Fiction - Le syndrome de Sevran

Merci à toi, à max et à tous les autres qui lisent cette fic :wink:

J’en profite pour rappeler qu’il ne faut pas hésiter à commenter s’il y a des choses qui vous semblent perfectibles, on apprend toujours de ses erreurs quand on y met de la bonne volonté (même si l’erreur date d’il y a 4 chapitres, il y a toujours des choses à apprendre).
N’hésitez pas aussi à me dire si certains personnages plaisent particulièrement ou agacent un peu, sans modifier les storylines, ça pourrait me pousser à mettre plus en avant un personnage dont je sous-estime le potentiel ou à essayer de lever le pied sur un concept que j’ai sur-évalué.

Pour en revenir à tes observations, je ne vois pas totalement le 5 comme un chapitre de transition pure et dure, je pense vraiment que développer le personnage de Miyazaki et ses motivations est essentiel à l’intrigue en justifiant une situation qui parait de premier abord franchement irréaliste (dans la fiction, je me permets beaucoup de choses improbables comme il faut que ce soit un peu divertissant, vu que souvent la vraie vie c’est chiant, mais j’essaie d’éviter ce qui est techniquement impossible), je pense que la petite mise en scène du chapitre 4 n’est pas suffisante pour justifier de tels agissements.

Mais je comprends que le manque d’un match détaillé puisse contribuer à ce sentiment, j’avais envisagé d’en faire un dans le final, mais le chapitre était déjà très long, et je tiens (peut-être un peu trop) à ma cible de 2 000 à 3 000 mots. Le fait que ça arrive sur deux chapitres de suite doit peut-être donner l’impression qu’on n’avance plus, il faut que je veille à limiter ce genre de cas par la suite.

Par contre, oui, le chapitre 6, c’est vraiment le chapitre de transition par excellence, comme tu l’as remarqué j’en avais besoin pour présenter les nouveaux joueurs et établir concrètement les premiers changements au club (un sous-entendu m’aurait paru insuffisant pour cette situation précise étant donné qu’il s’agit de l’aboutissement de la situation posée par le synopsis).

Ceci dit, la première saison du récit (j’en envisage plusieurs, le nombre exact viendra selon ma motivation, ma capacité à ne pas trop me répéter et aussi un peu les retours que je reçois ici et par mes amis extérieurs à iunctis) sert beaucoup à poser les bases, donc je comprends que ça puisse donner l’impression de trainer, j’espère pouvoir faire quelque chose de plus dynamique et déjanté sur la deuxième saison.

Chapitre 7
On ne peut pas échapper à son destin

Mercredi 7 janvier 2015

Au lycée Robespierre, le dernier cours de la matinée de la terminale technologique E, regroupant principalement les sportifs de l’établissement, est assuré par madame Léjeaut, sans doute l’enseignante la moins populaire de l’établissement.

En effet, les élèves sont souvent déroutés par son style si caractéristique d’enseigner, un cours de 55 minutes se décomposant en une première partie de 15 minutes, le temps d’assurer la discipline, une deuxième de 20 minutes, le temps de raconter sa vie, une troisième de 15 minutes, le temps d’exposer une interminable bibliographie qu’aucun élève à l’exception de Charles ne prend le temps de noter, et encore moins de lire, et pour terminer 5 minutes de cours ordinaire comme il faut bien avancer un peu sur le programme.

Le cours de philosophie de ce mercredi se déroule de façon fort banale, Louis croyant bon de blaguer sur le nouveau look “momie” de Vincent, suite à sa performance de la veille. Ce dernier se sent alors obligé de laver l’affront sous son identité de MC 20 centimes et se met à chanter. Alors que madame Léjeaut raconte à une classe passionnée son excursion de la veille dans le RER, où elle a eu le privilège de se faire alpaguer par un de ses anciens élèves qui a eu l’élégance de la qualifier de “keh”, terme qu’elle ne connaissait manifestement pas encore.

Coupée dans son exposé si passionnant par les douces sonorités de la voix de Vincent, madame Léjeaut essaie de trouver un moyen de le faire taire, sans quoi il serait difficile de lui signifier une exclusion de cours. Le lancer de craies en sa direction ayant lamentablement échoué, Bruno, dans un élan de bonté, vient au secours de son enseignante en tentant d’étouffer son camarade en lui faisant ingérer la feuille sur laquelle il avait rédigé les paroles de sa prestation du jour.

S’empêchant de fondre en larmes devant le chaos qui secoue sa classe, madame Léjeaut accompagne Vincent et Bruno vers la sortie, mais elle est interrompue par l’arrivée inattendue du proviseur. Le chef d’établissement demande alors à lui parler en privé, alors qu’ils s’éloignent de la classe, Valentino, qui était jusque là occupé à réfléchir à un nouveau système de dossiers pour mieux s’y retrouver dans son imposante collection de films X, remarque la mine exceptionnellement sombre du proviseur et dit à Gabriel qu’il sent poindre une nouvelle particulièrement sombre.

Lorsque les deux éducateurs reviennent de leur conversation, Khalid remarque également l’air choqué de madame Léjeaut, il conclut également de lui-même que les nouvelles doivent être particulièrement graves, cette femme ayant un registre d’expressions faciales encore moins varié que celui de l’acteur de Luke Skywalker.

Le proviseur s’adresse alors à la classe pour leur annoncer la tragique nouvelle d’attentats ayant eu lieu à la rédaction de Charlie Hebdo, tragédie qui a pour conséquence très secondaire de forcer les élèves à rester sur place l’après-midi. Le lycée Robespierre étant bouclé temps que les autorités soient sûres que les terroristes en fuite ne tentent pas de faire un détour par l’établissement pour semer encore plus le chaos.

Les très pieux Khalid et Gabriel se lancent dans une prière pour les victimes, pendant que Caroline prend Louis et Valentino à part. En effet, les trois adolescents ont reçu de la part de monsieur Miyazaki la consigne de porter attention à sa fille Kasumi, qui est encore très loin de maitriser le français et encore plus loin d’avoir assimilé les mœurs locales.

Celle-ci prenant justement ses cours de langue au sein du lycée Robespierre pour des raisons pratiques, il serait bon que le trio la rejoigne avant qu’il y ait trop d’agitation dans le lycée, Kasumi étant un brin trop habituée au calme de son lycée privé de Sapporo.

Les trois quittent la salle au pas de course, Louis, la fusée de l’équipe, est rapidement à l’autre bout de l’établissement, mais hélas pas au bon étage et Caroline se rend trop tard compte que courir avec les talons hauts qu’elle avait chaussés pour essayer de séduire Bruno n’étant pas une bonne idée.

C’est donc Valentino qui se charge d’accompagner Kasumi vers le groupe, tentant de lui expliquer la situation ayant mené vers une telle escalade vers la violence et la haine, mais expliquer des années de tensions communautaires en quelques minutes, qui plus est en n’utilisant pas sa langue maternelle, est une tâche au moins aussi périlleuse que de demander à un manchot de devenir champion de tennis, et le récit s’en retrouve franchement incomplet.

Pour garder la forme, tous les sportifs de l’établissement se sont regroupés au 4e étage, mettant au profit le moindre espace disponible pour faire un peu d’exercice dans un silence presque angoissant. Chacun reste dans son style, Bruno et Valentino ont opté pour un peu de boxe, Louis et Kasumi font parler leur pointe de vitesse dans un couloir parfaitement dégagé, Khalid et Gabriel travaillent sur leur agilité avec une corde à sauter et la pauvre Caroline se tord de douleur après avoir tenté dix pompes sous les rires perfides de Dimitri qui n’a pourtant rien fait pendant cette séance improvisée.

Alors que la fatigue commence à s’emparer des sportifs, la première petite satisfaction de la journée se profile, les repas sont prêts, ils sont certes modestes, le proviseur ayant du taper dans le stock de chips servant habituellement aux journées de grève du personnel de la cantine, mais les jeunes ne sont pas du genre à faire de chichis.

Alors que Kasumi commence à en avoir trop à la moitié du sachet petite portion et que Valentino ouvre son cinquième sachet, Charles regarde les actualités autour des évènements du jour et relaie l’essor du fameux “Je suis Charlie” sur les réseaux sociaux, essor qui ne fait pas l’unanimité parmi les jeunes.

Khalid est le premier à s’exprimer, en tant que plus calme du groupe, s’il a immédiatement adressé ses prières aux victimes et à leurs familles et qu’il estime que nul ne devrait être inquiété pour ses idées, il est hors de question pour lui de donner l’impression de soutenir tout ce qu’il se dit dans cet hebdomadaire, qu’il a trouvé à plusieurs reprises provocateur et de mauvais goût envers sa religion.

Valentino ajoute qu’il estime que la liberté d’expression, c’est aussi la liberté de se plaindre du mauvais goût, et qu’avec un tel slogan on aura droit dans quelques mois à des “pas très Charlie ça dis donc” à chaque critique portée à une forme d’expression. Bruno ne manque pas de rebondir en disant que si une seule personne utilise un tel argument devant lui, il se prendra un bon coup de pied sauté dans le visage.

Gabriel voit dans Charlie Hebdo un étendard de la tradition laïcarde à la française, qui pour lui ressemble plus à un athéisme d’État qu’à une forme de neutralité religieuse, cette tradition qui est remplie d’un mépris absolu pour les religions. Gabriel parle alors de son cas personnel, assurant que c’est la religion qui l’a fait sortir de la drogue et s’en prend aux médias qui parlent sans cesse des quelques individus rendus fous par une interprétation douteuse de la religion et jamais de personnes qui ont trouvé une forme d’équilibre grâce à elle.

Tout ce que voit Louis, c’est que ce slogan est juste une façade d’unité, mais que dès la semaine prochaine, les politiciens vont se lancer dans une course à la mesure à la con inefficace, se comportant comme des vautours. Il espère juste que son père ne s’abaissera jamais à pareille bassesse dans sa modeste carrière politique.

Caroline, elle, à l’inverse, refuse de voir dans ce slogan autre chose que le symbole qu’il porte, pour elle se déclarer Charlie, c’est simplement défendre la liberté d’expression contre l’obscurantisme prôné par le terrorisme, affirmer que la plume demeurera toujours plus forte que le fusil et montrer qu’un idéal ne peut pas se détruire quand ses incarnations se multiplient.

Plus à l’écart, Charles est surpris de voir pour la première fois ses camarades de classe discuter de façon sérieuse, habituellement leurs conversations tournent principalement autour du foot, des gonzesses, du rap et éventuellement de la baston de la veille, forcément ça fait un petit choc. Mais il n’a pas le temps de beaucoup plus y réfléchir car Kasumi l’interrompt toutes les quatre secondes pour comprendre la signification d’un mot prononcé lors de cette conversation.

Mais quelle que soit leur position, tous s’accordent sur un point, le climat nauséabond que monsieur Miyazaki voulait fuir en quittant le Japon risque de se retrouver de manière démultipliée en France après de pareils actes, la course à la stigmatisation va battre son plein. A croire qu’on ne peut pas échapper à son destin.

Le fameux débat sur la manière de rendre hommage aux victimes se manifeste également dans les vestiaires de l’équipe première, si l’éventualité de porter un brassard noir, comme voulu par la Ligue, ne gêne évidemment personne au vu du traumatisme ressenti dans tout le pays.

L’idée d’un design de maillot spécial pour rendre un hommage assez voyant à Charlie Hebdo, proposée par le nouveau président du club et vivement appuyée par le capitaine Etienne Baron, ne fait pas que des convaincus. A la tête de la fronde se trouve Konstantínos qui n’apprécie que modérément un comportement qu’il n’hésite pas à qualifier de moutonnier.

Il est appuyé par Marc qui connaissant les opinions de la population sevranaise, estime qu’un signe aussi ostensible de ralliement à Charlie Hebdo ne serait très probablement pas très bien accueilli. Au final, le débat est tranché par l’usine de maillots qui ne peut pas envoyer autant d’équipements en moins de 48 heures.

L’hommage se fera donc à renforts de brassards noirs et d’une minute de silence lors au déplacement au Havre, alors 11e du championnat. Les sevranais ne partent pas favoris, les recrues n’ont eu que trois jours pour se mettre en forme et s’adapter, le nouvel entraineur n’ayant pas encore été nommé, le directeur sportif Nacio Rojas assume l’intérim comme il le peut alors qu’il n’a pas entrainé depuis plus de dix ans et on ne peut pas ignorer l’impact négatif de la grande fête organisée le jour de l’arrivée de Mohamed et Konstantínos.

Le début de match des sevranais est très timide. Le Havre domine nettement la possession du ballon, mais Mohamed bloque parfaitement le flanc droit de l’attaque havraise, pourtant vu comme un point fort de l’effectif et Marc se montre très performant dans l’axe. Les rares offensives de ce début de match viennent d’un côté gauche habituellement délaissé par les havrais et ne présentent aucun danger pour Daniel.

Très motivé par la perspective de dédier un but aux victimes, Etienne se livre comme jamais et semble s’épuiser inutilement tant les autres joueurs offensifs ne sont pas à la fête pour ce match de reprise, sans doute encore un peu anesthésiés par l’enchainement de nouvelles surréalistes pendant la semaine précédente.

Devant l’inertie de l’attaque sevranaise, les joueurs havrais gagnent en confiance et multiplient les percées du côté gauche, même si les centres finissent souvent trop facilement dans les mains de Daniel. A la 36e minute, leur persévérance est récompensée d’un pénalty après que Daniel ait été poussé à la faute sur une énième approximation d’une défense encore trop faible si l’on exclut Mohamed.

Les espoirs sevranais semblent s’envoler lorsque l’arbitre du match dégaine un carton rouge, qui peut sembler assez sévère vu la position des joueurs. Au fait de jouer à dix, s’ajoute le fait de devoir aligner Nicolas Montini, qui trouve déjà le moyen de se distinguer en trébuchant en se dirigeant vers son but, probablement trop préoccupé par sa coiffure et pas assez par la position de ses pieds.

Contre un gardien pas encore dans son match, l’attaquant havrais Sofiane Faure croit bon de tenter une panenka, mais Nicolas Montini est resté totalement immobile et capte facilement le ballon. Alors que le coach havrais lance un regard noir à son attaquant, Nicolas envoie le ballon loin devant et atteint par miracle son capitaine.

Etienne Baron qui rêvait de cette opportunité, déborde le dernier défenseur, amorce son tir, et l’envoie deux mètres au dessus. Sur le banc, Nacio se met à débiter des injures en espagnol à un rythme qui forcerait le respect de beaucoup de jeunes de la cité.

Les havrais, en supériorité numérique, prennent alors encore plus largement le contrôle du match, en témoigne cette très nette occasion à la 44e minute, où un centre de Sofiane Faure trouve la tête d’un de ses coéquipiers qui l’envoie sur le poteau gauche sevranais, permettant à Mohamed de dégager le ballon.

A la mi-temps le score est toujours vierge, mais l’AS Sevran est en bien mauvaise posture, entre son infériorité numérique, la perte de son gardien titulaire, un côté droit sinistré et une attaque sans imagination. Nacio décide que les grands maux méritent les grands remèdes, Etienne Baron est sorti sans ménagement au profit de Stéphane Germain, sans doute moins émotif ce soir.

De plus, le brassard de capitaine est confié à Mohamed, certes très expérimenté et très performant ce soir, pour cette deuxième mi-temps alors qu’il connait à peine l’effectif. Alors qu’Etienne se retient d’aller dire ce qu’il pense vraiment à son coach d’un soir, Nacio surprend l’effectif en leur demandant de jouer avec audace même s’ils sont en infériorité numérique, ce n’est pas le vieux Tison qui aurait pris tant de risques.

En début de deuxième mi-temps, cet électrochoc semble porter ses fruits, les havrais n’avaient pas imaginé que les sevranais puissent se lancer corps et âme à l’attaque, et Marc profite d’un de ces moments de flottement pour trouver Konstantínos bien isolé sur le côté gauche, malheureusement son centre passe à quelques centimètres du crâne de Stéphane Germain.

Après dix minutes, les havrais s’adaptent enfin à ce jeu très dynamique et lancent des contres tranchants, encore une fois Sofiane Faure se retrouve franchement malheureux, glissant alors qu’il partait seul au but après une offensive sevranaise bien repoussée par ses défenseurs, trahi par un mauvais choix de crampons sur une pelouse un peu trop humide.

Les équipes se renvoient coup pour coup, et c’est tout un stade qui sort de la torpeur provoquée par l’actualité récente pour encourager les siens et profiter du spectacle. Ce type d’atmosphère, si rare en Ligue 2, inspire grandement Konstantínos, qui avait jusque là réalisé un match assez décevant, l’ailier droit grec élimine deux défenseurs, exposant enfin ses capacités techniques et envoie un centre parfait dans la surface. Cette fois-ci, Stéphane arrive à temps et propulse le ballon au fond des filets d’un coup de tête puissant.

Alors que les sevranais mènent au score, les havrais reprennent l’initiative sur le match, portés par leur public, et mettant la défense sevranaise au supplice en profitant de la baisse en régime de Marc, après de nombreux efforts consentis en attaque. Durant ce temps fort, la scoumoune s’abat encore une fois sur Sofiane Faure, qui trouve la barre transversale sur une tentative de 25 mètres pour laquelle il avait réussi à parfaitement s’isoler.

A la 75e minute de jeu, les havrais obtiennent un coup franc sur le côté gauche de la surface, le ballon est envoyé dans le paquet et est mal renvoyé par l’arrière-garde sevranaise, dans la confusion générale, le ballon arrive sur Sofiane Faure, qui le contrôle et l’envoie entre les jambes de Nicolas Montini pour le but de l’égalisation, récompensant sa persistance. Pendant ce temps, Daniel explose de rage dans les vestiaires, pensant qu’il aurait pu arrêter ce tir.

Le dernier quart d’heure est à sens unique, et sur le dernier corner, il faudra une tête miraculeuse de Mohamed sur la ligne de but pour contrarier le coup de tête rageur de Sofiane Faure, qui a bien failli passer de zéro à héros. C’est donc sur un score de un but partout que les deux équipes se séparent sous les vifs applaudissements d’un public conquis.

Si ce nul ne fait pas véritablement les affaires des sevranais sur un plan comptable, il marque une belle solidité mentale de la plupart de l’équipe dans un contexte douloureux, l’émergence possible d’une vraie mentalité offensive et des débuts très encourageants pour les deux nouveaux de l’équipe. Cette équipe est encore avant-dernière, mais la sortie de la zone de relégation ne semble être qu’une question de semaines.
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Par souci de transparence, je dois vous signaler que j’ai procédé à une très légère retouche de deux anciens chapitres, le support le permettant.

En effet, j’ai commis une petite erreur de calcul dans l’âge des joueurs, ils sont censés être en terminale et non en première. C’est désormais chose corrigée, et tous les prochains chapitres prendront en compte cette correction.

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Intéressant on s’est éloigné un temps du sportif pour aborder un sujet bien plus sérieux. Alors je ne sais pas si tu veux en faire quelque chose plus tard, si tu écris au jour le jour etc mais clairement si tu voudrais en faire quelque chose un jour, tu devras modifier ce passage (voir carrément le supprimer je pense).

Perso j’aime bien l’idée d’y insérer de l’actu, du politique etc. Faut juste que ce soit bien senti et ne pas tomber dans une caricature de mecs de cités (je te rassure, y avait pas, a mon goût, cette erreur dans ce chapitre). Mais du coup au vu des derniers chapitres j’ai plus de mal à attraper un véritable fil conducteur, on se concentre sur les jeunes, mais finalement, pour l’instant plus au niveau personnel, idéologique que sur le plan sportif, et finalement on suit autant l’équipe première (si ce n’est plus). Ça apporte de la fraîcheur, maintenant je vais émettre une petite réticence dans le sens où plus les chapitres avanceront plus ça risque d’être difficile de s’intéresser à tout, après c’est prévu je pense que les jeunes intègrent l’équipe première et quand ce sera fait on aura plus à jongler entre chaque thèmes. J’espère être a peu près clair.

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Pour l’instant, l’idée c’est surtout à la fois de renouer un peu avec l’envie d’écrire (j’ai fait pas mal de fictions étant plus jeune, même s’il va sans dire que la qualité était nettement inférieure à ce que je fais actuellement) et de divertir des connaissances.

Je publie la fiction ici comme il y a beaucoup de gens passionnés par le football et beaucoup de gens qui me semblent très ouverts d’esprit vu le contenu des sujets sur l’actualité, je pense qu’on peut retrouver ici des personnes qui pourraient apprécier ce genre de contenu sans être des connaissances au préalable, ce qui est toujours un plus.
S’il y a possibilité d’en faire autre chose plus tard, je ne vais pas cracher dans la soupe, ce serait génial, mais actuellement ce n’est pas l’objectif principal.

Concernant l’insertion d’actualité et de politique, même si ça doit rester secondaire par rapport au sport, et s’il est nécessaire que je ne prenne pas de parti pris trop lourd (en clair, que je défende implicitement une idée spécifique me parait acceptable, mais il ne faudrait pas que je transforme la fiction en tract du Front de Gauche), ça me semble assez important, le fait que les personnages soient des footballeurs ne les coupe pas de la réalité et c’est une part intégrante de la vie d’un groupe. J’aurais le sentiment de faire quelque chose d’incomplet si je ne l’abordais pas, ne serait-ce que fugacement.

Ne pas tomber dans la caricature est très important, surtout pour une actualité aussi houleuse, je voulais aussi un peu combattre les clichés, montrer que les gens qui prennent leurs distances sur le “Je suis Charlie” ne sont pas que des fanatiques religieux ou des gens n’ayant aucune compassion envers les victimes (et inversement à travers le personnage de Caroline montrer qu’on peut défendre ce slogan sans tomber dans la moutonnerie).

Et oui, je comprends tes inquiétudes sur le fait que ça semble partir dans beaucoup de directions. Je l’ai bien ressenti comme à la base je voulais faire 8-10 chapitres sur cette saison, et je pense qu’on sera assez nettement au dessus, comme sinon il y a des tas de choses que je n’aurais pas pu caser (et même sans ça, j’ai été obligé de couper certains gags pour ne pas faire des chapitres encore plus longs). Mais sans trop vouloir te spoiler, je pense que ce sera plus aisé à gérer sur la suite.

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Chapitre 8
Un match plein de subtilité

Vendredi 16 janvier 2015

Durant la semaine séparant le déplacement au Havre de la réception du rival cristolien, le recrutement de l’encadrement est enfin terminé. Tout d’abord, le club se doute d’un atout de poids avec Luis Diaz, son nouvel entraineur espagnol, technicien expérimenté et connu pour son amour du jeu de passes courtes, chose qui ne manque pas de ravir les dirigeants du club qui comptent sur la bonne publicité accordée au niveau de jeu de l’équipe pour remplir les tribunes.

Ensuite, de manière qui semble plus anecdotique, monsieur Miyazaki a enfin trouvé la perle rare pour assumer le rôle de traducteur officiel, vu l’auberge espagnole que devient le club, il lui a semblé nécessaire de trouver une personne maitrisant un très grand nombre de langues. L’homme providentiel se nomme Tomi, un jeune franco-finlandais extrêmement talentueux dans ce domaine car il maitrise onze langues, le français, l’anglais, le japonais, le finnois, l’italien, l’espagnol, l’arabe, le portugais, le suédois, le russe et l’hindi. Il est fort probable qu’il évitera beaucoup de problèmes à l’ensemble de l’encadrement du club.

Ce soir, c’est bien sur le nouvel entraineur qui sera la star, alignant une formation assez originale en 3-6-1 qui devrait offrir un énorme défi aux cristoliens au milieu de terrain et offrant les clés du jeu à Konstantínos, aligné à une inhabituelle position de milieu offensif.

Les voyants semblent au vert, la pluie qui s’était abattue dans l’après-midi a disparu, laissant un terrain légèrement humide, plutôt bénéfique au jeu prôné par le coach Diaz. C’est d’ailleurs cette humidité qui lance les hostilités, un malheureux défenseur cristolien ayant fait un mauvais choix de crampons effectue une relance plus hasardeuse dans les pieds de Konstantínos, celui-ci n’a plus qu’à fixer le gardien adverse et remettre en retrait à Etienne Baron, pour que le capitaine sevranais ouvre le score après un peu plus d’une minute de jeu.

Bénéficiant du double avantage de pouvoir enfin gérer un avantage et d’avoir un milieu de terrain aussi touffu que l’intérieur de la culotte d’une actrice porno japonaise, les locaux n’ont aucun mal à étouffer les rivaux cristoliens qui se retrouvent avec une possession de balle ridicule durant toute la première demi-heure. Certains nouveaux fans croient d’ailleurs bon d’entamer une série de “olé” dans le public.

Malgré cette nette domination, les sevranais ne s’offrent pas d’occasion tranchante, et ils en sont punis à la 33e minute, lorsque les cristoliens obtiennent un coup franc aux trente mètres, si Mohamed parvient à empêcher l’avant-centre adverse de couper la trajectoire, Nicolas Montini se distingue en laissant bêtement passer le ballon sous son ventre, offrant une égalisation surprise aux visiteurs.

Les courageux des tribunes se lancent bien vite dans la reprise d’un chant de l’année précédente se moquant copieusement du gardien remplaçant qui ne doit sa place qu’à la suspension de Daniel Iwanicki. Mais ces chants sont vite éteints par un excellent réflexe de Marc, qui après une interception remet très vite la balle au milieu droit malien Mamadou Diop, alors parfaitement démarqué, qui file vers le but et inscrit son premier but de la saison, rendant ainsi l’avantage aux locaux.

Comprenant qu’un attitude aussi négative que celle vue lors de la première demi-heure pourrait leur coûter le match, les hommes de l’avant-garde sevranaise se lancent à l’assaut du but adverse, Konstantínos, qui n’avait pas fait grand chose après l’ouverture du score, se réveille de fort belle manière avec une tentative à 25 mètres du but, qui est déviée de justesse en corner par le gardien adverse.

Sur le corner suivant, Konstantínos trouve la tête de Mohamed, qui passe malheureusement quelques centimètres au-dessus de la barre adverse, les cristoliens semblent alors totalement submergés. Mais à la 44e minute, Nicolas Montini les remet à nouveau dans le match, lorsque beaucoup trop avancé, il concède un but sur un lob de loin parfaitement ajusté.

A la mi-temps, Konstantínos est légèrement irrité par ce mauvais travail de son portier et porte un sale coup à la porte du vestiaire avant de régler ses comptes avec Nicolas en lui déversant un flot d’insultes que personne n’ose interrompre. Dans un registre plus calme, le coach Diaz est également franchement déçu de la prestation de son gardien et n’hésite pas à le remplacer par le troisième gardien de l’équipe, un joueur de DH, recruté à la hâte cet été pour garnir la réserve.

D’entrée de deuxième mi-temps, les cristoliens se décident à tester leur nouveau jouet et c’est sur une frappe de 35 mètres que se solde la première offensive des visiteurs, frappe qui finit dans les filets après une grossière faute de main du portier local. Créteil prend pour la première fois les commandes du match, alors que Nicolas peut souffler pour son poste de remplaçant et que Konstantínos explose de colère hurlant à ses coéquipiers dans son langage si délicat qu’il ne supporterait pas de se faire enculer par une bande de bouffeurs de morue.

Le très dense milieu sevranais s’applique alors à sevrer leurs opposants de ballons pour que le gardien soit le moins sollicité possible. Privés de ballon, les visiteurs s’agacent de plus en plus et commettent des petites fautes de placement, et malheureusement pour eux, laisser Marc dans une bonne position de tir à l’entrée de la surface n’est pas franchement une bonne idée. La frappe est puissante, et le portier cristolien ne peut rien faire pour empêcher le but. Le score est désormais de trois buts partout alors qu’on n’est qu’à l’heure de jeu.

Revenus à ce score de parité, les joueurs sevranais sont totalement déchaînés, le nombre de tirs effectués par les joueurs locaux ressemble de plus en plus au nombre de balles que l’on retrouve dans le corps d’un terroriste après une intervention méticuleuse du RAID. La domination durant le quart d’heure suivant ce troisième but est si totale que l’on n’a vu le ballon que deux fois dans la moitié de terrain sevranaise pendant tout ce laps de temps.

Konstantínos, qui semblait avoir un peu disparu des radars après son petit pétage de câble de la mi-temps, retrouve tout son allant et réalisé un très joli une-deux avec Mamadou Diop, chose qui le lance parfaitement du côté droit. Il se doute alors que la défense cristolienne s’attend au centre et décide astucieusement de glisser le ballon entre les jambes du portier adverse.

Les filets tremblent donc pour la septième fois de la soirée en cette 75e minute de jeu, sous les applaudissements nourris d’un public en délire. MC 20 centimes tente de profiter de l’euphorie générale pour lancer un chant de soutien. Malheureusement ses voisins de tribune estimant le chant trop long préfèrent une autre activité, le lancer de Vincent sur les grilles du stade, une discipline bien noble que l’on sous-estime trop souvent.

Sur le terrain, l’ambiance est bien plus tenue et respectueuse, comme on peut par exemple le voir au milieu de terrain quand Marc commence à chambrer gentiment un de ses homologues cristoliens en l’incitant amicalement à abandonner le football pour se reconvertir dans la fabrication d’emmental. Propos pourtant mal pris par le joueur adverse, qui peut-être un peu fatigué, lui assène un coup de coude discret.

Konstantínos, lui, a bien vu le coup de coude et veut venger l’affront. Il inflige donc tout aussi discrètement un bon coup d’épaule au milieu de terrain cristolien, qui finit par dépasser les bornes et lui fait un plaquage en plein match de football. Les arbitres qui n’avaient rien vu jusque là ne peuvent que constater que la bagarre générale. Bagarre qui ne manque pas de ravir le public puisqu’elle survient lors d’un match contre une équipe rivale.

Après avoir attendu quatre bonnes minutes, procédé à la distribution de six cartons jaunes et exclu deux joueurs de chaque côté, l’arbitre fait reprendre le match. Entre la fatigue des cristoliens et le jeu à neuf de chaque côté, les espaces offerts à l’équipe locale semblent immenses. Marc, pour une fois pas trop fatigué en fin de match grâce à la nouvelle disposition tactique, en profite pour trouver un Konstantínos parfaitement dégagé. La nouvelle arme grecque de l’AS Sevran ne manque pas de confirmer sa bonne forme en ajoutant un cinquième but après avoir remporté son duel face au gardien adverse.

La fin de match sera moins agitée, les cristoliens ne tenant pas à ce que ce match se transforme en massacre et les sevranais se satisfaisant pleinement de ce beau succès devant leur public qui confirme les belles promesses de la nouvelle ère dans laquelle entre le club.

Le public n’est pas le seul ravi, dans les vestiaires, Tomi annonce que monsieur Miyazaki est si comblé par le spectacle offert qu’il quadruple les primes de victoire pour ce soir. Voilà qui lance de très bonnes bases pour les relations entre les joueurs et la nouvelle direction du club.

Mais un danger plane pour la belle harmonie des vestiaires, le coach Diaz s’est décidé à assister personnellement au match de l’équipe des moins de 19 ans dimanche contre Reims. Il faut dire que la description qui lui en a été faite par les pontes du club est particulièrement alléchante et que l’affiche de Coupe Gambardella contre Reims, leader d’un des autres groupes du championnat des moins de 19 ans, fait figure de révélateur intéressant.

Le grand jour est enfin arrivé pour la jeune armada sevranaise, jouer un match à enjeu devant un entraineur aussi réputé que Luis Diaz est quelque chose que peu d’entre eux aurait imaginé il y a quelques mois, et en bons inconscients, ils sont tous remontés à bloc, déterminés à ne rien laisser sur leur passage.

Sur le terrain, la timide humidité du vendredi soir a laissé la place à d’abondantes chutes de neige, nouvelle diversement accueillie par les joueurs locaux, si Khalid craint que le climat ne mette pas vraiment en valeur sa technique fine, Valentino est au contraire ravi, un climat difficile favorise le jeu très physique et les demi-portions rémoises qui auraient le malheur de croiser sa route vont passer un sale quart d’heure.

A la sortie des vestiaires, Valentino donne d’ailleurs le ton en lançant un regard noir à l’ailier de poche rémois, le type de regards qui ressemble plus à une menace de mort qu’à quoi que ce soit qui puisse être lié au sport, qui plus est lorsqu’il y a pas loin de quarante centimètres de différence entre les deux protagonistes.

Comme on pouvait s’en douter, Valentino entame un match plein de subtilité comme il les aime, avec un beau tacle bien appuyé dès la quinzième seconde, laissant son adversaire au sol. L’intervention étant licite, l’arbitre laisse jouer, et Bruno s’empare du ballon. Il progresse de quelques mètres avant de voir Gabriel bien placé à l’entrée de la surface, la frappe de l’avant-centre passe tout près du but adverse.

La neige épaisse rend le match assez indigent sur un plan technique, il faut compter sur les violentes percées de Valentino pour alimenter Gabriel en ballons, mais malheureusement, l’avant-centre peine à trouver des positions de tirs assez bonnes pour tromper la vigilance de l’arrière-garde rémoise.

Mais les coups de boutoir déstabilisent progressivement la défense rémoise, et à la 24e minute, Valentino exagère nettement un contact a priori relativement anodin dans la surface, après quelques instants de flottement, l’arbitre assistant fait savoir à l’arbitre central qu’il pense qu’il conviendrait de siffler un pénalty, avis immédiatement suivi par l’homme en noir.

Les rémois ont beau exploser de colère, il n’y aura pas de retour en arrière sur cette décision, et c’est Gabriel qui se charge de tirer le pénalty. Sa frappe puissante au ras du poteau est imparable, et les sevranais prennent l’avantage. Comme aime tant le dire monsieur Miyazaki, un bien mal acquis reste un bien acquis.

Les ardeurs offensives des rémois sont particulièrement fortes après cette ouverture du score malgré le climat hostile, pour limiter l’ampleur du phénomène, Valentino a la riche idée de placer un coup vicieux sur la cheville du meneur de jeu rémois. Alors que l’atout majeur des visiteurs sort sur civière, l’arbitre ne dégaine qu’un carton jaune, ajoutant un peu plus à la fulmination de ceux-ci.

La frustration ne rend pas vraiment service aux visiteurs qui se replacent mal en défense, chose qui leur coûte cher lorsque leur grand ami Valentino, alors sur le bord de sa propre surface, balance un ballon près de 70 mètres devant, presque au hasard, qui est récupéré par Louis au prix d’un sprint foudroyant. L’ailier franco-gabonais ne se fait alors pas prier pour transformer sa première occasion du match en but.

A la mi-temps, le score est de 2-0 pour les hôtes qui dominent leur sujet, mais le bilan est contrasté dans l’optique de séduire le coach, le sprint de Louis a fait forte impression et Gabriel a brillé par sa disponibilité, en revanche Khalid est totalement invisible et Bruno réalise un match très moyen.

Au retour des vestiaires, Valentino agit d’une manière qui ne plaide pas forcément en sa faveur, en cassant une contre-attaque. Fortement agacé par l’accumulation entre cette faute d’antijeu et tout ce qu’il s’est passé en première période, l’attaquant rémois fauché lui inflige un coup de tête en se relevant. L’arbitre prend ses responsabilités et exclut alors les deux hommes.

Si le coach des jeunes voit un bilan globalement à l’action de Valentino qui a fait sortir deux des meilleurs joueurs adverses du terrain, volé un pénalty, cassé un contre et fait une belle passe décisive avant de se faire sortir. Luis Diaz a en revanche une vue bien moins positive du jeune milieu défensif. Un carton garanti par match vaut-il vraiment cette puissance, d’autant que tel n’est pas l’atout principal requis dans son système ?

En revanche, Gabriel poursuit son sans faute, à la 58e minute, il s’offre un superbe slalom dans la défense adverse, avant de remettre en retrait à Bruno qui n’a plus qu’à pousser le ballon dans le but vide. Les jeunes sevranais semblent alors s’acheminer vers un succès tranquille contre un adversaire de haut rang.

Malheureusement, Bruno n’a pas véritablement le temps de profiter de ce but, piqué au vif par une remarque hostile au Portugal proférée par un défenseur rémois, il projette violemment ce dernier au sol, initiant une bagarre générale. Plus rapide à faire cesser les hostilités que l’arbitre du match de l’équipe première, l’homme en noir exclut Bruno et avertit deux joueurs de chaque équipe.

Réduits à neuf contre dix, les sevranais ont alors grande peine à garder le contrôle du match, même Gabriel est forcé à se replier en défense dans les vingt dernières minutes, et réussit d’ailleurs un beau sauvetage sur un corner à la 74e minute pour parachever sa belle prestation.

Mais il ne pourra rien sur la superbe percée de l’attaquant rémois remplaçant cinq minutes plus tard qui fait pleinement fructifier son avantage en terme de fraîcheur avec une petite remise en retrait pour un de ses milieux qui n’est pas sans rappeler le troisième but des locaux.

Avec plus que deux buts à rattraper les rémois se jettent corps et âme en attaque, et sont récompensés à la 85e minute par un cafouillage de la défense sevranaise sur un corner pourtant assez mal tiré, lui-même consécutif à une glissade de Louis qui tentait de mettre le ballon en touche plutôt qu’en corner.

Les cinq dernières minutes sont étouffantes, et les rémois croient voir la lumière à la dernière minute du temps réglementaire, lorsque le si précieux remplaçant se retrouve dans une très belle position de tir à l’entrée de la surface, malheureusement pour les visiteurs, le ballon est expédié un peu trop haut et rebondit sur la tranversale sevranaise.

Khalid a parfaitement suivi et balance le ballon loin devant, Gabriel est le plus prompt à récupérer la balle et se lance dans une course de 60 mètres sans véritable opposant avant de crucifier le gardien adverse et peut-être la carrière de certains joueurs de l’équipe première par la même occasion.

A part pour Gabriel, cette victoire a un goût des plus étranges pour les jeunes de l’équipe, ils ont gagné un match avec un opposant de grande valeur et sont qualifiés pour la suite de la Coupe Gambardella, mais on ne peut pas dire qu’ils aient fait grand chose pour épater le staff de l’équipe première. Mais gageons que toutes ces peines se dissiperont lors de la grande soirée FIFA-piment organisée par Gabriel, personne n’oserait saboter la joie d’un ami.

Dès le lendemain, Gabriel est convoqué dans le bureau du grand patron de l’équipe première. Chez les jeunes, tout le monde comprend qu’il faudra vite trouver un nouvel avant-centre pour espérer ramener le titre national.
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Comme Steven s’occupe du PDF, je lui signale que j’ai changé le nom du chapitre 8 (et à tous les autres aussi par souci de transparence).

Autant le chapitre en lui-même a eu des retours très corrects de la part de mes quelques lecteurs hors-iunctis (comment je me la pète), autant le coup de ma blague à la con sur le titre, ça n’a pas fait rire grand monde, je me réoriente donc vers un schéma plus proche des premiers chapitres. (Oui je sais :fragile: )

Pour ne pas que le titre fasse trop tâche par rapport au reste pour ceux qui liront plus tard, vu que je ne recommencerai pas ce genre de blague, j’ai préféré mettre quelque chose qui jure moins avec le ton habituel.

J’espère vous proposer la suite lundi ou mardi, ça aura mis un peu plus de temps que d’habitude comme j’ai eu un agenda assez chargé cette semaine, mais bon parfois les pauses c’est bien pour la créativité.

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Chapitre 9
Pas le genre de la maison

Mercredi 4 février 2015

Après un entrainement bien chargé et pour une fois studieux, Bruno n’ayant pas osé déclencher une bagarre avant la fin, pour donner plus de temps à Louis de travailler à son recyclage en tant qu’avant-centre de l’équipe des moins de 19 ans, les remplaçants de Gabriel n’apportant pas vraiment satisfaction, les jeunes espoirs de l’AS Sevran se rendent au supermarché du coin.

Le but n’est pas véritablement de faire les courses, mais de mettre la pagaille dans les rayons, en effet les jeunes n’ont pas véritablement apprécié que la direction du magasin ait osé appeler la police après qu’une jeune fille de la cité ait volé deux culottes, ils sont persuadés que si elle avait été blanche, tout cela se serait réglé en privé.

Voilà qui mérite donc sanction, un temps les jeunes ont envisagé de brûler la voiture du directeur, mais ils se sont dit qu’un tel acte ne serait pas très original, ils ont donc opté pour un bon gros chaos dans les rayons, qui aura en plus le mérite de travailler leur endurance lors de la course-poursuite avec les agents de sécurité.

Louis et Dimitri, en grands férus d’humour, se précipitent avant toute chose sur le rayon des préservatifs et glissent des boites dans tous les sacs qu’ils voient, rien de tel qu’une bonne diversion pour profiter du chaos. Khalid et Valentino, eux, préfèrent prendre un maximum d’œufs dans leur chariot, pour repousser les futurs assauts des agents de sécurité.

Plus désorganisé, Bruno démarre bien vite les hostilités au rayon poissonnerie où il fauche un poisson à l’étalage et feint la fuite, pour mieux revenir sur ses pas et balancer le produit au visage du poissonnier qui tentait de prévenir la sécurité. Bruno ne manque alors pas de le traiter de sale collabo avant de fuir pour de bon.

Voyant les agents de sécurité courir vers le rayon poissonnerie, Louis et Dimitri comprennent qu’il est temps d’arrêter les farces de gamin de sixième et passent aux choses sérieuses, en l’occurrence les blagues de gamin de cinquième, en fauchant des tubes de ketchup qu’ils vident sur les clients qui ont le malheur de croiser leur route.

Clients parmi lesquels figure Caroline dont le pantalon est recouvert de ketchup, elle se lance immédiatement à la poursuite de Dimitri, étant assez intelligente pour savoir qu’elle ne rattrapera jamais Louis, soucieuse de ne pas reproduire son erreur du lycée Robespierre, où elle était passée proche de se casser la cheville, Caroline se débarrasse de ses talons, et les envoie involontairement sur les yeux d’un vendeur, contribuant ainsi bien malgré elle à l’expédition punitive contre le supermarché.

Plus collectif, Khalid s’est mis au lancer, multipliant les attaques à l’œuf sur les agents de sécurité à la recherche de Bruno, malheureusement étant plus doué en football qu’en baseball, les lancers de Khalid ne sont pas très précis et un oeuf se retrouve ainsi sur la veste de Caroline, alors elle-même en pleine course-poursuite contre Dimitri.

Valentino n’est quant à lui pas véritablement concerné par ces questions de précision, il préfère courir en déversant de l’huile partout derrière lui, provoquant ainsi de superbes chutes d’agents de sécurité mais aussi celle de Dimitri qui commençait à fatiguer de sa course-poursuite avec Caroline. Cette dernière tient enfin sa vengeance et vide deux paquets de farine sur Dimitri encore secoué par sa chute.

La situation étant rendue encore plus confuse par le nombre anormal de sacs sonnant aux détecteurs en caisse suite à la petite blague des préservatifs, le directeur prend la décision d’appeler la police, pendant ce temps, Bruno arrive au rayon surgelés et enfonce un imprudent agent de sécurité qui avait tenté de le stopper dans un des nombreux congélateurs.

Quand la police arrive, Louis arrive à se faire la malle, il faut dire que confronter le guépard de Sevran à l’agent René Deblanchard à la course n’était pas forcément la meilleure stratégie de la part des policiers. En revanche, les autres sont cernés et se livrent à leurs derniers barouds d’honneur en finissant leurs provisions sur les agents de sécurité du magasin.

Alors que Caroline est arrêtée sans ménagement, un doute horrible envahit un des agents encerclant Bruno, il dit à ses collègues craindre avoir affaire à des footballeurs. En effet, la hiérarchie a donné des consignes d’indulgence, craignant de froisser monsieur Miyazaki, chose qui ne manquerait pas de rendre furieux le député local et par conséquent son ami le ministre de l’intérieur.

Le mot est vite transmis, et les policiers se montrent étrangement aimables au moment d’inviter les fauteurs de trouble à les suivre, préférant leur parler du match de vendredi plutôt que des les sermonner, au plus grand désespoir du directeur du magasin qui espérait un traitement similaire à celui reçu par la jeune voleuse la veille.

Arrivés dans le fourgon, les jeunes joueurs ne peuvent que constater que Caroline s’est nettement moins bien tirée de cette excursion dans le magasin qu’eux, les vêtements ravagés par les diverses réjouissances de l’après-midi et les poignets serrés par les menottes.

Valentino, ayant alors compris que le groupe a été épargné pour son rang et non par simple amabilité, ne se prive pas pour demander pourquoi sa collègue a été menottée. Les agents de police virent alors au blanc pâle et retirent les menottes de Caroline alors que Khalid ne peut s’empêcher de rire franchement à la situation, il y a six mois ce genre d’interrogation se serait probablement terminée en coup de taser.

Une fois au commissariat, tout ce beau monde se retrouve dans une grande cellule en attendant l’arrivée de l’avocat du club. En bon habitué des lieux après divers affrontements en début d’année, Bruno ne manque pas de présenter les lieux à Caroline pour dédramatiser la situation, il faut dire qu’elle est plutôt du genre à ne jamais avoir pris une heure de colle.

Une fois arrivé, l’avocat s’entretient avec les jeunes et les policiers et obtient vite leur libération, ceux-ci tenant à leur poste. Tomi, le traducteur de l’équipe qui accompagnait Kasumi pour un peu de shopping, se chargera de les reconduire jusqu’à la cité. Pendant que Dimitri raconte quelques blagues pour détendre l’atmosphère, Valentino prend Caroline et part et lui dit d’exagérer totalement le récit de son arrestation auprès de Kasumi.

Alors que le véhicule 9 places du club s’arrête devant le commissariat, nos amis ont la surprise de voir que Gabriel accompagne Tomi et Kasumi. Alors que le traducteur se charge de tout ce qui a trait à la paperasse et que Gabriel salue ses amis, Kasumi voyant Caroline dans un état lamentable lui demande immédiatement ce qu’il s’est passé.

Usant alors de toute son expérience en cours de théâtre, Caroline dramatise totalement le récit de sa journée, faisant croire qu’elle a été arrêtée de manière totalement arbitraire après que Bruno et Dimitri se soient lancés dans une innocente bataille au ketchup dans les rayons, qu’elle a été violemment plaquée sur un rayon, tâchant ainsi sa veste avec un oeuf brisé, que ce sont les policiers qui lui ont arraché ses chaussures et que ceux-ci auraient pratiqué une palpation qui ressemblait plus à des attouchements sexuels qu’à une mesure de sécurité. Khalid ne manque d’ailleurs pas de reconnaitre en ce récit des choses qui sont vraiment arrivées à sa sœur par le passé.

Pour le moins irritée du traitement qu’aurait subi son amie, Kasumi se dirige vers l’accueil et fait un véritable scandale, que Tomi essaie de traduire de la manière la plus diplomatique possible chose qui le force à passer sous silence le passage où Kasumi compare les méthodes de la police locale à celles du gouvernement chinois.

Pendant ce temps Valentino jubile intérieurement, si les policiers avaient peur de Miyazaki à la base, ils n’oseront plus rien faire du côté du club si celui-ci est passablement irrité contre eux, et on sait qu’il ne refuse jamais rien à sa fille. Avoir droit à la même impunité que bon nombre politiciens rien qu’en étant dans cette équipe, voila qui offrira plus de sérénité aux opérations coup de poing du groupe.

Il n’est pas le seul à s’enthousiasmer en ce moment, Gabriel annonce qu’il a enfin été retenu pour un match avec l’équipe première. Clin d’oeil du destin, c’est à Orléans, dont l’équipe de jeunes avait été pulvérisée sous les yeux de monsieur Miyazaki, que la carrière professionnelle de Gabriel débutera peut-être.

Avec tant de motifs de réjouissance, tout le monde se rend au kebab “Chez Abdullah” pour le repas de la soirée, les jeunes retrouvent Louis, qui avait été alerté de leur libération par son très influent père et rencontrent pour la première fois Konstantínos qui voulait discuter un peu avec Gabriel pour préparer le match, et accessoirement éviter la soirée belote organisée par Marc et Etienne qu’il trouve un brin ennuyeuse.

A table, l’ambiance est conviviale, Gabriel et Khalid se réjouissent des efforts d’adaptation de Kasumi, insulter les policiers en public moins de deux mois après être partie de prestigieuses écoles privées, ce n’est en effet pas donné à tout le monde. Pendant que Valentino et Caroline se félicitent de leur petit tour, si on connaissait le goût de Valentino pour tout ce qui se rapporte à la manipulation et au mensonge, cela a un peu plus étonné du côté de Caroline, comme si les chaines des menottes l’avaient ironiquement libérée de son relatif conformisme.

Mais si les nouvelles sont globalement bonnes, Gabriel nourrit une petite inquiétude, être intégré pleinement à l’équipe première, c’est perdre du temps pour le bac qui approche à grand pas et pour lequel il ne part pas forcément privilégié. Même s’il pense pouvoir vivre du football, ça ferait toujours plaisir aux parents. Valentino lui promet alors de faire en sorte que l’examen ne soit pas un problème pour lui.

Comprenant ce qu’il insinue, Caroline se montre quelque peu réticente, tricher comporte toujours une grande part de risque. Valentino ne manque pas de lui rappeler qu’au fond, ce n’est pas la chose la plus risquée, par exemple, si elle dissimulait des réponses sous des bas sombres, le correcteur prendrait bien plus de risques de poursuites pénales pour harcèlement sexuel s’il avait la folle idée de mener pareilles vérifications sur une mineure que elle n’en prendrait de se faire avoir.

Il ne manque d’ailleurs pas non plus d’ajouter que ce serait encore plus simple avec un soutien-gorge, si elle n’était pas obligée de porter un wonderbra rembourré à mort pour ne pas passer pour une petite fille. Caroline se demande alors si le plus humiliant est qu’un tel argument soit porté à voix haute ou d’avoir l’allure d’une clocharde comme elle ne s’est toujours pas changée depuis l’incident du supermarché.

Bruno et Konstantínos rient grassement à la blague de Valentino, pendant que Khalid réconforte un peu Caroline et que Tomi refuse de traduire la blague à Kasumi. Sur sa lancée, Tomi se met à parler en italien à Valentino, estimant qu’il serait bon pour la discrétion de son opération de tricherie de prendre l’habitude de parler d’une manière pouvant être comprise par le moins de monde possible.

Les deux hommes s’isolent, Tomi explique que l’idée lui convient, à condition qu’elle s’applique à tous les jeunes et non seulement à Gabriel, s’il n’est pas nécessairement un tricheur dans l’âme, il sait que médiatiquement un taux de réussite exceptionnellement haut couvrirait à peu près toutes les conneries faites par l’équipe de jeunes, ce qui ne serait pas du luxe pour redorer le blason de l’équipe et ainsi ôter quelques soucis à son patron.

De retour à table, Tomi et Valentino discutent un peu du plan, ce coup ci en français, le kebab “Chez Abdullah” pouvant être considéré comme un territoire ami. Tout le monde est évidemment enthousiaste, il faut dire que les cours séchés à coups de certificats médicaux bidon confectionnés par le cousin de Louis, ce n’est pas ce qu’il y a de meilleur pour le niveau scolaire. Même Caroline se joint à l’opération, même si la réussite n’est pas trop en doute pour elle, avoir une mention ce serait sympathique pour faire plaisir à maman.

Alors que les jeunes portent un verre à la réussite du plan, Konstantínos dit à Gabriel qu’il serait peut-être temps de parler du match, là aussi il y a un plan sympa à mettre en place, Marc et lui ont pensé judicieux d’aller provoquer Salim Ayash, l’ailier gauche orléanais, le bougre a un caractère à peu près aussi moisi que le sien, n’a aucune discrétion et pèse beaucoup sur le jeu adverse, ils ont de bonnes raisons de penser qu’après une dizaine de provocations, il y a de quoi récolter un rouge.

Caroline croit bon de remarquer que le moralisme n’est pas le genre de la maison. Valentino lui demande si elle estimerait immoral de compter les cartes dans un casino qui désavantage ses clients, dans la classe, personne n’a été aidé du fait de sa naissance, au contraire beaucoup ont cumulé les parents démissionnaires, le manque de moyens de l’école et la perte de confiance en soi. Prendre des raccourcis avec le morale, ce n’est peut-être que rétablir un peu d’équité.
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Chapitre 10
Le football pour les réunir

Vendredi 6 février 2015

L’AS Sevran cherche à reprendre sa marche en avant après la première défaite du coach Diaz. Pour cela, le nouvel homme fort du club sevranais a effectué quelques changements, à commencer par la présence de Gabriel sur la feuille de match, chose qui suscite un certain intérêt des observateurs qui ont eu vent des prouesses de l’équipe des moins de 19 ans, en revanche les stars du club n’ont pas été affectées par ces choix.

En tribunes, le président de la Ligue, ce bon vieux Bertrand Poulain qui était il y a neuf mois à la limite de faire une crise cardiaque rien qu’à l’idée de voir l’AS Sevran souiller sa belle Ligue 2, a tenu à s’afficher ouvertement avec monsieur Miyazaki qui a fait le déplacement. Si retourner sa veste était un sport olympique, ce mec aurait déjà plusieurs médailles d’or.

Dès les premières minutes le ton est donné, le très dense milieu de terrain sevranais mené par un Konstantínos en grande forme confisque le ballon, malheureusement pour les sevranais, la défense orléanaise a tout le temps pour s’organiser, et les ballons offerts à Etienne Baron ne sont pas véritablement les plus dangereux.

La première occasion orléanaise est plus dynamique, la vitesse de Salim Ayash, tant crainte par Marc et Konstantínos avant le match, fait des merveilles, et il faut une sortie pleine d’autorité de Daniel Iwanicki pour que le centre qui a suivi ne soit pas couronné de succès. Sur le dégagement lointain qui suit, Daniel trouve d’ailleurs Konstantínos qui tente sa chance à trente mètres du but, mais son ballon passe à quelques centimètres au dessus de la barre.

Le match bien lancé, les deux équipes se livrent à fond, c’est le moment choisi par Marc et Konstantínos pour lancer le plan de frustration de Salim Ayash, Marc s’adonnant à un tacle bien appuyé comme on les aime à Sevran, avant de lancer quelques mots doux à son adversaire du genre “tu tombes aussi facilement que Rui Lobo”, la star portugaise du Real de Madrid ayant en effet tendance à tomber pour un rien.

Dans un autre style, Konstantínos profite du répit laissé pendant les interruptions de jeu pour aller gentiment provoquer son adversaire le qualifiant de “pédé”, de “fils de pute” et l’invitant aimablement mais fermement à aller se faire enculer.

Et force est de constater que la réputation de Salim Ayash n’est pas usurpée, il commence à se faire moins précis et concentré, et écope d’un avertissement peu avant la demi-heure de jeu pour un tacle d’attaquant bien maladroit. La carte maitresse orléanaise semblant en difficulté, les sevranais dominent à nouveau sans partage, une domination bien symbolisée par un beau une-deux entre Konstantínos et Mamadou Diop qui met ce dernier en position de tir, malheureusement la frappe du milieu droit malien est un peu trop décroisée.

Au fur et à mesure que la mi-temps se rapproche, la domination sevranaise se fait de plus en plus écrasante, mais Etienne Baron ne semble pas dans un très grand soir, ne parvenant pas à cadrer une seule frappe dans cette période. On s’en remet alors aux frappes de loin, mais Marc, bien gêné par la défense orléanaise, ne trouve pas d’assez bonne position pour renouveler ses performances passées.

La mi-temps s’achève donc sur un score nul et vierge frustrant pour les sevranais, alors que Konstantínos engueule gentiment ses coéquipiers, à commencer par son capitaine Etienne Baron. Gabriel comprend qu’il y a désormais de très fortes chances qu’il aille sur le terrain aujourd’hui et se prépare psychologiquement à prendre son envol.

Ce qui va forcer le destin, c’est une petite altercation en début de deuxième mi-temps entre Konstantínos et Salim Ayash suite à de nouvelles injures proférées par le premier cité qui avait encore besoin de se défouler après la mi-temps. Altercation qui se transforme en échauffourée calibrée entre les deux équipes. L’arbitre du match adresse alors un carton jaune aux deux joueurs, c’est le second pour Salim Ayash qui se retrouve expulsé à quarante minutes de la fin.

Les orléanais réduits à dix, le coach Diaz décide de basculer vers une tactique plus offensive pour contrer le repli des locaux, désormais en infériorité numérique. Un des deux milieux défensifs sort donc pour permettre l’entrée de Gabriel pour son premier match professionnel, transformant sa tactique en 3-5-2 à nette tendance offensive.

Une tactique dans laquelle Konstantínos se sent très à l’aise avec deux cibles potentielles. De manière étrange, le prodige grec semble rapidement focaliser son attention sur Gabriel plutôt que sur son capitaine. Celui-ci passe d’ailleurs tout près de l’ouverture du score à la 60e minute mais sa tête consécutive à un centre de Konstantínos trouve la barre transversale.

A la 64e minute c’est Marc qui fait une très bonne passe en profondeur à Gabriel. Le jeune attaquant, faisant bon usage de sa technique et de son sang-froid ne se précipite pas pour tirer, préférant contourner le gardien adverse avant de pousser tranquillement le ballon au fond du but orléanais.

Alors que sur le terrain, Gabriel fête son but en mimant le tireur d’élite. En tribunes, le président de la Ligue croit bon de faire la ola, seul contre à peu près tout le public, pour fêter le but en compagnie de son nouvel “ami” monsieur Miyazaki, mais celui-ci l’ignore froidement, étant trop absorbé par ses pensées sur la tactique de l’équipe. Voyant la scène de loin, Konstantínos ressent un fort mépris envers cet rat d’égout opportuniste, suceur de puissants.

Cette rage se transforme en énergie sur le terrain, lorsque Konstantínos slalome à travers une défense adverse encore sonnée par l’ouverture du score, sa folle chevauchée n’est stoppée que de manière irrégulière par un défenseur adverse à l’entrée de la surface, offrant ainsi un pénalty à l’AS Sevran. Etienne Baron s’en charge, malheureusement sa frappe trop molle est captée sans problème par le portier adverse, sous le regard noir de Konstantínos.

Pire encore pour le capitaine, le coach Diaz décide de repasser en 3-6-1 à un quart d’heure du terme pour assurer le résultat, et c’est lui qui est sorti au profit d’un milieu défensif qui joue habituellement en réserve, une bien sale soirée pour lui.

Changement tactique qui ne réussit pas vraiment à l’AS Sevran, en effet, profitant d’une mésentente entre Marc et le nouvel entrant sur le corner qui suit, l’attaquant orléanais se retrouve parfaitement démarqué et inscrit de la tête le but égalisateur, à la plus grande furie de Konstantínos qui commence à en avoir marre de jouer avec une équipe d’handicapés.

Bien énervé, Konstantínos prend la balle sur le coup d’envoi, avance jusqu’à trente mètres du but adverse et balance une grosse praline en pleine lucarne. Le message est on ne peut plus clair, il ne faut pas le faire chier. Le coach Diaz souffle un peu, il n’y aura pas besoin de réorganisation tactique suite à la tuile du corner.

La fin de match se fera sous le signe d’une bonne maitrise sevranaise, et la victoire deux buts à un est parfaitement logique et méritée. Cependant, si la victoire fait plaisir, l’ambiance n’est pas à son meilleur dans les vestiaires, Konstantínos reprochant à tous coéquipiers sauf Marc et Gabriel de ne pas se donner à fond et Etienne boudant encore après son pénalty raté et son remplacement.

Rapidement, une belle engueulade débute dans le vestiaire, chose qui fait d’ailleurs penser au coach qu’il a bien fait de ne pas retenir Bruno et Valentino pour rejoindre l’équipe première, il serait un peu bête d’avoir trois blessés à chaque dispute. Quoi qu’il en soit, suite à ce triste spectacle, Konstantínos ressort très frustré d’un match dont il avait pourtant toutes les raisons de ressortir satisfait.

Du coup, le lendemain après le décrassage, Konstantínos et Marc préfèrent passer la fin d’après-midi avec leur nouvel ami Gabriel pour se changer un peu les idées. Le hasard fait bien les choses, les moins de 19 ans étant à Metz pour la Coupe Gambardella, Gabriel est relativement disponible comparé à ses autres samedi après-midi où il aime s’adonner à des activités aussi diverses que l’arrachage d’affiches du Parti pour la Liberté, des parties de FIFA-piment ou la drague de rue.

Pour la première fois en six mois de vie à Sevran, Marc pénètre dans la célèbre cité des cerisiers fleuris, ayant grandi en Seine-Saint-Denis, il n’est pas véritablement dépaysé par l’ambiance, mais il se serait sans doute bien passé de ce retour aux sources. Il faut dire que les soirées parisiennes correspondent un peu mieux à son style très sophistiqué que les soirées ghetto organisés par les amis rappeurs de Gabriel, qui sont un peu plus agressifs que MC 20 centimes.

Ne connaissant pas vraiment les goûts de Konstantínos et Marc, mais sachant qu’ils n’ont pas de copine, Gabriel débute la visite avec le visionnage d’un film X. Malheureusement le disque dur de Bruno est introuvable, il doit donc se rabattre sur celui de Valentino. Gabriel hésite entre un film de Hard On Offer pour montrer une facette inattendue de son patron et un classique du X à la française pour minimiser les risques.

Finalement, à la grande joie de Konstantínos, c’est le X à la française qui l’emporte. Gabriel semble un peu s’ennuyer comme Russian Institute, il l’a juste vu une bonne vingtaine de fois, mais l’essentiel est de nouer un bon contact entre amis, avec porno et bière. Le si distingué Marc apparait d’un coup beaucoup moins snob qu’on le croyait, sans doute de vieux restes de sa jeunesse.

Alors que Marc profite un peu de ce moment de détente, Konstantínos ne peut pas s’empêcher de bavarder avec Gabriel pour parler de ses activités habituelles, et force est de constater que les deux hommes sont très différents. Si l’aversion au rap de Konstantínos est nettement inférieure à celle de Marc, il n’est pas un grand fan de jeux vidéo et terminerait sans doute une partie de FIFA-piment l’anus en feu et il sent poindre une pointe de gauchisme chez la jeune garde de son club, chose qui fait forcément un peu tiquer ce partisan de longue date du Mouvement Libéral Démocrate, le grand parti de la droite grecque.

Mais malgré ces différences, Konstantínos se trouve aussi quelques atomes crochus avec Gabriel, le récit du chaos au supermarché l’a autant fait rire qu’il a inquiété Marc, l’intérêt de ses conseils drague, et bien sûr leur goût commun pour les blagues sur les juifs et les homosexuels, dans le top 5 des trucs pseudo-rebelles que presque tout le monde aime, ce genre de blagues figure quand même en bonne position.

Pour changer de sujet, Marc propose que tout le monde aille manger un bout, après tout, il est déjà 19 heures. N’ayant pas encore eu le privilège de visiter les lieux, Gabriel lui suggère une soirée au restaurant turc “Chez Abdullah”, Marc serait foutu d’être assez snob pour rejeter la pizzeria locale au prétexte qu’ils servent des pizzas américaines.

Même s’il n’est pas très tard, la file d’attente est abondante. Ne comprenant pas très bien la situation, Gabriel demande à Sabrina, la sœur de Khalid, qui était dans la queue, ce qu’il se passe. Sabrina lui parle alors du retour de l’ours bigleux, à ces termes, Gabriel porte sa main à son visage, reconnaissant Paul son camarade de troisième dont il aurait préféré oublier l’existence.

Gabriel est encore hanté par la fois où l’équipe de sa classe avait été obligée d’aligner ce phacochère dans les buts au tournoi du collège, le seul arrêt qu’il avait fait c’était avec son ventre. Et force est de constater que Paul n’a pas changé, il paralyse la queue avec sa commande constituée de trois kebabs, deux sandwichs américains, trente nuggets, quatre hamburgers, cinq panini et de la tristement célèbre spécialité d’Abdullah, le kebab à la graisse, habituellement conçu pour les paris entre amis.

Dix minutes plus tard, Abdullah peut enfin servir Paul, mais cet ingrat se plaint d’une erreur sur les sauces. Dans la file d’attente, Konstantínos fulmine et semble décidé à faire gagner du temps à tout le monde, il se saisit du kebab à la graisse et l’enfonce de force dans la bouche de Paul, lui intimant l’ordre de fermer sa gueule avant de le pousser contre le mur. Pour une fois Abdullah laissera passer la violence, Konstantínos étant sauvé par les ovations de la clientèle qui commençait à en avoir assez des exigences extravagantes de Paul.

Enfin à table, Konstantínos, qui est bien connu pour son coup de fourchette, se jette littéralement sur son repas, Gabriel a l’impression de voir Valentino et Khalid s’acharnant sur leur kebab. Chose qui donne l’occasion à Marc et Gabriel qui mangent un peu plus doucement, l’occasion de faire un peu plus connaissance.

Le moins qu’on puisse dire c’est que s’il n’y avait pas le football pour les réunir, il y aurait peu de chances de les voir ensemble, Gabriel est un franc amateur de rap, Marc préfère le rock, Gabriel ne verrait pas d’objection à ce qu’on fasse diluer la langue des racistes dans de l’acide, Marc est un fervent défenseur de la liberté d’expression quasi-absolue, Gabriel est très pieux, Marc est complètement athée, Gabriel a une certaine fierté d’être issu de la cité, Marc est plus du genre à jouer les snobs maintenant qu’il s’en est sorti. Au moins, il leur reste le goût de la provocation par les paroles pour les réunir.

Alors que la discussion animée entre Marc et Gabriel se poursuit, Paul recherche sa vengeance et commence à tout casser après qu’Abdullah lui ait refusé un deuxième kebab à la graisse en hurlant que c’est un scandale et que c’est le client qui est roi. Gabriel demande un moment à son interlocuteur et fonce vers l’entrée. Il soulève alors Paul jusqu’à la porte et le balance dans la rue en hurlant “Dégage, tas de graisse”.

Dans sa chute, Paul brise la vitre de la voiture de la police municipale garée non loin de là, connaissant le caractère soupe au lait de la police et leur frustration de ne plus trop pouvoir se défouler sur les footballeurs, ça devrait nous débarrasser de lui pour quelques jours.
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Chapitre 11
Aussi étanche que le Titanic

Jeudi 9 avril 2015

Trois mois après le rachat par monsieur Miyazaki, l’AS Sevran s’est trouvé une nouvelle routine en attendant le grand frisson de la lutte pour la promotion l’année prochaine. Après des débuts très prometteurs pour le coach Diaz, le club est rentré dans le rang, désormais douzième avec 12 points de retard sur la zone de promotion et 9 points d’avance sur la zone de relégation, il y a donc de quoi voir venir.

Si les résultats sont encore moyens, le spectacle offert est en revanche une vraie satisfaction, le club disposant de la troisième attaque du championnat malgré sa première moitié de saison pénible, et il n’est pas rare de voir des matchs riches en buts au Stade Alfred Nobel.

Malheureusement pour le capitaine Etienne Baron, il n’est manifestement pas le principal responsable de ce tournant spectaculaire, Konstantínos ayant plus souvent marqué que lui sur les dix derniers matchs et Gabriel, qui multiplie les entrées en jeu fort satisfaisantes, commence très sérieusement à lui faire de l’ombre. Il n’est donc pas surprenant qu’à la veille de la réception d’Ajaccio pour la 31e journée de Ligue 2, les médias locaux fassent fuiter le désir du coach Diaz d’aligner Gabriel d’entrée à la place d’Etienne Baron pour cette confrontation.

Cette nouvelle crée une certaine effervescence dans la cité, alors que Gabriel vient saluer ses parents après l’entrainement, pour la première fois depuis plus de cinq ans, un enfant du pays va débuter un match sous le maillot désormais plus blanc que vert de l’AS Sevran. Cela fait près de onze ans que Gabriel vit à la cité des cerisiers fleuris, et il est ce qu’on peut appeler un modèle d’intégration à la vie en cité, il y est si bien que beaucoup d’autres jeunes de la cité le considèrent comme un noir d’honneur, ce qui n’est pas un mince exploit quand on est breton à la base.

Vu cette bonne nouvelle, de nombreux habitants de la cité se décident à aller pour la première fois à un match de l’AS Sevran, mais forcément personne ne connait les paroles des chants des supporters locaux. Le héros du jour suggère alors à ses amis de juste faire le maximum de bruit sans chercher un quelconque sens, il saura qu’ils sont là pour lui et ça a toujours le mérite de perturber la concentration de l’équipe adverse.

Faisant preuve de sérieux, Gabriel rentre tôt dans sa chambre du centre de formation pour se reposer avant le grand jour. Il manque donc la grande réunion organisée par Valentino et Tomi pour faire le point sur l’opération “On sodomise la morale sans capote”.

La séance commence par une ovation pour Caroline qui a réussi à persuader Ryan, le jeune employé du magasin d’informatique du coin, d’aller s’infiltrer sur les serveurs de l’académie afin de subtiliser les plans du lycée, évitant ainsi à la fine équipe de devoir payer un expert pour dérober lesdits plans, il semblerait que Caroline ait bien assimilé l’esprit global de la salle en ce qui concerne les petits raccourcis vers la réussite.

Louis croit bon de rebondir sur le sujet en réclamant une ovation pour la créatrice du wonderbra, mais Caroline se saisit du micro et montre une de ses chaussures à très hauts talons et indique à l’assistance que le premier qui refera une blague de ce genre ses les prendra dans les testicules, provoquant ainsi un grand silence dans la salle.

Tomi profite de ce moment de flottement pour expliquer que grâce à la découverte des plans, Valentino et lui ont réussi à localiser l’endroit où seront entreposés les différents sujets du bac en attendant le jour décisif. Il faudra alors trouver un commando assez téméraire pour les photographier et les délivrer à une petite équipe réunissant des personnes assez capables pour mettre en place des moyens de triche difficilement détectables à partir de ces sujets.

Si pour le commando, les volontaires affluent avec Bruno et Louis plus déterminés que jamais, il est plus difficile de trouver du monde pour élaborer les mécanismes de triche, Tomi et Valentino ne peuvent pourtant pas tout faire seuls. Caroline s’approche alors de Charles, le premier de la classe, et lui montre à nouveau ses imposants talons, celui-ci se dévoue donc immédiatement pour rejoindre l’équipe technique.

Tout semble donc se profiler pour le mieux pour la bonne réussite de l’opération “On sodomise la morale sans capote”, et Louis propose une petite soirée pour fêter les bonnes avancées du plan et la titularisation de Gabriel demain. Valentino se joint à l’idée de Louis et propose des certificats médicaux bidon à tous les convives. Charles excepté, tout le monde reste, madame Léjeaut fera donc son cours à des murs demain matin en raison d’une soudaine épidémie d’otite, perspective qui ne manque pas de réjouir l’assistance.

L’inconvénient d’une soirée avec la terminale technologique E, c’est que c’est MC 20 centimes qui se charge de l’animation musicale, fort heureusement, ce point est vite compensé par l’expertise que Tomi a des différents alcools, souvenir des longues nuits finlandaises.

On constate bien assez vite l’efficacité du breuvage quand Bruno se met à draguer lourdement Caroline. Comprenant bien que Bruno n’est pas passé de lui mettre un 0/10 à son barème de baisabilité à être à la limite de la demander en mariage, la jeune femme adopte vite le réflexe qui sauve en le faisant basculer par terre et en lui démontant les testicules à coups de talons.

Dans un premier temps, Khalid, Louis et Valentino rient beaucoup à la scène qui montre bien que Caroline est de moins en moins naïve, mais ils sont vite contraints de demander à celle-ci de lever le pied, en effet, il y a un match de Coupe Gambardella dimanche à Marseille, et ça ferait tâche que Bruno déclare forfait pour cause de testicules en décomposition. Frustrée, mais ayant l’esprit de groupe, Caroline lui met un ultime coup au visage avant de laisser ce qu’il reste de Bruno tranquille.

Alors que Bruno vit ce qu’il y a le plus proche de l’enfer sur terre, être au sol avec les bourses en miette tout en devant écouter les œuvres de MC 20 centimes, ses collèges d’équipe passent une soirée un brin plus agréable. Khalid, Louis et Valentino faisant une petite partie de poker avec Tomi, celui-ci ayant sagement décliné une bataille corse, se souvenant de la fois où il les a vus à la salle de musculation de l’équipe, recevoir un coup de patte de Valentino en tentant de frapper une double, ce n’est pas la meilleure idée du monde.

Entre deux blagues sur les juifs qui ont toujours un succès tout particulier en ces lieux, Louis et Khalid profitent de l’occasion pour faire plus amplement connaissance avec Tomi, ce rapprochement n’est pas gratuit, Louis sait à quel point le grand patron fait confiance à Tomi qui est souvent chargé d’escorter sa fille, et il n’y a pas besoin d’être président de la Ligue pour savoir qu’avoir les faveurs des puissants est souvent bénéfique.

On peut dire que Tomi n’a pas franchement le profil le plus fréquent de la région, en bon finlandais qui se respecte, il est un grand adepte de musique metal, il a d’ailleurs été membre d’un groupe nommé “Der bloody monster of the darkness soul revenge spirit on Hell” dans sa jeunesse, le mettant ainsi dans une direction bien distincte de celle de Gabriel, rappeur à ses heures ou encore de Louis, grand fan de la danse hip-hop.

Ses sympathies pour l’Alliance Républicaine Centriste ont, quant à elles, beaucoup fait rire Valentino, qui ne manque pas de rappeler qu’il doit rester environ quinze militants dans le parti depuis le désastre électoral de 2012 et qui lui demande s’il est allé au grand congrès du parti, organisé dans la salle des fêtes pourrie de Trifoullis les Oies. Tomi lui répond à juste titre que les rassemblements d’Alternative Antifasciste dans des caves, ce n’est pas beaucoup plus glamour.

De plus, Tomi n’est pas franchement un fanatique de football, s’il ne rechigne pas à regarder un bon match, il ne passera pas trente heures par semaine à regarder des matchs comme Konstantínos ou Khalid, il n’insultera pas l’arbitre de tous les noms devant son écran comme Valentino et bien entendu il ne massacrera pas de poupée vaudou quand ça tourne mal comme Louis.

Après cette enrichissante discussion, tout le monde s’apprête à regagner son lieu de résidence, quand Khalid découvre Vincent bâillonné et en bien sale état. Vu les traces au visage, il fait peu de doute qu’il s’est fait piétiner la figure par Caroline, sans doute encore frustrée de ne pas avoir pu massacrer Bruno, mais Vincent insiste pour dire qu’elle a été un peu aidée par le reste de l’assistance. Le rap malgache a décidément du mal à s’imposer.

Le lendemain, tout ce beau monde se retrouve en tribunes pour assister à la première de Gabriel. Conformément à ses désirs, l’ambiance est toute particulière avec le stade le plus bruyant du championnat, qui ne manque cependant pas d’agacer les ultras, qui ne peuvent plus vraiment faire entendre leurs chants dans ce vacarme. En revanche, MC 20 centimes adore, il a beau chanter ce qu’il veut, personne ne veut le balancer contre les grilles.

Le coach Diaz n’a pas manqué de rester fidèle à son 3-6-1, chose qui ne manque pas d’inquiéter Daniel et Marc, Ajaccio est 3e du championnat, une défense aussi faible risque de devenir aussi étanche que le Titanic contre un adversaire digne de ce nom.

Dès les premières minutes, cette fébrilité se fait ressentir, à chaque ballon perdu par le milieu pourtant très dense des sevranais, leurs adversaires corses n’ont aucun mal à remonter le ballon vers leurs attaquants de pointe, et en huit minutes, il faut déjà deux petits miracles de Daniel pour sauver la baraque, alors que Gabriel et Konstantínos n’ont eu aucune occasion majeure à se mettre sous la dent.

A la 12e minute, c’est presque sans surprise que Daniel doit finalement s’incliner pour son troisième duel après un ballon perdu au milieu de terrain, nouvelle preuve du fossé entre les stars de l’équipe et les rescapés de l’odyssée en National. Profitant de l’inattention de l’arbitre, Konstantínos secoue le malheureux joueur comme un prunier pour se passer les nerfs.

La domination ajaccienne se confirme dans les minutes qui suivent, à part Mohamed, tous les défenseurs semblent totalement largués bien mal servis par leur sous-nombre, mais Daniel semble avoir fixé un aimant à centres sur ses gants et sauve encore plusieurs fois son équipe.

C’est un coup du sort qui relance le match, sur un corner, le gardien et un défenseur, gênés par le bruit se télescopent alors qu’ils visaient le ballon, Gabriel voyant la cage vide n’a plus qu’à propulser mollement le ballon au fond des filets pour égaliser contre le cours du jeu, inscrivant ainsi son cinquième but en Ligue 2 et célébrant dignement sa première titularisation.

Marc, jusque là transparent, semble avoir repris des plumes grâce à ce but inespéré et se distingue par une très belle ouverture vers Konstantínos qui part à toute vitesse sur le côté droit, mais malheureusement son centre est un peu trop long pour que Gabriel puisse couper la trajectoire de la tête.

Une minute plus tard, les milieux ajacciens profitent d’une erreur de replacement de la défense sevranaise pour lancer leur buteur en profondeur, ce face à face avec Daniel est à nouveau remporté par les visiteurs qui n’auront pas eu à s’inquiéter très longtemps.

Juste avant la mi-temps, un coup franc enroulé en pleine lucarne met les sevranais en position encore plus délicate, le score est de 3-1 en faveur des visiteurs. Le coach Diaz ne peut alors que constater que sa défense est trop faible pour rester fidèle au 3-6-1 contre un adversaire aussi redoutable, il profite donc du retour aux vestiaires pour laisser Konstantínos seul milieu offensif et ajouter un défenseur.

Ce choix modifie le sens de la rencontre, avec ce milieu moins dense, les ajacciens dominent désormais légèrement la possession, mais les actions qu’ils obtiennent sont nettement moins dangereuses, chose qui soulage et agace à la fois Marc, s’il avait plus été écouté peut-être qu’on n’en serait pas là.

A vingt minutes de la fin, le score est resté stable, aucune des deux équipes ne parvenant à obtenir des opportunités franches, le coach Diaz décide de tenter un pari offensif en faisant revenir Etienne Baron sur le terrain et en faisant sortir le deuxième milieu défensif, le système est désormais un 4-4-2 losange qui n’a plus rien à voir avec la configuration de début de match.

La tâche des sevranais se complique encore plus quelques instants plus tard sur un corner ajaccien, le dégagement est mal assuré par la défense et la reprise de volée à l’entrée de la surface est limpide, portant le score à un sévère 4-1 en faveur des corses.

C’est le moment choisi par Gabriel pour sonner la rébellion, sur le coup d’envoi, il s’offre un superbe slalom dans la défense adverse, faisant parler la fameuse puissance physique tant louée chez les jeunes sevranais, il n’est arrêté que par une faute à l’entrée de la surface. Après de longues hésitations, l’arbitre estime que la faute est à l’intérieur de la surface et accorde un pénalty aux sevranais, à la plus grande joie des tribunes qui font bruyamment savoir leur approbation de cette décision.

Etienne ayant eu tendance à rater ses derniers pénaltys, c’est Konstantínos qui est chargé d’exécuter la sentence. Le prodige grec ne laisse aucune chance au portier adverse d’un tir puissant à ras du poteau, il y a à nouveau deux buts d’écart et il reste dix minutes à jouer.

La physionomie du match change à nouveau, alors que les corses reculent pour préserver leur avantage, les sevranais changent totalement de dogme, forcés par les circonstance, et proposent un jeu long parfaitement orchestré par Marc qui multiplie les longs ballons dangereux.

A la 85e minute, cette approche est récompensée, lorsque sur un long ballon, le milieu droit, Mamadou Diop, se retrouve totalement isolé sur son côté, il a alors tout son temps pour ajuster un centre vers Gabriel qui se fend d’un fort agréable retourné acrobatique pour réduire la marque.

C’est dans un vacarme assourdissant que sont jouées les dernières minutes, la défense ajaccienne s’étant fort bien ressaisie, les sevranais multiplient les frappes de loin, à la 92e minute, un missile de 25 mètres signé Konstantínos est dévié de justesse par le portier adverse, offrant ainsi aux locaux le corner de la dernière chance.

Konstantínos se charge de l’envoyer dans la boite, le ballon est parfaitement placé pour que Gabriel coupe la trajectoire, le portier adverse réussit un petit miracle en repoussant le ballon, qui se retrouve juste devant Etienne, l’emblématique capitaine du club a le temps de contrôler et de tirer, mais il envoie le ballon à quelques centimètres du poteau.

L’arbitre siffle alors la fin de la rencontre, marquant ainsi le terme définitif des rares espoirs de promotion qui persistaient chez les plus optimistes. Le seul qui peut être heureux de sa soirée, c’est Gabriel, non seulement il a marqué deux fois et obtenu un pénalty, mais en plus Etienne a encore craqué sous la pression. Il semblerait que la passation de pouvoirs ait eu lieu ce soir.
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Chapitre 12
Passées sous silence

Jeudi 21 mai 2015

La fin de saison a été assez paisible pour l’AS Sevran, n’espérant plus rien à l’avant et ne craignant plus rien à l’arrière, le coach a multiplié les essais tactiques, et a même décidé d’offrir du temps de jeu à Khalid et Louis pour le dernier match de la saison qui se déroulera le lendemain à Troyes.

Alors que les autres joueurs partent pour l’Aube, Valentino, un brin irrité par sa non-sélection n’est pas venu voir leur départ, préférant se concentrer sur son ordinateur plutôt que se ressasser cette histoire. Certes son style de jeu est un peu viril, mais vu le niveau du deuxième milieu défensif, jouer à dix ne fait pas trop différence.

Valentino se divertit comme il le peut en jouant à Game Dev Tycoon, il est particulièrement fier de son dernier jeu de simulation pour jeune public “Léa Passion : Prostituée” sur Wii qui s’est vendu à plus de vingt-cinq millions d’exemplaires. Autant apprendre aux jeunes filles un vrai métier d’avenir dès le plus jeune âge en cette période difficile plutôt que leur faire croire qu’elles peuvent devenir gymnastes ou vétérinaires.

Soudain, Valentino entend frapper à sa porte, c’est Konstantínos, qui est suspendu pour une accumulation de cartons jaunes, qui se fait chier à peu près autant que lui. Les deux hommes se mettent alors en quête d’un lieu pour passer une soirée agréable. Se souvenant que Tomi organise quelque chose, Valentino contacte vite le traducteur attitré de l’équipe, qui lui confirme qu’en effet il lui reste de la place.

Les deux joueurs se dirigent donc vers une salle du gymnase municipal où Tomi a organisé une soirée, la petite subtilité étant que la soirée en question est un visionnage de la demi-finale de l’Eurovision. Konstantínos prend vite peur et demande à Tomi de ne pas dire un mot de leur présence, par peur de passer pour une tapette. En effet, l’Eurovision est souvent comparé à la Ligue des Champions des gays, et Konstantínos ne voudrait pas qu’il y ait le moindre malentendu parmi ses coéquipiers.

Malgré les appréhensions de Konstantínos, le duo décide de passer la soirée ici, après tout ça reste mieux que le sort de Bruno, retourné au pays pour assister au mariage de son frère, ici ils n’entendront qu’une seule chanson portugaise. Sitôt installés, les deux hommes remarquent la présence de Caroline.

Avec sa subtilité habituelle, Valentino vient vite voir sa camarade de classe et lui dit que si elle dit un seul mot de la présence de Konstantínos ou de la sienne ici, il lui fait avaler sa paire de talons. Alors que Caroline proteste contre ces menaces, Valentino lui fait remarquer que ce n’est pas plus cruel que de menacer de broyer les couilles de tout le monde.

A 21 heures précises, le spectacle débute, alors que Valentino se retient de recracher la Karhu, bière finlandaise de qualité douteuse offerte fort aimablement par Tomi, Konstantínos débute sobrement sa soirée en attribuant un coefficient de baisabilité de 8/10 à la chanteuse lituanienne.

Cette remarque lui vaut la réprobation de certains autres spectateurs de la soirée pour divers motifs, en effet Caroline aimerait pourvoir écouter la chanson jusqu’au bout alors que Rachid ne la trouve pas si bien que ça l’autre blondasse, ça ne vaut pas Sabrina avec sa bonne grosse paire d’arguments supplémentaires.

Un peu jalouse avec son bonnet B, Caroline traite Sabrina de pouffiasse qui s’est probablement fait refaire les seins. Opportuniste, Konstantínos menace de dire à Khalid que Caroline a dit du mal de sa sœur. En preux chevalier blanc, Charles qui était dans le public s’insurge et demande de laisser Caroline tranquille, mais il se ravise en voyant l’air intimidant du joueur grec.

Alors que Tomi regarde la dispute avec une certaine appréhension, Valentino lui dit qu’il ne s’en tire pas trop mal, si Bruno était dans le coin on en serait déjà à une baston générale, avant de jeter le reste de sa Karhu dans la poubelle la plus proche.

L’ordre des chansons n’est pas très heureux en ce soir, des ballades chiantes se succèdent en début d’émission. Charles a d’ailleurs été fermement invité à préparer le café pour tout le monde durant la prestation de Saint Marin. N’oublions pas que la principale utilité de l’Eurovision est de faire réviser la géographie à ses téléspectateurs, et le moins que l’on puisse dire c’est qu’à Sevran, même si le niveau reste plus haut qu’aux États-Unis, ce n’est pas du luxe, Caroline étant obligée d’expliquer à presque tout le monde que la petite république est enclavée sur le sol italien.

Alors que l’on semble à la limite de s’endormir, la chanson portugaise réveille les foules et suscite l’unanimité, tout le monde profite de l’absence de Bruno pour se foutre copieusement de la gueule de la chanteuse, le consensus est tel que même Caroline se joint à la fête en disant que c’est une bonne chanson pour un enterrement.

Profitant de l’enthousiasme, Charles tente pour la première fois de sa vie une blague de beauf sur l’épilation de la concurrente, déclenchant une discussion philosophique entre Valentino qui n’est pas un fan de l’excès d’épilation dans la pornographie et Konstantínos, plus traditionaliste.

Peu après le Portugal, vient le moment tout particulier du tour d’Israël. Vu que trois minutes de sifflets et de hurlements “Palestine vaincra” ce serait un peu fatiguant, Rachid propose de les remplacer par trois minutes de blagues sur les juifs, on est à Sevran, tout le monde a un stock dimension XXL de celles-ci.

Par crainte de représailles du Mossad, les blagues faites à ce moment seront passées sous silence en ces lignes, ce qui met le voile sur quinze bonnes minutes du concours, Valentino étant difficile à arrêt sur ce sujet, alors que Tomi n’a pas pu s’empêcher d’apprécier malgré tout la chanson.

Après avoir eu le bon goût de se moquer de la chanteuse polonaise en fauteuil roulant pour ne pas faire de jaloux, notre groupe de spectateurs décide de faire son petit classement. Tomi et Konstantínos se sont montrés particulièrement rigoureux, le premier en préparant un petit barème pour noter chaque prestation, le second en respectant à la lettre son coefficient de baisabilité des chanteuses.

A l’annonce des résultats, Konstantínos se montre particulièrement virulent après l’élimination de la candidate tchèque qui avait obtenu un 9/10 et entame un “Jury, va niquer ta mère” de fort bon goût pour signifier son mécontentement, chant qui éveille chez Caroline des envies de lui percer les yeux à coups de talon car il parvient à lui faire regretter MC 20 centimes.

Mais effrayée par le physique imposant de Konstantínos et Valentino, elle abandonne sagement ce projet et suggère plutôt d’un air charmeur à Tomi de passer la fin de la soirée avec elle.

Alors que tout le monde s’éloigne, Valentino rigole doucement. Konstantínos lui demande ce qui provoque son hilarité, le colosse de l’équipe lui répond alors que la perspective de voir Caroline draguer un gay pour se consoler de ses échecs avec Bruno est cruelle comme il les aime. Konstantínos rit pendant trois secondes avant de se rappeler qu’il a utilisé l’expression “tapette” en présence du premier assistant du grand patron.

Le lendemain, l’ambiance est bien plus sérieuse à Troyes, Louis et Khalid s’apprêtent à vivre leur première titularisation en Ligue 2 dans un match sans enjeu sur les terres du leader du championnat.

Vu le niveau offensif affiché par les troyens, le coach Diaz décide de rompre avec ses habitudes et reprend le 4-4-2 losange vu en fin de match contre Ajaccio. Conséquence de ce choix conjugué à l’absence de Konstantínos, Khalid se retrouve dans une posture de meneur de jeu, alors que Louis fera parler sa vitesse sur l’aile gauche pour servir au mieux le duo de point composé de Gabriel et Etienne.

Le début de match montre deux équipes affichant un visage très séduisant, les troyens sont globalement dominateurs, mais les longs ballons de Marc et les percées de Louis offrent aux sevranais de quoi maintenir très nettement la pression en contre-attaque.

C’est sur une de ces percées que le match se décante, à la 11e minute, après une chevauchée fantastique de 40 mètres sur son aile gauche, Louis adresse un centre parfaitement ajusté à Gabriel qui conclut d’une non moins superbe reprise de volée, inscrivant ainsi déjà son douzième but en Ligue 2 et confirmant son statut de révélation de la saison.

Les cinq minutes suivantes seront flatteuses pour les visiteurs, tout d’abord, c’est Marc qui parvient à lancer Khalid sur une longue passe, et le frappe à l’entrée de la surface du meneur de jeu passe au ras du poteau. Puis, c’est Mohamed qui se distingue en dégageant un ballon directement sur Louis qui file au but, mais perd malheureusement son duel contre le portier adverse.

Le temps fort sevranais est brusquement coupé à la 18e minute de jeu par un coup franc cédé à 22 mètres des cages. Daniel se troue un peu sur la frappe puissante du tireur adverse qui a bien contourné le mur, ramenant le score à un but partout.

Sur ce score de parité, les offensives continuent sur les deux cages, Daniel se rachète en claquant un ballon au dessus de la barre à la 28e minute, puis Khalid ne passe pas loin de son premier but professionnel à la 34e minute, malheureusement pas assez précis à la réception d’un nouveau centre de Louis.

La fin de mi-temps est à l’avantage des sevranais qui se font de plus en plus insistants grâce à la bonne organisation du jeu par Marc et aux percées fracassantes de Louis, leur offrant de nombreux corners. Malheureusement, Konstantínos étant absent, ceux-ci reviennent à Khalid qui ne connait pas sa meilleure soirée et le danger n’est pas vraiment caractérisé pour le portier troyen.

A la pause, le score est donc toujours d’un but partout entre deux équipes livrant une prestation de qualité. Les deux entraineurs décident logiquement de ne pas changer de plan.

Malheureusement, le début de deuxième mi-temps n’est pas aussi bon que prévu pour les sevranais, Louis est de plus en plus essoré par ses longues courses et ne parvient plus vraiment à faire la différence, les côtés sevranais apportent de moins en moins le danger, même s’il reste Marc dans l’axe pour offrir quelques bons ballons à Gabriel, comme à la 59e minute où sa tentative de 20 mètres est repoussée de justesse par le portier adverse.

Pour ne pas épuiser inutilement un joueur clé à une semaine de la finale de la Coupe Gambardella, le staff sevranais décide de faire sortir Louis à une demi-heure de la fin, permettant un peu plus aux troyens de concentrer leurs efforts dans l’axe, muselant ainsi de mieux en mieux Marc et Khalid.

Marc, plus vraiment habitué à évoluer dans des milieux à 4 est à son tour à la limite de l’épuisement, et c’est sur une passe mal dosée à la 73e minute que l’ailier droit de l’équipe hôte subtilise le ballon et remet en retrait à son buteur au terme d’une longue chevauchée, Daniel ne peut rien faire sur ce tir à bout portant, et Troyes mène désormais 2-1.

On tente le tout pour le tout côté sevranais, une superbe percée de Gabriel est mal récompensée par un mauvais contrôle d’Etienne, sur la passe en retrait qui a suivi, le capitaine semble décidément tout faire pour scier la branche sur laquelle il est assis.

Pire encore, à la 82e minute, après un mauvais contrôle de Khalid, un contre troyen part à très haute vitesse face à une défense dégarnie, Daniel se précipite un peu trop et est débordé par un milieu adverse qui n’a plus qu’à pousser le ballon dans le but vide.

Sur l’engagement, les sevranais, totalement déconcentrés, laissent leurs adversaires lancer une nouvelle offensive, et c’est presque facilement que le buteur troyen vient conclure un une-deux face à une défense totalement à la dérive. Après 70 belles minutes, le naufrage est total pour les sevranais qui vont s’incliner sur le score de 4 buts à 1.

Pour Gabriel, Khalid et Louis, il faudra vite remonter la pente après cet échec, les moins de 19 ans ont une finale de Coupe Gambardella à jouer dans une semaine contre Lyon, une dernière chance pour la jeune garde sevranaise de briller ensemble avant de semer la dévastation sur les terrains professionnels.
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J’ai préféré ce chapitre concernant l’extra sportif, je l’ai trouvé fluide, assez rigolo bref ce qu’il faut pour faire avancer tranquillement le récit.
En revanche celui d’avant m’avait semblé très très long. Je sais pas quel retour tu as eu, mais le précédent m’avait vraiment pas emballé, on avait quitté le subjectif et drôle et c’était presque trop détaillé, graveleux (encore un peu plus que d’hab). Y a des moments plus "fins"et du coup plus sympas pour moi (genre le nom du groupe dé métal a rallonge) mais j’ai pas accroché au délire de coups dqns les testicules toute la soirée et on a même perdu complet le côté réaliste a un moment (commando du bac, le mec qui finit bâillonné) je saurai dire quoi exactement mais quelque chose m’a pas plu.

Bien entendu ça ne reste qu’un avis parmi d’autres et tu as peut être eu de très bons retours mais voilà. J’ai trouvé que c’était le moins agréable depuis le début, tu as bien redressé la barre avec ce dernier chapitre fluide (quim’a semblé un peu plus court qu’ les précédents) et plus sympa.

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Ce n’est pas qu’une impression, il est plus court que les autres, je jette toujours un œil sur le compte de mots pour arriver entre 2000 et 3000, et c’est une des rares fois où j’étais vraiment sur le bas de la fourchette (aloirs qu’il me semble que je suis allé assez haut le coup d’avant).

Concernant le chapitre précédent, je n’ai pas eu de mauvais retours, mais ça ne m’étonne pas trop qu’il y ait pas mal de choses à critiquer, comme il ne m’avait que moyennement satisfait à titre personnel.

Déjà, ce chapitre sert essentiellement de transition entre deux arcs (tout le passage autour du rachat et le petit arc que j’ai prévu pour la fin de saison), comme je n’avais pas envie de foutre un trou de plus de trois mois, j’ai mis pas mal de temps pour chercher le moment le mieux adapté pour l’avancement de l’histoire. Et autant je pense avoir fait un bon boulot pour le choix du match, autant sur l’extra-sportif, j’ai plus ramé.

C’est un chapitre pour lequel j’ai eu du mal à trouver la situation qui mènerait à la partie humoristique (par exemple le coup de Kostas et Valentino faisant les cons à une soirée Eurovision dans le chapitre 12 je l’avais en tête depuis quelques semaines, alors que j’avais vraiment rien pour le 11) et je pense que ça s’est un peu vu. J’aurais peut-être mieux fait de faire un double match.

Et au fond, chose qui a peut-être mené à certaines blagues lourdes, j’ai peut-être forcé certaines choses comme je n’avais pas envie de montrer constamment Caroline dans une situation de faiblesse et comme j’avais envie de mettre un peu plus avant Tomi avant la situation du chapitre 12 alors que d’habitude j’aime bien prendre les choses comme elles viennent en respectant juste le cadre que j’avais posé.

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Chapitre 13
Si on n’humilie pas son adversaire, on ne le respecte pas

Vendredi 29 mai 2015

Après l’équipe première masculine, c’est au tour des autres formations de conclure cette saison, demain la fougueuse jeunesse sevranaise aura le privilège de découvrir le Stade de France pour y disputer la finale de la Coupe Gambardella contre Lyon. Mais tout d’abord honneur aux dames, puisque l’équipe féminine dispute à domicile son match d’accession à la Division 2.

Pour passer un peu le temps, les moins de 19 ans, accompagnés par Tomi, Marc et Konstantínos, se sont décidés à assister au match. A la base, Dimitri voulait organiser une petite excursion dans la salle vidéo comme d’habitude, mais sa proposition a été rejetée par Khalid qui ne voulait pas de bagarre avant la rencontre décisive du lendemain, le groupe s’est donc rabattu sur le seul divertissement de l’après-midi à Sevran.

Malheureusement, contrairement au duel qui sera livré le lendemain par les jeunes hommes, le combat est totalement déséquilibré, puisque si les vaillantes rémoises peuvent compter sur leur excellente attaque reconnue pour une efficacité plus que respectable à un tel niveau, sur leur art du placement, sur les tactiques redoutables de le nouvel entraineur et sur un niveau technique largement au dessus de la moyenne de ce niveau, les sevranaises, elles, ont Kasumi Miyazaki dans leur effectif.

Le ton est vite donné, dès la deuxième minute de jeu, Caroline récupère le ballon devant sa propre surface, elle transmet pour la première fois du match la précieuse sphère à Kasumi. Le spectacle peut alors commencer, l’attaquante sevranaise élimine une adversaire sur un coup du sombrero, puis une autre sur une roulette avant de fixer la gardienne et passer délicatement le ballon en retrait à une de ses coéquipières qui n’a plus qu’à le pousser tranquillement dans le but vide.

Excepté Tomi, qui a eu à voir quelques matchs de l’équipe féminine sur demande du grand patron, toute la bande est stupéfaite par cette démonstration. Dimitri croit bon de dire à Bruno qu’il pense que Kasumi a une technique plus raffinée que la sienne, chose qui lui vaudra un coup de boule. Louis dit alors à Khalid que ce n’était pas une si bonne idée de venir au stade pour éviter que des joueurs se blessent, mais Khalid ne manque pas de lui répondre qu’il craignait la blessure de joueurs de football, pas celle de clowns, alors que Dimitri se tord de douleur.

Les filles ont l’amabilité de laisser quelques minutes à nos amis pour respirer, puis à la 11e minute, Kasumi récupère elle-même un ballon au milieu du terrain, profitant d’une passe maladroite de ses adversaires, en quelques foulées elle distance totalement les joueuses lancées à sa poursuite et dribble la gardienne en cours de route avant de placer facilement le ballon au fond des filets.

En tribunes, Marc et Valentino croient rêver, cette fille qui donne pourtant l’impression d’avoir à peine débuté sa puberté, court encore plus vite qu’eux, de pourtant solides athlètes. Louis, quant à lui, en grand expert du sprint, a apprécié la performance et se lève pour applaudir l’exploit de Kasumi.

Les rémoises ne sont pas au bout de leurs peines, Kasumi semble particulièrement déterminée aujourd’hui, il faut dire qu’elle a été vexée par le fait que plusieurs jeunes de la cité aient déformé son prénom en Katsumi le matin même, il y a quelques mois elle n’aurait pas pu relever un tel écart de langage, mais désormais elle maitrise un minimum le français et les plaisantins le comprendront bien vite.

Cette détermination se voit aussi dans son application sur coups de pied arrêtés, sur un corner à la 18e minute elle réussit même l’exploit de faire marquer à Caroline le premier but de sa vie. Sa joie est telle qu’elle pense même un instant ôter son maillot, avant de se souvenir que pendant les matchs elle porte une brassière et non son désormais célèbre Wonderbra. Le projet est donc remis à plus tard.

A 3-0 on pourrait penser que les filles relâchent quelque peu l’effort, mais c’est sans compter sur la mentalité particulièrement sportive de Kasumi qui se résume par l’adage suivant “Si on n’humilie pas son adversaire, on ne le respecte pas”. L’offensive se poursuit donc de plus belle, et à la 24e minute, Kasumi qui est parvenue à se démarquer face à une défense à la peine est en position parfaite pour un tir à 20 mètres qui va se loger en pleine lucarne.

C’en est de trop pour Louis qui se décide à appeler SOS Femmes Battues pour venir au secours des pauvres rémoises. Il est finalement interrompu dans sa blague par Khalid qui ne voudrait pas que l’équipe se retrouve dans la tourmente en ce week-end de finale pour un appel abusif, ce serait aussi stupide que se casser le poignet en jouant à la bataille corse.

C’est devant un public presque blasé que la mi-temps s’achève, Kasumi a le temps d’ajouter un but et une passe décisive et les rémoises de sauver le peu d’honneur qu’il leur reste, le score est donc de 6-1 à la mi-temps et le sort des deux équipes déjà scellé.

A trois buts et trois passes décisives, il est parfois dur de savoir garder la tête froide, c’est pourquoi Kasumi a exigé qu’un employé du club agite frénétiquement un éventail devant son visage pour toute la durée de la mi-temps, alors qu’un autre lui nettoie sa paire de crampons et qu’un troisième lui prépare du jus de grenade fait maison.

La deuxième mi-temps sera plus calme, Kasumi n’ajoutant que deux buts à son total personnel dans le premier quart d’heure avant d’exiger de sortir du terrain, trop fatiguée pour tenir toute la durée du match. Une sortie sans conséquence, tant les rémoises avaient le moral au fond des chaussettes après cette prestation terrifiante.

Alors que presque toutes les filles fêtent la promotion dans les vestiaires, Kasumi se retire en compagnie de Tomi et de Caroline dans une voiture de luxe pour fêter ce triomphe dans un endroit digne de ce nom et non chez les gueux, elle aurait bien invité Louis et Valentino, qui ont bien contribué à son intégration au lycée Robespierre, s’ils n’étaient pas pris par la préparation intense de la finale.

C’est dans la salle vidéo du centre de formation que se poursuit cette préparation intensive avec l’organisation d’une minute de haine pour éviter aux troupes de ramollir, la photo de la star de la jeune garde lyonnaise est projetée sur l’écran et tout le monde doit l’insulter. Louis, en coéquipier exemplaire, a même eu l’amabilité de préparer quelques poupées vaudou pour favoriser l’expression des sentiments de ses coéquipiers.

Le concept séduit Marc et Konstantínos, les invités du jour, Marc ne manquerait pas une bonne occasion d’insulter un lyonnais même si ça reste moins drôle qu’un marseillais, et Konstantínos est ravi de pouvoir utiliser les termes “tapette”, “tafiole” et “tarlouze” sans risquer de subir les foudres du grand patron.

C’est donc dans un esprit de franche camaraderie que se déroule le dernier entrainement à Sevran, avec Marc et Konstantínos en sparring-partners de luxe. Il n’y aura pas de bagarre, Bruno ayant été prié de conserver son agressivité pour l’équipe adverse. Bien au contraire, l’entrainement est plein de finesse, Valentino délivrant à Gabriel quelques conseils d’expert pour perfectionner ses plongeons.

Forts d’une préparation aussi fine et aboutie, il ne semble rien pouvoir arriver aux sevranais qui viennent en voisins au Stade de France pour disputer la finale de la Coupe Gambardella avant que parisiens et auxerrois ne se disputent la Coupe de France des joueurs confirmés.

Ce groupe est si plein de talent, qu’il est fort probable que certains reverront le Stade de France plusieurs fois au cours de leur carrière, mais le moment reste si particulier pour ce groupe à la fois si improbable et si puissant, tous à part Khalid ont été rejetés par le système de formation, et tous ont ce soir l’occasion de montrer aux recruteurs qu’ils ont eu tort.

Comme un symbole, Gabriel est le capitaine du soir, rejeté il y a deux ans par les équipes professionnelles pour sa faible musculature, il est désormais l’étoile montante de la Ligue 2 et la star de la salle de musculation de Sevran. Il sera sans aucun doute le joueur à suivre côté sevranais pour cette finale.

Du côté lyonnais, il y a de la qualité un peu partout, ce qui n’est pas étonnant vu la bonne réputation dont jouit le centre de formation, mais le joueur le plus dangereux selon le coach sevranais est Pierre Lesage, le milieu défensif local dont le style est l’exact opposé de ce que peut produire Valentino, ce qui pourrait être déstabilisant pour les jeunes sevranais.

Le temps est sec mais plutôt frais ce qui n’est pas pour déplaire au coach sevranais, le gros point faible de Valentino c’est la chaleur et il y aura grand besoin de son impact physique pour mettre en difficulté Pierre Lesage, le très prometteur regista lyonnais qui pourrait faire basculer le match d’un éclair de génie.

Le premier quart d’heure frustre quelque peu les amateurs de spectacle, les deux équipes se jaugent, à la grande inquiétude du coach sevranais qui craint qu’un match trop peu engagé favorise le jeu d’un Pierre Lesage en fin de match. Comme d’habitude, Bruno et Valentino comprennent qu’ils vont devoir mettre un petit coup de fouet.

Bruno marche alors malencontreusement sur la cheville de Pierre Lesage provoquant un débout d’échauffourée entre les deux équipes, bien maitrisée par les arbitres qui ne sévissent pas. Les mésaventures du jeune espoir lyonnais ne s’arrêtent pas, se retrouvant au sol après avoir tenté de subtiliser le ballon à Valentino. Il faut dire que se prendre un quintal lancé à bon rythme, ce n’est pas une partie de plaisir.

Les esprits ayant eu le temps de monter en température, les sevranais sont les premiers à se lancer à l’assaut, sur un ballon qu’il a récupéré, Valentino lance parfaitement Khalid qui voit Bruno bien dégagé pour un tir de loin et lui remet le ballon en retrait, malheureusement la demi-volée de l’ailier portugais s’envole au dessus de la barre transversale lyonnaise.

Les lyonnais réagissent bien vite, tout d’abord sur coup franc, Pierre Lesage passe tout proche de tromper le portier sevranais sur une très belle frappe de 30 mètres, puis sur une passe lointaine qui provoque un duel, remporté par l’ultime rempart sevranais qu’on avait rarement vu à pareille fête.

Les sevranais se montrent alors plus prudents dans le placement tout en maintenant un impact physique difficilement soutenable, d’autant plus que le corps arbitral semble avoir oublié ses cartons dans les vestiaires. Ils s’offrent toutefois la dernière occasion de la mi-temps, sur un très bon corner de Bruno, Gabriel s’envole plus haut que tout le monde, mais le ballon passe de très peu au dessus de la barre transversale.

A la mi-temps, le score est logiquement nul et vierge après une période pas vraiment riche en action, mais vu la mine fatiguée de Pierre Lesage lors du retour aux vestiaires, le coach sevranais pense que l’essentiel est peut-être déjà fait, le physique hors normes des sevranais est bel et bien au rendez-vous, et la fin de match pourrait être très profitable.

Mais dans l’effectif, on ne veut pas attendre pareille échéance, à la 53e minute, sur un débordement dont il a le secret, Louis parvient à centrer en direction de Khalid, la frappe du milieu franco-algérien est détournée par le portier lyonnais, mais malheureusement pour ce dernier, ce n’est que pour mieux rebondir entre les pieds de Gabriel qui n’a qu’à pousser l’offrande au fond des filets.

Les lyonnais se lancent alors, peut-être un peu vite, dans leur va-tout. Encore une fois Pierre Lesage se montre le plus dangereux, tout d’abord sur une frappe de loin à la 57e minute, puis sur un coup franc direct à l’entrée de la surface à la 62e minute, mais à chaque fois ses tentatives échouent de quelques centimètres à droite des buts sevranais.

L’assaut en règle des cages sevranaises continue, et à la 66e minute, Valentino reçoit le premier carton jaune du match après un tacle appuyé sur Pierre Lesage qui commence franchement à accuser le coup. Sur le coup franc qui s’en suit, une combinaison bien rodée offre à un des attaquants lyonnais une bonne position de tir de loin, mais le sort se décide à être favorable aux sevranais lorsque le ballon frappe le poteau sur cette dangereuse tentative.

Les lyonnais, de plus en plus émoussés, commencent alors à se faire de moins en moins incisifs et les sevranais réalisent même à nouveau quelques percées comme une belle chevauchée de Valentino à la 75e minute, malheureusement sa passe en retrait pour Gabriel sera moins réussie que sa course.

A partir de ce moment seul un but sur coup de pied arrêté ou une erreur semble pouvoir arrêter les sevranais, le sang-froid devient la principale qualité, c’est pourquoi Bruno est sorti du terrain par son entraineur par principe de précaution.

Ce choix n’altère pas vraiment la qualité des offensives sevranaises, à la 84e minute, c’est au terme d’une inhabituellement longue série de passes que Gabriel trouve une très belle position de frappe à l’entrée de la surface, et va loger le ballon au ras de poteau adverse, s’offrant ainsi un beau doublé dans cette finale.

Avec un tel avantage, plus rien n’obstrue le sacre de la jeunesse sevranaise qui triomphe dans la plus prestigieuse compétition pour jeunes joueurs de l’hexagone. Voilà qui leur vaut bien d’être accueillis tels des héros à leur retour dans la cité, alors que la “vraie” finale Auxerre - PSG est froidement ignorée par les locaux.

Pour l’occasion, le meilleur night club de la ville laisse rentrer toute l’équipe même si c’est parfaitement illégal. Dans son élément, il ne faut pas plus d’une minute pour que Gabriel se mette à draguer la serveuse alors que Bruno se fait de solides réserves d’alcool pour patienter le temps du bac.

Mais Louis et Valentino se disent qu’il manque quelque chose à cette soirée et concoctent un plan très sophistiqué constituant à faire un peu dérailler le système anti-incendie du night club. Les deux jeunes espoirs empruntent alors le paquet de cigarettes et le briquet d’un client pour faire croire à un début d’incendie, de l’eau commence alors à tomber dans la salle.

Hilare, Louis ne manque pas de gambader joyeusement vers la piste de danse pour annoncer qu’il organise un concours de Miss T-shirt mouillé. Malheureusement, Caroline, présente pour l’anniversaire de sa grande sœur, qui était encore une fois sur la trajectoire de ses farces lui adresse un regard particulièrement noir et se lance à sa poursuite le poing brandi.

Alors que Louis détale en promettant qu’il ne pouvait pas savoir qu’elle était là, la course effrénée de Caroline s’arrête lorsqu’elle chute en raison de ses imposants talons. Alors qu’elle se rend compte de sa bévue, Valentino arrive innocemment, sans doute pour faire porter le chapeau au seul Louis et tend la main à Caroline, les célébrations ne font que commencer.
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Chapitre 14
De quoi être optimiste

Mercredi 9 juin 2015

Pour les jeunes sevranais, le premier objectif de l’année a été accompli avec le titre en Coupe Gambardella, mais il demeure à faire le plus important pour leurs parents et pour la réputation du centre de formation ainsi que de l’ensemble du lycée Robespierre, c’est à dire le passage du baccalauréat.

A la veille de la première épreuve, Tomi et Valentino tiennent une ultime réunion d’information pour bien préparer l’ensemble des candidats à leurs exploits du lendemain, il y a tant de monde dans la combine que seuls les enseignants ne semblent pas au courant.

En grand tenant de la galanterie, Valentino s’attaque tout d’abord aux avantages naturels des jeunes filles en ramenant un carton entier de bas sombres destinés aux jeunes filles, l’idée étant d’utiliser directement les cuisses comme support à anti-sèche et d’utiliser les bas comme moyen de dissimulation. Moyen particulièrement efficace, vu que ce n’est pas avec leur salaire de misère que les profs peuvent se permettre de prendre un bon avocat en cas de poursuites pour harcèlement sexuel.

Un autre grand classique pour ces demoiselles est l’utilisation des deux atouts supplémentaires dont elles disposent comme support pour une antisèche encore plus imposante. Là aussi, les surveillants ne sont pas fous, ils savent qu’on est à Sevran et qu’un regard trop appuyé sur cette zone, c’est une visite du grand frère et quinze jours d’hôpital juste derrière.

Cet exposé est suivi d’un cinglant “Je ne veux pas entendre une seule remarque” de Caroline en train de jouer avec un couteau de poche. Gabriel et Khalid ne peuvent que constater qu’ils ont peut être un peu trop bien formé la jeune femme.

Tomi n’est, quant à lui, pas peu fier de présenter un paquet de bouteilles assez révolutionnaires. En effet, chaque étiquette a été transformée en antisèche parfaitement discrète, selon Louis, le seul inconvénient étant que l’écriture est approximativement aussi petite que l’engin de Dimitri. Chose qui vaut immédiatement des protestations de la part de ce dernier qui réclame une deuxième mesure.

Une forme de malaise s’installe dans la salle quand Caroline sort un double décimètre de son sac et se propose pour procéder à ladite mesure. En panique devant cette furie, Dimitri détale comme un lapin, mais heureusement pour lui, Caroline ne sera pas en mesure de le poursuivre, ayant encore trébuché du fait de ses talons. Manifestement, les garçons ont “oublié” de lui conseiller de porter des baskets un peu plus souvent.

Alors que Tomi est affreusement embarrassé par la situation, Valentino essaie de recentrer le débat en présentant le prochain gadget, des montres dont l’écran est amovible laissant la place à encore plus d’antisèches. Gabriel est particulièrement ravi du gadget, il n’aura aucun mal à avoir l’air naturel à regarder sa montre sans arrêt, comme approximativement toutes les personnes qui ont eu affaire à madame Léjeaut pendant au moins une minute de leur scolarité.

Mais le bijou de cette exposition est sans conteste la coque de smartphone lui donnant l’apparence d’une calculatrice, idéal pour tout ce qui ne peut pas être couvert par les antisèches si on sait se faire un minimum discret. Louis conseille rapidement que ce gadget soit uniquement utilisé par les garçons, vu la propension des filles à bavarder trois heures au téléphone, certaines pourraient faire la boulette.

Alors que Caroline tente de punir l’impertinent de sa remarque sexiste en lançant une de ses bouteilles truquées à son visage, Valentino suggère que l’équipe procède à son habituel rituel en hommage à Mars pour attirer les faveurs divines sur leurs copies. Très enthousiaste, Bruno entame les hostilités d’un beau crochet du droit et les footballeurs se livrent vite à une ultime bagarre générale devant une assistance consternée.

Le lendemain matin, les préparatifs pour l’épreuve de philosophie l’après-midi s’accélèrent, chacun prépare un vrai plan de bataille, il faut dire que les cours de madame Léjeaut leur ont donné une impression si médiocre que Charles excepté, personne ne semble être au niveau pour cet examen.

Le retard est tel que Louis demande à Gabriel si Emmanuel Kant est bien portugais, mais son coéquipier lui rétorque vite qu’il serait impossible qu’un ancêtre de Bruno soit aussi brillant. Remarque qui vaudra, quelle bonne surprise, un début de bagarre perturbant une fois de plus la préparation.

Valentino, plus appliqué, a ajouté une corde à son arc en arborant une forte belle chemise incluant des caractères japonais, ayant appris quelques bases de la langue grâce à Tomi et Kasumi. Le seul risque aurait été qu’un des surveillants maitrise le japonais, mais n’oublions que nous sommes au lycée Robespierre de Sevran et qu’ils auraient déjà du mal à trouver quelqu’un qui lise l’italien, il y a donc de quoi être optimiste.

Durant l’examen tout se passe dans la bonne humeur, les seules choses que le surveillant a remarqué est qu’en effet la chemise de Valentino est très jolie et que tout ce petit monde avait tendance à boire beaucoup d’eau, mais après tout ce sont des sportifs, ils doivent avoir cette habitude, rien de suspect.

A la sortie chacun est satisfait de son coup, tout le monde a suivi l’avis de Tomi qui était de s’exprimer avec son coeur, par conséquent Bruno a dédié sa copie à Emmanuel Kant pour faire chier Louis, Gabriel a insisté sur les travaux d’Ibn Arabi, chose qui paraissait s’imposer vu le programme de terminale.

Caroline n’a pas hésité une seconde avant de se tourner vers Socrate, une époque avec tant de sportifs virils se trimbalant à poil, ça ne peut que l’intéresser. Louis, en bon passionné, a préféré évoquer Sócrates plutôt que Socrate, ce qui constitue une approche très originale du sujet. Presque aussi original que Khalid qui n’a cité aucun auteur pour bien montrer au correcteur qu’il a réfléchi au sujet plutôt que débiter tout ce qu’on lui a dit.

Valentino s’est, quant à lui, principalement penché sur les travaux d’Antonio Gramsci. Étrangement, personne n’a cité Bernard-Henri Lévy ou Alain Finkielraut, sans doute une marque de la montée de l’antisémitisme dans le monde du football.

Les examens s’enchainent dans la semaine qui suit. On ne peut pas nier qu’il y eut quelques incidents, comme lors de l’examen d’histoire où Bruno a rempli un paragraphe entier de commentaires dénigrants à l’égard des chansons de Taylor Swift qu’il présente comme des signes de l’apocalypse en réponse à une question sur les crimes contre l’humanité de Charles Taylor.

Bruno pourra toutefois se consoler devant les déboires en anglais de Khalid qui a cru dur comme fer que la phrase “There is a ketchup spot on your shirt there” voulait dire qu’il y avait une publicité pour une marque de ketchup sur un paquet de joints. Khalid qui pourra lui-même relativiser devant la copie de Louis en droit qui pensait qu’une jurisprudence voulait dire que le juge devait faire vachement attention avant de rendre son verdict.

Les problèmes de Gabriel sont tout autres, en effet la plus grande gaffe qu’il ait commise durant cette semaine d’effort est d’avoir dragué assez lourdement sa charmante examinatrice lors de l’épreuve de marketing avant de constater avec horreur que celle-ci portait une alliance.

Mais malgré ces menus incidents, Tomi est confiant pour un bon succès de ses troupes qui ont recraché deux bons tiers de leurs leçons sans rien comprendre grâce à ses anti-sèches, étant donné qu’on est en France et non en Finlande, cela devrait largement suffire.

D’ailleurs, force est de constater que les carences des jeunes sevranais ne sont pas si dramatiques comparé à certains de leurs homologues. Prenons par exemple le cas d’un jeune candidat issu du centre de formation de l’OM qui a cru que la mort de Marie Curie était liée à une trop forte exposition à l’opium ou encore celui d’un de ses homologues du PSG qui a cru bon de dire que la création de l’Union Européenne a provoqué la chute de l’empire romain.

Le jour des résultats, les attentes de Tomi sont comblées, c’est un triomphe collectif, tous les joueurs sont admis, et pour couronner le tout Khalid obtient une mention assez bien malgré son 3 en anglais, Gabriel une mention bien et Valentino une mention très bien.

On peut dire que les enseignants sont extrêmement surpris de ces résultats, à commencer par madame Léjeaut qui avait cru bon de déclarer devant ses collègues que s’il y avait plus de cinq admis dans son troupeau d’imbéciles, elle serait prête à traverser une autoroute les yeux bandés.

Mais les enseignants ne sont pas les seuls surpris, les médias habitués à se moquer des piètres résultats dans les centres de formation se sentent un peu obligés de corriger le tir devant cette surprenante réussite de 100 % et les caméras ne tardent pas à arriver au lycée Robespierre.

Alors que Louis planque rapidement la bouteille de whisky qui avait été dégainée pour fêter l’évènement afin de ne pas casser le gain d’image qui était le but principal de l’opération, les journalistes se précipitent vers Gabriel pour l’interviewer, après tout, la pépite de la Ligue 2 qui ramène une mention bien, c’est typiquement ce qui symbolise le mieux l’évènement pour eux.

Khalid ne peut pas s’empêcher de trouver un peu injuste que ce soit Gabriel qui soit interviewé alors que c’est Valentino qui a eu la meilleure moyenne du lot et qu’il a fortement aidé ses amis, mais Valentino lui dit qu’il est souhaitable que cela se passe ainsi étant donné que les chances qu’il incite vivement un journaliste à entrer en contact avec la population masculine grecque sont bien plus élevées qu’elles ne le sont avec Gabriel.

Loin de cette agitation, Caroline se retrouve dans le bureau de la direction, il faut dire que sa moyenne de 19 dans un établissement à la peine en a impressionné plus d’un, et le ministère entend bien en faire un modèle d’ascension sociale en lui proposant des études tous frais payés dans un Institut d’Études Politiques de province.

Caroline pose alors les données du problème d’une autre manière, elle a le choix entre devenir l’alibi d’une bande de technocrates qui s’en sont foutus d’elle, de tous ses camarades et de l’ensemble de ses professeurs jusqu’à aujourd’hui, chose qui lui donnera certes l’opportunité de se faire des ovaires en or en rejoignant ladite bande de technocrates ou entre rester parmi les siens et avoir une chance de contribuer à la meilleure chose qui soit arrivée à la ville depuis cinquante ans.

Elle se lève et quitte la salle en faisant savoir qu’elle refuse de servir de marionnette, et qu’ils n’ont pas intérêt à proposer la même chose à un des garçons, car elle n’est pas sur qu’eux sachent rester polis face à un tel concentré d’hypocrisie. Pas peu fière de son coup, Caroline sort du bâtiment et tombe sur Khalid qui a le plaisir à la convier à la célébration des résultats à la pizzeria du quartier.

Ce choix ne manque pas d’interpeller Caroline, pourquoi ne pas aller chez Abdullah comme d’habitude ? Khalid lui rappelle que c’est le soir de la finale de l’Euro Espoirs, opposant le Portugal à la Grèce. Et vu que Konstantínos mène la sélection grecque, voir un restaurant turc soutenant à 90 % l’équipe de Grèce, ça aurait fait tâche.

C’est donc à la pizzeria que la petite troupe se retrouve, les jeunes ne sont pas seuls, Tomi est venu pour fêter le succès de son plan, Kasumi est venue pour féliciter Caroline, Louis et Valentino et un peu pour voir le match et Marc a daigné posé le pied dans ce lieu d’horreur pour lui car c’est le seul endroit où il pouvait voir le match sans avoir peur que son streaming plante, entrainant dans son sillage Daniel et Mohamed.

Avant que le match commence, Caroline a le temps de conter sa petite rencontre avec les pontes du ministère à une assistance conquise, tout le monde aurait aimé voir ça, et tant pis si son coup de panache n’était pas une débauche de sincérité et de rébellion mais tout simplement une crainte de ne pas pouvoir aussi facilement tricher là bas que pendant le bac.

Alors que tout le monde sauf Marc se goinfre, celui-ci, viscéralement dégoûté par les pizzas américaines a préféré commandé quelques nuggets, le match s’apprête à commencer. Si à Prague la rencontre promet d’être serrée, à Sevran, la pizzeria a clairement choisi son camp, à part Bruno et son frère, tout le monde soutiendra la Grèce.
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Chapitre 15
Les douces soirées

Mardi 30 juin 2015

Pour Konstantínos, le grand soir est arrivé, il a l’opportunité de revivre les émotions de l’Euro 2004 sur le terrain face au même adversaire. Il sait que vu le niveau actuel de l’équipe nationale A grecque, c’est peut-être sa plus grande chance de gagner un trophée international, et il ne compte pas la laisser passer.

Le parcours aura été difficile pour les grecs, dans le groupe de l’Italie, de l’Angleterre et du Portugal, ils auront eu chaud plus d’une fois. Après la défaite initiale contre l’Angleterre, ils ont vu l’élimination de très près lorsque l’Italie menait à la mi-temps contre eux, mais finalement après une égalisation arrachée en début de mi-temps par ses coéquipiers, Konstantínos a enfin été le joueur décisif que l’on attendait en obtenant et convertissant un pénalty à cinq minutes de la fin.

Lors de la dernière journée de groupes, les grecs ont encore une fois frisé la correctionnelle, si le très net avantage pris par l’Italie contre les anglais les a rapidement poussé à jouer pour un match nul qui les qualifie désormais, les portugais ont été moins calculateurs et se sont lancés à l’assaut du but grec en espérant finir sur une victoire. A huit minutes de la fin, le plan des grecs semble échouer lorsque le Portugal ouvre le score sur un corner, mais une nouvelle fois Konstantínos endosse sa panoplie de sauveur sur une frappe de 25 mètres à la 89e minute du match.

Ironiquement, le match le plus simple aura été la demi-finale contre le Danemark, les grecs ont vite creusé l’écart, menant 2-0 avant la demi-heure de jeu avant de mener des contres particulièrement ravageurs, voguant tranquillement vers un succès sur le score de 5 buts à 1 alors que dans le même temps les portugais ont atomisé l’Allemagne 5-0.

Vu la forme exceptionnelle montrée par les deux équipes en demi-finale et l’envie de revanche des portugais après le mini-braquage du premier tour, le match s’annonce particulièrement disputé. Konstantínos a d’ailleurs voulu mettre toutes les chances du côté hellène et a gentiment profité de son coup de téléphone quotidien pour demander à Louis de préparer des poupées vaudou à l’effigie de l’ensemble des joueurs portugais.

Lors des premières minutes du match, on sent bien qu’il s’agit d’une finale, les deux équipes se jaugent et l’enjeu prend clairement le pas sur le jeu, il n’y a pas une seule occasion intéressante.

C’est donc fort logiquement qu’à Sevran, on porte un peu plus attention aux conversations en cours qu’au match, portant sur des sujets aussi passionnants que la dernière conquête de Gabriel, l’impatience de Khalid de recevoir les nouveaux survêtements de l’équipe le lendemain, les actuels étant tous tachés ou encore les progrès de Valentino dans le dessin de croix nazies sur les affiches du Parti Pour la Liberté.

Les jeunes sont tellement absorbés par leur conversation qu’ils en manquent presque la première action intéressante du match avec le meurtre de trois pigeons par un ailier portugais, un scène qui ne manque pas de rappeler les douces soirées multiplex Ligue 1 vécues par l’ensemble des protagonistes, Kasumi exceptée.

Le ton reste le même pour la suite de la première mi-temps qui est marquée par peu de rythme et beaucoup de maladresses techniques, on atteint un tel point que Louis se saisit de la télécommande pour vérifier si le gérant de la pizzeria n’avait pas confondu la finale Grèce - Portugal avec une confrontation entre Troyes et Nancy. Khalid, encore amèrement marqué par la déconfiture subie à Troyes, proteste en disant que l’exemple est mal choisi.

Quoi qu’il en soit, la mi-temps délivre enfin les téléspectateurs de cette immonde purge, moment choisi par Gabriel pour préparer son cocktail préféré, l’orange à la vodka, le principe étant de mettre un volume de jus d’orange pour quatre volumes de vodka directement ramenée de Pologne par Daniel.

Moins bien préparée que son père à ce genre de cocktail, Kasumi semble assommée dès le premier demi-verre, le point positif étant qu’elle restera moins ridicule que Bruno qui se lance dans de somptueux chants paillards qui semblent indiquer une vive obsession pour la sodomie en ce jour de match contre les grecs.

Forcément, dans de telles conditions, la deuxième mi-temps est bien moins bien suivie par nos amis, et hélas elle semble du même tonneau que la première jusqu’au premier frisson du match, à la 64e minute, sur un bon centre portugais, le buteur lusitanien ne parvient pas à cadrer de la tête.

Frémissement que Gabriel n’aura pas eu l’occasion de voir, KO après 3 verres, chose qui provoqué l’hilarité de Louis qui a toujours sur que son ami se montrait parfois petite nature. Mais les moqueries sont vite interrompues par la veste de Caroline atterrissant sur le visage de Khalid. Bien éméchée, elle semble s’être décidée à entamer un strip-tease sans aucune raison, heureusement Khalid et Valentino la retiennent avant qu’elle fasse quoi que ce soit d’autre en lui disant “Fais pas de connerie, toi aussi t’es bourrée”.

Alors que Mohamed, qui est le seul sobre, se décide à ramener les plus mal en point chez eux, on entend Valentino insulter copieusement l’arbitre, ce coup-ci non pas en raison de l’alcool, mais d’une simulation grecque qui n’a pas très bien marché.

A la 80e minute, le match semble enfin décoller, les portugais se lancent à l’offensive de toutes leurs forces, tout d’abord sur une percée de leur buteur qui sera rattrapé à l’ultime moment par l’arrière droit grec. Puis ensuite, sur un coup franc à l’entrée de la surface qui vient se fracasser sur la barre transversale grecque.

Les espaces étant ouverts, les grecs se lancent alors dans leur spécialité, leurs contres pleins de dynamisme, et Konstantínos qui était jusque là quasiment invisible entre enfin dans son match avec une superbe course sur son aile droite, malheureusement la reprise de volée du buteur grec sur le centre qui suit s’envole dans des tribunes bien mal garnies.

La dernière action du temps réglementaire est portugaise, sur un corner bien tiré, le buteur portugais cadre bien sa tentative de la tête, mais heureusement pour les grecs, un défenseur parvient à repousse le ballon de la tête, avant que le ballon ne retombe sur Konstantínos qui l’envoie si loin que l’arbitre n’offre pas de chance supplémentaire aux portugais.

Le match va donc aller en prolongations, Daniel propose avec enthousiasme une nouvelle tournée, mais manifestement Khalid, Louis, Valentino et Marc ne partagent pas son enthousiasme, personne ne veut se réveiller à l’hôpital le lendemain. Même en tant qu’habitués des lieux après leurs multiples bagarres, personne n’a vraiment envie d’y passer de belles journées d’été.

Marc, qui est le plus concentré sur le match et qui a appris à connaitre le style de Konstantínos se veut assez optimiste, à ses expressions faciales il semble avoir bien économisé son énergie, ce qui n’est manifestement pas le cas côté portugais.

Et les impressions de Marc semblent vite se confirmer, Konstantínos semble vraiment intenable dans son couloir droit, réussissant deux belles percées en ce début de prolongations, malheureusement son centre est trop long sur la première et sa tentative en solo sur la seconde est bien anticipée par le portier portugais.

Pris à la gorge, les portugais peinent à se montrer dangereux, leur plus belle action de la première moitié de ces prolongations survient à la 101e minute, lorsque leur meneur de jeu tente un lob du milieu du terrain, le geste est superbement effectué, mais le portier hellène revient à temps et empêche le ballon de franchir la ligne.

La domination reste grecque, et à la 104e minute, Konstantínos obtient un très bon coup franc pour son équipe. Il tente de le transformer lui-même, mais son tir s’écrase sur le poteau droit portugais alors que le portier adverse semblait enfin battu. Tout reste donc à faire après 105 minutes de jeu, lorsque l’arbitre ordonne le changement de côté.

A la 109e minute de jeu, la fatigue des portugais se fait encore ressentir lorsque Konstantínos parvient une nouvelle fois à percer la défense portugaise sur son côté droit. Une nouvelle fois, il envoie le ballon dans la boite, ce coup-ci c’est l’ailier gauche qui repique vers le centre à toute vitesse et qui assène une tête plongeante qui finit enfin au fond des filets offrant l’avantage à la Grèce.

A Sevran, la réaction est pour le moins euphorique, tous les spectateurs bien mis en difficulté par le breuvage de la soirée applaudissent timidement en rigolant, alors que Daniel plus motivé que jamais lève un verre pour célébrer ça.

Fort logiquement, l’entraineur grec ordonne immédiatement le repli de ses troupes pour assurer les dix dernières minutes face à des portugais fatigués. La consigne ne plait pas vraiment à Konstantínos qui pensait qu’il y avait la place pour en mettre un deuxième, mais ce n’est pas le moment de se brouiller avec son entraineur.

Fatigués, les portugais ne semblent capables de briller que sur les phases arrêtées. comme cette tête sur un corner à la 114e minute qui passe de peu à côté, ou encore le coup franc de la 117e minute qui est miraculeusement claqué par le portier grec.

A la 119e minute, les portugais bénéficient d’un énième corner, ils décident d’exécuter une combinaison, le tireur n’envoie pas le ballon dans le paquet mais vers son buteur, judicieusement démarqué à une vingtaine de mètres du but. Celui-ci a tout son temps pour ajuster un tir de loin, qui finit à quelques centimètres du poteau gauche grec.

Désormais, plus rien ne peut arrêter les grecs. Après les échecs de 1988 et 1998 en finale, les espoirs grecs remportent leur premier titre de champions d’Europe. Konstantínos va enfin pouvoir soulever un trophée autre que celui de la fête de son école.

Bien entendu à Sevran, l’heure est à l’euphorie, Daniel propose en beuglant une nouvelle tournée générale. Offre immédiatement rejetée par Valentino, qui sur un geste d’humeur, a fracassé une bouteille sur le nez du portier polonais. Pour essayer de calmer les choses, Marc propose aux autres de se réconcilier autour d’un petit Mario Kart, seuls Khalid et Louis rejettent l’offre, voulant terminer au calme la conversation qu’ils avaient initiée au sujet du hip-hop.

Alors qu’à Prague, Konstantínos et ses coéquipiers s’apprêtent à de longues célébrations, l’ambiance est plutôt à la fin de soirée dans l’appartement de Marc, dont le prêt à Sevran a été prolongé il y a quelques jours. Daniel et Mohamed discutent du recrutement à venir, le consensus parmi eux est au renforcement de la défense, l’équipe de rêve des jeunes étant superbement armée au milieu et en attaque, il serait bête de ne pas en profiter.

Marc et Valentino, eux, discutent de la direction générale prise par le football. Valentino regrette amèrement le manque de panache dans le football moderne, il pense que le football a besoin de faire rêver pour rester le premier des sports. Et ce n’est pas avec de la passe à dix qu’on va soulever les foules mais avec des prises de risques constantes.

Marc est plus pragmatique dans son analyse, ce qui est beau dans le football, ce n’est pas seulement de voir les filets trembler ou un adversaire pleurer après une fracture, mais le fait de savoir que tout peut potentiellement arriver à n’importe quel moment, et ça, rien ne pourra l’ôter, pas mêmes les tactiques les moins emballantes.

Le lendemain après-midi, loin de ces considérations sportives, Khalid est réveillé par sa soeur Sabrina qui le prévient qu’un colis est arrivé. Le jeune milieu de terrain se doute bien qu’il s’agit des survêtements du club, il va enfin pouvoir se débarrasser des vieilles guenilles qu’il portait jusque là.

Quand Khalid ouvre le colis, il a l’air extrêmement choqué. Il prend alors ledit colis avec lui et marche jusqu’à l’appartement de Gabriel en lui demandant s’il a lui aussi subi l’erreur sur la couleur des survêtements. Gabriel lui montre alors son écran d’ordinateur, affichant une photo avec un premier maillot noir et rouge et un second maillot blanc et noir et lui dit que ce n’était pas une erreur.

Fin de la saison 1
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En fait, j’en ai pas totalement fini avec cette saison 1.

Il me reste une petite chose à vous présenter, comme c’est une fic sur le foot, je n’ai pas pu m’empêcher de faire une base de données sur FM (je l’ai faite avant d’écrire le chapitre 13 c’est pour ça qu’il a trainé, le 14 a trainé comme j’ai passé beaucoup de temps sur mes chaines de Pokémon Lune).

Comme j’ai vu qu’il y avait de gros ratés avec ma bdd sur les Coupe d’Europe, j’ai fait mon test sur plus de 20 saisons sans bug qui me soit apparu, donc je pense que ce coup-ci ça doit être clean.

Pour vous présenter la base de données en elle-même, tous les joueurs de l’AS Sevran cités dans la fiction sont dans l’effectif du club crée avec des dates de naissance adaptées au fait que la partie commence en 2016 alors que la fiction commence en 2014.

Je dois vous prévenir que les jeunes sont franchement abusés au niveau du potentiel, c’est totalement volontaire, ce sont un peu les héros de l’histoire pour le moment, ce serait con qu’une fois en Ligue 1 ils ne vous servent à rien.

Vous avez aussi le droit à la présence de monsieur Miyazaki qui remplira gentiment vos caisses (et changera les maillots pour la saison 2 :sac: )

Pour mieux coller à l’histoire, j’ai rempli l’équipe avec des joueurs actuellement au chômage qui ont un niveau faiblard pour la Ligue 2, ce qui correspond au niveau de l’équipe dans la fiction. J’ai aussi rempli le staff avec des chômeurs, mais ça c’est par pure paresse.

Que ce soit clair, cette base de données est probablement très (trop ?) facile à jouer, c’est plus là pour le délire de guider cette jeune garde bien abusée au sommet.

Comme tel est le principal intérêt de la chose, je propose deux versions du truc, une version dite “verrouillée” (les 5 principaux jeunes resteront au club jusqu’à la retraite, je l’ai mis comme je pense ce serait dur de les garder normalement) et une version dite “déverrouillée” où seul Khalid est protégé, ce qui est plus réaliste et plus en phase avec le scénario.

Télécharger la base de données

L’écriture de la saison 2 débutera au mois de janvier 2017, comme j’ai un partiel à préparer, le rythme de parution sera surement très lent, je pense pouvoir accélérer de nouveau à la mi-février.

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félicitations pour cette saison 1 (il me reste 3 chapitres à lire) tu m’a donné envie de réécrire mais j’ai pas l’inspiration encore

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Chapitre 16
On ne peut pas avoir le beur et l’argent du juif

Jeudi 1er juillet 2015

Khalid se demande s’il est dans un rêve, on ne change pas la couleur du maillot d’un club vieux de cinquante ans comme ça sur un coup de tête, il y a forcément du monde qui va râler et jusque là la famille Miyazaki n’a pas été du genre à faire trop de vagues.

Gabriel lui dit que s’il n’y avait que cette histoire de maillot, les choses seraient si simples, il lance alors une vidéo de la conférence de presse du matin, que toute la fine équipe avait loupée, bien trop occupée à décuver après la rude soirée vécue la veille.

Tout d’abord, les nouveaux maillots, déjà que le changement de couleurs pour mieux coller à celles d’Akabura avec un maillot noir à bande rouge ne manquera pas de choquer les fans de la première heure, le fait de remplacer le rouge par du rose sur le maillot de l’équipe féminine est de plus quelque peu sexiste.

Cela restera tout de même moins sexiste que la dernière trouvaille pour attirer tout ce que Sevran peut compter en obsédés sexuels au stade avec le recrutement de pom-pom girls dont la tenue fait plus penser à un groupe de prostituées qu’à des artistes, et dont le calendrier déjà annoncé n’est pas des plus subtils.

En parlant de stade, ce bon vieux stade Alfred Nobel ne restera plus pour longtemps l’antre de l’AS Sevran, en effet la construction d’un stade financé par le naming a également été annoncée, outre l’aspect commercial, le but était de ne plus partager le terrain avec ces gueux de rugbymen qui ne savent pas prendre soin de la pelouse.

Nouveau stade qu’Etienne Baron ne verra probablement jamais, en effet le capitaine emblématique du club, en fin de contrat, a été remercié sèchement après dix ans de bons et loyaux services, au prétexte qu’il serait trop faible pour la Ligue 1.

Et cerise sur le ghetto, l’ouverture de chaines Youtube pour générer de la notoriété pour le club sur internet. Et si le principe de diffuser quelques beaux gestes techniques exécutés à l’entrainement n’est pas vraiment discuté, l’idée d’une chaine consacrée aux jeux vidéo est un peu plus froidement reçue, même si la direction du club jure qu’une section e-sports sera bientôt établie, il faudra bien meubler d’ici là.

Bref, on teindrait le grand chelem du football business si on ajoutait un club Mickey à l’entrée du nouveau stade pour les gosses. Khalid remarque alors à juste titre qu’il semble de plus en plus que l’AS Sevran ne va pas devenir le club chéri des adeptes des valeurs dans le sport. Mais Gabriel ne manque pas de lui répondre que si, pour le grand public, les valeurs du sport c’est se branler sur une biscotte dans les vestiaires, les bonnes âmes peuvent se les garder et se les mettre dans un endroit que nous ne préciserons pas.

A vrai dire ce qui effraie le plus Gabriel et Khalid, c’est la pagaille que ça va semer parmi le public déjà établi du club, ici ce n’est pas un public de petits bourgeois, il y a que du prolétaire, donc les considérations commerciales ça n’est pas ce qui est en premier dans l’esprit du public et la délicatesse dans les revendications ce n’est pas trop le genre de la maison.

Gabriel a même entendu dire que le soir même les héros de la résistance sevranaise allaient se réunir au kebab “Chez Abdullah” afin de mettre en place leur plan anti-maillot noir. Pour une fois que les jeunes du coin se montrent hostiles à quelque chose de noir, excepté MC 20 centimes bien sûr, c’est que ça doit être très grave.

Les deux amis entendent frapper à la porte, c’est Louis qui leur rend visite, vêtu des nouvelles couleurs de l’équipe, il faut dire qu’il a toujours pensé que noir sur noir ça avait un certain cachet.

Gabriel se demande alors si c’est une bonne idée d’afficher ouvertement les nouvelles couleurs, les joueurs pourraient se mettre à dos une partie de la cité. Louis lui dit qu’il faudra leur dire qu’on ne peut pas avoir le beur et l’argent du juif, les ordinateurs neufs utilisés par leurs petites soeurs au collège, c’est Akabura qui les a offerts, le nouveau stade, ce n’est pas la mairie qui est proche de faillite qui va le construire et que l’équipe serait retombée en National si ce pourri de Marquet était resté aux commande.

D’ailleurs, Gabriel est mal placé pour évoquer le changement de couleurs étant donné qu’il était prêt à porter un maillot rose juste pour choper les deux filles de la millionnaire suédoise qui voulait racheter le club en novembre dernier. Gabriel ressort la photo pour essayer de le faire taire, mais Louis pense toujours que les deux babtoues à fessier plat ça vaut moins que le nouveau stade.

Pendant que le trio débat, Bruno et Valentino sont à la salle de sport, frappant un puching-ball à l’effigie du coach Diaz, encore un peu rancuniers du fait qu’ils n’aient pas été conviés à s’entrainer avec l’équipe A comme Gabriel et Louis ou encore avec la réserve comme Khalid. La perspective de continuer à martyriser des gamins avec leur jeu ultra-viril ne les enthousiasme pas vraiment, ce serait comme si un lycéen allait racketter des gosses de primaire.

Alors que Valentino assène un coup violent au sac, la porte s’ouvre. C’est un jeune homme brun de typé méditerranéen qui fait facilement vingt centimètres de moins que Valentino mais qui semble franchement musclé. Il se présente, il est le nouvel attaquant recruté pour les équipes de jeunes par le directeur sportif, Nacio Rojas.

Alors que Valentino se précipite pour planquer l’effigie du coach Diaz, le nouveau, prénommé Esteban, discute rapidement avec les deux hommes des performances des appareils de musculation à leur disposition. Il faut dire que la vitesse est la qualité principale du jeune homme, il reconnait volontiers que sa technique reste perfectible, mais pouvoir courir le 100 mètres en 10 secondes 20 efface pas mal de défauts.

Valentino essaie d’imaginer ce que ça pourrait donner sur le terrain, il court encore plus vite que Louis, s’il parvient à améliorer un peu sa technique, le jeu en profondeur pourrait faire encore plus mal qu’un coup de fer à souder sur les testicules.

Le soir venu, le banquet de la résistance a lieu chez Abdullah, les moyens de nos vaillants héros restent très limités dans la mesure où le seul joueur qui a voulu se joindre à eux si on combine toutes les équipes appartenant à l’AS Sevran est ce naze de Dimitri et où l’animation musicale est confiée à MC 20 centimes faute d’autre volontaire.

Allan, le petit métis responsable de la section jeunesse locale du Parti Communiste Unifié et Mickaël, le grand frère franco-gabonais autoproclamé et chef du principal groupe de supporters de l’AS Sevran sont consternés devant ce manque d’ardeur régnant dans la ville pour défendre leur club contre une dérive vers le tout-business.

Mickaël est particulièrement remonté contre Louis qu’il connait depuis le berceau, il n’aurait jamais cru le gamin idéaliste qu’il avait tant aimé capable de vendre l’âme de son sport contre trois ordinateurs ramenés dans le collège du coin. Allan, de son côté, est plus chagriné par le fait que Valentino semble l’ignorer froidement depuis ce matin, à croire qu’il n’est de gauche que quand il s’agit d’aller chauffer ces idiots du Parti Pour la Liberté.

Allan et Mickaël se décident à mener la guerre de symboles même sans les joueurs, l’équipe de football c’est à peu près la seule chose dont les gens sont fiers ici, et il est important qu’elle ait une imagerie sportive, ayant pour valeur l’histoire du club, la noblesse du sport et le respect de l’humain et non une imagerie commerciale qui tendrait à démontrer que n’importe qui peut-être acheté.

Ils se lancent alors, en compagnie du maigre public de la soirée, en rédaction de tracts sur le fait que les nouveaux dirigeants du club sont incapables de respecter l’identité de Sevran, en prises de contacts avec d’autres groupes de supporters de Ligue 2 qui ne supporteraient pas de perdre leur identité, en préparation de raids contre les magasins proposant le nouveau maillot et en tentatives d’influer sur les politiciens locaux en espérant que le tout fasse reculer la direction du club.

Loin de ces considérations révolutionnaires, le gros Paul débarque dans ce haut lieu de la gastronomie turque et réclame la nouvelle spécialité de la maison, le kebab à la graisse de phoque, habituellement utilisé comme vomitif extrêmement puissant. MC 20 centimes croit alors bon de chambrer Paul en chantant que le jour où il explosera, le problème de la famine en Afrique serait définitivement résolu.

Paul prend mal cette petite taquinerie et charge en direction de MC 20 centimes de son gabarit imposant. Voyant un de ses rares volontaires en danger, Mickaël inflige une bonne correction à Paul sous les cris d’Abdullah qui ne voulait pas de bagarre dans son restaurant. Résultat, les serveurs tentent de chasser la petite troupe du restaurant pour lui redonner son calme.

Alors que Mickaël et Allan repartent chez eux tête basse, MC 20 centimes les incite à voir le bon côté des choses, avec tant d’action, c’est sûr que Bruno finira par les rejoindre.

Le lendemain en fin de matinée, le même Bruno est livide, terrorisé par le spectacle auquel il vient d’assister à la salle de sport. En effet, Valentino vient littéralement de faire exploser le puching-ball après avoir entendu le directeur sportif annoncer l’arrivée en prêt de Pierre Lesage, le jeune milieu défensif lyonnais, pour épauler Marc qui était un peu trop souvent esseulé l’an dernier.

Comme si la frustration de la mise à l’écart ne suffisait pas, se faire supplanter par un joueur que l’on a mis au supplice il y a moins de deux mois, est en effet quelque peu irritant. De peur de commettre un impair, Bruno file vers l’extérieur afin d’essayer de trouver une personne plus diplomate pour calmer la bête, à ce niveau de frustration sa force est plus proche d’un ours que d’un être humain, et il tient à ne pas avoir la tête arrachée d’un coup de patte.

Il tombe alors sur MC 20 centimes qui s’était mis en tête de chanter des slogans hostiles aux changements que va subir le club à proximité de la salle de sport. Pris d’une idée horrible, il envoie ce dernier tenter de désamorcer la fureur de Valentino avec une bonne chanson.

Deux minutes plus tard, Bruno entend une fenêtre se briser et MC 20 centimes atterrir sur la pelouse à l’extérieur de la salle de sport puis se met à rire comme une hyène. Ce n’est pas très constructif, mais ça fait toujours plaisir. Comme le dit le proverbe sevranais “Pense toujours à fracasser MC 20 centimes, si tu ne sais pas pourquoi, lui le sait”.

Il tombe ensuite sur Pierre qui, un peu perdu dans cette nouvelle ville, cherchait le terrain d’entrainement. Après quelques taquineries bon enfant sur la finale de la Coupe Gambardella, Bruno accepte de prêter main forte au nouveau venu et discute avec lui de ses passions qui sont très variées puisqu’il s’agit de football, de football, de football, de football et de penser à répondre à sa petite amie au téléphone quand elle appelle pour ne pas qu’elle déprime en croyant être abandonnée.

Alors que Bruno regardait les photos prises par Pierre avec des amis, il se souvient tout d’un coup avec effroi qu’il a laissé Valentino seul. Les deux hommes se dirigent en courant vers le gymnase, mais fort heureusement après avoir laissé sa marque sur quelques meubles, Valentino a transféré sa colère sur quelque chose de plus constructif et prépare sa paire de rollers et sa bombe de peinture afin d’aller saccager quelques affiches du Pärti Pour la Liberté.

Voyant que la situation est sous contrôle, personne de valeur ne risquant d’être blessé par cette activité, Bruno poursuit ses discussions avec Pierre, alors que Valentino fait parler sa puissance sur les rollers en partant à toute allure. Une première affiche suscite sa rage, il sort alors sa bombe de peinture et dessine une moustache d’Hitler sur la photo du dirigeant du Parti Pour la Liberté avant d’enchainer sur une croix gammée jusqu’à ce qu’il soit perturbé par une voix.

C’est la voix d’Allan, qui ne semble pas surpris de voir son camarade s’acharner de la sorte contre un symbole du mal suprême. Mais comme l’heure est à aborder une autre symbolique, Allan décide courageusement d’interroger son camarade sur ses nouvelles couleurs, est-il fier de se vendre de la sorte à un multimilliardaire, lui qui est si engagé ?

Valentino lui retourne la question. Allan serait-il fier d’être ouvertement méprisé alors qu’il a tout fait pour démontrer sa valeur ? Serait-il heureux de voir la structure qui l’a fait revivre se transformer en temple de la société de consommation ? Serait-il heureux d’être un tricheur et d’avoir poussé tout le monde à l’être aussi ? Serait-il heureux d’avoir servi de guide à un représentant du grand capital et à sa…

Valentino ne parvient pas à terminer sa phrase, puis se relance en disant qu’il connait déjà la réponse de son camarade. Mais que s’il accepte tout ça, c’est pour rendre de l’espoir à toute une ville, c’est pour donner une chance à ses amis, c’est pour améliorer le confort des écoliers. Il ne sait pas si la Révolution arrivera de son vivant, mais il sait que le projet de l’AS Sevran, c’est maintenant.

Allan supplie son camarade de ne pas se compromettre, lui contant l’histoire de la naissance du premier des capitalistes. Selon lui, Jésus était le premier communiste de l’Histoire, car il a partagé le pain, car il a refusé de joindre à un lynchage motivé par des pensées réactionnaires et car il voulait fonder une société basée sur la fraternité. En revanche, Judas est devenu le premier des capitalistes, le jour où il a été trop attiré par 30 pièces qui l’ont fait vendre Jésus, commettant la compromission irréparable.

Valentino regarde fixement son camarade et lui dit froidement qu’il est déiste, pas chrétien et lui tourne irrémédiablement le dos. Allan n’essaie pas de le retenir, affichant une mine défaite, il sait que cette lutte ne sera pas celle de son colossal camarade.
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Chapitre 18
La révolution attendra

Vendredi 31 juillet 2015

La deuxième phase du plan de modernisation de l’AS Sevran débute à peine, il reste à reconstruire une bonne partie de l’effectif, tâche qui plait particulièrement au directeur sportif Nacio Rojas, il a toujours rêvé de pouvoir acheter vingt joueurs en un mercato sans qu’un rabat-joie vienne lui dire qu’il va mettre en péril la stabilité de l’effectif.

Et on peut dire que les choix de ce brave Nacio n’ont pas vraiment fait l’unanimité, alors qu’il semblait y avoir un consensus pour faire de la défense le chantier prioritaire, il n’y a que deux défenseurs qui ont été ajoutés à l’équipe première, et pas forcément du calibre voulu.

Le jeune défenseur central russe, Alexey Kalachnikov, lointain cousin de la famille de l’inventeur du fameux fusil, aura peut être une aura toute particulière auprès des jeunes de la cité et dispose d’un gabarit solide, sa technique reste en revanche trop rudimentaire et génératrice de boulettes. Abdel Tiab, jeune défenseur droit algérien, présente l’inconvénient inverse, si sa technique est plus qu’acceptable pour une équipe de Ligue 2, niveau gabarit, ce n’est pas véritablement ce que l’on attend d’un défenseur, petit et assez frêle.

Outre l’arrivée en prêt de Pierre Lesage, le milieu de terrain, déjà pas trop mal loti, reçoit le renfort de l’espagnol Mateo Rivera au poste de milieu offensif. Un choix ce coup-ci plutôt bien accueilli, même si l’homme de poche de l’équipe n’a pas le talent d’un Konstantínos et un impact physique proche de celui d’un mollusque mort, il manquait un deuxième homme de qualité pour le système 3-6-1 chéri par le coach Diaz.

En attaque, la situation est claire, Gabriel est et restera la star de l’équipe. Cependant, suite au départ d’Etienne, une nouvelle doublure lui a été adjointe, l’expérimenté attaquant portugais Hugo Campos, malheureusement sur le déclin pour causes de problèmes gastriques à répétition depuis trois ans, de quoi craindre des blagues bien pourries venant des supporters.

Le principal choc est venu de là où on ne l’attendait pas, au poste de gardien, alors que Daniel Iwanicki avait réalisé une saison de grande qualité, Nacio n’a pas pu s’empêcher d’aller recruter son vieil ami Alejandro Ballesta, portier très expérimenté, passé par le Real de Madrid il y a quelques années, connu pour ses gueulantes mémorables. Outre le choc représenté par la mise au placard de Daniel, le fait qu’il soit immédiatement nommé capitaine au détriment de joueurs implantés depuis bien plus longtemps n’aide pas à le rendre populaire parmi les supporters.

Entre l’affaire des maillots, le recrutement assez mal vécu par les fans et la campagne de dénigrement organisée par Mickaël, l’ambiance est assez froide pour la réception de Créteil, un des principaux rivaux du club, en ouverture de la saison 2015-2016 de Ligue 2.

Sur le terrain, c’est un 3-6-1 sans surprise qui est proposé par le coach Diaz, avec un trio défensif Mohamed/Alexey/Abdel qui parait bien fragile, le traditionnel milieu ultra-garni dans lequel il ne manque que Konstantínos, qui a vu sa préparation retardée de quelques jours pour se reposer après l’Euro Espoirs, mais qui voit les apports de Louis, définitivement intégré à l’équipe première, ainsi que des nouveaux venus Pierre et Mateo pour prêter main forte à Marc et Gabriel en pointe.

En tribunes, il y a aussi du changement, Khalid, Bruno et Valentino étant désormais rejoints par leur nouveau coéquipier Esteban dans leur frustration de voir une clique de nuls entourer Louis et Gabriel. Placer deux joueurs pareils dans un tel bouillon de médiocrité, c’est comme donner de la confiture à des cochons.

Le début de match ne se conforme pourtant pas aux craintes des jeunes sevranais, les hommes en noir confisquent le ballon, forts de leur milieu de terrain encore plus imposant que la saison précédente, menant les moins expérimentés dans le public à beugler des “olé” après quatre minutes de jeu.

A la 7e minute de jeu, les sevranais s’offrent leur première action d’ampleur avec une frappe très propre de Marc aux 25 mètres qui passe de justesse au dessus de la barre transversale des visiteurs. Une minute plus tard, Louis obtient un corner après un débordement à grande vitesse dont le guépard de Sevran a le secret, c’est Mateo qui se charge de le tirer, non sans essuyer quelques quolibets du public qui le compare à Passe-partout, et il s’en est fallu de peu pour que le public ravale sa fierté, la tête de Gabriel passant très près des montants adverses.

La domination sevranaise en ce premier quart d’heure de jeu est absolument écrasante, provoquant un net réchauffement du public, au plus grand désespoir de Mickaël et Allan qui avaient préparé leur petite banderole avec slogans hostiles à la direction du club, mais à la plus grande joie de leur ami MC 20 centimes dont la voix est recouverte par le vacarme du stade Alfred Nobel, calmant ainsi toute tentation de l’envoyer sur les grilles.

Sur le terrain, le contraste entre les deux équipes est absolument saisissant, les sevranais ont plus de 80 % de possession, et sont les seuls à avoir l’opportunité de tirer au but, mais les tentatives de Gabriel à 20 mètres puis de Mateo à 25 mètres sont facilement déviées par le portier cristolien, et l’absence de Konstantínos est assez pénalisante sur les corners suivant ces tentatives, Mateo manquant encore un peu de force pour le remplacer parfaitement.

Si parmi le public général, l’ambiance reste à la hauteur de ce qu’on peut attendre d’un match contre un rival, Valentino et Khalid passent leur temps à gratter leurs barbes, l’air inquiets. Il est rare que Louis ait si peu d’espaces pour s’exprimer malgré sa superbe pointe de vitesse, ils voient bien la défense adverse plier mais elle ne semble pas vouloir rompre.

Les craintes de Khalid et Valentino prennent encore plus de volume passé 25 minutes de jeu, la folie du début de match retombe, et le jeu sevranais se transforme en passe à dix assez indigeste, des joueurs comme Marc ou Mateo n’ayant pas la caisse pour tenir 90 minutes à un rythme de barbare.

Sur le terrain, Gabriel est frustré par la situation, il n’a presque aucun ballon à se mettre sous la dent ce soir et le coach ne veut pas qu’il décroche régulièrement, comme 6 joueurs au milieu du terrain, ça fait déjà pas mal. Il passe donc le temps comme il peut en insultant copieusement les défenseurs adverses qui sont chargés de l’escorter, mais malheureusement ceux-ci étant de nationalités serbe et estonienne, ils ne sont pas encore en mesure de comprendre tous les raffinements de notre si belle langue.

Le rideau semblant infranchissable, les milieux tentent à nouveau de faire basculer le match sur un exploit personnel, Pierre ne passe pas loin du statut de héros pour son premier match professionnel après un beau slalom entre les lignes cristoliennes, mais Mateo est trop lent pour récupérer son centre en retrait, à la plus grande fureur de Khalid en tribunes qui aurait rêvé d’être sur la pelouse pour saisir pareille offrande.

La mi-temps se conclut sur un coup franc beaucoup trop enlevé par Gabriel qui certes n’est pas le tireur habituel dans cet exercice, renvoyant ainsi les deux équipes aux vestiaires sur un score nul et vierge. C’est d’ailleurs durant la mi-temps que l’absence de Konstantínos se fait le plus ressentir étant donné que personne n’explose de rage dans le vestiaire sevranais après cette performance des plus frustrantes.

Absence qui aurait largement pu être compensée par Bruno et Valentino s’ils étaient dans le groupe vu leur état d’énervement en tribunes devant tant de passivité, le style Diaz ce n’est vraiment pas pour eux. Pendant ce temps, Esteban se souvenant des moments où ses coéquipiers sont sortis de leurs gonds se rend compte que quand Nacio lui avait dit qu’il aurait affaire à des sanguins, il employait un doux euphémisme.

La deuxième mi-temps commence sur les mêmes bases que la première, au plus grand désespoir de la jeune garde en tribunes qui aurait préféré un schéma plus surprenant de la part du coach Diaz. Les cristoliens, quant à eux, ont pris la pleine mesure de leurs opposants du jour, et leur formation est désormais résolument tournée vers la contre-attaque avec de longs ballons, que Valentino ne peut s’empêcher d’apprécier en connaisseur du genre.

La plus grosse opportunité de but du début de la deuxième mi-temps reste sevranaise, lorsqu’à la 58e minute, Louis transmet un ballon court à Gabriel alors cerné par son duo de gardiens, la nouvelle star de l’effectif parvient à se débarrasser pour la première fois de ses deux cerbères et enchaine sur un tir, malheureusement bien capté par le portier adverse qui réalise une prestation sans faute.

Dix minutes plus tard, Créteil hérite de sa première opportunité dangereuse, lorsque sur un long ballon, la défense sevranaise est complètement piégée, Mohamed et Abdel étant montés bien trop haut et Alexey à l’inverse n’a pas été assez prompt pour mettre en place le piège du hors jeu. Le buteur cristolien n’a plus qu’à effacer le dernier rempart sevranais pour ouvrir le score.

Dans les tribunes, c’est un silence glacial qui s’installe d’un seul coup, on remarque bien la consternation de Valentino et Khalid qui sentaient cette tuile venir depuis de longues minutes et la rage intérieure de Bruno qui rêverait de dire à Alexey ce qu’il pense de son placement, mais qui renonce vite à ce projet en se souvenant qu’il est beaucoup moins musclé que lui.

Alors que le match reprend, Mickaël est tiraillé entre son action anti-maillot noir et sa fougue de supporter, voir tous ces spectateurs incapables de donner le soutien nécessaire à l’équipe est une chose qui l’aurait mis hors de lui en d’autres circonstances. Courageusement, MC 20 centimes tente de relancer l’ambiance. Après que celui-ci ait esquivé une cannette de bière lancée, Mickaël se charge de prendre le relais, la révolution attendra, il se passe des choses bien plus graves.

Le coach Diaz change enfin ses plans, un Mateo complètement carbonisé cède sa place à Hugo Campos, le nouvel attaquant de réserve, bien vite moqué par une bonne partie du public pour sa manière assez étrange de se déplacer, comme s’il avait un balai coincé dans le corps. De son côté, Valentino se moque bien plus de Mateo, avec une condition physique pareille, il ferait mieux de penser au golf plutôt qu’au football.

Les dernières minutes sont truffées d’assauts de l’équipe hôte, à la 80e minute, un contrôle étrange du fessier d’Hugo place Louis dans une situation inespérée de duel, mais la fatigue empêche l’ailier franco-gabonais de cadrer son tir. Puis deux minutes plus tard, Gabriel force de nouveau le passage et parvient à glisser le ballon entre les jambes du portier adverse, avant que son but ne soit annulé pour une faute qui semble discutable.

Alors que les supporters s’adonnent au traditionnel et indémodable chant “Arbitre enculé”, les sevranais ne désarment pas et obtiennent de nombreux corners, le club n’ayant plus de tireur attitré, Marc tente de colmater le vide comme il le peut, mais une seule de ses tentatives est bien placée, hélas Hugo ne parvient pas à cadrer sa tête.

On entre alors dans le temps additionnel, et Alejandro en capitaine qui n’a pas vraiment eu d’occasion de prouver sa valeur, prend une décision forte en jouant le panache pour tenter d’accrocher le nul plutôt que de prendre le maximum de précautions pour éviter le 2-0.

Mamadou Diop, le milieu droit du club parvient à sécuriser le ballon et l’envoie désespérément vers la surface. Gabriel parvient à glisser son pied dans la forêt de jambes, et le portier adverse ne peut que repousser mollement le ballon qui rebondit sur Alejandro, celui-ci amorce sa plus belle frappe, mais elle est déviée par un défenseur adverse. Les cristoliens peuvent désormais tenter d’envoyer le ballon dans le but vide, mais le doublé échappe au buteur de la formation visiteuse, contraint de précipiter sa frappe sous la pression d’un retour fulgurant d’Abdel.

Mais les visiteurs se consoleront bien vite de ce loupé mineur par une victoire sur un rival, pourtant annoncé favori, d’entrée de jeu. En tribunes, la défaite passe mal, Valentino, Khalid et Bruno ont du mal à accepter le fait d’avoir été supplantés pour une telle démonstration de faiblesse physique et d’immobilisme.

Ils ne sont cependant pas les seuls à avoir les nerfs à vif, après avoir su faire preuve de retenue à la mi-temps, le nouveau capitaine Alejandro montre son vrai caractère en hurlant sur chacun de ses coéquipiers pour leur reprocher leur nullité abysalle lors de la rencontre, avant de s’auto-infliger une pénalité de trente pompes pour ne pas avoir su empêcher l’attaquant adverse de le dépasser si aisément.

Le lendemain, Louis se réveille avec la même mine qu’après une sale gueule de bois avant d’être réveillé par Gabriel qui déboule comme un malade, ce coup-ci ravi par la dernière trouvaille folle de son président. Après les joueurs, le club s’attaque au staff, et la nouvelle kinésithérapeute norvégienne serait presque capable de faire oublier les deux filles de la milliardaire suédoise au plus grand séducteur de la cité.

La motivation derrière la folle idée du président Nozaki est de pousser les joueurs à parler plus ouvertement de leurs blessures, le coup du joueur qui joue le héros et qui doit quitter le terrain après un quart d’heure est toujours plus que frustrant pour un coach, et il faut placer l’équipe dans les meilleures conditions.

Gabriel est si enthousiaste qu’il colporte la nouvelle partout avant de tomber sur un Bruno attristé. Le vaillant portugais a une raison de plus de cultiver sa jalousie envers ceux qui ont été retenus dans l’équipe première, les moins de 19 ans ont eu le droit à une kiné anglaise comme on n’allait pas claquer tout le budget là dedans. Gabriel ne pourra répondre à son coéquipier que par ces deux mots “Condoléances, mec”.










Comment ça une erreur ?
Si si, je sais toujours compter

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