque là ne peuvent que constater que la bagarre générale. Bagarre qui ne manque pas de ravir le public puisqu’elle survient lors d’un match contre une équipe rivale.

Après avoir attendu quatre bonnes minutes, procédé à la distribution de six cartons jaunes et exclu deux joueurs de chaque côté, l’arbitre fait reprendre le match. Entre la fatigue des cristoliens et le jeu à neuf de chaque côté, les espaces offerts à l’équipe locale semblent immenses. Marc, pour une fois pas trop fatigué en fin de match grâce à la nouvelle disposition tactique, en profite pour trouver un Konstantínos parfaitement dégagé. La nouvelle arme grecque de l’AS Sevran ne manque pas de confirmer sa bonne forme en ajoutant un cinquième but après avoir remporté son duel face au gardien adverse.

La fin de match sera moins agitée, les cristoliens ne tenant pas à ce que ce match se transforme en massacre et les sevranais se satisfaisant pleinement de ce beau succès devant leur public qui confirme les belles promesses de la nouvelle ère dans laquelle entre le club.

Le public n’est pas le seul ravi, dans les vestiaires, Tomi annonce que monsieur Miyazaki est si comblé par le spectacle offert qu’il quadruple les primes de victoire pour ce soir. Voilà qui lance de très bonnes bases pour les relations entre les joueurs et la nouvelle direction du club.

Mais un danger plane pour la belle harmonie des vestiaires, le coach Diaz s’est décidé à assister personnellement au match de l’équipe des moins de 19 ans dimanche contre Reims. Il faut dire que la description qui lui en a été faite par les pontes du club est particulièrement alléchante et que l’affiche de Coupe Gambardella contre Reims, leader d’un des autres groupes du championnat des moins de 19 ans, fait figure de révélateur intéressant.

Le grand jour est enfin arrivé pour la jeune armada sevranaise, jouer un match à enjeu devant un entraineur aussi réputé que Luis Diaz est quelque chose que peu d’entre eux aurait imaginé il y a quelques mois, et en bons inconscients, ils sont tous remontés à bloc, déterminés à ne rien laisser sur leur passage.

Sur le terrain, la timide humidité du vendredi soir a laissé la place à d’abondantes chutes de neige, nouvelle diversement accueillie par les joueurs locaux, si Khalid craint que le climat ne mette pas vraiment en valeur sa technique fine, Valentino est au contraire ravi, un climat difficile favorise le jeu très physique et les demi-portions rémoises qui auraient le malheur de croiser sa route vont passer un sale quart d’heure.

A la sortie des vestiaires, Valentino donne d’ailleurs le ton en lançant un regard noir à l’ailier de poche rémois, le type de regards qui ressemble plus à une menace de mort qu’à quoi que ce soit qui puisse être lié au sport, qui plus est lorsqu’il y a pas loin de quarante centimètres de différence entre les deux protagonistes.

Comme on pouvait s’en douter, Valentino entame un match plein de subtilité comme il les aime, avec un beau tacle bien appuyé dès la quinzième seconde, laissant son adversaire au sol. L’intervention étant licite, l’arbitre laisse jouer, et Bruno s’empare du ballon. Il progresse de quelques mètres avant de voir Gabriel bien placé à l’entrée de la surface, la frappe de l’avant-centre passe tout près du but adverse.

La neige épaisse rend le match assez indigent sur un plan technique, il faut compter sur les violentes percées de Valentino pour alimenter Gabriel en ballons, mais malheureusement, l’avant-centre peine à trouver des positions de tirs assez bonnes pour tromper la vigilance de l’arrière-garde rémoise.

Mais les coups de boutoir déstabilisent progressivement la défense rémoise, et à la 24e minute, Valentino exagère nettement un contact a priori relativement anodin dans la surface, après quelques instants de flottement, l’arbitre assistant fait savoir à l’arbitre central qu’il pense qu’il conviendrait de siffler un pénalty, avis immédiatement suivi par l’homme en noir.

Les rémois ont beau exploser de colère, il n’y aura pas de retour en arrière sur cette décision, et c’est Gabriel qui se charge de tirer le pénalty. Sa frappe puissante au ras du poteau est imparable, et les sevranais prennent l’avantage. Comme aime tant le dire monsieur Miyazaki, un bien mal acquis reste un bien acquis.

Les ardeurs offensives des rémois sont particulièrement fortes après cette ouverture du score malgré le climat hostile, pour limiter l’ampleur du phénomène, Valentino a la riche idée de placer un coup vicieux sur la cheville du meneur de jeu rémois. Alors que l’atout majeur des visiteurs sort sur civière, l’arbitre ne dégaine qu’un carton jaune, ajoutant un peu plus à la fulmination de ceux-ci.

La frustration ne rend pas vraiment service aux visiteurs qui se replacent mal en défense, chose qui leur coûte cher lorsque leur grand ami Valentino, alors sur le bord de sa propre surface, balance un ballon près de 70 mètres devant, presque au hasard, qui est récupéré par Louis au prix d’un sprint foudroyant. L’ailier franco-gabonais ne se fait alors pas prier pour transformer sa première occasion du match en but.

A la mi-temps, le score est de 2-0 pour les hôtes qui dominent leur sujet, mais le bilan est contrasté dans l’optique de séduire le coach, le sprint de Louis a fait forte impression et Gabriel a brillé par sa disponibilité, en revanche Khalid est totalement invisible et Bruno réalise un match très moyen.

Au retour des vestiaires, Valentino agit d’une manière qui ne plaide pas forcément en sa faveur, en cassant une contre-attaque. Fortement agacé par l’accumulation entre cette faute d’antijeu et tout ce qu’il s’est passé en première période, l’attaquant rémois fauché lui inflige un coup de tête en se relevant. L’arbitre prend ses responsabilités et exclut alors les deux hommes.

Si le coach des jeunes voit un bilan globalement à l’action de Valentino qui a fait sortir deux des meilleurs joueurs adverses du terrain, volé un pénalty, cassé un contre et fait une belle passe décisive avant de se faire sortir. Luis Diaz a en revanche une vue bien moins positive du jeune milieu défensif. Un carton garanti par match vaut-il vraiment cette puissance, d’autant que tel n’est pas l’atout principal requis dans son système ?

En revanche, Gabriel poursuit son sans faute, à la 58e minute, il s’offre un superbe slalom dans la défense adverse, avant de remettre en retrait à Bruno qui n’a plus qu’à pousser le ballon dans le but vide. Les jeunes sevranais semblent alors s’acheminer vers un succès tranquille contre un adversaire de haut rang.

Malheureusement, Bruno n’a pas véritablement le temps de profiter de ce but, piqué au vif par une remarque hostile au Portugal proférée par un défenseur rémois, il projette violemment ce dernier au sol, initiant une bagarre générale. Plus rapide à faire cesser les hostilités que l’arbitre du match de l’équipe première, l’homme en noir exclut Bruno et avertit deux joueurs de chaque équipe.

Réduits à neuf contre dix, les sevranais ont alors grande peine à garder le contrôle du match, même Gabriel est forcé à se replier en défense dans les vingt dernières minutes, et réussit d’ailleurs un beau sauvetage sur un corner à la 74e minute pour parachever sa belle prestation.

Mais il ne pourra rien sur la superbe percée de l’attaquant rémois remplaçant cinq minutes plus tard qui fait pleinement fructifier son avantage en terme de fraîcheur avec une petite remise en retrait pour un de ses milieux qui n’est pas sans rappeler le troisième but des locaux.

Avec plus que deux buts à rattraper les rémois se jettent corps et âme en attaque, et sont récompensés à la 85e minute par un cafouillage de la défense sevranaise sur un corner pourtant assez mal tiré, lui-même consécutif à une glissade de Louis qui tentait de mettre le ballon en touche plutôt qu’en corner.

Les cinq dernières minutes sont étouffantes, et les rémois croient voir la lumière à la dernière minute du temps réglementaire, lorsque le si précieux remplaçant se retrouve dans une très belle position de tir à l’entrée de la surface, malheureusement pour les visiteurs, le ballon est expédié un peu trop haut et rebondit sur la tranversale sevranaise.

Khalid a parfaitement suivi et balance le ballon loin devant, Gabriel est le plus prompt à récupérer la balle et se lance dans une course de 60 mètres sans véritable opposant avant de crucifier le gardien adverse et peut-être la carrière de certains joueurs de l’équipe première par la même occasion.

A part pour Gabriel, cette victoire a un goût des plus étranges pour les jeunes de l’équipe, ils ont gagné un match avec un opposant de grande valeur et sont qualifiés pour la suite de la Coupe Gambardella, mais on ne peut pas dire qu’ils aient fait grand chose pour épater le staff de l’équipe première. Mais gageons que toutes ces peines se dissiperont lors de la grande soirée FIFA-piment organisée par Gabriel, personne n’oserait saboter la joie d’un ami.

Dès le lendemain, Gabriel est convoqué dans le bureau du grand patron de l’équipe première. Chez les jeunes, tout le monde comprend qu’il faudra vite trouver un nouvel avant-centre pour espérer ramener le titre national.
2 J'aimes

Comme Steven s’occupe du PDF, je lui signale que j’ai changé le nom du chapitre 8 (et à tous les autres aussi par souci de transparence).

Autant le chapitre en lui-même a eu des retours très corrects de la part de mes quelques lecteurs hors-iunctis (comment je me la pète), autant le coup de ma blague à la con sur le titre, ça n’a pas fait rire grand monde, je me réoriente donc vers un schéma plus proche des premiers chapitres. (Oui je sais :fragile: )

Pour ne pas que le titre fasse trop tâche par rapport au reste pour ceux qui liront plus tard, vu que je ne recommencerai pas ce genre de blague, j’ai préféré mettre quelque chose qui jure moins avec le ton habituel.

J’espère vous proposer la suite lundi ou mardi, ça aura mis un peu plus de temps que d’habitude comme j’ai eu un agenda assez chargé cette semaine, mais bon parfois les pauses c’est bien pour la créativité.

1 J'aime

Chapitre 9
Pas le genre de la maison

Mercredi 4 février 2015

Après un entrainement bien chargé et pour une fois studieux, Bruno n’ayant pas osé déclencher une bagarre avant la fin, pour donner plus de temps à Louis de travailler à son recyclage en tant qu’avant-centre de l’équipe des moins de 19 ans, les remplaçants de Gabriel n’apportant pas vraiment satisfaction, les jeunes espoirs de l’AS Sevran se rendent au supermarché du coin.

Le but n’est pas véritablement de faire les courses, mais de mettre la pagaille dans les rayons, en effet les jeunes n’ont pas véritablement apprécié que la direction du magasin ait osé appeler la police après qu’une jeune fille de la cité ait volé deux culottes, ils sont persuadés que si elle avait été blanche, tout cela se serait réglé en privé.

Voilà qui mérite donc sanction, un temps les jeunes ont envisagé de brûler la voiture du directeur, mais ils se sont dit qu’un tel acte ne serait pas très original, ils ont donc opté pour un bon gros chaos dans les rayons, qui aura en plus le mérite de travailler leur endurance lors de la course-poursuite avec les agents de sécurité.

Louis et Dimitri, en grands férus d’humour, se précipitent avant toute chose sur le rayon des préservatifs et glissent des boites dans tous les sacs qu’ils voient, rien de tel qu’une bonne diversion pour profiter du chaos. Khalid et Valentino, eux, préfèrent prendre un maximum d’œufs dans leur chariot, pour repousser les futurs assauts des agents de sécurité.

Plus désorganisé, Bruno démarre bien vite les hostilités au rayon poissonnerie où il fauche un poisson à l’étalage et feint la fuite, pour mieux revenir sur ses pas et balancer le produit au visage du poissonnier qui tentait de prévenir la sécurité. Bruno ne manque alors pas de le traiter de sale collabo avant de fuir pour de bon.

Voyant les agents de sécurité courir vers le rayon poissonnerie, Louis et Dimitri comprennent qu’il est temps d’arrêter les farces de gamin de sixième et passent aux choses sérieuses, en l’occurrence les blagues de gamin de cinquième, en fauchant des tubes de ketchup qu’ils vident sur les clients qui ont le malheur de croiser leur route.

Clients parmi lesquels figure Caroline dont le pantalon est recouvert de ketchup, elle se lance immédiatement à la poursuite de Dimitri, étant assez intelligente pour savoir qu’elle ne rattrapera jamais Louis, soucieuse de ne pas reproduire son erreur du lycée Robespierre, où elle était passée proche de se casser la cheville, Caroline se débarrasse de ses talons, et les envoie involontairement sur les yeux d’un vendeur, contribuant ainsi bien malgré elle à l’expédition punitive contre le supermarché.

Plus collectif, Khalid s’est mis au lancer, multipliant les attaques à l’œuf sur les agents de sécurité à la recherche de Bruno, malheureusement étant plus doué en football qu’en baseball, les lancers de Khalid ne sont pas très précis et un oeuf se retrouve ainsi sur la veste de Caroline, alors elle-même en pleine course-poursuite contre Dimitri.

Valentino n’est quant à lui pas véritablement concerné par ces questions de précision, il préfère courir en déversant de l’huile partout derrière lui, provoquant ainsi de superbes chutes d’agents de sécurité mais aussi celle de Dimitri qui commençait à fatiguer de sa course-poursuite avec Caroline. Cette dernière tient enfin sa vengeance et vide deux paquets de farine sur Dimitri encore secoué par sa chute.

La situation étant rendue encore plus confuse par le nombre anormal de sacs sonnant aux détecteurs en caisse suite à la petite blague des préservatifs, le directeur prend la décision d’appeler la police, pendant ce temps, Bruno arrive au rayon surgelés et enfonce un imprudent agent de sécurité qui avait tenté de le stopper dans un des nombreux congélateurs.

Quand la police arrive, Louis arrive à se faire la malle, il faut dire que confronter le guépard de Sevran à l’agent René Deblanchard à la course n’était pas forcément la meilleure stratégie de la part des policiers. En revanche, les autres sont cernés et se livrent à leurs derniers barouds d’honneur en finissant leurs provisions sur les agents de sécurité du magasin.

Alors que Caroline est arrêtée sans ménagement, un doute horrible envahit un des agents encerclant Bruno, il dit à ses collègues craindre avoir affaire à des footballeurs. En effet, la hiérarchie a donné des consignes d’indulgence, craignant de froisser monsieur Miyazaki, chose qui ne manquerait pas de rendre furieux le député local et par conséquent son ami le ministre de l’intérieur.

Le mot est vite transmis, et les policiers se montrent étrangement aimables au moment d’inviter les fauteurs de trouble à les suivre, préférant leur parler du match de vendredi plutôt que des les sermonner, au plus grand désespoir du directeur du magasin qui espérait un traitement similaire à celui reçu par la jeune voleuse la veille.

Arrivés dans le fourgon, les jeunes joueurs ne peuvent que constater que Caroline s’est nettement moins bien tirée de cette excursion dans le magasin qu’eux, les vêtements ravagés par les diverses réjouissances de l’après-midi et les poignets serrés par les menottes.

Valentino, ayant alors compris que le groupe a été épargné pour son rang et non par simple amabilité, ne se prive pas pour demander pourquoi sa collègue a été menottée. Les agents de police virent alors au blanc pâle et retirent les menottes de Caroline alors que Khalid ne peut s’empêcher de rire franchement à la situation, il y a six mois ce genre d’interrogation se serait probablement terminée en coup de taser.

Une fois au commissariat, tout ce beau monde se retrouve dans une grande cellule en attendant l’arrivée de l’avocat du club. En bon habitué des lieux après divers affrontements en début d’année, Bruno ne manque pas de présenter les lieux à Caroline pour dédramatiser la situation, il faut dire qu’elle est plutôt du genre à ne jamais avoir pris une heure de colle.

Une fois arrivé, l’avocat s’entretient avec les jeunes et les policiers et obtient vite leur libération, ceux-ci tenant à leur poste. Tomi, le traducteur de l’équipe qui accompagnait Kasumi pour un peu de shopping, se chargera de les reconduire jusqu’à la cité. Pendant que Dimitri raconte quelques blagues pour détendre l’atmosphère, Valentino prend Caroline et part et lui dit d’exagérer totalement le récit de son arrestation auprès de Kasumi.

Alors que le véhicule 9 places du club s’arrête devant le commissariat, nos amis ont la surprise de voir que Gabriel accompagne Tomi et Kasumi. Alors que le traducteur se charge de tout ce qui a trait à la paperasse et que Gabriel salue ses amis, Kasumi voyant Caroline dans un état lamentable lui demande immédiatement ce qu’il s’est passé.

Usant alors de toute son expérience en cours de théâtre, Caroline dramatise totalement le récit de sa journée, faisant croire qu’elle a été arrêtée de manière totalement arbitraire après que Bruno et Dimitri se soient lancés dans une innocente bataille au ketchup dans les rayons, qu’elle a été violemment plaquée sur un rayon, tâchant ainsi sa veste avec un oeuf brisé, que ce sont les policiers qui lui ont arraché ses chaussures et que ceux-ci auraient pratiqué une palpation qui ressemblait plus à des attouchements sexuels qu’à une mesure de sécurité. Khalid ne manque d’ailleurs pas de reconnaitre en ce récit des choses qui sont vraiment arrivées à sa sœur par le passé.

Pour le moins irritée du traitement qu’aurait subi son amie, Kasumi se dirige vers l’accueil et fait un véritable scandale, que Tomi essaie de traduire de la manière la plus diplomatique possible chose qui le force à passer sous silence le passage où Kasumi compare les méthodes de la police locale à celles du gouvernement chinois.

Pendant ce temps Valentino jubile intérieurement, si les policiers avaient peur de Miyazaki à la base, ils n’oseront plus rien faire du côté du club si celui-ci est passablement irrité contre eux, et on sait qu’il ne refuse jamais rien à sa fille. Avoir droit à la même impunité que bon nombre politiciens rien qu’en étant dans cette équipe, voila qui offrira plus de sérénité aux opérations coup de poing du groupe.

Il n’est pas le seul à s’enthousiasmer en ce moment, Gabriel annonce qu’il a enfin été retenu pour un match avec l’équipe première. Clin d’oeil du destin, c’est à Orléans, dont l’équipe de jeunes avait été pulvérisée sous les yeux de monsieur Miyazaki, que la carrière professionnelle de Gabriel débutera peut-être.

Avec tant de motifs de réjouissance, tout le monde se rend au kebab “Chez Abdullah” pour le repas de la soirée, les jeunes retrouvent Louis, qui avait été alerté de leur libération par son très influent père et rencontrent pour la première fois Konstantínos qui voulait discuter un peu avec Gabriel pour préparer le match, et accessoirement éviter la soirée belote organisée par Marc et Etienne qu’il trouve un brin ennuyeuse.

A table, l’ambiance est conviviale, Gabriel et Khalid se réjouissent des efforts d’adaptation de Kasumi, insulter les policiers en public moins de deux mois après être partie de prestigieuses écoles privées, ce n’est en effet pas donné à tout le monde. Pendant que Valentino et Caroline se félicitent de leur petit tour, si on connaissait le goût de Valentino pour tout ce qui se rapporte à la manipulation et au mensonge, cela a un peu plus étonné du côté de Caroline, comme si les chaines des menottes l’avaient ironiquement libérée de son relatif conformisme.

Mais si les nouvelles sont globalement bonnes, Gabriel nourrit une petite inquiétude, être intégré pleinement à l’équipe première, c’est perdre du temps pour le bac qui approche à grand pas et pour lequel il ne part pas forcément privilégié. Même s’il pense pouvoir vivre du football, ça ferait toujours plaisir aux parents. Valentino lui promet alors de faire en sorte que l’examen ne soit pas un problème pour lui.

Comprenant ce qu’il insinue, Caroline se montre quelque peu réticente, tricher comporte toujours une grande part de risque. Valentino ne manque pas de lui rappeler qu’au fond, ce n’est pas la chose la plus risquée, par exemple, si elle dissimulait des réponses sous des bas sombres, le correcteur prendrait bien plus de risques de poursuites pénales pour harcèlement sexuel s’il avait la folle idée de mener pareilles vérifications sur une mineure que elle n’en prendrait de se faire avoir.

Il ne manque d’ailleurs pas non plus d’ajouter que ce serait encore plus simple avec un soutien-gorge, si elle n’était pas obligée de porter un wonderbra rembourré à mort pour ne pas passer pour une petite fille. Caroline se demande alors si le plus humiliant est qu’un tel argument soit porté à voix haute ou d’avoir l’allure d’une clocharde comme elle ne s’est toujours pas changée depuis l’incident du supermarché.

Bruno et Konstantínos rient grassement à la blague de Valentino, pendant que Khalid réconforte un peu Caroline et que Tomi refuse de traduire la blague à Kasumi. Sur sa lancée, Tomi se met à parler en italien à Valentino, estimant qu’il serait bon pour la discrétion de son opération de tricherie de prendre l’habitude de parler d’une manière pouvant être comprise par le moins de monde possible.

Les deux hommes s’isolent, Tomi explique que l’idée lui convient, à condition qu’elle s’applique à tous les jeunes et non seulement à Gabriel, s’il n’est pas nécessairement un tricheur dans l’âme, il sait que médiatiquement un taux de réussite exceptionnellement haut couvrirait à peu près toutes les conneries faites par l’équipe de jeunes, ce qui ne serait pas du luxe pour redorer le blason de l’équipe et ainsi ôter quelques soucis à son patron.

De retour à table, Tomi et Valentino discutent un peu du plan, ce coup ci en français, le kebab “Chez Abdullah” pouvant être considéré comme un territoire ami. Tout le monde est évidemment enthousiaste, il faut dire que les cours séchés à coups de certificats médicaux bidon confectionnés par le cousin de Louis, ce n’est pas ce qu’il y a de meilleur pour le niveau scolaire. Même Caroline se joint à l’opération, même si la réussite n’est pas trop en doute pour elle, avoir une mention ce serait sympathique pour faire plaisir à maman.

Alors que les jeunes portent un verre à la réussite du plan, Konstantínos dit à Gabriel qu’il serait peut-être temps de parler du match, là aussi il y a un plan sympa à mettre en place, Marc et lui ont pensé judicieux d’aller provoquer Salim Ayash, l’ailier gauche orléanais, le bougre a un caractère à peu près aussi moisi que le sien, n’a aucune discrétion et pèse beaucoup sur le jeu adverse, ils ont de bonnes raisons de penser qu’après une dizaine de provocations, il y a de quoi récolter un rouge.

Caroline croit bon de remarquer que le moralisme n’est pas le genre de la maison. Valentino lui demande si elle estimerait immoral de compter les cartes dans un casino qui désavantage ses clients, dans la classe, personne n’a été aidé du fait de sa naissance, au contraire beaucoup ont cumulé les parents démissionnaires, le manque de moyens de l’école et la perte de confiance en soi. Prendre des raccourcis avec le morale, ce n’est peut-être que rétablir un peu d’équité.
2 J'aimes

Chapitre 10
Le football pour les réunir

Vendredi 6 février 2015

L’AS Sevran cherche à reprendre sa marche en avant après la première défaite du coach Diaz. Pour cela, le nouvel homme fort du club sevranais a effectué quelques changements, à commencer par la présence de Gabriel sur la feuille de match, chose qui suscite un certain intérêt des observateurs qui ont eu vent des prouesses de l’équipe des moins de 19 ans, en revanche les stars du club n’ont pas été affectées par ces choix.

En tribunes, le président de la Ligue, ce bon vieux Bertrand Poulain qui était il y a neuf mois à la limite de faire une crise cardiaque rien qu’à l’idée de voir l’AS Sevran souiller sa belle Ligue 2, a tenu à s’afficher ouvertement avec monsieur Miyazaki qui a fait le déplacement. Si retourner sa veste était un sport olympique, ce mec aurait déjà plusieurs médailles d’or.

Dès les premières minutes le ton est donné, le très dense milieu de terrain sevranais mené par un Konstantínos en grande forme confisque le ballon, malheureusement pour les sevranais, la défense orléanaise a tout le temps pour s’organiser, et les ballons offerts à Etienne Baron ne sont pas véritablement les plus dangereux.

La première occasion orléanaise est plus dynamique, la vitesse de Salim Ayash, tant crainte par Marc et Konstantínos avant le match, fait des merveilles, et il faut une sortie pleine d’autorité de Daniel Iwanicki pour que le centre qui a suivi ne soit pas couronné de succès. Sur le dégagement lointain qui suit, Daniel trouve d’ailleurs Konstantínos qui tente sa chance à trente mètres du but, mais son ballon passe à quelques centimètres au dessus de la barre.

Le match bien lancé, les deux équipes se livrent à fond, c’est le moment choisi par Marc et Konstantínos pour lancer le plan de frustration de Salim Ayash, Marc s’adonnant à un tacle bien appuyé comme on les aime à Sevran, avant de lancer quelques mots doux à son adversaire du genre “tu tombes aussi facilement que Rui Lobo”, la star portugaise du Real de Madrid ayant en effet tendance à tomber pour un rien.

Dans un autre style, Konstantínos profite du répit laissé pendant les interruptions de jeu pour aller gentiment provoquer son adversaire le qualifiant de “pédé”, de “fils de pute” et l’invitant aimablement mais fermement à aller se faire enculer.

Et force est de constater que la réputation de Salim Ayash n’est pas usurpée, il commence à se faire moins précis et concentré, et écope d’un avertissement peu avant la demi-heure de jeu pour un tacle d’attaquant bien maladroit. La carte maitresse orléanaise semblant en difficulté, les sevranais dominent à nouveau sans partage, une domination bien symbolisée par un beau une-deux entre Konstantínos et Mamadou Diop qui met ce dernier en position de tir, malheureusement la frappe du milieu droit malien est un peu trop décroisée.

Au fur et à mesure que la mi-temps se rapproche, la domination sevranaise se fait de plus en plus écrasante, mais Etienne Baron ne semble pas dans un très grand soir, ne parvenant pas à cadrer une seule frappe dans cette période. On s’en remet alors aux frappes de loin, mais Marc, bien gêné par la défense orléanaise, ne trouve pas d’assez bonne position pour renouveler ses performances passées.

La mi-temps s’achève donc sur un score nul et vierge frustrant pour les sevranais, alors que Konstantínos engueule gentiment ses coéquipiers, à commencer par son capitaine Etienne Baron. Gabriel comprend qu’il y a désormais de très fortes chances qu’il aille sur le terrain aujourd’hui et se prépare psychologiquement à prendre son envol.

Ce qui va forcer le destin, c’est une petite altercation en début de deuxième mi-temps entre Konstantínos et Salim Ayash suite à de nouvelles injures proférées par le premier cité qui avait encore besoin de se défouler après la mi-temps. Altercation qui se transforme en échauffourée calibrée entre les deux équipes. L’arbitre du match adresse alors un carton jaune aux deux joueurs, c’est le second pour Salim Ayash qui se retrouve expulsé à quarante minutes de la fin.

Les orléanais réduits à dix, le coach Diaz décide de basculer vers une tactique plus offensive pour contrer le repli des locaux, désormais en infériorité numérique. Un des deux milieux défensifs sort donc pour permettre l’entrée de Gabriel pour son premier match professionnel, transformant sa tactique en 3-5-2 à nette tendance offensive.

Une tactique dans laquelle Konstantínos se sent très à l’aise avec deux cibles potentielles. De manière étrange, le prodige grec semble rapidement focaliser son attention sur Gabriel plutôt que sur son capitaine. Celui-ci passe d’ailleurs tout près de l’ouverture du score à la 60e minute mais sa tête consécutive à un centre de Konstantínos trouve la barre transversale.

A la 64e minute c’est Marc qui fait une très bonne passe en profondeur à Gabriel. Le jeune attaquant, faisant bon usage de sa technique et de son sang-froid ne se précipite pas pour tirer, préférant contourner le gardien adverse avant de pousser tranquillement le ballon au fond du but orléanais.

Alors que sur le terrain, Gabriel fête son but en mimant le tireur d’élite. En tribunes, le président de la Ligue croit bon de faire la ola, seul contre à peu près tout le public, pour fêter le but en compagnie de son nouvel “ami” monsieur Miyazaki, mais celui-ci l’ignore froidement, étant trop absorbé par ses pensées sur la tactique de l’équipe. Voyant la scène de loin, Konstantínos ressent un fort mépris envers cet rat d’égout opportuniste, suceur de puissants.

Cette rage se transforme en énergie sur le terrain, lorsque Konstantínos slalome à travers une défense adverse encore sonnée par l’ouverture du score, sa folle chevauchée n’est stoppée que de manière irrégulière par un défenseur adverse à l’entrée de la surface, offrant ainsi un pénalty à l’AS Sevran. Etienne Baron s’en charge, malheureusement sa frappe trop molle est captée sans problème par le portier adverse, sous le regard noir de Konstantínos.

Pire encore pour le capitaine, le coach Diaz décide de repasser en 3-6-1 à un quart d’heure du terme pour assurer le résultat, et c’est lui qui est sorti au profit d’un milieu défensif qui joue habituellement en réserve, une bien sale soirée pour lui.

Changement tactique qui ne réussit pas vraiment à l’AS Sevran, en effet, profitant d’une mésentente entre Marc et le nouvel entrant sur le corner qui suit, l’attaquant orléanais se retrouve parfaitement démarqué et inscrit de la tête le but égalisateur, à la plus grande furie de Konstantínos qui commence à en avoir marre de jouer avec une équipe d’handicapés.

Bien énervé, Konstantínos prend la balle sur le coup d’envoi, avance jusqu’à trente mètres du but adverse et balance une grosse praline en pleine lucarne. Le message est on ne peut plus clair, il ne faut pas le faire chier. Le coach Diaz souffle un peu, il n’y aura pas besoin de réorganisation tactique suite à la tuile du corner.

La fin de match se fera sous le signe d’une bonne maitrise sevranaise, et la victoire deux buts à un est parfaitement logique et méritée. Cependant, si la victoire fait plaisir, l’ambiance n’est pas à son meilleur dans les vestiaires, Konstantínos reprochant à tous coéquipiers sauf Marc et Gabriel de ne pas se donner à fond et Etienne boudant encore après son pénalty raté et son remplacement.

Rapidement, une belle engueulade débute dans le vestiaire, chose qui fait d’ailleurs penser au coach qu’il a bien fait de ne pas retenir Bruno et Valentino pour rejoindre l’équipe première, il serait un peu bête d’avoir trois blessés à chaque dispute. Quoi qu’il en soit, suite à ce triste spectacle, Konstantínos ressort très frustré d’un match dont il avait pourtant toutes les raisons de ressortir satisfait.

Du coup, le lendemain après le décrassage, Konstantínos et Marc préfèrent passer la fin d’après-midi avec leur nouvel ami Gabriel pour se changer un peu les idées. Le hasard fait bien les choses, les moins de 19 ans étant à Metz pour la Coupe Gambardella, Gabriel est relativement disponible comparé à ses autres samedi après-midi où il aime s’adonner à des activités aussi diverses que l’arrachage d’affiches du Parti pour la Liberté, des parties de FIFA-piment ou la drague de rue.

Pour la première fois en six mois de vie à Sevran, Marc pénètre dans la célèbre cité des cerisiers fleuris, ayant grandi en Seine-Saint-Denis, il n’est pas véritablement dépaysé par l’ambiance, mais il se serait sans doute bien passé de ce retour aux sources. Il faut dire que les soirées parisiennes correspondent un peu mieux à son style très sophistiqué que les soirées ghetto organisés par les amis rappeurs de Gabriel, qui sont un peu plus agressifs que MC 20 centimes.

Ne connaissant pas vraiment les goûts de Konstantínos et Marc, mais sachant qu’ils n’ont pas de copine, Gabriel débute la visite avec le visionnage d’un film X. Malheureusement le disque dur de Bruno est introuvable, il doit donc se rabattre sur celui de Valentino. Gabriel hésite entre un film de Hard On Offer pour montrer une facette inattendue de son patron et un classique du X à la française pour minimiser les risques.

Finalement, à la grande joie de Konstantínos, c’est le X à la française qui l’emporte. Gabriel semble un peu s’ennuyer comme Russian Institute, il l’a juste vu une bonne vingtaine de fois, mais l’essentiel est de nouer un bon contact entre amis, avec porno et bière. Le si distingué Marc apparait d’un coup beaucoup moins snob qu’on le croyait, sans doute de vieux restes de sa jeunesse.

Alors que Marc profite un peu de ce moment de détente, Konstantínos ne peut pas s’empêcher de bavarder avec Gabriel pour parler de ses activités habituelles, et force est de constater que les deux hommes sont très différents. Si l’aversion au rap de Konstantínos est nettement inférieure à celle de Marc, il n’est pas un grand fan de jeux vidéo et terminerait sans doute une partie de FIFA-piment l’anus en feu et il sent poindre une pointe de gauchisme chez la jeune garde de son club, chose qui fait forcément un peu tiquer ce partisan de longue date du Mouvement Libéral Démocrate, le grand parti de la droite grecque.

Mais malgré ces différences, Konstantínos se trouve aussi quelques atomes crochus avec Gabriel, le récit du chaos au supermarché l’a autant fait rire qu’il a inquiété Marc, l’intérêt de ses conseils drague, et bien sûr leur goût commun pour les blagues sur les juifs et les homosexuels, dans le top 5 des trucs pseudo-rebelles que presque tout le monde aime, ce genre de blagues figure quand même en bonne position.

Pour changer de sujet, Marc propose que tout le monde aille manger un bout, après tout, il est déjà 19 heures. N’ayant pas encore eu le privilège de visiter les lieux, Gabriel lui suggère une soirée au restaurant turc “Chez Abdullah”, Marc serait foutu d’être assez snob pour rejeter la pizzeria locale au prétexte qu’ils servent des pizzas américaines.

Même s’il n’est pas très tard, la file d’attente est abondante. Ne comprenant pas très bien la situation, Gabriel demande à Sabrina, la sœur de Khalid, qui était dans la queue, ce qu’il se passe. Sabrina lui parle alors du retour de l’ours bigleux, à ces termes, Gabriel porte sa main à son visage, reconnaissant Paul son camarade de troisième dont il aurait préféré oublier l’existence.

Gabriel est encore hanté par la fois où l’équipe de sa classe avait été obligée d’aligner ce phacochère dans les buts au tournoi du collège, le seul arrêt qu’il avait fait c’était avec son ventre. Et force est de constater que Paul n’a pas changé, il paralyse la queue avec sa commande constituée de trois kebabs, deux sandwichs américains, trente nuggets, quatre hamburgers, cinq panini et de la tristement célèbre spécialité d’Abdullah, le kebab à la graisse, habituellement conçu pour les paris entre amis.

Dix minutes plus tard, Abdullah peut enfin servir Paul, mais cet ingrat se plaint d’une erreur sur les sauces. Dans la file d’attente, Konstantínos fulmine et semble décidé à faire gagner du temps à tout le monde, il se saisit du kebab à la graisse et l’enfonce de force dans la bouche de Paul, lui intimant l’ordre de fermer sa gueule avant de le pousser contre le mur. Pour une fois Abdullah laissera passer la violence, Konstantínos étant sauvé par les ovations de la clientèle qui commençait à en avoir assez des exigences extravagantes de Paul.

Enfin à table, Konstantínos, qui est bien connu pour son coup de fourchette, se jette littéralement sur son repas, Gabriel a l’impression de voir Valentino et Khalid s’acharnant sur leur kebab. Chose qui donne l’occasion à Marc et Gabriel qui mangent un peu plus doucement, l’occasion de faire un peu plus connaissance.

Le moins qu’on puisse dire c’est que s’il n’y avait pas le football pour les réunir, il y aurait peu de chances de les voir ensemble, Gabriel est un franc amateur de rap, Marc préfère le rock, Gabriel ne verrait pas d’objection à ce qu’on fasse diluer la langue des racistes dans de l’acide, Marc est un fervent défenseur de la liberté d’expression quasi-absolue, Gabriel est très pieux, Marc est complètement athée, Gabriel a une certaine fierté d’être issu de la cité, Marc est plus du genre à jouer les snobs maintenant qu’il s’en est sorti. Au moins, il leur reste le goût de la provocation par les paroles pour les réunir.

Alors que la discussion animée entre Marc et Gabriel se poursuit, Paul recherche sa vengeance et commence à tout casser après qu’Abdullah lui ait refusé un deuxième kebab à la graisse en hurlant que c’est un scandale et que c’est le client qui est roi. Gabriel demande un moment à son interlocuteur et fonce vers l’entrée. Il soulève alors Paul jusqu’à la porte et le balance dans la rue en hurlant “Dégage, tas de graisse”.

Dans sa chute, Paul brise la vitre de la voiture de la police municipale garée non loin de là, connaissant le caractère soupe au lait de la police et leur frustration de ne plus trop pouvoir se défouler sur les footballeurs, ça devrait nous débarrasser de lui pour quelques jours.
3 J'aimes

Chapitre 11
Aussi étanche que le Titanic

Jeudi 9 avril 2015

Trois mois après le rachat par monsieur Miyazaki, l’AS Sevran s’est trouvé une nouvelle routine en attendant le grand frisson de la lutte pour la promotion l’année prochaine. Après des débuts très prometteurs pour le coach Diaz, le club est rentré dans le rang, désormais douzième avec 12 points de retard sur la zone de promotion et 9 points d’avance sur la zone de relégation, il y a donc de quoi voir venir.

Si les résultats sont encore moyens, le spectacle offert est en revanche une vraie satisfaction, le club disposant de la troisième attaque du championnat malgré sa première moitié de saison pénible, et il n’est pas rare de voir des matchs riches en buts au Stade Alfred Nobel.

Malheureusement pour le capitaine Etienne Baron, il n’est manifestement pas le principal responsable de ce tournant spectaculaire, Konstantínos ayant plus souvent marqué que lui sur les dix derniers matchs et Gabriel, qui multiplie les entrées en jeu fort satisfaisantes, commence très sérieusement à lui faire de l’ombre. Il n’est donc pas surprenant qu’à la veille de la réception d’Ajaccio pour la 31e journée de Ligue 2, les médias locaux fassent fuiter le désir du coach Diaz d’aligner Gabriel d’entrée à la place d’Etienne Baron pour cette confrontation.

Cette nouvelle crée une certaine effervescence dans la cité, alors que Gabriel vient saluer ses parents après l’entrainement, pour la première fois depuis plus de cinq ans, un enfant du pays va débuter un match sous le maillot désormais plus blanc que vert de l’AS Sevran. Cela fait près de onze ans que Gabriel vit à la cité des cerisiers fleuris, et il est ce qu’on peut appeler un modèle d’intégration à la vie en cité, il y est si bien que beaucoup d’autres jeunes de la cité le considèrent comme un noir d’honneur, ce qui n’est pas un mince exploit quand on est breton à la base.

Vu cette bonne nouvelle, de nombreux habitants de la cité se décident à aller pour la première fois à un match de l’AS Sevran, mais forcément personne ne connait les paroles des chants des supporters locaux. Le héros du jour suggère alors à ses amis de juste faire le maximum de bruit sans chercher un quelconque sens, il saura qu’ils sont là pour lui et ça a toujours le mérite de perturber la concentration de l’équipe adverse.

Faisant preuve de sérieux, Gabriel rentre tôt dans sa chambre du centre de formation pour se reposer avant le grand jour. Il manque donc la grande réunion organisée par Valentino et Tomi pour faire le point sur l’opération “On sodomise la morale sans capote”.

La séance commence par une ovation pour Caroline qui a réussi à persuader Ryan, le jeune employé du magasin d’informatique du coin, d’aller s’infiltrer sur les serveurs de l’académie afin de subtiliser les plans du lycée, évitant ainsi à la fine équipe de devoir payer un expert pour dérober lesdits plans, il semblerait que Caroline ait bien assimilé l’esprit global de la salle en ce qui concerne les petits raccourcis vers la réussite.

Louis croit bon de rebondir sur le sujet en réclamant une ovation pour la créatrice du wonderbra, mais Caroline se saisit du micro et montre une de ses chaussures à très hauts talons et indique à l’assistance que le premier qui refera une blague de ce genre ses les prendra dans les testicules, provoquant ainsi un grand silence dans la salle.

Tomi profite de ce moment de flottement pour expliquer que grâce à la découverte des plans, Valentino et lui ont réussi à localiser l’endroit où seront entreposés les différents sujets du bac en attendant le jour décisif. Il faudra alors trouver un commando assez téméraire pour les photographier et les délivrer à une petite équipe réunissant des personnes assez capables pour mettre en place des moyens de triche difficilement détectables à partir de ces sujets.

Si pour le commando, les volontaires affluent avec Bruno et Louis plus déterminés que jamais, il est plus difficile de trouver du monde pour élaborer les mécanismes de triche, Tomi et Valentino ne peuvent pourtant pas tout faire seuls. Caroline s’approche alors de Charles, le premier de la classe, et lui montre à nouveau ses imposants talons, celui-ci se dévoue donc immédiatement pour rejoindre l’équipe technique.

Tout semble donc se profiler pour le mieux pour la bonne réussite de l’opération “On sodomise la morale sans capote”, et Louis propose une petite soirée pour fêter les bonnes avancées du plan et la titularisation de Gabriel demain. Valentino se joint à l’idée de Louis et propose des certificats médicaux bidon à tous les convives. Charles excepté, tout le monde reste, madame Léjeaut fera donc son cours à des murs demain matin en raison d’une soudaine épidémie d’otite, perspective qui ne manque pas de réjouir l’assistance.

L’inconvénient d’une soirée avec la terminale technologique E, c’est que c’est MC 20 centimes qui se charge de l’animation musicale, fort heureusement, ce point est vite compensé par l’expertise que Tomi a des différents alcools, souvenir des longues nuits finlandaises.

On constate bien assez vite l’efficacité du breuvage quand Bruno se met à draguer lourdement Caroline. Comprenant bien que Bruno n’est pas passé de lui mettre un 0/10 à son barème de baisabilité à être à la limite de la demander en mariage, la jeune femme adopte vite le réflexe qui sauve en le faisant basculer par terre et en lui démontant les testicules à coups de talons.

Dans un premier temps, Khalid, Louis et Valentino rient beaucoup à la scène qui montre bien que Caroline est de moins en moins naïve, mais ils sont vite contraints de demander à celle-ci de lever le pied, en effet, il y a un match de Coupe Gambardella dimanche à Marseille, et ça ferait tâche que Bruno déclare forfait pour cause de testicules en décomposition. Frustrée, mais ayant l’esprit de groupe, Caroline lui met un ultime coup au visage avant de laisser ce qu’il reste de Bruno tranquille.

Alors que Bruno vit ce qu’il y a le plus proche de l’enfer sur terre, être au sol avec les bourses en miette tout en devant écouter les œuvres de MC 20 centimes, ses collèges d’équipe passent une soirée un brin plus agréable. Khalid, Louis et Valentino faisant une petite partie de poker avec Tomi, celui-ci ayant sagement décliné une bataille corse, se souvenant de la fois où il les a vus à la salle de musculation de l’équipe, recevoir un coup de patte de Valentino en tentant de frapper une double, ce n’est pas la meilleure idée du monde.

Entre deux blagues sur les juifs qui ont toujours un succès tout particulier en ces lieux, Louis et Khalid profitent de l’occasion pour faire plus amplement connaissance avec Tomi, ce rapprochement n’est pas gratuit, Louis sait à quel point le grand patron fait confiance à Tomi qui est souvent chargé d’escorter sa fille, et il n’y a pas besoin d’être président de la Ligue pour savoir qu’avoir les faveurs des puissants est souvent bénéfique.

On peut dire que Tomi n’a pas franchement le profil le plus fréquent de la région, en bon finlandais qui se respecte, il est un grand adepte de musique metal, il a d’ailleurs été membre d’un groupe nommé “Der bloody monster of the darkness soul revenge spirit on Hell” dans sa jeunesse, le mettant ainsi dans une direction bien distincte de celle de Gabriel, rappeur à ses heures ou encore de Louis, grand fan de la danse hip-hop.

Ses sympathies pour l’Alliance Républicaine Centriste ont, quant à elles, beaucoup fait rire Valentino, qui ne manque pas de rappeler qu’il doit rester environ quinze militants dans le parti depuis le désastre électoral de 2012 et qui lui demande s’il est allé au grand congrès du parti, organisé dans la salle des fêtes pourrie de Trifoullis les Oies. Tomi lui répond à juste titre que les rassemblements d’Alternative Antifasciste dans des caves, ce n’est pas beaucoup plus glamour.

De plus, Tomi n’est pas franchement un fanatique de football, s’il ne rechigne pas à regarder un bon match, il ne passera pas trente heures par semaine à regarder des matchs comme Konstantínos ou Khalid, il n’insultera pas l’arbitre de tous les noms devant son écran comme Valentino et bien entendu il ne massacrera pas de poupée vaudou quand ça tourne mal comme Louis.

Après cette enrichissante discussion, tout le monde s’apprête à regagner son lieu de résidence, quand Khalid découvre Vincent bâillonné et en bien sale état. Vu les traces au visage, il fait peu de doute qu’il s’est fait piétiner la figure par Caroline, sans doute encore frustrée de ne pas avoir pu massacrer Bruno, mais Vincent insiste pour dire qu’elle a été un peu aidée par le reste de l’assistance. Le rap malgache a décidément du mal à s’imposer.

Le lendemain, tout ce beau monde se retrouve en tribunes pour assister à la première de Gabriel. Conformément à ses désirs, l’ambiance est toute particulière avec le stade le plus bruyant du championnat, qui ne manque cependant pas d’agacer les ultras, qui ne peuvent plus vraiment faire entendre leurs chants dans ce vacarme. En revanche, MC 20 centimes adore, il a beau chanter ce qu’il veut, personne ne veut le balancer contre les grilles.

Le coach Diaz n’a pas manqué de rester fidèle à son 3-6-1, chose qui ne manque pas d’inquiéter Daniel et Marc, Ajaccio est 3e du championnat, une défense aussi faible risque de devenir aussi étanche que le Titanic contre un adversaire digne de ce nom.

Dès les premières minutes, cette fébrilité se fait ressentir, à chaque ballon perdu par le milieu pourtant très dense des sevranais, leurs adversaires corses n’ont aucun mal à remonter le ballon vers leurs attaquants de pointe, et en huit minutes, il faut déjà deux petits miracles de Daniel pour sauver la baraque, alors que Gabriel et Konstantínos n’ont eu aucune occasion majeure à se mettre sous la dent.

A la 12e minute, c’est presque sans surprise que Daniel doit finalement s’incliner pour son troisième duel après un ballon perdu au milieu de terrain, nouvelle preuve du fossé entre les stars de l’équipe et les rescapés de l’odyssée en National. Profitant de l’inattention de l’arbitre, Konstantínos secoue le malheureux joueur comme un prunier pour se passer les nerfs.

La domination ajaccienne se confirme dans les minutes qui suivent, à part Mohamed, tous les défenseurs semblent totalement largués bien mal servis par leur sous-nombre, mais Daniel semble avoir fixé un aimant à centres sur ses gants et sauve encore plusieurs fois son équipe.

C’est un coup du sort qui relance le match, sur un corner, le gardien et un défenseur, gênés par le bruit se télescopent alors qu’ils visaient le ballon, Gabriel voyant la cage vide n’a plus qu’à propulser mollement le ballon au fond des filets pour égaliser contre le cours du jeu, inscrivant ainsi son cinquième but en Ligue 2 et célébrant dignement sa première titularisation.

Marc, jusque là transparent, semble avoir repris des plumes grâce à ce but inespéré et se distingue par une très belle ouverture vers Konstantínos qui part à toute vitesse sur le côté droit, mais malheureusement son centre est un peu trop long pour que Gabriel puisse couper la trajectoire de la tête.

Une minute plus tard, les milieux ajacciens profitent d’une erreur de replacement de la défense sevranaise pour lancer leur buteur en profondeur, ce face à face avec Daniel est à nouveau remporté par les visiteurs qui n’auront pas eu à s’inquiéter très longtemps.

Juste avant la mi-temps, un coup franc enroulé en pleine lucarne met les sevranais en position encore plus délicate, le score est de 3-1 en faveur des visiteurs. Le coach Diaz ne peut alors que constater que sa défense est trop faible pour rester fidèle au 3-6-1 contre un adversaire aussi redoutable, il profite donc du retour aux vestiaires pour laisser Konstantínos seul milieu offensif et ajouter un défenseur.

Ce choix modifie le sens de la rencontre, avec ce milieu moins dense, les ajacciens dominent désormais légèrement la possession, mais les actions qu’ils obtiennent sont nettement moins dangereuses, chose qui soulage et agace à la fois Marc, s’il avait plus été écouté peut-être qu’on n’en serait pas là.

A vingt minutes de la fin, le score est resté stable, aucune des deux équipes ne parvenant à obtenir des opportunités franches, le coach Diaz décide de tenter un pari offensif en faisant revenir Etienne Baron sur le terrain et en faisant sortir le deuxième milieu défensif, le système est désormais un 4-4-2 losange qui n’a plus rien à voir avec la configuration de début de match.

La tâche des sevranais se complique encore plus quelques instants plus tard sur un corner ajaccien, le dégagement est mal assuré par la défense et la reprise de volée à l’entrée de la surface est limpide, portant le score à un sévère 4-1 en faveur des corses.

C’est le moment choisi par Gabriel pour sonner la rébellion, sur le coup d’envoi, il s’offre un superbe slalom dans la défense adverse, faisant parler la fameuse puissance physique tant louée chez les jeunes sevranais, il n’est arrêté que par une faute à l’entrée de la surface. Après de longues hésitations, l’arbitre estime que la faute est à l’intérieur de la surface et accorde un pénalty aux sevranais, à la plus grande joie des tribunes qui font bruyamment savoir leur approbation de cette décision.

Etienne ayant eu tendance à rater ses derniers pénaltys, c’est Konstantínos qui est chargé d’exécuter la sentence. Le prodige grec ne laisse aucune chance au portier adverse d’un tir puissant à ras du poteau, il y a à nouveau deux buts d’écart et il reste dix minutes à jouer.

La physionomie du match change à nouveau, alors que les corses reculent pour préserver leur avantage, les sevranais changent totalement de dogme, forcés par les circonstance, et proposent un jeu long parfaitement orchestré par Marc qui multiplie les longs ballons dangereux.

A la 85e minute, cette approche est récompensée, lorsque sur un long ballon, le milieu droit, Mamadou Diop, se retrouve totalement isolé sur son côté, il a alors tout son temps pour ajuster un centre vers Gabriel qui se fend d’un fort agréable retourné acrobatique pour réduire la marque.

C’est dans un vacarme assourdissant que sont jouées les dernières minutes, la défense ajaccienne s’étant fort bien ressaisie, les sevranais multiplient les frappes de loin, à la 92e minute, un missile de 25 mètres signé Konstantínos est dévié de justesse par le portier adverse, offrant ainsi aux locaux le corner de la dernière chance.

Konstantínos se charge de l’envoyer dans la boite, le ballon est parfaitement placé pour que Gabriel coupe la trajectoire, le portier adverse réussit un petit miracle en repoussant le ballon, qui se retrouve juste devant Etienne, l’emblématique capitaine du club a le temps de contrôler et de tirer, mais il envoie le ballon à quelques centimètres du poteau.

L’arbitre siffle alors la fin de la rencontre, marquant ainsi le terme définitif des rares espoirs de promotion qui persistaient chez les plus optimistes. Le seul qui peut être heureux de sa soirée, c’est Gabriel, non seulement il a marqué deux fois et obtenu un pénalty, mais en plus Etienne a encore craqué sous la pression. Il semblerait que la passation de pouvoirs ait eu lieu ce soir.
3 J'aimes