Fiction - Le syndrome de Sevran

Chapitre 10
Le football pour les réunir

Vendredi 6 février 2015

L’AS Sevran cherche à reprendre sa marche en avant après la première défaite du coach Diaz. Pour cela, le nouvel homme fort du club sevranais a effectué quelques changements, à commencer par la présence de Gabriel sur la feuille de match, chose qui suscite un certain intérêt des observateurs qui ont eu vent des prouesses de l’équipe des moins de 19 ans, en revanche les stars du club n’ont pas été affectées par ces choix.

En tribunes, le président de la Ligue, ce bon vieux Bertrand Poulain qui était il y a neuf mois à la limite de faire une crise cardiaque rien qu’à l’idée de voir l’AS Sevran souiller sa belle Ligue 2, a tenu à s’afficher ouvertement avec monsieur Miyazaki qui a fait le déplacement. Si retourner sa veste était un sport olympique, ce mec aurait déjà plusieurs médailles d’or.

Dès les premières minutes le ton est donné, le très dense milieu de terrain sevranais mené par un Konstantínos en grande forme confisque le ballon, malheureusement pour les sevranais, la défense orléanaise a tout le temps pour s’organiser, et les ballons offerts à Etienne Baron ne sont pas véritablement les plus dangereux.

La première occasion orléanaise est plus dynamique, la vitesse de Salim Ayash, tant crainte par Marc et Konstantínos avant le match, fait des merveilles, et il faut une sortie pleine d’autorité de Daniel Iwanicki pour que le centre qui a suivi ne soit pas couronné de succès. Sur le dégagement lointain qui suit, Daniel trouve d’ailleurs Konstantínos qui tente sa chance à trente mètres du but, mais son ballon passe à quelques centimètres au dessus de la barre.

Le match bien lancé, les deux équipes se livrent à fond, c’est le moment choisi par Marc et Konstantínos pour lancer le plan de frustration de Salim Ayash, Marc s’adonnant à un tacle bien appuyé comme on les aime à Sevran, avant de lancer quelques mots doux à son adversaire du genre “tu tombes aussi facilement que Rui Lobo”, la star portugaise du Real de Madrid ayant en effet tendance à tomber pour un rien.

Dans un autre style, Konstantínos profite du répit laissé pendant les interruptions de jeu pour aller gentiment provoquer son adversaire le qualifiant de “pédé”, de “fils de pute” et l’invitant aimablement mais fermement à aller se faire enculer.

Et force est de constater que la réputation de Salim Ayash n’est pas usurpée, il commence à se faire moins précis et concentré, et écope d’un avertissement peu avant la demi-heure de jeu pour un tacle d’attaquant bien maladroit. La carte maitresse orléanaise semblant en difficulté, les sevranais dominent à nouveau sans partage, une domination bien symbolisée par un beau une-deux entre Konstantínos et Mamadou Diop qui met ce dernier en position de tir, malheureusement la frappe du milieu droit malien est un peu trop décroisée.

Au fur et à mesure que la mi-temps se rapproche, la domination sevranaise se fait de plus en plus écrasante, mais Etienne Baron ne semble pas dans un très grand soir, ne parvenant pas à cadrer une seule frappe dans cette période. On s’en remet alors aux frappes de loin, mais Marc, bien gêné par la défense orléanaise, ne trouve pas d’assez bonne position pour renouveler ses performances passées.

La mi-temps s’achève donc sur un score nul et vierge frustrant pour les sevranais, alors que Konstantínos engueule gentiment ses coéquipiers, à commencer par son capitaine Etienne Baron. Gabriel comprend qu’il y a désormais de très fortes chances qu’il aille sur le terrain aujourd’hui et se prépare psychologiquement à prendre son envol.

Ce qui va forcer le destin, c’est une petite altercation en début de deuxième mi-temps entre Konstantínos et Salim Ayash suite à de nouvelles injures proférées par le premier cité qui avait encore besoin de se défouler après la mi-temps. Altercation qui se transforme en échauffourée calibrée entre les deux équipes. L’arbitre du match adresse alors un carton jaune aux deux joueurs, c’est le second pour Salim Ayash qui se retrouve expulsé à quarante minutes de la fin.

Les orléanais réduits à dix, le coach Diaz décide de basculer vers une tactique plus offensive pour contrer le repli des locaux, désormais en infériorité numérique. Un des deux milieux défensifs sort donc pour permettre l’entrée de Gabriel pour son premier match professionnel, transformant sa tactique en 3-5-2 à nette tendance offensive.

Une tactique dans laquelle Konstantínos se sent très à l’aise avec deux cibles potentielles. De manière étrange, le prodige grec semble rapidement focaliser son attention sur Gabriel plutôt que sur son capitaine. Celui-ci passe d’ailleurs tout près de l’ouverture du score à la 60e minute mais sa tête consécutive à un centre de Konstantínos trouve la barre transversale.

A la 64e minute c’est Marc qui fait une très bonne passe en profondeur à Gabriel. Le jeune attaquant, faisant bon usage de sa technique et de son sang-froid ne se précipite pas pour tirer, préférant contourner le gardien adverse avant de pousser tranquillement le ballon au fond du but orléanais.

Alors que sur le terrain, Gabriel fête son but en mimant le tireur d’élite. En tribunes, le président de la Ligue croit bon de faire la ola, seul contre à peu près tout le public, pour fêter le but en compagnie de son nouvel “ami” monsieur Miyazaki, mais celui-ci l’ignore froidement, étant trop absorbé par ses pensées sur la tactique de l’équipe. Voyant la scène de loin, Konstantínos ressent un fort mépris envers cet rat d’égout opportuniste, suceur de puissants.

Cette rage se transforme en énergie sur le terrain, lorsque Konstantínos slalome à travers une défense adverse encore sonnée par l’ouverture du score, sa folle chevauchée n’est stoppée que de manière irrégulière par un défenseur adverse à l’entrée de la surface, offrant ainsi un pénalty à l’AS Sevran. Etienne Baron s’en charge, malheureusement sa frappe trop molle est captée sans problème par le portier adverse, sous le regard noir de Konstantínos.

Pire encore pour le capitaine, le coach Diaz décide de repasser en 3-6-1 à un quart d’heure du terme pour assurer le résultat, et c’est lui qui est sorti au profit d’un milieu défensif qui joue habituellement en réserve, une bien sale soirée pour lui.

Changement tactique qui ne réussit pas vraiment à l’AS Sevran, en effet, profitant d’une mésentente entre Marc et le nouvel entrant sur le corner qui suit, l’attaquant orléanais se retrouve parfaitement démarqué et inscrit de la tête le but égalisateur, à la plus grande furie de Konstantínos qui commence à en avoir marre de jouer avec une équipe d’handicapés.

Bien énervé, Konstantínos prend la balle sur le coup d’envoi, avance jusqu’à trente mètres du but adverse et balance une grosse praline en pleine lucarne. Le message est on ne peut plus clair, il ne faut pas le faire chier. Le coach Diaz souffle un peu, il n’y aura pas besoin de réorganisation tactique suite à la tuile du corner.

La fin de match se fera sous le signe d’une bonne maitrise sevranaise, et la victoire deux buts à un est parfaitement logique et méritée. Cependant, si la victoire fait plaisir, l’ambiance n’est pas à son meilleur dans les vestiaires, Konstantínos reprochant à tous coéquipiers sauf Marc et Gabriel de ne pas se donner à fond et Etienne boudant encore après son pénalty raté et son remplacement.

Rapidement, une belle engueulade débute dans le vestiaire, chose qui fait d’ailleurs penser au coach qu’il a bien fait de ne pas retenir Bruno et Valentino pour rejoindre l’équipe première, il serait un peu bête d’avoir trois blessés à chaque dispute. Quoi qu’il en soit, suite à ce triste spectacle, Konstantínos ressort très frustré d’un match dont il avait pourtant toutes les raisons de ressortir satisfait.

Du coup, le lendemain après le décrassage, Konstantínos et Marc préfèrent passer la fin d’après-midi avec leur nouvel ami Gabriel pour se changer un peu les idées. Le hasard fait bien les choses, les moins de 19 ans étant à Metz pour la Coupe Gambardella, Gabriel est relativement disponible comparé à ses autres samedi après-midi où il aime s’adonner à des activités aussi diverses que l’arrachage d’affiches du Parti pour la Liberté, des parties de FIFA-piment ou la drague de rue.

Pour la première fois en six mois de vie à Sevran, Marc pénètre dans la célèbre cité des cerisiers fleuris, ayant grandi en Seine-Saint-Denis, il n’est pas véritablement dépaysé par l’ambiance, mais il se serait sans doute bien passé de ce retour aux sources. Il faut dire que les soirées parisiennes correspondent un peu mieux à son style très sophistiqué que les soirées ghetto organisés par les amis rappeurs de Gabriel, qui sont un peu plus agressifs que MC 20 centimes.

Ne connaissant pas vraiment les goûts de Konstantínos et Marc, mais sachant qu’ils n’ont pas de copine, Gabriel débute la visite avec le visionnage d’un film X. Malheureusement le disque dur de Bruno est introuvable, il doit donc se rabattre sur celui de Valentino. Gabriel hésite entre un film de Hard On Offer pour montrer une facette inattendue de son patron et un classique du X à la française pour minimiser les risques.

Finalement, à la grande joie de Konstantínos, c’est le X à la française qui l’emporte. Gabriel semble un peu s’ennuyer comme Russian Institute, il l’a juste vu une bonne vingtaine de fois, mais l’essentiel est de nouer un bon contact entre amis, avec porno et bière. Le si distingué Marc apparait d’un coup beaucoup moins snob qu’on le croyait, sans doute de vieux restes de sa jeunesse.

Alors que Marc profite un peu de ce moment de détente, Konstantínos ne peut pas s’empêcher de bavarder avec Gabriel pour parler de ses activités habituelles, et force est de constater que les deux hommes sont très différents. Si l’aversion au rap de Konstantínos est nettement inférieure à celle de Marc, il n’est pas un grand fan de jeux vidéo et terminerait sans doute une partie de FIFA-piment l’anus en feu et il sent poindre une pointe de gauchisme chez la jeune garde de son club, chose qui fait forcément un peu tiquer ce partisan de longue date du Mouvement Libéral Démocrate, le grand parti de la droite grecque.

Mais malgré ces différences, Konstantínos se trouve aussi quelques atomes crochus avec Gabriel, le récit du chaos au supermarché l’a autant fait rire qu’il a inquiété Marc, l’intérêt de ses conseils drague, et bien sûr leur goût commun pour les blagues sur les juifs et les homosexuels, dans le top 5 des trucs pseudo-rebelles que presque tout le monde aime, ce genre de blagues figure quand même en bonne position.

Pour changer de sujet, Marc propose que tout le monde aille manger un bout, après tout, il est déjà 19 heures. N’ayant pas encore eu le privilège de visiter les lieux, Gabriel lui suggère une soirée au restaurant turc “Chez Abdullah”, Marc serait foutu d’être assez snob pour rejeter la pizzeria locale au prétexte qu’ils servent des pizzas américaines.

Même s’il n’est pas très tard, la file d’attente est abondante. Ne comprenant pas très bien la situation, Gabriel demande à Sabrina, la sœur de Khalid, qui était dans la queue, ce qu’il se passe. Sabrina lui parle alors du retour de l’ours bigleux, à ces termes, Gabriel porte sa main à son visage, reconnaissant Paul son camarade de troisième dont il aurait préféré oublier l’existence.

Gabriel est encore hanté par la fois où l’équipe de sa classe avait été obligée d’aligner ce phacochère dans les buts au tournoi du collège, le seul arrêt qu’il avait fait c’était avec son ventre. Et force est de constater que Paul n’a pas changé, il paralyse la queue avec sa commande constituée de trois kebabs, deux sandwichs américains, trente nuggets, quatre hamburgers, cinq panini et de la tristement célèbre spécialité d’Abdullah, le kebab à la graisse, habituellement conçu pour les paris entre amis.

Dix minutes plus tard, Abdullah peut enfin servir Paul, mais cet ingrat se plaint d’une erreur sur les sauces. Dans la file d’attente, Konstantínos fulmine et semble décidé à faire gagner du temps à tout le monde, il se saisit du kebab à la graisse et l’enfonce de force dans la bouche de Paul, lui intimant l’ordre de fermer sa gueule avant de le pousser contre le mur. Pour une fois Abdullah laissera passer la violence, Konstantínos étant sauvé par les ovations de la clientèle qui commençait à en avoir assez des exigences extravagantes de Paul.

Enfin à table, Konstantínos, qui est bien connu pour son coup de fourchette, se jette littéralement sur son repas, Gabriel a l’impression de voir Valentino et Khalid s’acharnant sur leur kebab. Chose qui donne l’occasion à Marc et Gabriel qui mangent un peu plus doucement, l’occasion de faire un peu plus connaissance.

Le moins qu’on puisse dire c’est que s’il n’y avait pas le football pour les réunir, il y aurait peu de chances de les voir ensemble, Gabriel est un franc amateur de rap, Marc préfère le rock, Gabriel ne verrait pas d’objection à ce qu’on fasse diluer la langue des racistes dans de l’acide, Marc est un fervent défenseur de la liberté d’expression quasi-absolue, Gabriel est très pieux, Marc est complètement athée, Gabriel a une certaine fierté d’être issu de la cité, Marc est plus du genre à jouer les snobs maintenant qu’il s’en est sorti. Au moins, il leur reste le goût de la provocation par les paroles pour les réunir.

Alors que la discussion animée entre Marc et Gabriel se poursuit, Paul recherche sa vengeance et commence à tout casser après qu’Abdullah lui ait refusé un deuxième kebab à la graisse en hurlant que c’est un scandale et que c’est le client qui est roi. Gabriel demande un moment à son interlocuteur et fonce vers l’entrée. Il soulève alors Paul jusqu’à la porte et le balance dans la rue en hurlant “Dégage, tas de graisse”.

Dans sa chute, Paul brise la vitre de la voiture de la police municipale garée non loin de là, connaissant le caractère soupe au lait de la police et leur frustration de ne plus trop pouvoir se défouler sur les footballeurs, ça devrait nous débarrasser de lui pour quelques jours.
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Chapitre 11
Aussi étanche que le Titanic

Jeudi 9 avril 2015

Trois mois après le rachat par monsieur Miyazaki, l’AS Sevran s’est trouvé une nouvelle routine en attendant le grand frisson de la lutte pour la promotion l’année prochaine. Après des débuts très prometteurs pour le coach Diaz, le club est rentré dans le rang, désormais douzième avec 12 points de retard sur la zone de promotion et 9 points d’avance sur la zone de relégation, il y a donc de quoi voir venir.

Si les résultats sont encore moyens, le spectacle offert est en revanche une vraie satisfaction, le club disposant de la troisième attaque du championnat malgré sa première moitié de saison pénible, et il n’est pas rare de voir des matchs riches en buts au Stade Alfred Nobel.

Malheureusement pour le capitaine Etienne Baron, il n’est manifestement pas le principal responsable de ce tournant spectaculaire, Konstantínos ayant plus souvent marqué que lui sur les dix derniers matchs et Gabriel, qui multiplie les entrées en jeu fort satisfaisantes, commence très sérieusement à lui faire de l’ombre. Il n’est donc pas surprenant qu’à la veille de la réception d’Ajaccio pour la 31e journée de Ligue 2, les médias locaux fassent fuiter le désir du coach Diaz d’aligner Gabriel d’entrée à la place d’Etienne Baron pour cette confrontation.

Cette nouvelle crée une certaine effervescence dans la cité, alors que Gabriel vient saluer ses parents après l’entrainement, pour la première fois depuis plus de cinq ans, un enfant du pays va débuter un match sous le maillot désormais plus blanc que vert de l’AS Sevran. Cela fait près de onze ans que Gabriel vit à la cité des cerisiers fleuris, et il est ce qu’on peut appeler un modèle d’intégration à la vie en cité, il y est si bien que beaucoup d’autres jeunes de la cité le considèrent comme un noir d’honneur, ce qui n’est pas un mince exploit quand on est breton à la base.

Vu cette bonne nouvelle, de nombreux habitants de la cité se décident à aller pour la première fois à un match de l’AS Sevran, mais forcément personne ne connait les paroles des chants des supporters locaux. Le héros du jour suggère alors à ses amis de juste faire le maximum de bruit sans chercher un quelconque sens, il saura qu’ils sont là pour lui et ça a toujours le mérite de perturber la concentration de l’équipe adverse.

Faisant preuve de sérieux, Gabriel rentre tôt dans sa chambre du centre de formation pour se reposer avant le grand jour. Il manque donc la grande réunion organisée par Valentino et Tomi pour faire le point sur l’opération “On sodomise la morale sans capote”.

La séance commence par une ovation pour Caroline qui a réussi à persuader Ryan, le jeune employé du magasin d’informatique du coin, d’aller s’infiltrer sur les serveurs de l’académie afin de subtiliser les plans du lycée, évitant ainsi à la fine équipe de devoir payer un expert pour dérober lesdits plans, il semblerait que Caroline ait bien assimilé l’esprit global de la salle en ce qui concerne les petits raccourcis vers la réussite.

Louis croit bon de rebondir sur le sujet en réclamant une ovation pour la créatrice du wonderbra, mais Caroline se saisit du micro et montre une de ses chaussures à très hauts talons et indique à l’assistance que le premier qui refera une blague de ce genre ses les prendra dans les testicules, provoquant ainsi un grand silence dans la salle.

Tomi profite de ce moment de flottement pour expliquer que grâce à la découverte des plans, Valentino et lui ont réussi à localiser l’endroit où seront entreposés les différents sujets du bac en attendant le jour décisif. Il faudra alors trouver un commando assez téméraire pour les photographier et les délivrer à une petite équipe réunissant des personnes assez capables pour mettre en place des moyens de triche difficilement détectables à partir de ces sujets.

Si pour le commando, les volontaires affluent avec Bruno et Louis plus déterminés que jamais, il est plus difficile de trouver du monde pour élaborer les mécanismes de triche, Tomi et Valentino ne peuvent pourtant pas tout faire seuls. Caroline s’approche alors de Charles, le premier de la classe, et lui montre à nouveau ses imposants talons, celui-ci se dévoue donc immédiatement pour rejoindre l’équipe technique.

Tout semble donc se profiler pour le mieux pour la bonne réussite de l’opération “On sodomise la morale sans capote”, et Louis propose une petite soirée pour fêter les bonnes avancées du plan et la titularisation de Gabriel demain. Valentino se joint à l’idée de Louis et propose des certificats médicaux bidon à tous les convives. Charles excepté, tout le monde reste, madame Léjeaut fera donc son cours à des murs demain matin en raison d’une soudaine épidémie d’otite, perspective qui ne manque pas de réjouir l’assistance.

L’inconvénient d’une soirée avec la terminale technologique E, c’est que c’est MC 20 centimes qui se charge de l’animation musicale, fort heureusement, ce point est vite compensé par l’expertise que Tomi a des différents alcools, souvenir des longues nuits finlandaises.

On constate bien assez vite l’efficacité du breuvage quand Bruno se met à draguer lourdement Caroline. Comprenant bien que Bruno n’est pas passé de lui mettre un 0/10 à son barème de baisabilité à être à la limite de la demander en mariage, la jeune femme adopte vite le réflexe qui sauve en le faisant basculer par terre et en lui démontant les testicules à coups de talons.

Dans un premier temps, Khalid, Louis et Valentino rient beaucoup à la scène qui montre bien que Caroline est de moins en moins naïve, mais ils sont vite contraints de demander à celle-ci de lever le pied, en effet, il y a un match de Coupe Gambardella dimanche à Marseille, et ça ferait tâche que Bruno déclare forfait pour cause de testicules en décomposition. Frustrée, mais ayant l’esprit de groupe, Caroline lui met un ultime coup au visage avant de laisser ce qu’il reste de Bruno tranquille.

Alors que Bruno vit ce qu’il y a le plus proche de l’enfer sur terre, être au sol avec les bourses en miette tout en devant écouter les œuvres de MC 20 centimes, ses collèges d’équipe passent une soirée un brin plus agréable. Khalid, Louis et Valentino faisant une petite partie de poker avec Tomi, celui-ci ayant sagement décliné une bataille corse, se souvenant de la fois où il les a vus à la salle de musculation de l’équipe, recevoir un coup de patte de Valentino en tentant de frapper une double, ce n’est pas la meilleure idée du monde.

Entre deux blagues sur les juifs qui ont toujours un succès tout particulier en ces lieux, Louis et Khalid profitent de l’occasion pour faire plus amplement connaissance avec Tomi, ce rapprochement n’est pas gratuit, Louis sait à quel point le grand patron fait confiance à Tomi qui est souvent chargé d’escorter sa fille, et il n’y a pas besoin d’être président de la Ligue pour savoir qu’avoir les faveurs des puissants est souvent bénéfique.

On peut dire que Tomi n’a pas franchement le profil le plus fréquent de la région, en bon finlandais qui se respecte, il est un grand adepte de musique metal, il a d’ailleurs été membre d’un groupe nommé “Der bloody monster of the darkness soul revenge spirit on Hell” dans sa jeunesse, le mettant ainsi dans une direction bien distincte de celle de Gabriel, rappeur à ses heures ou encore de Louis, grand fan de la danse hip-hop.

Ses sympathies pour l’Alliance Républicaine Centriste ont, quant à elles, beaucoup fait rire Valentino, qui ne manque pas de rappeler qu’il doit rester environ quinze militants dans le parti depuis le désastre électoral de 2012 et qui lui demande s’il est allé au grand congrès du parti, organisé dans la salle des fêtes pourrie de Trifoullis les Oies. Tomi lui répond à juste titre que les rassemblements d’Alternative Antifasciste dans des caves, ce n’est pas beaucoup plus glamour.

De plus, Tomi n’est pas franchement un fanatique de football, s’il ne rechigne pas à regarder un bon match, il ne passera pas trente heures par semaine à regarder des matchs comme Konstantínos ou Khalid, il n’insultera pas l’arbitre de tous les noms devant son écran comme Valentino et bien entendu il ne massacrera pas de poupée vaudou quand ça tourne mal comme Louis.

Après cette enrichissante discussion, tout le monde s’apprête à regagner son lieu de résidence, quand Khalid découvre Vincent bâillonné et en bien sale état. Vu les traces au visage, il fait peu de doute qu’il s’est fait piétiner la figure par Caroline, sans doute encore frustrée de ne pas avoir pu massacrer Bruno, mais Vincent insiste pour dire qu’elle a été un peu aidée par le reste de l’assistance. Le rap malgache a décidément du mal à s’imposer.

Le lendemain, tout ce beau monde se retrouve en tribunes pour assister à la première de Gabriel. Conformément à ses désirs, l’ambiance est toute particulière avec le stade le plus bruyant du championnat, qui ne manque cependant pas d’agacer les ultras, qui ne peuvent plus vraiment faire entendre leurs chants dans ce vacarme. En revanche, MC 20 centimes adore, il a beau chanter ce qu’il veut, personne ne veut le balancer contre les grilles.

Le coach Diaz n’a pas manqué de rester fidèle à son 3-6-1, chose qui ne manque pas d’inquiéter Daniel et Marc, Ajaccio est 3e du championnat, une défense aussi faible risque de devenir aussi étanche que le Titanic contre un adversaire digne de ce nom.

Dès les premières minutes, cette fébrilité se fait ressentir, à chaque ballon perdu par le milieu pourtant très dense des sevranais, leurs adversaires corses n’ont aucun mal à remonter le ballon vers leurs attaquants de pointe, et en huit minutes, il faut déjà deux petits miracles de Daniel pour sauver la baraque, alors que Gabriel et Konstantínos n’ont eu aucune occasion majeure à se mettre sous la dent.

A la 12e minute, c’est presque sans surprise que Daniel doit finalement s’incliner pour son troisième duel après un ballon perdu au milieu de terrain, nouvelle preuve du fossé entre les stars de l’équipe et les rescapés de l’odyssée en National. Profitant de l’inattention de l’arbitre, Konstantínos secoue le malheureux joueur comme un prunier pour se passer les nerfs.

La domination ajaccienne se confirme dans les minutes qui suivent, à part Mohamed, tous les défenseurs semblent totalement largués bien mal servis par leur sous-nombre, mais Daniel semble avoir fixé un aimant à centres sur ses gants et sauve encore plusieurs fois son équipe.

C’est un coup du sort qui relance le match, sur un corner, le gardien et un défenseur, gênés par le bruit se télescopent alors qu’ils visaient le ballon, Gabriel voyant la cage vide n’a plus qu’à propulser mollement le ballon au fond des filets pour égaliser contre le cours du jeu, inscrivant ainsi son cinquième but en Ligue 2 et célébrant dignement sa première titularisation.

Marc, jusque là transparent, semble avoir repris des plumes grâce à ce but inespéré et se distingue par une très belle ouverture vers Konstantínos qui part à toute vitesse sur le côté droit, mais malheureusement son centre est un peu trop long pour que Gabriel puisse couper la trajectoire de la tête.

Une minute plus tard, les milieux ajacciens profitent d’une erreur de replacement de la défense sevranaise pour lancer leur buteur en profondeur, ce face à face avec Daniel est à nouveau remporté par les visiteurs qui n’auront pas eu à s’inquiéter très longtemps.

Juste avant la mi-temps, un coup franc enroulé en pleine lucarne met les sevranais en position encore plus délicate, le score est de 3-1 en faveur des visiteurs. Le coach Diaz ne peut alors que constater que sa défense est trop faible pour rester fidèle au 3-6-1 contre un adversaire aussi redoutable, il profite donc du retour aux vestiaires pour laisser Konstantínos seul milieu offensif et ajouter un défenseur.

Ce choix modifie le sens de la rencontre, avec ce milieu moins dense, les ajacciens dominent désormais légèrement la possession, mais les actions qu’ils obtiennent sont nettement moins dangereuses, chose qui soulage et agace à la fois Marc, s’il avait plus été écouté peut-être qu’on n’en serait pas là.

A vingt minutes de la fin, le score est resté stable, aucune des deux équipes ne parvenant à obtenir des opportunités franches, le coach Diaz décide de tenter un pari offensif en faisant revenir Etienne Baron sur le terrain et en faisant sortir le deuxième milieu défensif, le système est désormais un 4-4-2 losange qui n’a plus rien à voir avec la configuration de début de match.

La tâche des sevranais se complique encore plus quelques instants plus tard sur un corner ajaccien, le dégagement est mal assuré par la défense et la reprise de volée à l’entrée de la surface est limpide, portant le score à un sévère 4-1 en faveur des corses.

C’est le moment choisi par Gabriel pour sonner la rébellion, sur le coup d’envoi, il s’offre un superbe slalom dans la défense adverse, faisant parler la fameuse puissance physique tant louée chez les jeunes sevranais, il n’est arrêté que par une faute à l’entrée de la surface. Après de longues hésitations, l’arbitre estime que la faute est à l’intérieur de la surface et accorde un pénalty aux sevranais, à la plus grande joie des tribunes qui font bruyamment savoir leur approbation de cette décision.

Etienne ayant eu tendance à rater ses derniers pénaltys, c’est Konstantínos qui est chargé d’exécuter la sentence. Le prodige grec ne laisse aucune chance au portier adverse d’un tir puissant à ras du poteau, il y a à nouveau deux buts d’écart et il reste dix minutes à jouer.

La physionomie du match change à nouveau, alors que les corses reculent pour préserver leur avantage, les sevranais changent totalement de dogme, forcés par les circonstance, et proposent un jeu long parfaitement orchestré par Marc qui multiplie les longs ballons dangereux.

A la 85e minute, cette approche est récompensée, lorsque sur un long ballon, le milieu droit, Mamadou Diop, se retrouve totalement isolé sur son côté, il a alors tout son temps pour ajuster un centre vers Gabriel qui se fend d’un fort agréable retourné acrobatique pour réduire la marque.

C’est dans un vacarme assourdissant que sont jouées les dernières minutes, la défense ajaccienne s’étant fort bien ressaisie, les sevranais multiplient les frappes de loin, à la 92e minute, un missile de 25 mètres signé Konstantínos est dévié de justesse par le portier adverse, offrant ainsi aux locaux le corner de la dernière chance.

Konstantínos se charge de l’envoyer dans la boite, le ballon est parfaitement placé pour que Gabriel coupe la trajectoire, le portier adverse réussit un petit miracle en repoussant le ballon, qui se retrouve juste devant Etienne, l’emblématique capitaine du club a le temps de contrôler et de tirer, mais il envoie le ballon à quelques centimètres du poteau.

L’arbitre siffle alors la fin de la rencontre, marquant ainsi le terme définitif des rares espoirs de promotion qui persistaient chez les plus optimistes. Le seul qui peut être heureux de sa soirée, c’est Gabriel, non seulement il a marqué deux fois et obtenu un pénalty, mais en plus Etienne a encore craqué sous la pression. Il semblerait que la passation de pouvoirs ait eu lieu ce soir.
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Chapitre 12
Passées sous silence

Jeudi 21 mai 2015

La fin de saison a été assez paisible pour l’AS Sevran, n’espérant plus rien à l’avant et ne craignant plus rien à l’arrière, le coach a multiplié les essais tactiques, et a même décidé d’offrir du temps de jeu à Khalid et Louis pour le dernier match de la saison qui se déroulera le lendemain à Troyes.

Alors que les autres joueurs partent pour l’Aube, Valentino, un brin irrité par sa non-sélection n’est pas venu voir leur départ, préférant se concentrer sur son ordinateur plutôt que se ressasser cette histoire. Certes son style de jeu est un peu viril, mais vu le niveau du deuxième milieu défensif, jouer à dix ne fait pas trop différence.

Valentino se divertit comme il le peut en jouant à Game Dev Tycoon, il est particulièrement fier de son dernier jeu de simulation pour jeune public “Léa Passion : Prostituée” sur Wii qui s’est vendu à plus de vingt-cinq millions d’exemplaires. Autant apprendre aux jeunes filles un vrai métier d’avenir dès le plus jeune âge en cette période difficile plutôt que leur faire croire qu’elles peuvent devenir gymnastes ou vétérinaires.

Soudain, Valentino entend frapper à sa porte, c’est Konstantínos, qui est suspendu pour une accumulation de cartons jaunes, qui se fait chier à peu près autant que lui. Les deux hommes se mettent alors en quête d’un lieu pour passer une soirée agréable. Se souvenant que Tomi organise quelque chose, Valentino contacte vite le traducteur attitré de l’équipe, qui lui confirme qu’en effet il lui reste de la place.

Les deux joueurs se dirigent donc vers une salle du gymnase municipal où Tomi a organisé une soirée, la petite subtilité étant que la soirée en question est un visionnage de la demi-finale de l’Eurovision. Konstantínos prend vite peur et demande à Tomi de ne pas dire un mot de leur présence, par peur de passer pour une tapette. En effet, l’Eurovision est souvent comparé à la Ligue des Champions des gays, et Konstantínos ne voudrait pas qu’il y ait le moindre malentendu parmi ses coéquipiers.

Malgré les appréhensions de Konstantínos, le duo décide de passer la soirée ici, après tout ça reste mieux que le sort de Bruno, retourné au pays pour assister au mariage de son frère, ici ils n’entendront qu’une seule chanson portugaise. Sitôt installés, les deux hommes remarquent la présence de Caroline.

Avec sa subtilité habituelle, Valentino vient vite voir sa camarade de classe et lui dit que si elle dit un seul mot de la présence de Konstantínos ou de la sienne ici, il lui fait avaler sa paire de talons. Alors que Caroline proteste contre ces menaces, Valentino lui fait remarquer que ce n’est pas plus cruel que de menacer de broyer les couilles de tout le monde.

A 21 heures précises, le spectacle débute, alors que Valentino se retient de recracher la Karhu, bière finlandaise de qualité douteuse offerte fort aimablement par Tomi, Konstantínos débute sobrement sa soirée en attribuant un coefficient de baisabilité de 8/10 à la chanteuse lituanienne.

Cette remarque lui vaut la réprobation de certains autres spectateurs de la soirée pour divers motifs, en effet Caroline aimerait pourvoir écouter la chanson jusqu’au bout alors que Rachid ne la trouve pas si bien que ça l’autre blondasse, ça ne vaut pas Sabrina avec sa bonne grosse paire d’arguments supplémentaires.

Un peu jalouse avec son bonnet B, Caroline traite Sabrina de pouffiasse qui s’est probablement fait refaire les seins. Opportuniste, Konstantínos menace de dire à Khalid que Caroline a dit du mal de sa sœur. En preux chevalier blanc, Charles qui était dans le public s’insurge et demande de laisser Caroline tranquille, mais il se ravise en voyant l’air intimidant du joueur grec.

Alors que Tomi regarde la dispute avec une certaine appréhension, Valentino lui dit qu’il ne s’en tire pas trop mal, si Bruno était dans le coin on en serait déjà à une baston générale, avant de jeter le reste de sa Karhu dans la poubelle la plus proche.

L’ordre des chansons n’est pas très heureux en ce soir, des ballades chiantes se succèdent en début d’émission. Charles a d’ailleurs été fermement invité à préparer le café pour tout le monde durant la prestation de Saint Marin. N’oublions pas que la principale utilité de l’Eurovision est de faire réviser la géographie à ses téléspectateurs, et le moins que l’on puisse dire c’est qu’à Sevran, même si le niveau reste plus haut qu’aux États-Unis, ce n’est pas du luxe, Caroline étant obligée d’expliquer à presque tout le monde que la petite république est enclavée sur le sol italien.

Alors que l’on semble à la limite de s’endormir, la chanson portugaise réveille les foules et suscite l’unanimité, tout le monde profite de l’absence de Bruno pour se foutre copieusement de la gueule de la chanteuse, le consensus est tel que même Caroline se joint à la fête en disant que c’est une bonne chanson pour un enterrement.

Profitant de l’enthousiasme, Charles tente pour la première fois de sa vie une blague de beauf sur l’épilation de la concurrente, déclenchant une discussion philosophique entre Valentino qui n’est pas un fan de l’excès d’épilation dans la pornographie et Konstantínos, plus traditionaliste.

Peu après le Portugal, vient le moment tout particulier du tour d’Israël. Vu que trois minutes de sifflets et de hurlements “Palestine vaincra” ce serait un peu fatiguant, Rachid propose de les remplacer par trois minutes de blagues sur les juifs, on est à Sevran, tout le monde a un stock dimension XXL de celles-ci.

Par crainte de représailles du Mossad, les blagues faites à ce moment seront passées sous silence en ces lignes, ce qui met le voile sur quinze bonnes minutes du concours, Valentino étant difficile à arrêt sur ce sujet, alors que Tomi n’a pas pu s’empêcher d’apprécier malgré tout la chanson.

Après avoir eu le bon goût de se moquer de la chanteuse polonaise en fauteuil roulant pour ne pas faire de jaloux, notre groupe de spectateurs décide de faire son petit classement. Tomi et Konstantínos se sont montrés particulièrement rigoureux, le premier en préparant un petit barème pour noter chaque prestation, le second en respectant à la lettre son coefficient de baisabilité des chanteuses.

A l’annonce des résultats, Konstantínos se montre particulièrement virulent après l’élimination de la candidate tchèque qui avait obtenu un 9/10 et entame un “Jury, va niquer ta mère” de fort bon goût pour signifier son mécontentement, chant qui éveille chez Caroline des envies de lui percer les yeux à coups de talon car il parvient à lui faire regretter MC 20 centimes.

Mais effrayée par le physique imposant de Konstantínos et Valentino, elle abandonne sagement ce projet et suggère plutôt d’un air charmeur à Tomi de passer la fin de la soirée avec elle.

Alors que tout le monde s’éloigne, Valentino rigole doucement. Konstantínos lui demande ce qui provoque son hilarité, le colosse de l’équipe lui répond alors que la perspective de voir Caroline draguer un gay pour se consoler de ses échecs avec Bruno est cruelle comme il les aime. Konstantínos rit pendant trois secondes avant de se rappeler qu’il a utilisé l’expression “tapette” en présence du premier assistant du grand patron.

Le lendemain, l’ambiance est bien plus sérieuse à Troyes, Louis et Khalid s’apprêtent à vivre leur première titularisation en Ligue 2 dans un match sans enjeu sur les terres du leader du championnat.

Vu le niveau offensif affiché par les troyens, le coach Diaz décide de rompre avec ses habitudes et reprend le 4-4-2 losange vu en fin de match contre Ajaccio. Conséquence de ce choix conjugué à l’absence de Konstantínos, Khalid se retrouve dans une posture de meneur de jeu, alors que Louis fera parler sa vitesse sur l’aile gauche pour servir au mieux le duo de point composé de Gabriel et Etienne.

Le début de match montre deux équipes affichant un visage très séduisant, les troyens sont globalement dominateurs, mais les longs ballons de Marc et les percées de Louis offrent aux sevranais de quoi maintenir très nettement la pression en contre-attaque.

C’est sur une de ces percées que le match se décante, à la 11e minute, après une chevauchée fantastique de 40 mètres sur son aile gauche, Louis adresse un centre parfaitement ajusté à Gabriel qui conclut d’une non moins superbe reprise de volée, inscrivant ainsi déjà son douzième but en Ligue 2 et confirmant son statut de révélation de la saison.

Les cinq minutes suivantes seront flatteuses pour les visiteurs, tout d’abord, c’est Marc qui parvient à lancer Khalid sur une longue passe, et le frappe à l’entrée de la surface du meneur de jeu passe au ras du poteau. Puis, c’est Mohamed qui se distingue en dégageant un ballon directement sur Louis qui file au but, mais perd malheureusement son duel contre le portier adverse.

Le temps fort sevranais est brusquement coupé à la 18e minute de jeu par un coup franc cédé à 22 mètres des cages. Daniel se troue un peu sur la frappe puissante du tireur adverse qui a bien contourné le mur, ramenant le score à un but partout.

Sur ce score de parité, les offensives continuent sur les deux cages, Daniel se rachète en claquant un ballon au dessus de la barre à la 28e minute, puis Khalid ne passe pas loin de son premier but professionnel à la 34e minute, malheureusement pas assez précis à la réception d’un nouveau centre de Louis.

La fin de mi-temps est à l’avantage des sevranais qui se font de plus en plus insistants grâce à la bonne organisation du jeu par Marc et aux percées fracassantes de Louis, leur offrant de nombreux corners. Malheureusement, Konstantínos étant absent, ceux-ci reviennent à Khalid qui ne connait pas sa meilleure soirée et le danger n’est pas vraiment caractérisé pour le portier troyen.

A la pause, le score est donc toujours d’un but partout entre deux équipes livrant une prestation de qualité. Les deux entraineurs décident logiquement de ne pas changer de plan.

Malheureusement, le début de deuxième mi-temps n’est pas aussi bon que prévu pour les sevranais, Louis est de plus en plus essoré par ses longues courses et ne parvient plus vraiment à faire la différence, les côtés sevranais apportent de moins en moins le danger, même s’il reste Marc dans l’axe pour offrir quelques bons ballons à Gabriel, comme à la 59e minute où sa tentative de 20 mètres est repoussée de justesse par le portier adverse.

Pour ne pas épuiser inutilement un joueur clé à une semaine de la finale de la Coupe Gambardella, le staff sevranais décide de faire sortir Louis à une demi-heure de la fin, permettant un peu plus aux troyens de concentrer leurs efforts dans l’axe, muselant ainsi de mieux en mieux Marc et Khalid.

Marc, plus vraiment habitué à évoluer dans des milieux à 4 est à son tour à la limite de l’épuisement, et c’est sur une passe mal dosée à la 73e minute que l’ailier droit de l’équipe hôte subtilise le ballon et remet en retrait à son buteur au terme d’une longue chevauchée, Daniel ne peut rien faire sur ce tir à bout portant, et Troyes mène désormais 2-1.

On tente le tout pour le tout côté sevranais, une superbe percée de Gabriel est mal récompensée par un mauvais contrôle d’Etienne, sur la passe en retrait qui a suivi, le capitaine semble décidément tout faire pour scier la branche sur laquelle il est assis.

Pire encore, à la 82e minute, après un mauvais contrôle de Khalid, un contre troyen part à très haute vitesse face à une défense dégarnie, Daniel se précipite un peu trop et est débordé par un milieu adverse qui n’a plus qu’à pousser le ballon dans le but vide.

Sur l’engagement, les sevranais, totalement déconcentrés, laissent leurs adversaires lancer une nouvelle offensive, et c’est presque facilement que le buteur troyen vient conclure un une-deux face à une défense totalement à la dérive. Après 70 belles minutes, le naufrage est total pour les sevranais qui vont s’incliner sur le score de 4 buts à 1.

Pour Gabriel, Khalid et Louis, il faudra vite remonter la pente après cet échec, les moins de 19 ans ont une finale de Coupe Gambardella à jouer dans une semaine contre Lyon, une dernière chance pour la jeune garde sevranaise de briller ensemble avant de semer la dévastation sur les terrains professionnels.
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J’ai préféré ce chapitre concernant l’extra sportif, je l’ai trouvé fluide, assez rigolo bref ce qu’il faut pour faire avancer tranquillement le récit.
En revanche celui d’avant m’avait semblé très très long. Je sais pas quel retour tu as eu, mais le précédent m’avait vraiment pas emballé, on avait quitté le subjectif et drôle et c’était presque trop détaillé, graveleux (encore un peu plus que d’hab). Y a des moments plus "fins"et du coup plus sympas pour moi (genre le nom du groupe dé métal a rallonge) mais j’ai pas accroché au délire de coups dqns les testicules toute la soirée et on a même perdu complet le côté réaliste a un moment (commando du bac, le mec qui finit bâillonné) je saurai dire quoi exactement mais quelque chose m’a pas plu.

Bien entendu ça ne reste qu’un avis parmi d’autres et tu as peut être eu de très bons retours mais voilà. J’ai trouvé que c’était le moins agréable depuis le début, tu as bien redressé la barre avec ce dernier chapitre fluide (quim’a semblé un peu plus court qu’ les précédents) et plus sympa.

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Ce n’est pas qu’une impression, il est plus court que les autres, je jette toujours un œil sur le compte de mots pour arriver entre 2000 et 3000, et c’est une des rares fois où j’étais vraiment sur le bas de la fourchette (aloirs qu’il me semble que je suis allé assez haut le coup d’avant).

Concernant le chapitre précédent, je n’ai pas eu de mauvais retours, mais ça ne m’étonne pas trop qu’il y ait pas mal de choses à critiquer, comme il ne m’avait que moyennement satisfait à titre personnel.

Déjà, ce chapitre sert essentiellement de transition entre deux arcs (tout le passage autour du rachat et le petit arc que j’ai prévu pour la fin de saison), comme je n’avais pas envie de foutre un trou de plus de trois mois, j’ai mis pas mal de temps pour chercher le moment le mieux adapté pour l’avancement de l’histoire. Et autant je pense avoir fait un bon boulot pour le choix du match, autant sur l’extra-sportif, j’ai plus ramé.

C’est un chapitre pour lequel j’ai eu du mal à trouver la situation qui mènerait à la partie humoristique (par exemple le coup de Kostas et Valentino faisant les cons à une soirée Eurovision dans le chapitre 12 je l’avais en tête depuis quelques semaines, alors que j’avais vraiment rien pour le 11) et je pense que ça s’est un peu vu. J’aurais peut-être mieux fait de faire un double match.

Et au fond, chose qui a peut-être mené à certaines blagues lourdes, j’ai peut-être forcé certaines choses comme je n’avais pas envie de montrer constamment Caroline dans une situation de faiblesse et comme j’avais envie de mettre un peu plus avant Tomi avant la situation du chapitre 12 alors que d’habitude j’aime bien prendre les choses comme elles viennent en respectant juste le cadre que j’avais posé.

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Chapitre 13
Si on n’humilie pas son adversaire, on ne le respecte pas

Vendredi 29 mai 2015

Après l’équipe première masculine, c’est au tour des autres formations de conclure cette saison, demain la fougueuse jeunesse sevranaise aura le privilège de découvrir le Stade de France pour y disputer la finale de la Coupe Gambardella contre Lyon. Mais tout d’abord honneur aux dames, puisque l’équipe féminine dispute à domicile son match d’accession à la Division 2.

Pour passer un peu le temps, les moins de 19 ans, accompagnés par Tomi, Marc et Konstantínos, se sont décidés à assister au match. A la base, Dimitri voulait organiser une petite excursion dans la salle vidéo comme d’habitude, mais sa proposition a été rejetée par Khalid qui ne voulait pas de bagarre avant la rencontre décisive du lendemain, le groupe s’est donc rabattu sur le seul divertissement de l’après-midi à Sevran.

Malheureusement, contrairement au duel qui sera livré le lendemain par les jeunes hommes, le combat est totalement déséquilibré, puisque si les vaillantes rémoises peuvent compter sur leur excellente attaque reconnue pour une efficacité plus que respectable à un tel niveau, sur leur art du placement, sur les tactiques redoutables de le nouvel entraineur et sur un niveau technique largement au dessus de la moyenne de ce niveau, les sevranaises, elles, ont Kasumi Miyazaki dans leur effectif.

Le ton est vite donné, dès la deuxième minute de jeu, Caroline récupère le ballon devant sa propre surface, elle transmet pour la première fois du match la précieuse sphère à Kasumi. Le spectacle peut alors commencer, l’attaquante sevranaise élimine une adversaire sur un coup du sombrero, puis une autre sur une roulette avant de fixer la gardienne et passer délicatement le ballon en retrait à une de ses coéquipières qui n’a plus qu’à le pousser tranquillement dans le but vide.

Excepté Tomi, qui a eu à voir quelques matchs de l’équipe féminine sur demande du grand patron, toute la bande est stupéfaite par cette démonstration. Dimitri croit bon de dire à Bruno qu’il pense que Kasumi a une technique plus raffinée que la sienne, chose qui lui vaudra un coup de boule. Louis dit alors à Khalid que ce n’était pas une si bonne idée de venir au stade pour éviter que des joueurs se blessent, mais Khalid ne manque pas de lui répondre qu’il craignait la blessure de joueurs de football, pas celle de clowns, alors que Dimitri se tord de douleur.

Les filles ont l’amabilité de laisser quelques minutes à nos amis pour respirer, puis à la 11e minute, Kasumi récupère elle-même un ballon au milieu du terrain, profitant d’une passe maladroite de ses adversaires, en quelques foulées elle distance totalement les joueuses lancées à sa poursuite et dribble la gardienne en cours de route avant de placer facilement le ballon au fond des filets.

En tribunes, Marc et Valentino croient rêver, cette fille qui donne pourtant l’impression d’avoir à peine débuté sa puberté, court encore plus vite qu’eux, de pourtant solides athlètes. Louis, quant à lui, en grand expert du sprint, a apprécié la performance et se lève pour applaudir l’exploit de Kasumi.

Les rémoises ne sont pas au bout de leurs peines, Kasumi semble particulièrement déterminée aujourd’hui, il faut dire qu’elle a été vexée par le fait que plusieurs jeunes de la cité aient déformé son prénom en Katsumi le matin même, il y a quelques mois elle n’aurait pas pu relever un tel écart de langage, mais désormais elle maitrise un minimum le français et les plaisantins le comprendront bien vite.

Cette détermination se voit aussi dans son application sur coups de pied arrêtés, sur un corner à la 18e minute elle réussit même l’exploit de faire marquer à Caroline le premier but de sa vie. Sa joie est telle qu’elle pense même un instant ôter son maillot, avant de se souvenir que pendant les matchs elle porte une brassière et non son désormais célèbre Wonderbra. Le projet est donc remis à plus tard.

A 3-0 on pourrait penser que les filles relâchent quelque peu l’effort, mais c’est sans compter sur la mentalité particulièrement sportive de Kasumi qui se résume par l’adage suivant “Si on n’humilie pas son adversaire, on ne le respecte pas”. L’offensive se poursuit donc de plus belle, et à la 24e minute, Kasumi qui est parvenue à se démarquer face à une défense à la peine est en position parfaite pour un tir à 20 mètres qui va se loger en pleine lucarne.

C’en est de trop pour Louis qui se décide à appeler SOS Femmes Battues pour venir au secours des pauvres rémoises. Il est finalement interrompu dans sa blague par Khalid qui ne voudrait pas que l’équipe se retrouve dans la tourmente en ce week-end de finale pour un appel abusif, ce serait aussi stupide que se casser le poignet en jouant à la bataille corse.

C’est devant un public presque blasé que la mi-temps s’achève, Kasumi a le temps d’ajouter un but et une passe décisive et les rémoises de sauver le peu d’honneur qu’il leur reste, le score est donc de 6-1 à la mi-temps et le sort des deux équipes déjà scellé.

A trois buts et trois passes décisives, il est parfois dur de savoir garder la tête froide, c’est pourquoi Kasumi a exigé qu’un employé du club agite frénétiquement un éventail devant son visage pour toute la durée de la mi-temps, alors qu’un autre lui nettoie sa paire de crampons et qu’un troisième lui prépare du jus de grenade fait maison.

La deuxième mi-temps sera plus calme, Kasumi n’ajoutant que deux buts à son total personnel dans le premier quart d’heure avant d’exiger de sortir du terrain, trop fatiguée pour tenir toute la durée du match. Une sortie sans conséquence, tant les rémoises avaient le moral au fond des chaussettes après cette prestation terrifiante.

Alors que presque toutes les filles fêtent la promotion dans les vestiaires, Kasumi se retire en compagnie de Tomi et de Caroline dans une voiture de luxe pour fêter ce triomphe dans un endroit digne de ce nom et non chez les gueux, elle aurait bien invité Louis et Valentino, qui ont bien contribué à son intégration au lycée Robespierre, s’ils n’étaient pas pris par la préparation intense de la finale.

C’est dans la salle vidéo du centre de formation que se poursuit cette préparation intensive avec l’organisation d’une minute de haine pour éviter aux troupes de ramollir, la photo de la star de la jeune garde lyonnaise est projetée sur l’écran et tout le monde doit l’insulter. Louis, en coéquipier exemplaire, a même eu l’amabilité de préparer quelques poupées vaudou pour favoriser l’expression des sentiments de ses coéquipiers.

Le concept séduit Marc et Konstantínos, les invités du jour, Marc ne manquerait pas une bonne occasion d’insulter un lyonnais même si ça reste moins drôle qu’un marseillais, et Konstantínos est ravi de pouvoir utiliser les termes “tapette”, “tafiole” et “tarlouze” sans risquer de subir les foudres du grand patron.

C’est donc dans un esprit de franche camaraderie que se déroule le dernier entrainement à Sevran, avec Marc et Konstantínos en sparring-partners de luxe. Il n’y aura pas de bagarre, Bruno ayant été prié de conserver son agressivité pour l’équipe adverse. Bien au contraire, l’entrainement est plein de finesse, Valentino délivrant à Gabriel quelques conseils d’expert pour perfectionner ses plongeons.

Forts d’une préparation aussi fine et aboutie, il ne semble rien pouvoir arriver aux sevranais qui viennent en voisins au Stade de France pour disputer la finale de la Coupe Gambardella avant que parisiens et auxerrois ne se disputent la Coupe de France des joueurs confirmés.

Ce groupe est si plein de talent, qu’il est fort probable que certains reverront le Stade de France plusieurs fois au cours de leur carrière, mais le moment reste si particulier pour ce groupe à la fois si improbable et si puissant, tous à part Khalid ont été rejetés par le système de formation, et tous ont ce soir l’occasion de montrer aux recruteurs qu’ils ont eu tort.

Comme un symbole, Gabriel est le capitaine du soir, rejeté il y a deux ans par les équipes professionnelles pour sa faible musculature, il est désormais l’étoile montante de la Ligue 2 et la star de la salle de musculation de Sevran. Il sera sans aucun doute le joueur à suivre côté sevranais pour cette finale.

Du côté lyonnais, il y a de la qualité un peu partout, ce qui n’est pas étonnant vu la bonne réputation dont jouit le centre de formation, mais le joueur le plus dangereux selon le coach sevranais est Pierre Lesage, le milieu défensif local dont le style est l’exact opposé de ce que peut produire Valentino, ce qui pourrait être déstabilisant pour les jeunes sevranais.

Le temps est sec mais plutôt frais ce qui n’est pas pour déplaire au coach sevranais, le gros point faible de Valentino c’est la chaleur et il y aura grand besoin de son impact physique pour mettre en difficulté Pierre Lesage, le très prometteur regista lyonnais qui pourrait faire basculer le match d’un éclair de génie.

Le premier quart d’heure frustre quelque peu les amateurs de spectacle, les deux équipes se jaugent, à la grande inquiétude du coach sevranais qui craint qu’un match trop peu engagé favorise le jeu d’un Pierre Lesage en fin de match. Comme d’habitude, Bruno et Valentino comprennent qu’ils vont devoir mettre un petit coup de fouet.

Bruno marche alors malencontreusement sur la cheville de Pierre Lesage provoquant un débout d’échauffourée entre les deux équipes, bien maitrisée par les arbitres qui ne sévissent pas. Les mésaventures du jeune espoir lyonnais ne s’arrêtent pas, se retrouvant au sol après avoir tenté de subtiliser le ballon à Valentino. Il faut dire que se prendre un quintal lancé à bon rythme, ce n’est pas une partie de plaisir.

Les esprits ayant eu le temps de monter en température, les sevranais sont les premiers à se lancer à l’assaut, sur un ballon qu’il a récupéré, Valentino lance parfaitement Khalid qui voit Bruno bien dégagé pour un tir de loin et lui remet le ballon en retrait, malheureusement la demi-volée de l’ailier portugais s’envole au dessus de la barre transversale lyonnaise.

Les lyonnais réagissent bien vite, tout d’abord sur coup franc, Pierre Lesage passe tout proche de tromper le portier sevranais sur une très belle frappe de 30 mètres, puis sur une passe lointaine qui provoque un duel, remporté par l’ultime rempart sevranais qu’on avait rarement vu à pareille fête.

Les sevranais se montrent alors plus prudents dans le placement tout en maintenant un impact physique difficilement soutenable, d’autant plus que le corps arbitral semble avoir oublié ses cartons dans les vestiaires. Ils s’offrent toutefois la dernière occasion de la mi-temps, sur un très bon corner de Bruno, Gabriel s’envole plus haut que tout le monde, mais le ballon passe de très peu au dessus de la barre transversale.

A la mi-temps, le score est logiquement nul et vierge après une période pas vraiment riche en action, mais vu la mine fatiguée de Pierre Lesage lors du retour aux vestiaires, le coach sevranais pense que l’essentiel est peut-être déjà fait, le physique hors normes des sevranais est bel et bien au rendez-vous, et la fin de match pourrait être très profitable.

Mais dans l’effectif, on ne veut pas attendre pareille échéance, à la 53e minute, sur un débordement dont il a le secret, Louis parvient à centrer en direction de Khalid, la frappe du milieu franco-algérien est détournée par le portier lyonnais, mais malheureusement pour ce dernier, ce n’est que pour mieux rebondir entre les pieds de Gabriel qui n’a qu’à pousser l’offrande au fond des filets.

Les lyonnais se lancent alors, peut-être un peu vite, dans leur va-tout. Encore une fois Pierre Lesage se montre le plus dangereux, tout d’abord sur une frappe de loin à la 57e minute, puis sur un coup franc direct à l’entrée de la surface à la 62e minute, mais à chaque fois ses tentatives échouent de quelques centimètres à droite des buts sevranais.

L’assaut en règle des cages sevranaises continue, et à la 66e minute, Valentino reçoit le premier carton jaune du match après un tacle appuyé sur Pierre Lesage qui commence franchement à accuser le coup. Sur le coup franc qui s’en suit, une combinaison bien rodée offre à un des attaquants lyonnais une bonne position de tir de loin, mais le sort se décide à être favorable aux sevranais lorsque le ballon frappe le poteau sur cette dangereuse tentative.

Les lyonnais, de plus en plus émoussés, commencent alors à se faire de moins en moins incisifs et les sevranais réalisent même à nouveau quelques percées comme une belle chevauchée de Valentino à la 75e minute, malheureusement sa passe en retrait pour Gabriel sera moins réussie que sa course.

A partir de ce moment seul un but sur coup de pied arrêté ou une erreur semble pouvoir arrêter les sevranais, le sang-froid devient la principale qualité, c’est pourquoi Bruno est sorti du terrain par son entraineur par principe de précaution.

Ce choix n’altère pas vraiment la qualité des offensives sevranaises, à la 84e minute, c’est au terme d’une inhabituellement longue série de passes que Gabriel trouve une très belle position de frappe à l’entrée de la surface, et va loger le ballon au ras de poteau adverse, s’offrant ainsi un beau doublé dans cette finale.

Avec un tel avantage, plus rien n’obstrue le sacre de la jeunesse sevranaise qui triomphe dans la plus prestigieuse compétition pour jeunes joueurs de l’hexagone. Voilà qui leur vaut bien d’être accueillis tels des héros à leur retour dans la cité, alors que la “vraie” finale Auxerre - PSG est froidement ignorée par les locaux.

Pour l’occasion, le meilleur night club de la ville laisse rentrer toute l’équipe même si c’est parfaitement illégal. Dans son élément, il ne faut pas plus d’une minute pour que Gabriel se mette à draguer la serveuse alors que Bruno se fait de solides réserves d’alcool pour patienter le temps du bac.

Mais Louis et Valentino se disent qu’il manque quelque chose à cette soirée et concoctent un plan très sophistiqué constituant à faire un peu dérailler le système anti-incendie du night club. Les deux jeunes espoirs empruntent alors le paquet de cigarettes et le briquet d’un client pour faire croire à un début d’incendie, de l’eau commence alors à tomber dans la salle.

Hilare, Louis ne manque pas de gambader joyeusement vers la piste de danse pour annoncer qu’il organise un concours de Miss T-shirt mouillé. Malheureusement, Caroline, présente pour l’anniversaire de sa grande sœur, qui était encore une fois sur la trajectoire de ses farces lui adresse un regard particulièrement noir et se lance à sa poursuite le poing brandi.

Alors que Louis détale en promettant qu’il ne pouvait pas savoir qu’elle était là, la course effrénée de Caroline s’arrête lorsqu’elle chute en raison de ses imposants talons. Alors qu’elle se rend compte de sa bévue, Valentino arrive innocemment, sans doute pour faire porter le chapeau au seul Louis et tend la main à Caroline, les célébrations ne font que commencer.
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Chapitre 14
De quoi être optimiste

Mercredi 9 juin 2015

Pour les jeunes sevranais, le premier objectif de l’année a été accompli avec le titre en Coupe Gambardella, mais il demeure à faire le plus important pour leurs parents et pour la réputation du centre de formation ainsi que de l’ensemble du lycée Robespierre, c’est à dire le passage du baccalauréat.

A la veille de la première épreuve, Tomi et Valentino tiennent une ultime réunion d’information pour bien préparer l’ensemble des candidats à leurs exploits du lendemain, il y a tant de monde dans la combine que seuls les enseignants ne semblent pas au courant.

En grand tenant de la galanterie, Valentino s’attaque tout d’abord aux avantages naturels des jeunes filles en ramenant un carton entier de bas sombres destinés aux jeunes filles, l’idée étant d’utiliser directement les cuisses comme support à anti-sèche et d’utiliser les bas comme moyen de dissimulation. Moyen particulièrement efficace, vu que ce n’est pas avec leur salaire de misère que les profs peuvent se permettre de prendre un bon avocat en cas de poursuites pour harcèlement sexuel.

Un autre grand classique pour ces demoiselles est l’utilisation des deux atouts supplémentaires dont elles disposent comme support pour une antisèche encore plus imposante. Là aussi, les surveillants ne sont pas fous, ils savent qu’on est à Sevran et qu’un regard trop appuyé sur cette zone, c’est une visite du grand frère et quinze jours d’hôpital juste derrière.

Cet exposé est suivi d’un cinglant “Je ne veux pas entendre une seule remarque” de Caroline en train de jouer avec un couteau de poche. Gabriel et Khalid ne peuvent que constater qu’ils ont peut être un peu trop bien formé la jeune femme.

Tomi n’est, quant à lui, pas peu fier de présenter un paquet de bouteilles assez révolutionnaires. En effet, chaque étiquette a été transformée en antisèche parfaitement discrète, selon Louis, le seul inconvénient étant que l’écriture est approximativement aussi petite que l’engin de Dimitri. Chose qui vaut immédiatement des protestations de la part de ce dernier qui réclame une deuxième mesure.

Une forme de malaise s’installe dans la salle quand Caroline sort un double décimètre de son sac et se propose pour procéder à ladite mesure. En panique devant cette furie, Dimitri détale comme un lapin, mais heureusement pour lui, Caroline ne sera pas en mesure de le poursuivre, ayant encore trébuché du fait de ses talons. Manifestement, les garçons ont “oublié” de lui conseiller de porter des baskets un peu plus souvent.

Alors que Tomi est affreusement embarrassé par la situation, Valentino essaie de recentrer le débat en présentant le prochain gadget, des montres dont l’écran est amovible laissant la place à encore plus d’antisèches. Gabriel est particulièrement ravi du gadget, il n’aura aucun mal à avoir l’air naturel à regarder sa montre sans arrêt, comme approximativement toutes les personnes qui ont eu affaire à madame Léjeaut pendant au moins une minute de leur scolarité.

Mais le bijou de cette exposition est sans conteste la coque de smartphone lui donnant l’apparence d’une calculatrice, idéal pour tout ce qui ne peut pas être couvert par les antisèches si on sait se faire un minimum discret. Louis conseille rapidement que ce gadget soit uniquement utilisé par les garçons, vu la propension des filles à bavarder trois heures au téléphone, certaines pourraient faire la boulette.

Alors que Caroline tente de punir l’impertinent de sa remarque sexiste en lançant une de ses bouteilles truquées à son visage, Valentino suggère que l’équipe procède à son habituel rituel en hommage à Mars pour attirer les faveurs divines sur leurs copies. Très enthousiaste, Bruno entame les hostilités d’un beau crochet du droit et les footballeurs se livrent vite à une ultime bagarre générale devant une assistance consternée.

Le lendemain matin, les préparatifs pour l’épreuve de philosophie l’après-midi s’accélèrent, chacun prépare un vrai plan de bataille, il faut dire que les cours de madame Léjeaut leur ont donné une impression si médiocre que Charles excepté, personne ne semble être au niveau pour cet examen.

Le retard est tel que Louis demande à Gabriel si Emmanuel Kant est bien portugais, mais son coéquipier lui rétorque vite qu’il serait impossible qu’un ancêtre de Bruno soit aussi brillant. Remarque qui vaudra, quelle bonne surprise, un début de bagarre perturbant une fois de plus la préparation.

Valentino, plus appliqué, a ajouté une corde à son arc en arborant une forte belle chemise incluant des caractères japonais, ayant appris quelques bases de la langue grâce à Tomi et Kasumi. Le seul risque aurait été qu’un des surveillants maitrise le japonais, mais n’oublions que nous sommes au lycée Robespierre de Sevran et qu’ils auraient déjà du mal à trouver quelqu’un qui lise l’italien, il y a donc de quoi être optimiste.

Durant l’examen tout se passe dans la bonne humeur, les seules choses que le surveillant a remarqué est qu’en effet la chemise de Valentino est très jolie et que tout ce petit monde avait tendance à boire beaucoup d’eau, mais après tout ce sont des sportifs, ils doivent avoir cette habitude, rien de suspect.

A la sortie chacun est satisfait de son coup, tout le monde a suivi l’avis de Tomi qui était de s’exprimer avec son coeur, par conséquent Bruno a dédié sa copie à Emmanuel Kant pour faire chier Louis, Gabriel a insisté sur les travaux d’Ibn Arabi, chose qui paraissait s’imposer vu le programme de terminale.

Caroline n’a pas hésité une seconde avant de se tourner vers Socrate, une époque avec tant de sportifs virils se trimbalant à poil, ça ne peut que l’intéresser. Louis, en bon passionné, a préféré évoquer Sócrates plutôt que Socrate, ce qui constitue une approche très originale du sujet. Presque aussi original que Khalid qui n’a cité aucun auteur pour bien montrer au correcteur qu’il a réfléchi au sujet plutôt que débiter tout ce qu’on lui a dit.

Valentino s’est, quant à lui, principalement penché sur les travaux d’Antonio Gramsci. Étrangement, personne n’a cité Bernard-Henri Lévy ou Alain Finkielraut, sans doute une marque de la montée de l’antisémitisme dans le monde du football.

Les examens s’enchainent dans la semaine qui suit. On ne peut pas nier qu’il y eut quelques incidents, comme lors de l’examen d’histoire où Bruno a rempli un paragraphe entier de commentaires dénigrants à l’égard des chansons de Taylor Swift qu’il présente comme des signes de l’apocalypse en réponse à une question sur les crimes contre l’humanité de Charles Taylor.

Bruno pourra toutefois se consoler devant les déboires en anglais de Khalid qui a cru dur comme fer que la phrase “There is a ketchup spot on your shirt there” voulait dire qu’il y avait une publicité pour une marque de ketchup sur un paquet de joints. Khalid qui pourra lui-même relativiser devant la copie de Louis en droit qui pensait qu’une jurisprudence voulait dire que le juge devait faire vachement attention avant de rendre son verdict.

Les problèmes de Gabriel sont tout autres, en effet la plus grande gaffe qu’il ait commise durant cette semaine d’effort est d’avoir dragué assez lourdement sa charmante examinatrice lors de l’épreuve de marketing avant de constater avec horreur que celle-ci portait une alliance.

Mais malgré ces menus incidents, Tomi est confiant pour un bon succès de ses troupes qui ont recraché deux bons tiers de leurs leçons sans rien comprendre grâce à ses anti-sèches, étant donné qu’on est en France et non en Finlande, cela devrait largement suffire.

D’ailleurs, force est de constater que les carences des jeunes sevranais ne sont pas si dramatiques comparé à certains de leurs homologues. Prenons par exemple le cas d’un jeune candidat issu du centre de formation de l’OM qui a cru que la mort de Marie Curie était liée à une trop forte exposition à l’opium ou encore celui d’un de ses homologues du PSG qui a cru bon de dire que la création de l’Union Européenne a provoqué la chute de l’empire romain.

Le jour des résultats, les attentes de Tomi sont comblées, c’est un triomphe collectif, tous les joueurs sont admis, et pour couronner le tout Khalid obtient une mention assez bien malgré son 3 en anglais, Gabriel une mention bien et Valentino une mention très bien.

On peut dire que les enseignants sont extrêmement surpris de ces résultats, à commencer par madame Léjeaut qui avait cru bon de déclarer devant ses collègues que s’il y avait plus de cinq admis dans son troupeau d’imbéciles, elle serait prête à traverser une autoroute les yeux bandés.

Mais les enseignants ne sont pas les seuls surpris, les médias habitués à se moquer des piètres résultats dans les centres de formation se sentent un peu obligés de corriger le tir devant cette surprenante réussite de 100 % et les caméras ne tardent pas à arriver au lycée Robespierre.

Alors que Louis planque rapidement la bouteille de whisky qui avait été dégainée pour fêter l’évènement afin de ne pas casser le gain d’image qui était le but principal de l’opération, les journalistes se précipitent vers Gabriel pour l’interviewer, après tout, la pépite de la Ligue 2 qui ramène une mention bien, c’est typiquement ce qui symbolise le mieux l’évènement pour eux.

Khalid ne peut pas s’empêcher de trouver un peu injuste que ce soit Gabriel qui soit interviewé alors que c’est Valentino qui a eu la meilleure moyenne du lot et qu’il a fortement aidé ses amis, mais Valentino lui dit qu’il est souhaitable que cela se passe ainsi étant donné que les chances qu’il incite vivement un journaliste à entrer en contact avec la population masculine grecque sont bien plus élevées qu’elles ne le sont avec Gabriel.

Loin de cette agitation, Caroline se retrouve dans le bureau de la direction, il faut dire que sa moyenne de 19 dans un établissement à la peine en a impressionné plus d’un, et le ministère entend bien en faire un modèle d’ascension sociale en lui proposant des études tous frais payés dans un Institut d’Études Politiques de province.

Caroline pose alors les données du problème d’une autre manière, elle a le choix entre devenir l’alibi d’une bande de technocrates qui s’en sont foutus d’elle, de tous ses camarades et de l’ensemble de ses professeurs jusqu’à aujourd’hui, chose qui lui donnera certes l’opportunité de se faire des ovaires en or en rejoignant ladite bande de technocrates ou entre rester parmi les siens et avoir une chance de contribuer à la meilleure chose qui soit arrivée à la ville depuis cinquante ans.

Elle se lève et quitte la salle en faisant savoir qu’elle refuse de servir de marionnette, et qu’ils n’ont pas intérêt à proposer la même chose à un des garçons, car elle n’est pas sur qu’eux sachent rester polis face à un tel concentré d’hypocrisie. Pas peu fière de son coup, Caroline sort du bâtiment et tombe sur Khalid qui a le plaisir à la convier à la célébration des résultats à la pizzeria du quartier.

Ce choix ne manque pas d’interpeller Caroline, pourquoi ne pas aller chez Abdullah comme d’habitude ? Khalid lui rappelle que c’est le soir de la finale de l’Euro Espoirs, opposant le Portugal à la Grèce. Et vu que Konstantínos mène la sélection grecque, voir un restaurant turc soutenant à 90 % l’équipe de Grèce, ça aurait fait tâche.

C’est donc à la pizzeria que la petite troupe se retrouve, les jeunes ne sont pas seuls, Tomi est venu pour fêter le succès de son plan, Kasumi est venue pour féliciter Caroline, Louis et Valentino et un peu pour voir le match et Marc a daigné posé le pied dans ce lieu d’horreur pour lui car c’est le seul endroit où il pouvait voir le match sans avoir peur que son streaming plante, entrainant dans son sillage Daniel et Mohamed.

Avant que le match commence, Caroline a le temps de conter sa petite rencontre avec les pontes du ministère à une assistance conquise, tout le monde aurait aimé voir ça, et tant pis si son coup de panache n’était pas une débauche de sincérité et de rébellion mais tout simplement une crainte de ne pas pouvoir aussi facilement tricher là bas que pendant le bac.

Alors que tout le monde sauf Marc se goinfre, celui-ci, viscéralement dégoûté par les pizzas américaines a préféré commandé quelques nuggets, le match s’apprête à commencer. Si à Prague la rencontre promet d’être serrée, à Sevran, la pizzeria a clairement choisi son camp, à part Bruno et son frère, tout le monde soutiendra la Grèce.
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Chapitre 15
Les douces soirées

Mardi 30 juin 2015

Pour Konstantínos, le grand soir est arrivé, il a l’opportunité de revivre les émotions de l’Euro 2004 sur le terrain face au même adversaire. Il sait que vu le niveau actuel de l’équipe nationale A grecque, c’est peut-être sa plus grande chance de gagner un trophée international, et il ne compte pas la laisser passer.

Le parcours aura été difficile pour les grecs, dans le groupe de l’Italie, de l’Angleterre et du Portugal, ils auront eu chaud plus d’une fois. Après la défaite initiale contre l’Angleterre, ils ont vu l’élimination de très près lorsque l’Italie menait à la mi-temps contre eux, mais finalement après une égalisation arrachée en début de mi-temps par ses coéquipiers, Konstantínos a enfin été le joueur décisif que l’on attendait en obtenant et convertissant un pénalty à cinq minutes de la fin.

Lors de la dernière journée de groupes, les grecs ont encore une fois frisé la correctionnelle, si le très net avantage pris par l’Italie contre les anglais les a rapidement poussé à jouer pour un match nul qui les qualifie désormais, les portugais ont été moins calculateurs et se sont lancés à l’assaut du but grec en espérant finir sur une victoire. A huit minutes de la fin, le plan des grecs semble échouer lorsque le Portugal ouvre le score sur un corner, mais une nouvelle fois Konstantínos endosse sa panoplie de sauveur sur une frappe de 25 mètres à la 89e minute du match.

Ironiquement, le match le plus simple aura été la demi-finale contre le Danemark, les grecs ont vite creusé l’écart, menant 2-0 avant la demi-heure de jeu avant de mener des contres particulièrement ravageurs, voguant tranquillement vers un succès sur le score de 5 buts à 1 alors que dans le même temps les portugais ont atomisé l’Allemagne 5-0.

Vu la forme exceptionnelle montrée par les deux équipes en demi-finale et l’envie de revanche des portugais après le mini-braquage du premier tour, le match s’annonce particulièrement disputé. Konstantínos a d’ailleurs voulu mettre toutes les chances du côté hellène et a gentiment profité de son coup de téléphone quotidien pour demander à Louis de préparer des poupées vaudou à l’effigie de l’ensemble des joueurs portugais.

Lors des premières minutes du match, on sent bien qu’il s’agit d’une finale, les deux équipes se jaugent et l’enjeu prend clairement le pas sur le jeu, il n’y a pas une seule occasion intéressante.

C’est donc fort logiquement qu’à Sevran, on porte un peu plus attention aux conversations en cours qu’au match, portant sur des sujets aussi passionnants que la dernière conquête de Gabriel, l’impatience de Khalid de recevoir les nouveaux survêtements de l’équipe le lendemain, les actuels étant tous tachés ou encore les progrès de Valentino dans le dessin de croix nazies sur les affiches du Parti Pour la Liberté.

Les jeunes sont tellement absorbés par leur conversation qu’ils en manquent presque la première action intéressante du match avec le meurtre de trois pigeons par un ailier portugais, un scène qui ne manque pas de rappeler les douces soirées multiplex Ligue 1 vécues par l’ensemble des protagonistes, Kasumi exceptée.

Le ton reste le même pour la suite de la première mi-temps qui est marquée par peu de rythme et beaucoup de maladresses techniques, on atteint un tel point que Louis se saisit de la télécommande pour vérifier si le gérant de la pizzeria n’avait pas confondu la finale Grèce - Portugal avec une confrontation entre Troyes et Nancy. Khalid, encore amèrement marqué par la déconfiture subie à Troyes, proteste en disant que l’exemple est mal choisi.

Quoi qu’il en soit, la mi-temps délivre enfin les téléspectateurs de cette immonde purge, moment choisi par Gabriel pour préparer son cocktail préféré, l’orange à la vodka, le principe étant de mettre un volume de jus d’orange pour quatre volumes de vodka directement ramenée de Pologne par Daniel.

Moins bien préparée que son père à ce genre de cocktail, Kasumi semble assommée dès le premier demi-verre, le point positif étant qu’elle restera moins ridicule que Bruno qui se lance dans de somptueux chants paillards qui semblent indiquer une vive obsession pour la sodomie en ce jour de match contre les grecs.

Forcément, dans de telles conditions, la deuxième mi-temps est bien moins bien suivie par nos amis, et hélas elle semble du même tonneau que la première jusqu’au premier frisson du match, à la 64e minute, sur un bon centre portugais, le buteur lusitanien ne parvient pas à cadrer de la tête.

Frémissement que Gabriel n’aura pas eu l’occasion de voir, KO après 3 verres, chose qui provoqué l’hilarité de Louis qui a toujours sur que son ami se montrait parfois petite nature. Mais les moqueries sont vite interrompues par la veste de Caroline atterrissant sur le visage de Khalid. Bien éméchée, elle semble s’être décidée à entamer un strip-tease sans aucune raison, heureusement Khalid et Valentino la retiennent avant qu’elle fasse quoi que ce soit d’autre en lui disant “Fais pas de connerie, toi aussi t’es bourrée”.

Alors que Mohamed, qui est le seul sobre, se décide à ramener les plus mal en point chez eux, on entend Valentino insulter copieusement l’arbitre, ce coup-ci non pas en raison de l’alcool, mais d’une simulation grecque qui n’a pas très bien marché.

A la 80e minute, le match semble enfin décoller, les portugais se lancent à l’offensive de toutes leurs forces, tout d’abord sur une percée de leur buteur qui sera rattrapé à l’ultime moment par l’arrière droit grec. Puis ensuite, sur un coup franc à l’entrée de la surface qui vient se fracasser sur la barre transversale grecque.

Les espaces étant ouverts, les grecs se lancent alors dans leur spécialité, leurs contres pleins de dynamisme, et Konstantínos qui était jusque là quasiment invisible entre enfin dans son match avec une superbe course sur son aile droite, malheureusement la reprise de volée du buteur grec sur le centre qui suit s’envole dans des tribunes bien mal garnies.

La dernière action du temps réglementaire est portugaise, sur un corner bien tiré, le buteur portugais cadre bien sa tentative de la tête, mais heureusement pour les grecs, un défenseur parvient à repousse le ballon de la tête, avant que le ballon ne retombe sur Konstantínos qui l’envoie si loin que l’arbitre n’offre pas de chance supplémentaire aux portugais.

Le match va donc aller en prolongations, Daniel propose avec enthousiasme une nouvelle tournée, mais manifestement Khalid, Louis, Valentino et Marc ne partagent pas son enthousiasme, personne ne veut se réveiller à l’hôpital le lendemain. Même en tant qu’habitués des lieux après leurs multiples bagarres, personne n’a vraiment envie d’y passer de belles journées d’été.

Marc, qui est le plus concentré sur le match et qui a appris à connaitre le style de Konstantínos se veut assez optimiste, à ses expressions faciales il semble avoir bien économisé son énergie, ce qui n’est manifestement pas le cas côté portugais.

Et les impressions de Marc semblent vite se confirmer, Konstantínos semble vraiment intenable dans son couloir droit, réussissant deux belles percées en ce début de prolongations, malheureusement son centre est trop long sur la première et sa tentative en solo sur la seconde est bien anticipée par le portier portugais.

Pris à la gorge, les portugais peinent à se montrer dangereux, leur plus belle action de la première moitié de ces prolongations survient à la 101e minute, lorsque leur meneur de jeu tente un lob du milieu du terrain, le geste est superbement effectué, mais le portier hellène revient à temps et empêche le ballon de franchir la ligne.

La domination reste grecque, et à la 104e minute, Konstantínos obtient un très bon coup franc pour son équipe. Il tente de le transformer lui-même, mais son tir s’écrase sur le poteau droit portugais alors que le portier adverse semblait enfin battu. Tout reste donc à faire après 105 minutes de jeu, lorsque l’arbitre ordonne le changement de côté.

A la 109e minute de jeu, la fatigue des portugais se fait encore ressentir lorsque Konstantínos parvient une nouvelle fois à percer la défense portugaise sur son côté droit. Une nouvelle fois, il envoie le ballon dans la boite, ce coup-ci c’est l’ailier gauche qui repique vers le centre à toute vitesse et qui assène une tête plongeante qui finit enfin au fond des filets offrant l’avantage à la Grèce.

A Sevran, la réaction est pour le moins euphorique, tous les spectateurs bien mis en difficulté par le breuvage de la soirée applaudissent timidement en rigolant, alors que Daniel plus motivé que jamais lève un verre pour célébrer ça.

Fort logiquement, l’entraineur grec ordonne immédiatement le repli de ses troupes pour assurer les dix dernières minutes face à des portugais fatigués. La consigne ne plait pas vraiment à Konstantínos qui pensait qu’il y avait la place pour en mettre un deuxième, mais ce n’est pas le moment de se brouiller avec son entraineur.

Fatigués, les portugais ne semblent capables de briller que sur les phases arrêtées. comme cette tête sur un corner à la 114e minute qui passe de peu à côté, ou encore le coup franc de la 117e minute qui est miraculeusement claqué par le portier grec.

A la 119e minute, les portugais bénéficient d’un énième corner, ils décident d’exécuter une combinaison, le tireur n’envoie pas le ballon dans le paquet mais vers son buteur, judicieusement démarqué à une vingtaine de mètres du but. Celui-ci a tout son temps pour ajuster un tir de loin, qui finit à quelques centimètres du poteau gauche grec.

Désormais, plus rien ne peut arrêter les grecs. Après les échecs de 1988 et 1998 en finale, les espoirs grecs remportent leur premier titre de champions d’Europe. Konstantínos va enfin pouvoir soulever un trophée autre que celui de la fête de son école.

Bien entendu à Sevran, l’heure est à l’euphorie, Daniel propose en beuglant une nouvelle tournée générale. Offre immédiatement rejetée par Valentino, qui sur un geste d’humeur, a fracassé une bouteille sur le nez du portier polonais. Pour essayer de calmer les choses, Marc propose aux autres de se réconcilier autour d’un petit Mario Kart, seuls Khalid et Louis rejettent l’offre, voulant terminer au calme la conversation qu’ils avaient initiée au sujet du hip-hop.

Alors qu’à Prague, Konstantínos et ses coéquipiers s’apprêtent à de longues célébrations, l’ambiance est plutôt à la fin de soirée dans l’appartement de Marc, dont le prêt à Sevran a été prolongé il y a quelques jours. Daniel et Mohamed discutent du recrutement à venir, le consensus parmi eux est au renforcement de la défense, l’équipe de rêve des jeunes étant superbement armée au milieu et en attaque, il serait bête de ne pas en profiter.

Marc et Valentino, eux, discutent de la direction générale prise par le football. Valentino regrette amèrement le manque de panache dans le football moderne, il pense que le football a besoin de faire rêver pour rester le premier des sports. Et ce n’est pas avec de la passe à dix qu’on va soulever les foules mais avec des prises de risques constantes.

Marc est plus pragmatique dans son analyse, ce qui est beau dans le football, ce n’est pas seulement de voir les filets trembler ou un adversaire pleurer après une fracture, mais le fait de savoir que tout peut potentiellement arriver à n’importe quel moment, et ça, rien ne pourra l’ôter, pas mêmes les tactiques les moins emballantes.

Le lendemain après-midi, loin de ces considérations sportives, Khalid est réveillé par sa soeur Sabrina qui le prévient qu’un colis est arrivé. Le jeune milieu de terrain se doute bien qu’il s’agit des survêtements du club, il va enfin pouvoir se débarrasser des vieilles guenilles qu’il portait jusque là.

Quand Khalid ouvre le colis, il a l’air extrêmement choqué. Il prend alors ledit colis avec lui et marche jusqu’à l’appartement de Gabriel en lui demandant s’il a lui aussi subi l’erreur sur la couleur des survêtements. Gabriel lui montre alors son écran d’ordinateur, affichant une photo avec un premier maillot noir et rouge et un second maillot blanc et noir et lui dit que ce n’était pas une erreur.

Fin de la saison 1
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En fait, j’en ai pas totalement fini avec cette saison 1.

Il me reste une petite chose à vous présenter, comme c’est une fic sur le foot, je n’ai pas pu m’empêcher de faire une base de données sur FM (je l’ai faite avant d’écrire le chapitre 13 c’est pour ça qu’il a trainé, le 14 a trainé comme j’ai passé beaucoup de temps sur mes chaines de Pokémon Lune).

Comme j’ai vu qu’il y avait de gros ratés avec ma bdd sur les Coupe d’Europe, j’ai fait mon test sur plus de 20 saisons sans bug qui me soit apparu, donc je pense que ce coup-ci ça doit être clean.

Pour vous présenter la base de données en elle-même, tous les joueurs de l’AS Sevran cités dans la fiction sont dans l’effectif du club crée avec des dates de naissance adaptées au fait que la partie commence en 2016 alors que la fiction commence en 2014.

Je dois vous prévenir que les jeunes sont franchement abusés au niveau du potentiel, c’est totalement volontaire, ce sont un peu les héros de l’histoire pour le moment, ce serait con qu’une fois en Ligue 1 ils ne vous servent à rien.

Vous avez aussi le droit à la présence de monsieur Miyazaki qui remplira gentiment vos caisses (et changera les maillots pour la saison 2 :sac: )

Pour mieux coller à l’histoire, j’ai rempli l’équipe avec des joueurs actuellement au chômage qui ont un niveau faiblard pour la Ligue 2, ce qui correspond au niveau de l’équipe dans la fiction. J’ai aussi rempli le staff avec des chômeurs, mais ça c’est par pure paresse.

Que ce soit clair, cette base de données est probablement très (trop ?) facile à jouer, c’est plus là pour le délire de guider cette jeune garde bien abusée au sommet.

Comme tel est le principal intérêt de la chose, je propose deux versions du truc, une version dite “verrouillée” (les 5 principaux jeunes resteront au club jusqu’à la retraite, je l’ai mis comme je pense ce serait dur de les garder normalement) et une version dite “déverrouillée” où seul Khalid est protégé, ce qui est plus réaliste et plus en phase avec le scénario.

Télécharger la base de données

L’écriture de la saison 2 débutera au mois de janvier 2017, comme j’ai un partiel à préparer, le rythme de parution sera surement très lent, je pense pouvoir accélérer de nouveau à la mi-février.

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félicitations pour cette saison 1 (il me reste 3 chapitres à lire) tu m’a donné envie de réécrire mais j’ai pas l’inspiration encore

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Chapitre 16
On ne peut pas avoir le beur et l’argent du juif

Jeudi 1er juillet 2015

Khalid se demande s’il est dans un rêve, on ne change pas la couleur du maillot d’un club vieux de cinquante ans comme ça sur un coup de tête, il y a forcément du monde qui va râler et jusque là la famille Miyazaki n’a pas été du genre à faire trop de vagues.

Gabriel lui dit que s’il n’y avait que cette histoire de maillot, les choses seraient si simples, il lance alors une vidéo de la conférence de presse du matin, que toute la fine équipe avait loupée, bien trop occupée à décuver après la rude soirée vécue la veille.

Tout d’abord, les nouveaux maillots, déjà que le changement de couleurs pour mieux coller à celles d’Akabura avec un maillot noir à bande rouge ne manquera pas de choquer les fans de la première heure, le fait de remplacer le rouge par du rose sur le maillot de l’équipe féminine est de plus quelque peu sexiste.

Cela restera tout de même moins sexiste que la dernière trouvaille pour attirer tout ce que Sevran peut compter en obsédés sexuels au stade avec le recrutement de pom-pom girls dont la tenue fait plus penser à un groupe de prostituées qu’à des artistes, et dont le calendrier déjà annoncé n’est pas des plus subtils.

En parlant de stade, ce bon vieux stade Alfred Nobel ne restera plus pour longtemps l’antre de l’AS Sevran, en effet la construction d’un stade financé par le naming a également été annoncée, outre l’aspect commercial, le but était de ne plus partager le terrain avec ces gueux de rugbymen qui ne savent pas prendre soin de la pelouse.

Nouveau stade qu’Etienne Baron ne verra probablement jamais, en effet le capitaine emblématique du club, en fin de contrat, a été remercié sèchement après dix ans de bons et loyaux services, au prétexte qu’il serait trop faible pour la Ligue 1.

Et cerise sur le ghetto, l’ouverture de chaines Youtube pour générer de la notoriété pour le club sur internet. Et si le principe de diffuser quelques beaux gestes techniques exécutés à l’entrainement n’est pas vraiment discuté, l’idée d’une chaine consacrée aux jeux vidéo est un peu plus froidement reçue, même si la direction du club jure qu’une section e-sports sera bientôt établie, il faudra bien meubler d’ici là.

Bref, on teindrait le grand chelem du football business si on ajoutait un club Mickey à l’entrée du nouveau stade pour les gosses. Khalid remarque alors à juste titre qu’il semble de plus en plus que l’AS Sevran ne va pas devenir le club chéri des adeptes des valeurs dans le sport. Mais Gabriel ne manque pas de lui répondre que si, pour le grand public, les valeurs du sport c’est se branler sur une biscotte dans les vestiaires, les bonnes âmes peuvent se les garder et se les mettre dans un endroit que nous ne préciserons pas.

A vrai dire ce qui effraie le plus Gabriel et Khalid, c’est la pagaille que ça va semer parmi le public déjà établi du club, ici ce n’est pas un public de petits bourgeois, il y a que du prolétaire, donc les considérations commerciales ça n’est pas ce qui est en premier dans l’esprit du public et la délicatesse dans les revendications ce n’est pas trop le genre de la maison.

Gabriel a même entendu dire que le soir même les héros de la résistance sevranaise allaient se réunir au kebab “Chez Abdullah” afin de mettre en place leur plan anti-maillot noir. Pour une fois que les jeunes du coin se montrent hostiles à quelque chose de noir, excepté MC 20 centimes bien sûr, c’est que ça doit être très grave.

Les deux amis entendent frapper à la porte, c’est Louis qui leur rend visite, vêtu des nouvelles couleurs de l’équipe, il faut dire qu’il a toujours pensé que noir sur noir ça avait un certain cachet.

Gabriel se demande alors si c’est une bonne idée d’afficher ouvertement les nouvelles couleurs, les joueurs pourraient se mettre à dos une partie de la cité. Louis lui dit qu’il faudra leur dire qu’on ne peut pas avoir le beur et l’argent du juif, les ordinateurs neufs utilisés par leurs petites soeurs au collège, c’est Akabura qui les a offerts, le nouveau stade, ce n’est pas la mairie qui est proche de faillite qui va le construire et que l’équipe serait retombée en National si ce pourri de Marquet était resté aux commande.

D’ailleurs, Gabriel est mal placé pour évoquer le changement de couleurs étant donné qu’il était prêt à porter un maillot rose juste pour choper les deux filles de la millionnaire suédoise qui voulait racheter le club en novembre dernier. Gabriel ressort la photo pour essayer de le faire taire, mais Louis pense toujours que les deux babtoues à fessier plat ça vaut moins que le nouveau stade.

Pendant que le trio débat, Bruno et Valentino sont à la salle de sport, frappant un puching-ball à l’effigie du coach Diaz, encore un peu rancuniers du fait qu’ils n’aient pas été conviés à s’entrainer avec l’équipe A comme Gabriel et Louis ou encore avec la réserve comme Khalid. La perspective de continuer à martyriser des gamins avec leur jeu ultra-viril ne les enthousiasme pas vraiment, ce serait comme si un lycéen allait racketter des gosses de primaire.

Alors que Valentino assène un coup violent au sac, la porte s’ouvre. C’est un jeune homme brun de typé méditerranéen qui fait facilement vingt centimètres de moins que Valentino mais qui semble franchement musclé. Il se présente, il est le nouvel attaquant recruté pour les équipes de jeunes par le directeur sportif, Nacio Rojas.

Alors que Valentino se précipite pour planquer l’effigie du coach Diaz, le nouveau, prénommé Esteban, discute rapidement avec les deux hommes des performances des appareils de musculation à leur disposition. Il faut dire que la vitesse est la qualité principale du jeune homme, il reconnait volontiers que sa technique reste perfectible, mais pouvoir courir le 100 mètres en 10 secondes 20 efface pas mal de défauts.

Valentino essaie d’imaginer ce que ça pourrait donner sur le terrain, il court encore plus vite que Louis, s’il parvient à améliorer un peu sa technique, le jeu en profondeur pourrait faire encore plus mal qu’un coup de fer à souder sur les testicules.

Le soir venu, le banquet de la résistance a lieu chez Abdullah, les moyens de nos vaillants héros restent très limités dans la mesure où le seul joueur qui a voulu se joindre à eux si on combine toutes les équipes appartenant à l’AS Sevran est ce naze de Dimitri et où l’animation musicale est confiée à MC 20 centimes faute d’autre volontaire.

Allan, le petit métis responsable de la section jeunesse locale du Parti Communiste Unifié et Mickaël, le grand frère franco-gabonais autoproclamé et chef du principal groupe de supporters de l’AS Sevran sont consternés devant ce manque d’ardeur régnant dans la ville pour défendre leur club contre une dérive vers le tout-business.

Mickaël est particulièrement remonté contre Louis qu’il connait depuis le berceau, il n’aurait jamais cru le gamin idéaliste qu’il avait tant aimé capable de vendre l’âme de son sport contre trois ordinateurs ramenés dans le collège du coin. Allan, de son côté, est plus chagriné par le fait que Valentino semble l’ignorer froidement depuis ce matin, à croire qu’il n’est de gauche que quand il s’agit d’aller chauffer ces idiots du Parti Pour la Liberté.

Allan et Mickaël se décident à mener la guerre de symboles même sans les joueurs, l’équipe de football c’est à peu près la seule chose dont les gens sont fiers ici, et il est important qu’elle ait une imagerie sportive, ayant pour valeur l’histoire du club, la noblesse du sport et le respect de l’humain et non une imagerie commerciale qui tendrait à démontrer que n’importe qui peut-être acheté.

Ils se lancent alors, en compagnie du maigre public de la soirée, en rédaction de tracts sur le fait que les nouveaux dirigeants du club sont incapables de respecter l’identité de Sevran, en prises de contacts avec d’autres groupes de supporters de Ligue 2 qui ne supporteraient pas de perdre leur identité, en préparation de raids contre les magasins proposant le nouveau maillot et en tentatives d’influer sur les politiciens locaux en espérant que le tout fasse reculer la direction du club.

Loin de ces considérations révolutionnaires, le gros Paul débarque dans ce haut lieu de la gastronomie turque et réclame la nouvelle spécialité de la maison, le kebab à la graisse de phoque, habituellement utilisé comme vomitif extrêmement puissant. MC 20 centimes croit alors bon de chambrer Paul en chantant que le jour où il explosera, le problème de la famine en Afrique serait définitivement résolu.

Paul prend mal cette petite taquinerie et charge en direction de MC 20 centimes de son gabarit imposant. Voyant un de ses rares volontaires en danger, Mickaël inflige une bonne correction à Paul sous les cris d’Abdullah qui ne voulait pas de bagarre dans son restaurant. Résultat, les serveurs tentent de chasser la petite troupe du restaurant pour lui redonner son calme.

Alors que Mickaël et Allan repartent chez eux tête basse, MC 20 centimes les incite à voir le bon côté des choses, avec tant d’action, c’est sûr que Bruno finira par les rejoindre.

Le lendemain en fin de matinée, le même Bruno est livide, terrorisé par le spectacle auquel il vient d’assister à la salle de sport. En effet, Valentino vient littéralement de faire exploser le puching-ball après avoir entendu le directeur sportif annoncer l’arrivée en prêt de Pierre Lesage, le jeune milieu défensif lyonnais, pour épauler Marc qui était un peu trop souvent esseulé l’an dernier.

Comme si la frustration de la mise à l’écart ne suffisait pas, se faire supplanter par un joueur que l’on a mis au supplice il y a moins de deux mois, est en effet quelque peu irritant. De peur de commettre un impair, Bruno file vers l’extérieur afin d’essayer de trouver une personne plus diplomate pour calmer la bête, à ce niveau de frustration sa force est plus proche d’un ours que d’un être humain, et il tient à ne pas avoir la tête arrachée d’un coup de patte.

Il tombe alors sur MC 20 centimes qui s’était mis en tête de chanter des slogans hostiles aux changements que va subir le club à proximité de la salle de sport. Pris d’une idée horrible, il envoie ce dernier tenter de désamorcer la fureur de Valentino avec une bonne chanson.

Deux minutes plus tard, Bruno entend une fenêtre se briser et MC 20 centimes atterrir sur la pelouse à l’extérieur de la salle de sport puis se met à rire comme une hyène. Ce n’est pas très constructif, mais ça fait toujours plaisir. Comme le dit le proverbe sevranais “Pense toujours à fracasser MC 20 centimes, si tu ne sais pas pourquoi, lui le sait”.

Il tombe ensuite sur Pierre qui, un peu perdu dans cette nouvelle ville, cherchait le terrain d’entrainement. Après quelques taquineries bon enfant sur la finale de la Coupe Gambardella, Bruno accepte de prêter main forte au nouveau venu et discute avec lui de ses passions qui sont très variées puisqu’il s’agit de football, de football, de football, de football et de penser à répondre à sa petite amie au téléphone quand elle appelle pour ne pas qu’elle déprime en croyant être abandonnée.

Alors que Bruno regardait les photos prises par Pierre avec des amis, il se souvient tout d’un coup avec effroi qu’il a laissé Valentino seul. Les deux hommes se dirigent en courant vers le gymnase, mais fort heureusement après avoir laissé sa marque sur quelques meubles, Valentino a transféré sa colère sur quelque chose de plus constructif et prépare sa paire de rollers et sa bombe de peinture afin d’aller saccager quelques affiches du Pärti Pour la Liberté.

Voyant que la situation est sous contrôle, personne de valeur ne risquant d’être blessé par cette activité, Bruno poursuit ses discussions avec Pierre, alors que Valentino fait parler sa puissance sur les rollers en partant à toute allure. Une première affiche suscite sa rage, il sort alors sa bombe de peinture et dessine une moustache d’Hitler sur la photo du dirigeant du Parti Pour la Liberté avant d’enchainer sur une croix gammée jusqu’à ce qu’il soit perturbé par une voix.

C’est la voix d’Allan, qui ne semble pas surpris de voir son camarade s’acharner de la sorte contre un symbole du mal suprême. Mais comme l’heure est à aborder une autre symbolique, Allan décide courageusement d’interroger son camarade sur ses nouvelles couleurs, est-il fier de se vendre de la sorte à un multimilliardaire, lui qui est si engagé ?

Valentino lui retourne la question. Allan serait-il fier d’être ouvertement méprisé alors qu’il a tout fait pour démontrer sa valeur ? Serait-il heureux de voir la structure qui l’a fait revivre se transformer en temple de la société de consommation ? Serait-il heureux d’être un tricheur et d’avoir poussé tout le monde à l’être aussi ? Serait-il heureux d’avoir servi de guide à un représentant du grand capital et à sa…

Valentino ne parvient pas à terminer sa phrase, puis se relance en disant qu’il connait déjà la réponse de son camarade. Mais que s’il accepte tout ça, c’est pour rendre de l’espoir à toute une ville, c’est pour donner une chance à ses amis, c’est pour améliorer le confort des écoliers. Il ne sait pas si la Révolution arrivera de son vivant, mais il sait que le projet de l’AS Sevran, c’est maintenant.

Allan supplie son camarade de ne pas se compromettre, lui contant l’histoire de la naissance du premier des capitalistes. Selon lui, Jésus était le premier communiste de l’Histoire, car il a partagé le pain, car il a refusé de joindre à un lynchage motivé par des pensées réactionnaires et car il voulait fonder une société basée sur la fraternité. En revanche, Judas est devenu le premier des capitalistes, le jour où il a été trop attiré par 30 pièces qui l’ont fait vendre Jésus, commettant la compromission irréparable.

Valentino regarde fixement son camarade et lui dit froidement qu’il est déiste, pas chrétien et lui tourne irrémédiablement le dos. Allan n’essaie pas de le retenir, affichant une mine défaite, il sait que cette lutte ne sera pas celle de son colossal camarade.
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Chapitre 18
La révolution attendra

Vendredi 31 juillet 2015

La deuxième phase du plan de modernisation de l’AS Sevran débute à peine, il reste à reconstruire une bonne partie de l’effectif, tâche qui plait particulièrement au directeur sportif Nacio Rojas, il a toujours rêvé de pouvoir acheter vingt joueurs en un mercato sans qu’un rabat-joie vienne lui dire qu’il va mettre en péril la stabilité de l’effectif.

Et on peut dire que les choix de ce brave Nacio n’ont pas vraiment fait l’unanimité, alors qu’il semblait y avoir un consensus pour faire de la défense le chantier prioritaire, il n’y a que deux défenseurs qui ont été ajoutés à l’équipe première, et pas forcément du calibre voulu.

Le jeune défenseur central russe, Alexey Kalachnikov, lointain cousin de la famille de l’inventeur du fameux fusil, aura peut être une aura toute particulière auprès des jeunes de la cité et dispose d’un gabarit solide, sa technique reste en revanche trop rudimentaire et génératrice de boulettes. Abdel Tiab, jeune défenseur droit algérien, présente l’inconvénient inverse, si sa technique est plus qu’acceptable pour une équipe de Ligue 2, niveau gabarit, ce n’est pas véritablement ce que l’on attend d’un défenseur, petit et assez frêle.

Outre l’arrivée en prêt de Pierre Lesage, le milieu de terrain, déjà pas trop mal loti, reçoit le renfort de l’espagnol Mateo Rivera au poste de milieu offensif. Un choix ce coup-ci plutôt bien accueilli, même si l’homme de poche de l’équipe n’a pas le talent d’un Konstantínos et un impact physique proche de celui d’un mollusque mort, il manquait un deuxième homme de qualité pour le système 3-6-1 chéri par le coach Diaz.

En attaque, la situation est claire, Gabriel est et restera la star de l’équipe. Cependant, suite au départ d’Etienne, une nouvelle doublure lui a été adjointe, l’expérimenté attaquant portugais Hugo Campos, malheureusement sur le déclin pour causes de problèmes gastriques à répétition depuis trois ans, de quoi craindre des blagues bien pourries venant des supporters.

Le principal choc est venu de là où on ne l’attendait pas, au poste de gardien, alors que Daniel Iwanicki avait réalisé une saison de grande qualité, Nacio n’a pas pu s’empêcher d’aller recruter son vieil ami Alejandro Ballesta, portier très expérimenté, passé par le Real de Madrid il y a quelques années, connu pour ses gueulantes mémorables. Outre le choc représenté par la mise au placard de Daniel, le fait qu’il soit immédiatement nommé capitaine au détriment de joueurs implantés depuis bien plus longtemps n’aide pas à le rendre populaire parmi les supporters.

Entre l’affaire des maillots, le recrutement assez mal vécu par les fans et la campagne de dénigrement organisée par Mickaël, l’ambiance est assez froide pour la réception de Créteil, un des principaux rivaux du club, en ouverture de la saison 2015-2016 de Ligue 2.

Sur le terrain, c’est un 3-6-1 sans surprise qui est proposé par le coach Diaz, avec un trio défensif Mohamed/Alexey/Abdel qui parait bien fragile, le traditionnel milieu ultra-garni dans lequel il ne manque que Konstantínos, qui a vu sa préparation retardée de quelques jours pour se reposer après l’Euro Espoirs, mais qui voit les apports de Louis, définitivement intégré à l’équipe première, ainsi que des nouveaux venus Pierre et Mateo pour prêter main forte à Marc et Gabriel en pointe.

En tribunes, il y a aussi du changement, Khalid, Bruno et Valentino étant désormais rejoints par leur nouveau coéquipier Esteban dans leur frustration de voir une clique de nuls entourer Louis et Gabriel. Placer deux joueurs pareils dans un tel bouillon de médiocrité, c’est comme donner de la confiture à des cochons.

Le début de match ne se conforme pourtant pas aux craintes des jeunes sevranais, les hommes en noir confisquent le ballon, forts de leur milieu de terrain encore plus imposant que la saison précédente, menant les moins expérimentés dans le public à beugler des “olé” après quatre minutes de jeu.

A la 7e minute de jeu, les sevranais s’offrent leur première action d’ampleur avec une frappe très propre de Marc aux 25 mètres qui passe de justesse au dessus de la barre transversale des visiteurs. Une minute plus tard, Louis obtient un corner après un débordement à grande vitesse dont le guépard de Sevran a le secret, c’est Mateo qui se charge de le tirer, non sans essuyer quelques quolibets du public qui le compare à Passe-partout, et il s’en est fallu de peu pour que le public ravale sa fierté, la tête de Gabriel passant très près des montants adverses.

La domination sevranaise en ce premier quart d’heure de jeu est absolument écrasante, provoquant un net réchauffement du public, au plus grand désespoir de Mickaël et Allan qui avaient préparé leur petite banderole avec slogans hostiles à la direction du club, mais à la plus grande joie de leur ami MC 20 centimes dont la voix est recouverte par le vacarme du stade Alfred Nobel, calmant ainsi toute tentation de l’envoyer sur les grilles.

Sur le terrain, le contraste entre les deux équipes est absolument saisissant, les sevranais ont plus de 80 % de possession, et sont les seuls à avoir l’opportunité de tirer au but, mais les tentatives de Gabriel à 20 mètres puis de Mateo à 25 mètres sont facilement déviées par le portier cristolien, et l’absence de Konstantínos est assez pénalisante sur les corners suivant ces tentatives, Mateo manquant encore un peu de force pour le remplacer parfaitement.

Si parmi le public général, l’ambiance reste à la hauteur de ce qu’on peut attendre d’un match contre un rival, Valentino et Khalid passent leur temps à gratter leurs barbes, l’air inquiets. Il est rare que Louis ait si peu d’espaces pour s’exprimer malgré sa superbe pointe de vitesse, ils voient bien la défense adverse plier mais elle ne semble pas vouloir rompre.

Les craintes de Khalid et Valentino prennent encore plus de volume passé 25 minutes de jeu, la folie du début de match retombe, et le jeu sevranais se transforme en passe à dix assez indigeste, des joueurs comme Marc ou Mateo n’ayant pas la caisse pour tenir 90 minutes à un rythme de barbare.

Sur le terrain, Gabriel est frustré par la situation, il n’a presque aucun ballon à se mettre sous la dent ce soir et le coach ne veut pas qu’il décroche régulièrement, comme 6 joueurs au milieu du terrain, ça fait déjà pas mal. Il passe donc le temps comme il peut en insultant copieusement les défenseurs adverses qui sont chargés de l’escorter, mais malheureusement ceux-ci étant de nationalités serbe et estonienne, ils ne sont pas encore en mesure de comprendre tous les raffinements de notre si belle langue.

Le rideau semblant infranchissable, les milieux tentent à nouveau de faire basculer le match sur un exploit personnel, Pierre ne passe pas loin du statut de héros pour son premier match professionnel après un beau slalom entre les lignes cristoliennes, mais Mateo est trop lent pour récupérer son centre en retrait, à la plus grande fureur de Khalid en tribunes qui aurait rêvé d’être sur la pelouse pour saisir pareille offrande.

La mi-temps se conclut sur un coup franc beaucoup trop enlevé par Gabriel qui certes n’est pas le tireur habituel dans cet exercice, renvoyant ainsi les deux équipes aux vestiaires sur un score nul et vierge. C’est d’ailleurs durant la mi-temps que l’absence de Konstantínos se fait le plus ressentir étant donné que personne n’explose de rage dans le vestiaire sevranais après cette performance des plus frustrantes.

Absence qui aurait largement pu être compensée par Bruno et Valentino s’ils étaient dans le groupe vu leur état d’énervement en tribunes devant tant de passivité, le style Diaz ce n’est vraiment pas pour eux. Pendant ce temps, Esteban se souvenant des moments où ses coéquipiers sont sortis de leurs gonds se rend compte que quand Nacio lui avait dit qu’il aurait affaire à des sanguins, il employait un doux euphémisme.

La deuxième mi-temps commence sur les mêmes bases que la première, au plus grand désespoir de la jeune garde en tribunes qui aurait préféré un schéma plus surprenant de la part du coach Diaz. Les cristoliens, quant à eux, ont pris la pleine mesure de leurs opposants du jour, et leur formation est désormais résolument tournée vers la contre-attaque avec de longs ballons, que Valentino ne peut s’empêcher d’apprécier en connaisseur du genre.

La plus grosse opportunité de but du début de la deuxième mi-temps reste sevranaise, lorsqu’à la 58e minute, Louis transmet un ballon court à Gabriel alors cerné par son duo de gardiens, la nouvelle star de l’effectif parvient à se débarrasser pour la première fois de ses deux cerbères et enchaine sur un tir, malheureusement bien capté par le portier adverse qui réalise une prestation sans faute.

Dix minutes plus tard, Créteil hérite de sa première opportunité dangereuse, lorsque sur un long ballon, la défense sevranaise est complètement piégée, Mohamed et Abdel étant montés bien trop haut et Alexey à l’inverse n’a pas été assez prompt pour mettre en place le piège du hors jeu. Le buteur cristolien n’a plus qu’à effacer le dernier rempart sevranais pour ouvrir le score.

Dans les tribunes, c’est un silence glacial qui s’installe d’un seul coup, on remarque bien la consternation de Valentino et Khalid qui sentaient cette tuile venir depuis de longues minutes et la rage intérieure de Bruno qui rêverait de dire à Alexey ce qu’il pense de son placement, mais qui renonce vite à ce projet en se souvenant qu’il est beaucoup moins musclé que lui.

Alors que le match reprend, Mickaël est tiraillé entre son action anti-maillot noir et sa fougue de supporter, voir tous ces spectateurs incapables de donner le soutien nécessaire à l’équipe est une chose qui l’aurait mis hors de lui en d’autres circonstances. Courageusement, MC 20 centimes tente de relancer l’ambiance. Après que celui-ci ait esquivé une cannette de bière lancée, Mickaël se charge de prendre le relais, la révolution attendra, il se passe des choses bien plus graves.

Le coach Diaz change enfin ses plans, un Mateo complètement carbonisé cède sa place à Hugo Campos, le nouvel attaquant de réserve, bien vite moqué par une bonne partie du public pour sa manière assez étrange de se déplacer, comme s’il avait un balai coincé dans le corps. De son côté, Valentino se moque bien plus de Mateo, avec une condition physique pareille, il ferait mieux de penser au golf plutôt qu’au football.

Les dernières minutes sont truffées d’assauts de l’équipe hôte, à la 80e minute, un contrôle étrange du fessier d’Hugo place Louis dans une situation inespérée de duel, mais la fatigue empêche l’ailier franco-gabonais de cadrer son tir. Puis deux minutes plus tard, Gabriel force de nouveau le passage et parvient à glisser le ballon entre les jambes du portier adverse, avant que son but ne soit annulé pour une faute qui semble discutable.

Alors que les supporters s’adonnent au traditionnel et indémodable chant “Arbitre enculé”, les sevranais ne désarment pas et obtiennent de nombreux corners, le club n’ayant plus de tireur attitré, Marc tente de colmater le vide comme il le peut, mais une seule de ses tentatives est bien placée, hélas Hugo ne parvient pas à cadrer sa tête.

On entre alors dans le temps additionnel, et Alejandro en capitaine qui n’a pas vraiment eu d’occasion de prouver sa valeur, prend une décision forte en jouant le panache pour tenter d’accrocher le nul plutôt que de prendre le maximum de précautions pour éviter le 2-0.

Mamadou Diop, le milieu droit du club parvient à sécuriser le ballon et l’envoie désespérément vers la surface. Gabriel parvient à glisser son pied dans la forêt de jambes, et le portier adverse ne peut que repousser mollement le ballon qui rebondit sur Alejandro, celui-ci amorce sa plus belle frappe, mais elle est déviée par un défenseur adverse. Les cristoliens peuvent désormais tenter d’envoyer le ballon dans le but vide, mais le doublé échappe au buteur de la formation visiteuse, contraint de précipiter sa frappe sous la pression d’un retour fulgurant d’Abdel.

Mais les visiteurs se consoleront bien vite de ce loupé mineur par une victoire sur un rival, pourtant annoncé favori, d’entrée de jeu. En tribunes, la défaite passe mal, Valentino, Khalid et Bruno ont du mal à accepter le fait d’avoir été supplantés pour une telle démonstration de faiblesse physique et d’immobilisme.

Ils ne sont cependant pas les seuls à avoir les nerfs à vif, après avoir su faire preuve de retenue à la mi-temps, le nouveau capitaine Alejandro montre son vrai caractère en hurlant sur chacun de ses coéquipiers pour leur reprocher leur nullité abysalle lors de la rencontre, avant de s’auto-infliger une pénalité de trente pompes pour ne pas avoir su empêcher l’attaquant adverse de le dépasser si aisément.

Le lendemain, Louis se réveille avec la même mine qu’après une sale gueule de bois avant d’être réveillé par Gabriel qui déboule comme un malade, ce coup-ci ravi par la dernière trouvaille folle de son président. Après les joueurs, le club s’attaque au staff, et la nouvelle kinésithérapeute norvégienne serait presque capable de faire oublier les deux filles de la milliardaire suédoise au plus grand séducteur de la cité.

La motivation derrière la folle idée du président Nozaki est de pousser les joueurs à parler plus ouvertement de leurs blessures, le coup du joueur qui joue le héros et qui doit quitter le terrain après un quart d’heure est toujours plus que frustrant pour un coach, et il faut placer l’équipe dans les meilleures conditions.

Gabriel est si enthousiaste qu’il colporte la nouvelle partout avant de tomber sur un Bruno attristé. Le vaillant portugais a une raison de plus de cultiver sa jalousie envers ceux qui ont été retenus dans l’équipe première, les moins de 19 ans ont eu le droit à une kiné anglaise comme on n’allait pas claquer tout le budget là dedans. Gabriel ne pourra répondre à son coéquipier que par ces deux mots “Condoléances, mec”.










Comment ça une erreur ?
Si si, je sais toujours compter

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Chapitre 19
Rien n’a changé

Dimanche 23 août 2015

Le début de saison n’est pas de tout repos pour l’AS Sevran, outre les multiples controverses sur la dérive tout-business du club, les résultats sur le terrain peinent à suivre.

En effet, après la défaite originale, on a cru les problèmes sevranais résolus lors de la 2e journée de championnat contre Lens où les hommes de Luis Diaz ont vite pris l’avantage grâce à un coup franc idéalement tiré par Konstantínos, qui faisait son retour, mais l’équipe encore en délicatesses physiquement s’est liquéfiée dans le final et a été rejointe à vingt minutes du coup de sifflet final par les nordistes.

Ensuite, le coach Diaz a suscité l’étonnement lorsqu’il a aligné une équipe largement remaniée à Auxerre en Coupe de la Ligue, alors que son effectif manque justement d’automatismes. Au milieu de seconds couteaux, Khalid et Daniel ont été les seuls à briller, mais cela n’aura pas suffi, les sevranais sont éliminés du trophée bidon à la gloire de Bertrand Poulain sur le score de 1-0.

La 3e journée a débuté idéalement, avec le premier but de la saison de Gabriel dès la 7e minute du match contre Tours. Mais en panne d’efficacité, les sevranais vont paniquer dans le final, et dans les arrêts de jeu, sur le coup franc de la dernière chance pour les tourangeaux, Mohamed est contraint de stopper le ballon la main sur sa ligne pour empêcher le but. Résultat des courses, carton rouge et pénalty, qui sera transformé, menant à un deuxième nul consécutif.

Lors du match suivant, Gabriel a de nouveau trouvé la faille tôt dans le match, après une superbe percée à la 16e minute. Mais en 2e mi-temps, l’absence de Mohamed s’est cruellement faite sentir en défense et les sevranais ont été cueillis à deux reprises par les lavallois en deux occasions majeures, menant à une défaite sur le score de 2-1 et laissant l’AS Sevran en 16e place avec deux petits points.

Inutile de dire qu’après ce début de saison décevant, beaucoup de regards se tournent vers l’équipe de jeunes, à la recherche du facteur X qui pourrait remettre l’AS Sevran sur de bons rails, la motivation est donc particulièrement forte parmi les recalés pour la réception de Valenciennes, qui, ironie du sort, précède de 5 jours le match de l’équipe A contre la même équipe.

Pour les jeunes, tous les voyants sont au vert, outre le fait que tout le monde est aussi remonté qu’un syndicaliste face à une réforme du droit du travail, Khalid, en manque de temps de jeu, a été autorisé à les rejoindre, Esteban s’est rapproché à plusieurs reprises de son chrono de référence sur 100 mètres lors des derniers entrainements, Bruno a réussi à rameuter tous ses potes portugais au bord du terrain, en espérant les convaincre de faire du lobbying en sa faveur dans les tribunes lors des prochains matchs des A et la danse de la pluie faite par Valentino cette nuit a fonctionné.

C’est d’ailleurs Valentino qui semble le plus motivé pour ce match, se mettant en évidence dès la 2e minute en balançant un long ballon, 60 mètres plus loin vers son nouveau jouet, Esteban, qui a accéléré aussi vite qu’une moto pour saisir la balle, se retrouvant ainsi parfaitement seul face au gardien qu’il s’offre le luxe de dribbler avant de pousser le ballon dans le but vide.

Les valenciennois sont secoués par ce but et se rendent immédiatement coupables d’une passe en retrait mal assurés sur le coup d’envoi, malheureusement pour eux, Esteban était tapi dans l’ombre. L’attaquant espagnol saisit le ballon et a tout son temps pour placer Khalid en parfaite situation pour doubler la mise alors qu’on n’a pas encore joué trois minutes dans ce match.

La situation est idéale pour les sevranais qui peuvent désormais tranquillement jouer le contre, contres sublimés par l’excellent match de Valentino qui multiplie les ballons longs extrêmement dangereux, permettant tout d’abord à Esteban de planter le doublé à la 20e minute de jeu, puis lançant parfaitement Bruno sur l’aile droite, qui enchaine ensuite sur un centre vers Esteban qui se retrouve déjà avec un triplé au compteur à la 26e minute du match.

Après un missile de Bruno des 25 mètres à la 40e minute, le score est de 5-0 à la mi-temps. Le coach laisse alors Esteban, qui n’est pas le joueur le plus endurant du groupe et Khalid, qui doit être gardé au frais si l’équipe A a besoin de lui, se reposer. Vu l’écart, Valentino et Bruno n’auront aucun mal à guider leurs équipiers vers un succès tranquille.

La deuxième mi-temps sera plus calme entre des valenciennois abattus et des sevranais qui cherchent juste à gérer le score, le seul éclair de génie étant une belle percée de Valentino à la 73e minute de jeu qui finira déséquilibré dans la surface. Pour s’amuser, les sevranais laisseront leur gardien tirer et marquer le sixième et ultime but de la journée.

Ce triomphe sur le score de 6 buts à 0 donne l’impression qu’au fond, malgré toutes ces annonces choc, rien n’a changé depuis un an, les jeunes pousses du club inspirent toujours la terreur alors que l’équipe A a beaucoup trop mal à se trouver.

Puisque préserver les vieilles habitudes semble être le dernier chic chez les joueurs, c’est fort logiquement qu’on retrouve la jeune garde dans la salle vidéo le soir même, pour une bonne partie de FIFA-piment.

Ils sont vite rejoints par plusieurs joueurs de l’équipe A, qui ont juste envie de se changer un peu les idées, entre les pleurnicheries autour des grandes manœuvres initiées par la direction du club, l’agacement suscité par le manque de réussite devant le but et le scénario cruel des derniers matchs, les nerfs sont franchement à vif.

Bruno croit alors bon de défiler Pierre, avec sa gueule d’ange et sa manie de passer des heures au téléphone avec sa copine, il ne doit pas être du genre à passer des heures sur console. Dix minutes plus tard, alors que Bruno avale son quatrième piment consécutif et que l’on s’apprête à passer à la deuxième mi-temps, les joueurs entendent frapper à la porte.

C’est Caroline, qui a retrouvé ses lunettes et qui habillée comme une femme d’affaires, accompagnée d’une fort élégante femme métisse d’une trentaine d’années dans une tenue similaire.

Au début, les joueurs ont été plutôt craintifs, avec des dégaines comme ça, ils avaient un peu peur que les deux femmes soient venues pour distribuer des lettres de licenciement, mais ils étaient bien loin de la vérité. En effet, la nouvelle venue, Laura, une conseillère en communication germano-ghanéenne est la nouvelle directrice commerciale du club, qui ressemble de plus en plus à une réunion des Nations Unies.

Laura a recruté Caroline comme assistante, il était important pour elle d’avoir quelqu’un qui connaisse un minimum le comportement du principal produit marketing du club, c’est à dire Gabriel. Un buteur qui a un bon look, qui est jeune, qui est du coin et qui est très talentueux, c’est un peu le rêve du communiquant.

Comme souvent, Bruno n’a pas trop compris ce qu’il s’est passé. Pour résumer très grossièrement, Khalid lui dit que Gabriel est désormais la mascotte de l’AS Sevran mais sans le costume à la con et que la bonnasse qui vient d’arriver, c’est celle qui déciderait de sa marque de caleçons à chaque match. Bruno demande alors de manière tout à fait sérieuse comment il va faire comme il porte des caleçons intégrés au short quand il joue, à la plus grande consternation de ses équipiers.

Gabriel, lui, n’a pas perdu de temps, il sort ses plus belles notions d’allemand, qui lui ont valu un 7 au bac alors qu’il avait pourtant triché, pour essayer de nouer le contact avec Laura, de manière tout à fait professionnelle bien entendu, ce qui est la raison pour laquelle Gabriel s’attarde aussi longuement sur les deux atouts supplémentaires de Laura.

Caroline, quant à elle, discute un peu du plan de communication préparé par Laura avec Louis et Valentino, l’idée est de donner une image décalée au club. Si on vise une communication classique, il y a des milliers de clubs qui ont une légitimité historique plus forte, si on vise une communication sur l’esprit banlieue, on touche une cible restreinte et pas très blindée, alors donner une image de cirque au club, ça aurait le mérite de l’originalité et de l’universalité, d’où par exemple l’idée de la chaine youtube.

Valentino n’est pas un fervent soutien de l’idée, comment se faire respecter par les adversaires si le club apparait sur la jaquette du prochain CD-Rom “Deviens un vrai Kévin” ? Louis lui suggère alors de tacler encore plus brutalement ses adversaires pour que la leçon rentre bien, dans la vie il y a les paroles et les actes.

Quoi qu’il en soit, le respect ne se gagne pas par la communication, mais par les performances sur le terrain et à ce titre, le match contre Valenciennes est particulièrement attendu pour relancer la saison de l’AS Sevran.

Le climat n’a rien à voir avec celui du match d’il y a cinq jours brillamment remporté par les jeunes, la pluie a laissé la place à un soleil éclatant et à de fortes chaleurs. En tribunes, Bruno ne cache pas son inquiétude quant au climat, les fortes chaleurs pourraient peser sur les organismes en fin de match et on a vu que jusque là, la dimension physique apportée par l’équipe n’étant pas optimale.

Sur le terrain, le classique 3-6-1 du coach Diaz est reconduit malgré ses échecs à répétition depuis le début de la saison, et ce coup-ci il n’y a pas d’absent, le trio défensif Alexey/Abdel/Mohamed est reconstitué suite au retour de suspension de ce dernier, le milieu à six Marc/Pierre/Mamadou/Louis/Mateo/Konstantínos ne souffre d’aucune absence et Gabriel est toujours prêt à faire parler la poudre en attaque.

Le match commence par une longue phase de possession, la plupart des équipes de Ligue 2 étant désormais habituées au style Diaz, les valenciennois n’opposent pas grande résistance à cette prise de possession et jouent très bas pour fermer les brèches, contraignant bien vite les sevranais à se contenter de tentatives de loin entre deux séquences de passe à dix.

Le premier quart d’heure passé, les visiteurs s’enhardissent et osent un contre après une perte de balle de Mateo, le retour d’Alexey est tardif et il est obligé de céder le coup franc en plus de recevoir un carton jaune. Le ballon est bien placé dans la boite et la reprise de la tête ne laisse aucune chance à Alejandro qui a décidément peu de chances de briller en ce début de saison.

Les malheurs ayant la fâcheuse tendance de venir en groupe, l’AS Sevran n’est pas au bout de ses peines, trois minutes plus tard, suite à un contact musclé avec un défenseur, Gabriel se plaint d’une douleur au pied. Le staff médical se précipite vers la star de l’effectif, mais les nouvelles ne sont pas bonnes, ils font bien vite le geste indiquant que le match est terminé pour Gabriel.

En tribunes, c’est bien sûr la consternation, MC 20 centimes n’a plus le coeur à chanter après un tel coup dur, Valentino et Bruno espèrent bien sur que cela ne sera pas trop grave, comme il y a des expéditions sur rollers qui trainent. Mais c’est Laura la plus paniquée, qui utiliser comme tête de gondole par intérim ?

Alors que Gabriel est conduit à l’hôpital pour de plus amples examens et que tout le stade retient son souffle pour que sa doublure Hugo Campos ne se fasse pas trop dessus, le match s’enfonce dans une sorte de torpeur, les sevranais étant secoués par ce double coup du sort et les valenciennois restant prudents vu l’étroitesse de l’écart au score.

La mi-temps est par conséquent atteinte sans accroche, dans les vestiaires, Alejandro, en bon capitaine, se lance dans un discours pour remotiver ses troupes, les incitant à rentrer dans la gueule de cette bande de consanguins pour venger leur camarade tombé au combat.

Et le début de deuxième mi-temps est prometteur, les sevranais dominent toujours autant la possession, mais les percées de Louis réussissent enfin à être efficaces, offrant à Hugo puis à Konstantínos, deux belles opportunités qui seront repoussées par le portier adverse.

A la 58e minute, le guépard de Sevran s’offre une nouvelle percée ravageuse, son centre est parfaitement ajusté et Hugo plonge au bon moment, la troisième fois aura été la bonne, l’AS Sevran égalise de façon fort méritée au vu du déroulement de ce début de deuxième mi-temps.

Sur le coup d’envoi, la concentration des sevranais, tout à leur joie n’est pas parfaite, Abdel s’est mal placé, laissant un trou béant sur le flanc droit de l’arrière-garde des locaux, les visiteurs ne se privent pas pour se lancer dans ce couloir, quelques secondes plus tard la sanction est là, l’ailier fixe le gardien puis remet délicatement le ballon en retrait, l’accalmie n’aura duré que quelques instants pour l’AS Sevran.

Konstantínos refuse de se résigner et animé par sa rage intérieure tente de mener la révolte, hélas les rangs adverses sont bien soudés et Louis, jusque là le plus dangereux, commence à fatiguer à devoir courir dans tous les sens. Pire encore, Hugo rate deux occasions nettes arrachés durement par le prodige grec durant les dix minutes suivantes et Pierre, décidément pas à la fête pour ses premiers matchs dans son club de refuge, demande à être remplacé, complètement carbonisé par la chaleur.

La frustration de Konstantínos atteint de tels niveaux qu’à un quart d’heure de la fin, des mots particulièrement fleuris d’un milieu de terrain adverse le font sortir de ses gonds, provoquant ainsi une bagarre générale qui réveille enfin Bruno, qui commençait à somnoler en tribunes et qui encourage bruyamment ses camarades de club à aller broyer du nordiste. Le bilan des courses est clair pour les arbitres, deux jaunes et un rouge de chaque côté, Konstantínos ne pourra donc pas terminer le match avec ses coéquipiers.

Privée de sa star, de son révolté et avec un Louis carbonisé, l’équipe locale semble au fond du gouffre et les valenciennois reprennent à leur compte l’adage selon lequel il est toujours bon d’enfoncer un adversaire jusqu’au bout, en profitant d’une sortie hasardeuse d’Alejandro pour reprendre victorieusement le coup franc consécutif à ce coup de chaud.

Dans le terrible silence du stade on distingue tout de même un bruit de choc, mais impossible de savoir si ce bruit est celui de Konstantínos se défoulant sur la porte du vestiaire sevranais ou celui de Valentino assénant un coup de pied au siège devant lui pour évacuer toute la frustration ressentie devant ce match.

Valentino et Bruno décident alors de quitter le stade, tels deux faux supporters, plus soucieux de vite prendre des nouvelles de Gabriel que d’assister à la fin du calvaire pour leur club. Force est de constater qu’ils ont plutôt bien fait, la défense a encore cédé à deux reprises en fin de match pour un score sans appel de 5 buts à 1, enfonçant l’AS Sevran à l’avant-dernière place du championnat avec deux points en cinq matchs.

Se faisant passer pour le petit frère de Gabriel, Bruno parvient à pénétrer dans l’hôpital et à discuter avec son ami. Celui-ci souffre d’une fracture à un orteil, la bonne nouvelle c’est qu’il aura un peu de temps pour avancer sur son plan drague avec Sonja, la ravissante kiné norvégienne du club, la mauvaise c’est qu’il ne pourra pas jouer pendant deux mois au minimum.

Quand Bruno sort de l’hôpital, il est attendu par Valentino, Caroline et Laura, à l’annonce du diagnostic, Laura commence à dérailler, comment vendre un club qui a eu son image salie tout l’été, qui incarne l’esprit de la défaite depuis un mois et qui en plus n’a plus son principal produit commercial ? L’apprentissage de Caroline sera plus dur que prévu, un peu comme celui de tout le monde au club, d’un certain point de vue.
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Chapitre 20
Ils sont très gentils mais…

Dimanche 30 août 2015

Au milieu de ce flot de mauvaises nouvelles, l’AS Sevran a tout de même un minimum de bonheur, la trêve internationale s’applique également aux clubs de Ligue 2, et tout le monde a deux semaines pour se remettre du KO subi contre Valenciennes et pour préparer un plan alternatif pour le déplacement au Havre pour pallier aux absences de Gabriel, blessé et de Konstantínos, suspendu.

Enfin presque tout le monde, les équipes de jeunes n’ont pas le même calendrier, et dès le surlendemain de l’éprouvante réception de Valenciennes, il leur revient d’apporter une lueur d’espoir au club avec un match à domicile a priori facile contre Rouen.

Malheureusement, la préparation du match n’est pas optimale, outre l’atmosphère de plus en plus détestable autour du club et l’épisode caniculaire qui n’arrange pas tout le monde dans l’équipe, la pression s’intensifie de par le fait que monsieur Miyazaki et sa fille se sont décidés à regarder le match du jour en tribunes.

Lors de l’échauffement, un joueur rouennais, probablement sur les dents depuis que son père est au chômage suite à une délocalisation de l’activité de son usine en Chine, a l’excellente idée de beugler des injures anti-asiatiques à la tribune pendant que les arbitres sont retournés aux vestiaires. Monsieur Miyazaki et sa fille ne comprenant pas tous les raffinements de la langue française, les insultes n’ayant pas été une priorité dans leur apprentissage express de la langue locale, c’est Tomi, le traducteur du club, qui remet cet impertinent à sa place.

Entendant la dispute, Bruno et Valentino sont étrangement attirés, et se rapprochent des tribunes d’un air franchement belliqueux, un échange de mots très rude a alors lieu entre le chantre du Made In France et le bouillant duo latin. Sans comprendre le riche vocabulaire des trois hommes, Kasumi comprend que ça sent un peu le souffre, et se décide à descendre des tribunes pour convaincre Valentino et Bruno de se calmer avant le match.

Mais notre général MacArthur du XXIe siècle est particulièrement inspiré en cette belle journée ensoleillée et se risque à dire qu’on n’a rien demandé à cette pute bridée. Entendant l’injure, Tomi bondit à son tour sur le terrain, afin d’empêcher Bruno de corriger l’impoli comme il se doit, cela ne donnerait pas une bonne image du club.

Mais l’interprète n’est pas au bout de ses peines, il entend distinctement Valentino dire à Bruno qu’il ne peut pas laisser passer l’affront qui a été porté à la famille Miyazaki. Il faut dire que les deux jeunes joueurs étaient là le jour de la visite de monsieur Miyazaki et ils ont bien compris que si Kasumi n’avait pas eu pitié d’eux, ils seraient actuellement dans un club en ruines au lieu d’être dans un club en crise.

Quelques minutes plus tard, le match s’apprête à commencer dans une atmosphère particulièrement lourde. Après une première action sevranaise terminée par un tir trop décroisé d’Esteban, les rouennais récupèrent le ballon. Il ne faudra pas plus de quelques secondes pour que les craintes de Tomi se confirment, après un contact violent sous prétexte de récupération de ballon, on entend un cri strident de l’insolent rouennais, dont la cheville a été écrasée par le pied expert de Valentino.

Bien vite, les esprits s’échauffent, les joueurs des deux côtés divergeant fortement sur le caractère volontaire du geste, et Bruno, jamais à court de bonnes idées, se décide à parachever la vengeance de Kasumi en initiant une belle bagarre générale devant des arbitres totalement désemparés et sous le regard consterné de Tomi, qui est pourtant amateur de rugby suite à un séjour prolongé à Clermont-Ferrand.

De son côté, monsieur Miyazaki ne peut que constater que ses joueurs sont très gentils de défendre ainsi l’honneur de sa fille, mais qu’ils sont aussi très cons, les conséquences de tels actes ne risquant pas véritablement de plaider pour une intégration en équipe première vu la mentalité du coach Diaz. Il aurait bien sûr été plus raisonnable de recruter quelques jeunes de la cité pour mener une expédition punitive à Rouen.

Après quatre minutes de festivités, l’arbitre sévit et exclut Valentino, Bruno et un joueur rouennais qui a trop facilement répondu aux provocations du jeune portugais avant de distribuer sept cartons jaunes, quatre côté rouennais et trois côté sevranais, alors que l’impoli est évacué vers l’hôpital le plus proche, à la plus grande joie du public.

Dix cartons sur la même action, voilà qui donne l’envie à certains joueurs de battre la performance du Portugal-Pays-Bas de la Coupe du Monde 2006, à commencer par Esteban qui parfait son intégration aux rites sevranais d’un très beau tacle par derrière alors que le quart d’heure de jeu n’est pas atteint, alors qu’il plaide la maladresse d’attaquant, il a le bonheur de voir sa victime répliquer d’un coup de tête, qui remet les équipes à égalité numérique, alors que le jeune attaquant espagnol écope seulement d’un carton jaune.

Alors qu’en vestiaires, Bruno et le rouennais exclu avec lui continuent de s’écharper, Valentino subit une double peine, non seulement exclu du match, il doit également supporter les ragots contés par la kiné anglaise de l’équipe de jeunes, qui ne manque pas une occasion de dénigrer sa collègue norvégienne de l’équipe première en sous-entendant qu’elle s’amuserait à allumer la moitié des joueurs, en particulier les plus jeunes. Ceci dit, si la chose est vraie, cela donnera au moins un peu de divertissement à Gabriel durant sa convalescence.

Son calvaire sera interrompu par l’arrivée d’Esteban aux vestiaires cinq minutes plus tard, le jeune espagnol étant exclu à son tour suite à un deuxième carton jaune reçu pour un geste d’humeur sur le portier adverse qui a eu l’outrecuidance d’effectuer une sortie virile alors qu’il semblait parti pour inscrire le deuxième but sevranais.

A la mi-temps, à l’exception de Tomi qui craint des effets à long terme pour l’équipe, le public est particulièrement enthousiaste devant un tel déferlement de violence, les deux équipes sont réduites à 8, et pour ne rien gâcher, l’AS Sevran mène 4-1 grâce à Khalid qui est le seul joueur sur le terrain à avoir gardé son calme durant la première mi-temps.

Le coach est un peu moins enthousiaste, mais Valentino parvient à l’attendrir en lui faisant croire que le contact était parfaitement accidentel et qu’il est sincèrement attristé par les conséquences sur la santé de son adversaire. Quoi qu’il en soit, il demande une deuxième mi-temps qui joue un peu moins sur le fanservice, il ne faudrait pas perdre sur forfait.

Grâce à son petit numéro, Valentino a obtenu le droit de quitter prématurément le stade en compagnie de Bruno et Esteban. Les trois hommes décident alors de tirer profit de ce temps libre pour préparer une belle fête d’anniversaire pour Gabriel le surlendemain, leur camarade étant convalescent, autant faire en sorte qu’il s’amuse bien.

Connaissant les goûts de Gabriel, Bruno et Valentino font découvrir à Esteban le sex-shop le plus proche de leur lieu d’entrainement. Valentino étant encore mineur pour quelques mois, il exhibe fièrement sa licence à l’AS Sevran lorsque la vendeuse lui demande une pièce d’identité.

Esteban découvre alors les vertus du précieux sésame, la vendeuse, non contente de laisser entrer Valentino, tient absolument à le conseiller sur les nouveautés du moment, la popularité de l’équipe étant bien plus liée à la générosité de son propriétaire qu’aux résultats sportifs. Bruno se dit que si elle est prête à faire ça pour le premier jeune de l’équipe venu, il n’ose pas imaginer ce qu’elle ferait à Gabriel si il était venu en personne. Esteban, lui, l’imagine parfaitement.

Etant donné que Gabriel, malgré son rythme diabolique, est encore obligé de dormir seul une nuit sur dix, ses camarades décident de mettre fin à ce manque scandaleux, et par conséquent, ils estiment qu’une poupée gonflable réaliste serait le meilleur présent à lui offrir. Par chance, le magasin dispose d’une offre particulièrement variée, le modèle à l’effigie d’Emma Watson rencontrant par exemple un certain succès, mais malheureusement Gabriel n’est pas fan d’Harry Potter.

La vendeuse suggère alors de se tourner vers Star Wars et propose une poupée Natalie Portman, mais Bruno et Valentino imaginent vite la catastrophe si on filait une poupée casher à Gabriel. Les poupées à l’effigie de Taylor Swift et de Selena Gomez sont recalées avec le même entrain, offrir ça à un fan de rap comme Gabriel, ce serait l’équivalent d’insulter l’ensemble de sa famille, chien compris.

Finalement, sur les bons conseils de Valentino, le groupe se décide à prendre la poupée à l’effigie de Maria Ozawa, ça rendra hommage au bienfaiteur du club, et ça fera du changement pour Gabriel, ce n’est pas à Sevran qu’il enchainera cinq asiatiques en une soirée.

La future poupée de Gabriel n’est pas la seule asiatique à avoir l’impression de se faire niquer en cette fin d’été à Sevran. En effet, le lundi matin est quelque peu délicat pour la famille Miyazaki, le maire de Sevran, a décidé de refuser de délivrer le permis de construire du nouveau stade après une longue réflexion.

Réflexion menée pour des raisons aussi nobles que rassurer les écologistes locaux qui ne voulaient pas d’un tel chantier, que rallier le Parti Communiste Unifié qui reste très influent localement, et qui avait mené une croisade contre la dérive commerciale du club de football local et s’attirer les faveurs de quelques associations de riverains.

C’est forcément un choc, le père de Louis, influent adjoint, avait pourtant mis ses 110 kilos dans la balance pour soutenir le projet, mais le maire a préféré solidifier quelques niches électorales, se disant que club ou pas, les populations des quartiers sensibles le soutiendront éternellement pour avoir remis à sa place le précédent ministre de l’intérieur qui avait utilisé de sombres expressions telles que “racaille” lors de sa dernière venue à Sevran, plutôt qu’écouter un de ses plus fidèles lieutenants.

Le premier réflexe de monsieur Miyazaki est bien sûr d’essayer de trouver une parade légale, pour cela, il faut trouver un avocat maitrisant un minimum les questions sportives. Par chance, Tomi en a un parmi ses connaissances, un suédois nommé Mats, installé en France depuis plusieurs années, mais il se demande si c’est une bonne idée, l’homme ayant un style très particulier.

Ne refusant jamais une solution facile, monsieur Miyazaki se dit qu’il fera l’affaire. C’est ainsi que trois heures plus tard, un type aux airs d’acteur de film pornographique allemand des années 1970 se pointe à l’appartement de la famille Miyazaki. Dans un premier temps, la sécurité croit à un usurpateur, et réagit donc avec son calme habituel en infligeant un bon coup de taser à l’audacieux.

Alors que monsieur Miyazaki commence à se demander qui sont les plus stupides entre ses joueurs et ses agents de sécurité, Tomi et Boubacar, le directeur général du club, briefent Mats qui n’a pas été secoué plus que ça par le choc électrique, il a vu bien pire à des soirées sadomasochistes organisées par le magasine “Frappe-moi avec une fourche”.

Analysant la situation, Mats fait rapidement un double constat, l’argumentaire du maire étant fallacieux, il n’y aurait pas de difficultés à faire annuler une pareille décision en justice. Mais il subsiste un problème, la procédure prendrait au mieux plusieurs mois, au pire plusieurs années.

Le club serait voué à louer un autre stade, qui plus est loin de ses terres, pendant plusieurs saisons en cas d’accession en Ligue 1, le stade Alfred Nobel n’étant manifestement pas assez grand, sans compter que le fait de partager un terrain avec ces barbares de rugbymen est totalement insupportable pour des footballeurs si délicats que ceux qui composent l’effectif de l’AS Sevran.

Bien inspiré par ses manigances autour du baccalauréat, Tomi se demande si le mieux ne serait pas de chercher à contourner les règles, par exemple en faisant construire le stade sur un terrain à proximité immédiate de la ville. L’idée est séduisante, et monsieur Miyazaki charge bien vite Boubacar de prendre contact avec le député de la circonscription, glisser une petite quenelle au maire qui a essayé de piquer sa place il y a quelques années ne sera sans doute pas pour lui déplaire.

Alors que les éminences du club trinquent à la réussite de cette opération de contournement, Valentino, qui a eu vent du refus du permis de construire et qui se doute bien qu’il y a des motivations politiques sous la décision, déboule l’air remonté à la permanence locale du Parti Communiste Unifié, dans l’espoir de s’entretenir avec son camarade Allan.

Le ton adopté par Valentino n’est pas franchement amical, qu’il y ait sodomie sur mouche non consentante pour le maillot, passe encore, chacun son fétichisme, Allan ce sont les symboles, lui ce sont les jeunes femmes déguisées en infirmières, chacun son trip. Mais le blocage d’un chantier qui aurait donné du travail à de nombreux habitants du coin, à commencer par tous les frères de Bruno, ça passe moins bien.

Allan dit fermement que parfois, il faut savoir faire passer l’honneur avant la raison, comme ce qu’il a fait en broyant la cheville du joueur rouennais la veille alors qu’il risque de manger une suspension bien corsée, faisant donc stagner sa carrière.

Son imposant camarade lui répond qu’il y a une différence fondamentale entre leurs sens de l’honneur, c’est que le sien n’a nui qu’à lui même et à l’autre fumier raciste, alors que celui d’Allan risque de pénaliser toute la cité. Il se demande ensuite comment un mec aussi généreux qu’Allan a pu devenir aussi égoïste au contact de la politique, plus intéressé par son image que par les gens avec qui il a grandi.

Alors que Valentino s’apprêtait à tourner le dos à Allan, il revient vers lui et lui dit l’air plus menaçant que jamais : “Si tu nous faire encore barrage une seule fois, je te détruirai comme j’ai détruit ce minable.”.
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Ça fait un moment que j’ai pas posté mais j’ai suivi l’avancée, c’est toujours sympa, ça se lit facilement; on avance dans les saisons, dans les matchs, je trouve ça fluide. Par contre j’avais une question, les personnages sont pour la plupart, caricaturaux, ou presque, on a un trait de caractère principal qui fait sa spécificité et je trouve que parfois c’est un peu tout. On a pas vraiment de nuances d’émotions, de réactions face à telle ou telle chose, c’est assez linéaire. Ça offre l’avantage de pouvoir prendre des “chouchous”, tu aimes le personnage au début et vu qu’il change peu, tu le gardes, mais en même temps, par moment (je parle a titre personnel) j’aurai presque envie qu’ils évoluent un peu plus, qu’ils surprennent en sortant de leur rôle justement. Que ce soit au niveau sportif ou extra-sportif, l’un pourrait être tellement déçu de ne pas être sélectionné qu’il en voudrait à Gabriel et se rejouirait finalement de sa blessure, l’autre verrait bien qu’il y a embouteillage au milieu de terrain et changerait d’attitude pour damer le pion à ses “amis-concurrents” (en incitant l’un à l’exclusion tout en jouant le gentil de son côté pour s’attirer les bonnes grâces de l’entraîneur) bref, sortir du côté gentil pour aller du côté obscur du football qui est aussi fait de ce genre de petites magouilles et tromperies.

Voilà sinon moi je prends plaisir à le lire c’est fluide (de plus en plus je dirai) donc agréable.

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Le fait que j’ai pas mal cherché à rendre mon style moins lourd à digérer en fin de saison 1 et début de saison 2 comme j’avais constaté quelques problèmes à ce niveau en milieu de saison 1, ça m’a peut-être dévié de l’idée de mieux développer les personnages. En effet, la plupart restent très unidimensionnels, il faudrait que je bosse sur les plus importants pour le récit, sinon ils pourraient devenir trop répétitifs.

Pour Gabriel, c’est un peu compliqué, ils ne jouent pas vraiment au même poste, ce serait limite plus pertinent qu’il y ait de la jalousie envers Louis, et je pense qu’il est un peu tôt pour que les autres crèvent de jalousie sur sa mise en avant (qui reste relative, c’est de la Ligue 2, il fait pas encore des pubs pour McDo), mais c’est loin d’être exclu par la suite. Donc je pense qu’à ce moment précis du récit, il est plus logique que les personnages cherchent une occasion de le réconforter tout en s’amusant plutôt que de tenter de tirer sur l’ambulance.

Concernant le côté obscur du football, je n’avais pas non plus envie de trop charger le début de saison qui est déjà assez relevé avec ces histoires de tout-business et de magouilles du maire, mais c’est sur que si on ne veut pas tourner en rond, il faudra bien y venir à un moment ou à un autre du récit.

En tout cas, ça fait toujours plaisir d’avoir ton avis, le but pour moi c’est aussi de progresser un peu sur mon style d’écriture, et il y a besoin d’avis constructifs pour le faire.

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Chapitre 21
Des mecs déraisonnables

Jeudi 10 septembre 2015

A l’approche d’élections départementales, les militants du Parti Pour la Liberté se décident à revenir coller leurs affiches à Sevran, une sous-exposition serait catastrophique pour eux. Vu que leur dernière excursion en ces terres hostiles s’est conclue par un affrontement avec les militants d’Alternative Antifasciste, les courageux défenseurs de la liberté de l’homme blanc hétérosexuel, riche, chrétien et conservateur, se décident à aller coller leurs affiches de nuit.

Alors que les militants s’apprêtent paisiblement à coller une affiche appelant au rétablissement de la peine de mort pour les seuls étrangers, ils sont soudainement alpagués par quatre personnes, perchées sur des rollers, revêtues de combinaisons intégrales de couleur différente, un espèce de monstre violet, un petit teigneux jaune, un gabarit moyen mais élancé rouge, et un grand fin blanc. Une sorte de Power Rangers en version antifasciste.

La technique se rapproche de celle de leurs proches cousins d’Alternative Antifasciste, un bon coup de barre de fer pour tout le monde, ça remet toujours les idées dans le bon sens. Cependant, notre force jaune des temps modernes est bien vite livré à un cas de conscience, il se refuse de se livrer à un acte aussi violent sur une militante de sexe féminin, la parité, c’est cool mais ça a ses limites.

Heureusement, le bon sens de force violette lui a dicté de prévoir un traitement spécifique pour les femmes, il sort donc une tondeuse de sa combinaison, on peut être antifasciste et respecter les traditions. Alors que la victime hurle après les premiers coups de tondeuse, force jaune suggère d’arrêter le châtiment, elle a eu son compte entre la dégradation de sa chevelure et le choc de voir ses amis KO.

Au contraire, force rouge réclame un maximum de violence, comme au Parti Pour la Liberté, ils pensent qu’une peine plus forte est nécessairement plus dissuasive, il est donc probable qu’un châtiment plus mémorable les dissuadera de l’ouvrir une fois de plus.

Finalement, la force des choses pousse au compromis, de peur que les hurlements rameutent du monde, force violette abandonne sa victime, le travail à moitié fait, et le quatuor fuit bien vite par les égoûts, la police ne risque pas d’avoir beaucoup d’éléments vu l’avance prise par nos pseudo-justiciers.

Après une traversée parfaite des égoûts, le quatuor se retrouve dans la cave du centre de formation de l’AS Sevran et défait ses combinaisons, outre Rachid, le jeune amateur de pétanque occupant un des studios du onzième étage, on distingue bien Bruno, Esteban et Valentino.

Il faut dire que depuis qu’ils aient écopé de suspensions allant de quatre à sept matchs, ils semblent quelque peu désœuvrés, et reportent leur volonté d’aider le club sur leur haine envers le Parti Pour la Liberté, qui ne fait certes pas grand chose pour être apprécié par la population sevranaise.

Vu que le lieu est normalement inoccupé à cette heure, les quatre hommes fêtent le succès de leur expédition punitive en s’enquillant une bouteille de porto gentiment ramenée par Bruno de son retour au pays pendant les vacances. Ils sont cependant vite interrompu par un “Les mecs, vous avez pas fini vos conneries ?”.

C’est Tomi, qui avait été alerté par le père de Valentino, inquiet de ne pas voir son fils rentrer de sa soirée FIFA-piment chez Gabriel, les joueurs ayant été autorisés à loger chez eux et non au centre de formation durant cette longue suspension. Privilège accordé sur insistance de monsieur Miyazaki qui a encore cédé à un caprice de sa fille.

La suite n’a pas été compliquée à deviner pour lui, il sait que la cave est un lieu de rassemblent populaire chez les jeunes joueurs comme elle est encore moins surveillée que la salle vidéo, ce qui en fait le repère parfait pour la consommation d’alcool. En revanche, il avoue être un peu plus surpris que ce lieu serve de base arrière pour des activités de toute évidence illégales.

Tomi essaie de donner de la puissance à son discours en secouant un des jeunes, mais malheureusement, mal réveillé, il essaie de secouer Valentino dont les 105 kilos ne sont pas franchement faciles à bouger et finit par se faire mal au poignet. Esteban va alors chercher quelques bandages et lui dit qu’il aurait mieux fait de le secouer lui, ou au pire Bruno.

En fait, les jeunes voulaient donner aux militants du Parti Pour la Liberté une bonne raison de se plaindre. A chaque fois que leur chef est inquiété pour une affaire de corruption, ils crient au complot, à chaque fois qu’un de leurs élus est épinglé pour une injure raciste, ils crient à la censure. Pour une fois qu’on leur donne une raison de se plaindre pour quelque chose d’objectivement vérifiable, c’est à dire un bon coup de barre de fer dans la gueule, ça devrait changer leur perception des priorités.

Manifestement, Tomi est sceptique devant l’impact moral de la chose et ne manque pas de rappeler que s’il comprend la tentation ressentie par ses jeunes amis, après tout qui n’a jamais eu envie de rouer de coups son tonton Henri après un discours raciste ? Ils sont jeunes, ils ont bien le droit de s’amuser, mais utiliser ce genre de méthodes, c’est quand même se rabaisser à leur niveau.

Toujours prolixe quand il s’agit de défendre ses méthodes, certes un peu plus proches de la mafia que d’un mouvement politique, Valentino rappelle la montée du Parti Pour la Liberté alors que tout le monde se l’est jouée digne, d’un niveau insignifiant il y a six ans, à 10 % de l’électorat, de quoi faire regretter le bon vieux temps où l’Union Patriotique Française était seule à l’extrême droite avec son leader sénile. Si la non-violence payait tant que ça, il n’y aurait pas de séquestrations de patrons, de taxis qui s’en prennent aux chauffeurs de véhicules de tourisme et surtout pas de bagnoles cramées après chaque bavure policière.

Tomi essaie alors de cerner les motivations des autres membres du groupe, mais sans surprise Bruno dit qu’il aime juste la baston, ce qui risque d’être un peu complexe pour une discussion philosophique. Esteban, quant à lui, voulait juste se mettre un peu au fait des merveilleuses coutumes locales, mais il est prêt à reporter sa violence sur des sujets moins sensibles tels que la martyrisation des joueurs les plus faibles de l’équipe, ce qui constitue une approche bien plus civilisée de la chose.

L’interprète, en bon amateur de lettres, se lance alors dans sa plus belle tirade pour tenter de convaincre les indécis et ce malgré l’heure tardive, “Un homme sage disait que l’homme raisonnable s’adapte au monde alors que l’homme déraisonnable s’obstine à essayer d’adapter le monde à lui-même. Tout progrès dépend donc de l’homme déraisonnable. Je sais que vous êtes des mecs déraisonnables et que vous voulez faire progresser la société, abandonnez la violence, parce qu’une société où elle a une quelconque valeur est une société d’inégalités”.

Malgré cette brillante démonstration, Tomi reste inquiet de la situation et ne manque pas d’en parler à monsieur Miyazaki et à quelques autres cadres du club le lendemain matin, Laura se montre alors étrangement très intéressée.

La directrice en communication remarque que le trio latin pourrait parfaitement coller à son plan de communication décalée, beaucoup d’utilisateurs de YouTube ont un attrait pour les vidéastes ayant tendance à s’énerver facilement, avec ces trois là, il devrait y avoir de quoi faire un bon lancement pour les chaines du club.

Monsieur Miyazaki essaie alors d’imaginer Bruno et Valentino en vidéastes spécialisés gaming, il ne pensait pas envisager une idée encore plus farfelue que tout ce que le club a traversé ces derniers mois. Cependant, il se dit que si tout tourne bien, il est entouré de génies incompris et que si ça tourne mal, tout le monde sera au moins bien amusé, le risque vaut donc le coup d’être pris et Laura est donc mandatée pour convaincre le trio de canaliser sa violence sur les webcams achetées à prix d’or par le service communication du club.

Laura décide alors de demander à Caroline de se charger de convaincre les garçons, elle les connait mieux qu’elle, mais la jeune apprentie panique un peu devant l’ampleur de la mission, elle ne s’entend pas particulièrement bien avec Bruno et elle peine encore un peu à voir Valentino jouer les clowns.

Malgré son stress plus qu’apparent, Caroline alpague le trio qui est alors en train de faire quelques menues emplettes au supermarché du coin. Elle n’était pas retournée sur les lieux depuis son humiliante expérience de février où elle avait terminé avec des habits en lambeaux, son stress est alors dédoublé par la crainte du fait qu’il y ait expédition punitive en cours.

Certes, Esteban a planqué deux boites de préservatifs dans le sac à main d’une vieille dame, mais dans la globalité, les jeunes ont décidé de faire leurs courses tranquillement, il le faut bien de temps en temps, les bouteilles de whisky ne se remplissent pas toutes seules.

Caroline s’approche si timidement que Bruno croit qu’elle va déclarer sa flamme à Esteban, mais il n’en est rien, elle leur explique la proposition de Laura en bafouillant toutes les trois secondes, trop effrayée d’échouer sur sa première tâche d’ampleur.

Cependant le temps est avec Caroline, un à deux mois de suspension, ça donne un peu de temps à perdre et peu d’opportunités d’atteindre immédiatement le haut de l’affiche. Rapidement, un accord est donc négocié, faire un peu de fric en tuant l’ennui, même s’il y a des questions d’honneur, tout le monde ici sait ce qu’est la valeur de l’argent. L’accord tourne autour d’une idée directrice, pas de censure, si Laura une idée folle, elle doit l’assumer jusqu’au bout.

Alors qu’Esteban et Valentino se dirigent vers le rayon des fruits et légumes pour préparer la prochaine soirée FIFA-piment, Bruno saisit Caroline en lui disant qu’elle devrait arrêter de donner l’impression de s’excuser à chaque fois qu’elle demande quelque chose, elle devrait oser, comme quand elle a voulu mesurer l’engin de Dimitri, après tout si l’équipe était bourrée de gens réfractaires au changement, on ne serait pas en train de construire l’équipe la plus déjantée de France.

Équipe qui joue d’ailleurs en ce vendredi soir le match de la réhabilitation à l’extérieur contre Le Havre, vu le climat tumultueux qui l’entoure ainsi que les absences de Gabriel et Konstantínos, inutile de dire qu’elle ne part pas avec les faveurs des pronostics.

Le 3-6-1 sauce Diaz reste à l’ordre du jour, le coach croit que quand ses nouveaux joueurs se seront faits à ce système, l’équipe sera difficile à arrêter. Forcément, les absents forcent à quelques ajustements, ainsi Louis n’est plus aligné sur le flanc gauche, mais en pointe pour remplacer Gabriel, alors que Pierre monte d’un cran pour remplacer Konstantínos à l’organisation du jeu sevranais.

Le reste de la formation se repose sur le même noyau que contre Valenciennes. Il est aussi à noter que Khalid a été promu de l’équipe réserve pour prendre place sur le banc, même s’il a été jusque là beaucoup trop fragile dans les matchs importants, le coach Diaz espère un délic moral rapide pour que Khalid justifie enfin la très belle réputation qui le suivait en équipe des moins de 19 ans.

Le début de match n’est pas forcément convaincant, le jeune Pierre n’est pas un milieu offensif de formation et cela se voit très bien, le milieu sevranais n’est pas aussi impérial que d’habitude et cela se ressent sur la possession du ballon, les havrais ont plus d’occasions nettes que tous les adversaires des sevranais réunis jusque là.

Mais cela a le mérite de ne pas installer la défense dans un faux rythme, Marc épaule parfaitement le trio défensif qui réussit d’ailleurs sa prestation la plus aboutie en ce début de match, les attaques havraises sont bien contenues, mais les sevranais n’ont pas la créativité nécessaire au milieu de terrain pour organiser de bons contres, et la combattivité de Gabriel manque pour faire vaciller les défenseurs adverses sur un jeu long.

A la 32e minute, les havrais s’offrent la plus grosse occasion de la première mi-temps sur une chevauchée plein centre après une erreur de placement d’Abdel, mais ce coup-ci, Alejandro remporte avec autorité son duel, envoyant le ballon en touche alors que l’audacieux attaquant adverse croyait pouvoir le dribbler.

Le terme de la première mi-temps vient ensuite assez vite, il y a assez peu d’occasions entre deux équipes au final plutôt peureuses. Mais il y a enfin de vraies satisfactions côté sevranais, la défense semble plus efficace quand elle est mieux impliquée, Alejandro a enfin été décisif et Marc est particulièrement précieux dans le repli défensif dans cette configuration plus passive. En revanche, Pierre est inexistant et Louis a bien du mal à faire oublier l’absence de Gabriel, n’ayant pas le même impact à la lutte pour saisir les rares ballons qui lui sont adressés.

Le coach Diaz a appris une leçon des précédents matchs, Mateo fatigue très vite en ce moment, et ce n’est pas sa prestation en première mi-temps qui le rend indispensable, par conséquent Khalid va jouer ses 45 premières minutes en championnat de la saison et apporter un peu de fraicheur au secteur offensif sevranais.

Le début de deuxième mi-temps est havrais, les joueurs normands sont désormais persuadés que jouer trop bas n’est pas utile vu les difficultés du milieu sevranais et sont de moins en moins timides. Un bon centre aurait pu lancer idéalement la mi-temps pour eux, mais Alejandro est monté plus haut que les attaquants locaux, puis c’est un coup franc qui passe 50 centimètres trop haut.

Côté servanais, cela reste laborieux, mais Louis se distingue enfin sur un ballon long de Marc, le guépard de Sevran parvient enfin à semer ses cerbères, mais son tir passe quelques centimètres à gauche des montants havrais.

Les locaux ripostent immédiatement sur un dégagement rapide, face à une défense dégarnie, les deux attaquants locaux réussissent un superbe une-deux, mais au moment de conclure, Alejandro arrive à effleurer le ballon et à l’envoyer sur son poteau, affirmant enfin son statut de patron de la formation sevranaise.

A la 68e minute, Pierre parvient enfin à déborder la défense havraise, de peur d’un retour, il remet vite le ballon en retrait, c’est Khalid qui est sur sa trajectoire, le milieu franco-algérien n’hésite pas et reprend de volée le ballon, le gardien ne peut l’anticiper et celui-ci heurte le dessous de la barre transversale avant de rebondir sur la ligne.

Il y a quelques instants de flottement avant que l’arbitre assistant ne se dirige vers le centre du terrain, indiquant par conséquent à l’arbitre central d’accorder ce but, malgré les protestations des locaux. But probablement accordé à juste titre si on en croit les ralentis, le ballon semblant avoir dépassé la ligne de quelques centimètres.

Khalid peut exulter, jusque là en délicatesse dès que le coach Diaz était sur son dos, il offre l’avantage à son équipe sur sa première tentative du soir. Il pense enlever son maillot, mais il sait que le coach a horreur des cartons jaunes pris pour rien, il décide donc de faire preuve d’originalité et baisse son short pour célébrer son but, révélant un superbe boxer aux couleurs du club, s’en suit une épique traversée du terrain, short aux chevilles, devant des arbitres qui ne savent pas s’il faut sortir le carton jaune vu la rareté du cas.

Le jeu reprend, et les havrais tentent le tout pour le tout, empilant les attaquants et s’offrant quelques opportunités, malheureusement pour eux, rarement franches, Alejandro n’étant pas vraiment mis en difficulté.

Les sevranais ont alors tout loisir de lancer des contres, et Louis est enfin libre d’exprimer sa pointe de vitesse, même s’il est d’accoutumée moins souverain en fin de rencontre, à la 80e minute, sur un très long dégagement d’Alexey, Louis grille tous les défenseurs adverses et se retrouve seul face au portier adverse, celui-ci anticipe mal la direction prise par le très rapide attaquant franco-gabonais et accroche sa jambe au lieu du ballon.

L’arbitre se précipite alors sur les lieux de la faute, et le verdict est sans appel, coup franc bien placé et carton rouge. Les derniers espoirs des havrais s’envolent quelques secondes plus tard, Pierre initie une combinaison mal anticipée par la défense adverse et décale Marc qui dispose d’une excellente position de tir et envoie avec un grand sang-froid le ballon dans les filets adverses, doublant ainsi la mise.

Les havrais abdiquent et la fin de match est bien vite atteinte. Les soucis du club sont loin d’être éteints, mais entre la première victoire, qui plus est à l’extérieur, la sortie de la zone rouge et le déclic psychologique de Khalid, il y a de quoi entendre un peu moins parler de la crise.
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Chapitre 22
Des dents roses fluo

Mercredi 16 septembre 2015

Le grand jour est arrivé pour Laura, son trio de clowns va tourner sa première vidéo, première étape de son plan de communication. Il n’y a pas eu grand débat pour le choix de la première vidéo, Esteban a immédiatement suggéré une vidéo FIFA-piment, ça ne décolle pas trop de l’image du sport et tout le monde sera plus à l’aise avec un domaine connu, ce n’est pas comme si on demandait à mettre l’énorme carcasse de Valentino sur Dance Dance Revolution.

Inutile de dire que Caroline est un peu stressée, mais Valentino la rassure immédiatement, ils ont eu une heure de cours de communication toutes les deux semaines en terminale, tout le monde sera à l’aise, enfin normalement. Bruno est également stressé, mais plus à cause des piments que de la caméra.

Le stress des deux femmes explose lorsque Gabriel arrivé, jonché sur ses béquilles, lui aussi s’ennuie un peu quand il n’a pas de séance de kiné avec la norvégienne, alors quand il a entendu Valentino parler de FIFA-piment, il n’a pas hésité une seule seconde à proposer ses services. Que va t-on dire d’un joueur qui fait l’idiot sur internet en pleine convalescence ? Esteban proteste : “Vous voulez une image décalée ou pas ?”.

Le tournage peut alors débuter, Valentino essaie d’expliquer les règles de FIFA-piment étant donné que les utilisateurs de Youtube ne connaissent sans doute pas tous les raffinements de ce jeu si subtil, mais il bafouille toutes les trois secondes, Caroline ne peut alors pas s’empêcher de repenser au fait que Valentino séchait toujours les cours de communication au lycée.

Laura suggère alors que ce soit Gabriel qui fasse l’entame, il est plus habitué aux caméras étant donné qu’il est dans l’équipe première, les autres se lâcheront plus une fois dans leur élément naturel.

C’est donc le buteur de l’AS Sevran qui présente ses camarades, on sent bien que les cerveaux de Bruno et Valentino sont à la limite d’exploser quand Gabriel est contraint par la réalité de rappeler qu’ils sont membres de l’équipe des moins de 19 ans, mais ils retrouvent leur calme pour l’explication des règles, qui sont fort simples, un but pris, c’est un piment hot thaï à avaler. Des règles dignes du bon temps de Michaël Youn, mais il vaut mieux ne pas le dire à Gabriel pour des raisons évidentes.

Dès le premier match, on sent toute la ferveur des traditionnelles soirées FIFA-piment, avec un très beau duel entre Gabriel et Bruno. Et comme souvent avec les FIFA-piment, c’est Bruno qui avale le premier piment, puis le deuxième, puis le troisième. Au quatrième piment, devant le manque de bonne volonté évident de Bruno, qui ne s’est curieusement pas rué sur la corbeille à piments, Esteban a une idée de génie et enfonce directement le délice dans la bouche de Bruno.

Alors que Laura se frotte les mains devant une bonne scène à buzz, Caroline essaie de se souvenir des coordonnées de l’hôpital le plus proche. Souvenir qui sera d’autant plus crucial après le cinquième piment pris par Bruno qui commence à sentir qu’il a l’estomac en feu et qu’on sait tous que ça redescendra dans quelques heures.

Visiblement l’agonie de Bruno fait rire tout le monde, celui-ci met alors en garde Gabriel qu’il rira moins quand le Portugal battra la France à l’Euro, ce qui fait encore plus rire ce dernier, il faudrait que les poules aient des dents roses fluo pour que le Portugal gagne un match significatif contre la France.

La deuxième partie de la vidéo sera hélas moins exaltante, un piment partout entre Valentino et Esteban, une sinécure pour ces deux allumés. Voila qui va pousser les deux cités à rechercher de nouveaux concepts de vidéo, mais le début suffira largement à faire un bon lancement d’après Laura qui tient à récompenser ses figurants de luxe.

La directrice de la communication tend alors sa main vers son soutien-gorge et en sort un portefeuille bien garni, c’est le seul endroit où il est à peu près sur avec tous les pickpockets dans le coin. Elle remet un billet de 50 euros à chacun de ses figurants, la fête du soir ne sera pas chez Abdullah mais dans un lieu un peu plus huppé comme le McDonald’s du centre-ville par exemple.

Enchantée, Laura se précipite vers le bureau de Tomi pour lui montrer le résultat du premier tournage, mais elle ne peut que remarquer que le traducteur du club, accompagné de Boubacar, la directeur général du club, est consterné devant son poste de télévision.

Sur l’écran, on voit Bertrand Poulain, le président de la Ligue, se vanter de son dernier plan “Avenir Football Élite”, qui prévoit entre autres de réduire avec effet immédiat le nombre de promotions d’équipes de Ligue 2 en Ligue 1 de trois à deux et de mettre en place une répartition des droits de diffusion beaucoup plus favorable à la Ligue 1.

Il faut dire que Bertrand Poulain sait qu’il est en difficulté pour sa réélection. Occupant le trône de la Ligue Française de Football depuis 2000, il a connu des réélections faciles en 2004 et 2012 faute de concurrence. En 2008, en revanche, il a été bousculé, certains dirigeants de grands clubs comme le très influent président de Lyon, se voyaient bien reprendre les clés de la Ligue, c’est alors qu’il a eu son idée de génie.

Il a retourné la campagne avec son plan “FootSpé 2012”, faisant croire à tous les clubs de milieu de tableau que grâce à lui la France sera 3e au classement des clubs européens, que tout le monde aurait des stades de 50 000 places, que tous les joueurs de l’équipe de France reviendraient en Ligue 1, que le chiffre d’affaires augmenterait soudainement de 30 %, que leurs femmes perdraient toutes 10 kilos et que la France organiserait l’Euro 2016. Avec un tel argumentaire, il s’est confortablement retrouvé réélu, et en 2012 il a pu présenter son plan comme un succès grâce à l’organisation de l’Euro 2016.

Ce coup-ci, il sait qu’il n’y aura pas de candidature pour le mondial 2026 pour le sauver, il faut donc chercher à capter une majorité. Et le mode de vote à l’Assemblée générale de la LFF donne la majorité aux équipes de Ligue 1, l’idée est donc de les brosser dans le sens du poil quitte à se faire encore plus insulter dans tous les stades de Ligue 2.

Ce qui est gênant pour l’AS Sevran, c’est qu’une place de promu en moins, qui plus est après le début de saison plus que délicat traversé par le club, cela compromet grandement leurs chances de monter immédiatement en Ligue 1.

La réaction de Boubacar ne se fait pas attendre, il appelle immédiatement à l’organisation d’une concertation entre représentants des équipes de Ligue 2. Les 20 clubs ont encore une chance de faire échec au projet de Bertrand Poulain si la fédération bloque celui-ci, chose qui impliquerait une crise majeure dans la gestion du football français, mais entre une crise et barbiche, il est difficile de considérer le second comme le moindre mal.

Bertrand Poulain s’était bien douté que son projet ne ferait pas que des heureux, il a donc eu l’idée de génie de ringardiser ses opposants par une croisade médiatique. Pour cela, la première étape de son plan était de jouer de ses relations avec le quotidien sportif de référence “Le Collectif” pour glorifier son plan. Et force est de constater que le rédacteur en chef n’y a pas été timidement avec une une tout à la gloire de barbiche le lendemain de cette annonce, qualifié de visionnaire et de trois pages de contenus proches de la publicité pour son plan “Avenir Football Élite”.

Le hasard a voulu que ce soit Konstantínos qui accompagne le capitaine Alejandro à la conférence de presse précédant le match contre Sochaux. Et comme on pouvait s’y attendre avec le brillant ailier grec, la conférence de presse prend vite des airs surréalistes.

Lorsque la journaliste de “Le Collectif” pose sa première question à Konstantínos, celui-ci la traite gentiment de collaboratrice et indique qu’elle sera tondue en place publique quand le football sera libéré de Bertrand Poulain. Après avoir encaissé le choc, elle demande si ce sont des menaces, mais elle n’entend qu’Alejandro lui dire “Ta gueule, la soumise !” de sa voix grave si raffinée, et Konstantínos d’enfoncer le clou par “Soumise au plus grand des soumis, qu’y a t-il de plus déshonorant ?”.

Dans la salle d’à côté, où l’état major du club s’est réuni, c’est bien sûr la consternation, Caroline est en pleine crise de panique alors que Tomi commence franchement à désespérer de ses troupes. Aux grands maux, les grands remèdes, Laura saisit immédiatement son téléphone et contacte Esteban par téléphone, lui demandant une vidéo encore plus corsée pour dévier un peu l’attention.

Malheureusement, vu l’état de Bruno après le dernier défi piment, ça risque d’être compliqué de refaire quelque chose d’aussi drôle rapidement. Laura conseille alors à Esteban de varier, par exemple en s’amusant un peu avec les pom-pom girls. Caroline fait alors une deuxième crise de panique en imaginant le résultat.

Le pire est encore à venir, Yuji, le discret président du club, se rend au domicile de monsieur Miyazaki pour annoncer sa démission. Il décide de prendre l’entière responsabilité de la spirale négative qui entoure le club et renonce donc à son poste pour le bien du groupe.

A vrai dire, monsieur Miyazaki attendait cette démission depuis le début, il savait que certaines pilules seraient dures à faire passer et que son premier président en prendrait lourdement pour son grade. Alors autant que ce soit l’idiot qui lui a fait croire que Sevran c’est presque pareil que Paris qui déguste pendant que son vrai homme de confiance, le vice-président Tanaka, reste au chaud en attendant que la tempête passe.

Mais monsieur Miyazaki n’est pas un monstre et offre un beau placard doré à Yuji, la présidence d’Hard On Offer, une société où certes le directeur général détient tout le pouvoir réel, mais un emploi qui reste agréable, les actrices étant un brin plus dociles que son groupe de bourrins.

Monsieur Miyazaki n’est pas le seul à se frotter les mains, Laura voit en cette démission une opportunité de minimiser l’impact de la sortie peu inspirée d’Alejandro et Konstantínos dans la presse et s’attèle bien vite à la rédaction d’un communiqué de presse où elle condamnera bien sûr l’acharnement dont a été victime le pauvre Yuji, histoire de faire culpabiliser un peu les médias au moment où ils seront plus que tentés de lâcher le coup de grâce.

Tout s’enchaine vite puisqu’au moment où la plume de Laura s’agite, Caroline reçoit un coup de téléphone de Boubacar qui déclenche l’alerte générale, le député local a accepté de diner avec l’état major du club ce soir afin de discuter des problèmes autour du nouveau stade.

Le soir même, c’est donc dans un restaurant chic parisien que le député convie le nouveau président du club, monsieur Tanaka ainsi que monsieur Miyazaki, Boubacar, Nacio, Laura et Tomi pour un dîner de travail dont le thème sera “Comment pourrir ce petit con de maire qui a voulu prendre ma place il y a trois ans ?”.

Le député, qui était en contact avec Boubacar depuis quelques jours, a vite trouvé la solution rêvée pour la construction du nouveau stade, mais il faudra mettre le prix fort. En effet, un terrain à moins de 300 mètres de l’entrée de Sevran est disponible, les logements qu’il contient sont totalement insalubres et l’espace devrait être largement suffisant pour le stade voulu par monsieur Miyazaki, le seul problème étant que le maire de la commune voisine exige que monsieur Miyazaki se charge personnellement de reloger tous les occupants actuels.

Monsieur Miyazaki sort alors un porte-cartes contenant des centaines de cartes bancaires et dit que ce ne sera pas vraiment un problème. Une fort belle alliance est sur le point de se conclure entre le député du Mouvement de la Gauche Antilibérale et le PDG d’Akabura, mais quand il s’agit de taper ce traitre d’écologiste, on peut dire que c’est pour la bonne cause.

Tout le monde reprend espoir, cette année ne sera peut-être pas si pourrie que ça, mais pour relancer la machine, Tomi suggère que le nouveau président Tanaka frappe un grand coup psychologique. Le nouvel homme fort du club acquiesce, mais cela sera fait selon la méthode japonaise.
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Chapitre 23
Un raffinement sans égal

Jeudi 24 septembre 2015

Il règne une certaine effervescence autour du Stade Alfred Nobel en ce jeudi matin, monsieur Miyazaki a décidé d’organiser une conférence de presse exceptionnelle, chose qui n’a pas manqué d’allécher les journalistes. En effet, la dernière conférence de presse en ces lieux s’étant terminée sur un beau scandale, il hume une délicate odeur de sang à l’orée de cet attroupement.

Malheureusement, monsieur Miyazaki n’a pas la prose si poétique d’un Alejandro ou d’un Konstantínos, son discours est plus proche de celui d’un technocrate quelconque, il faudra donc plus s’attacher au fond qu’à la forme. Le fond, c’est tout d’abord que comme prévu, le malheureux Yuji est remplacé à la présidence du club par Katsuro Tanaka, l’homme de confiance de monsieur Miyazaki.

Le nouveau président Tanaka est un homme d’une quarantaine d’années au gabarit assez imposant pour un homme de son ethnie, mais qui parait cependant un brin frêle si on le compare aux gaillards les plus solides de l’équipe. Il est réputé pour avoir été le directeur de la succursale britannique d’Akabura il y a quelques années malgré son jeune âge, il faut dire que monsieur Miyazaki a toujours été impressionné par les capacités de cet homme.

Le président Tanaka a toutes les qualités requises, une grande ouverture d’esprit qui lui permet de savoir comment aborder les salariés étrangers, chose trop rare au Japon, une intelligence absolument exceptionnelle, puisqu’il se murmure que son quotient intellectuel serait supérieur à 150, un apprentissage rapide du français lors de son court mandat de vice-président du club et bien sûr une affinité naturelle avec l’argent qui est la base de toute bonne entreprise capitaliste.

Le seul souci du président Tanaka est que contrairement à monsieur Miyazaki et même à Yuji, il n’y connait pas grand chose en football. Comme beaucoup de japonais, il est plus fan de baseball, chose qui peut cependant lui offrir un sujet de conversation avec certains jeunes de la cité, toujours friands de conversations sur leurs battes préférées, même si certains comme Gabriel estiment que les battes relèvent d’un folklore désuet et que les barres de fer sont plus d’actualité.

Pour pallier à ce manque tout en envoyant un signe fort au traitre qui fait office de maire de la ville, monsieur Miyazaki a décidé de débaucher le père de Louis, jusqu’ici adjoint au maire et principal relais avec la jeunesse locale, pour devenir le nouveau vice-président du club, un spécialiste du coin et un amoureux de football pour conseiller le nouveau président, c’est la combinaison parfaite.

Monsieur Miyazaki n’a d’ailleurs pas résisté à la tentation d’enfoncer encore plus ce cher maire en annonçant la construction du nouveau stade sur le territoire d’une ville voisine, juste devant le panneau “Sevran - Ville Fleurie”. La nouvelle antre promet d’être majestueuse, nantie de 39 000 places, spécialement conçue pour être la plus bruyante possible, dotée d’un mécanisme de chauffage de la pelouse pour limiter les risques de report l’hiver.

Comme prévu, le nouveau stade est totalement financé par Akabura et appartiendra au club, hors de question que des pouilleux de rugbymen ou des pseudo-stars en manque de notoriété posent leurs pattes sur le précieux gazon, ce sera une antre strictement réservée au football. Le petit souci étant qu’Akabura Arena, ça sonne moins historique que Stade Alfred Nobel. Mais les militants du Parti Communiste Unifié pourront cependant se consoler devant la qualité des superbes éclairages rouges à l’entrée du stade.

Pour souder l’ensemble du groupe, le président Tanaka annonce la tenue d’une grande réunion de groupe lundi soir, convoquant tous les joueurs de toutes les équipes du club ainsi que l’ensemble du personnel. Mais la priorité du jour reste bien sûr la réception de Brest le lendemain.

Depuis la débâcle contre Valenciennes, la défense du club s’est spectaculairement ressaisie avec aucun but encaissé sur les trois derniers matchs, mais il manque toujours ce qui fera vibrer les foules avec une attaque peu inspirée, le retour de Konstantínos n’a pas suffi à dynamiter les offensives sevranaises et le coach Diaz a beaucoup de mal a gérer l’absence de Gabriel.

Sa dernière idée a même été de ne faire jouer personne en pointe lors du déplacement contre Evian, chose qui a mené à un match si terne qu’il a fallu que Tomi et Laura interrompent le jeu à boire des jeunes de l’équipe qui avaient parié de prendre un verre à chaque fois qu’il se passerait 3 minutes sans action, match seulement secoué par un très beau coup franc direct de Pierre qui inscrit par la même occasion son premier but sous ses nouvelles couleurs.

Heureusement pour le public du match contre Brest, le coach Diaz a remballé ce très étrange 3-7-0 pour tenter l’inverse avec un dispositif à deux pointes bien plus traditionnel pour muscler l’attaque en l’absence de Gabriel. La défense reste très traditionnelle avec son noyau Mohamed/Alexey/Abdel assisté de Marc et Pierre au poste de milieux récupérateurs.

Le vrai changement est en attaque, avec deux pointes, Mateo se retrouve seul meneur de jeu, permettant à Konstantínos de retrouver son poste fétiche d’ailier droit, l’aile gauche est laissée à Louis qui retrouve lui aussi son poste de prédilection après une expérience peu concluante en pointe.

Le duo de pointe est composé d’Hugo, la doublure attirée de Gabriel qui n’a apporté jusque là que des déceptions et de Khalid qui doit s’improviser attaquant, faute d’une meilleure alternative, inutile de préciser que la défense brestoise ne semble pas véritablement terrifiée par ce défi.

Le début de match est à l’avantage des locaux, la réduction des effectifs en milieu de terrain semble largement compensée par le retour de Konstantínos et Louis à des rôles plus naturels pour eux, leurs accélérations régulières ne permettent pas aux brestois de défendre d’une manière aussi compacte qu’ils le voudraient.

Et bien vite des ouvertures se manifestent, Konstantínos parvient à délivrer deux très beaux centres dans le premier quart d’heure, mais à chaque fois, Khalid est victime de son manque de repères en pointe et arrive une fraction de seconde trop tard pour bien cadrer de la tête. Ensuite, c’est Louis qui se livre à une démonstration de force débordant tout le monde sur l’aile avant de repiquer vers la surface.

Un défenseur brestois désespéré le fauche, alors que le public espère un pénalty, l’arbitre estime que la faute est à l’extérieur de la surface et n’accorde qu’un coup franc. Le défenseur a subi un claquage suite à cette course folle, il est donc évacué du terrain tout en recevant un carton jaune pour sa faute sous les sifflets d’une partie du public croyant en une opération de victimisation bidon.

Sur le coup franc, Konstantínos envoie le ballon dans le paquet, malheureusement, la tête d’Hugo n’est pas assez puissante pour tromper le portier adverse. Frustré, le public fait remarquer en chanson que le buteur portugais s’est encore une fois fait dessus, encore plus frustré, Konstantínos se promet d’étriper ses coéquipiers à la mi-temps.

Les brestois ont peu d’occasion de voir le jour en attaque, Marc et Pierre ont enfin trouvé tous leurs automatismes et peu nombreux sont les ballons sur lesquels Alexey, Abdel et Mohamed ont a forcer leur talent. Les situations les plus dangereuses restent les coups de pied arrêtés, et le public a bien eu peur d’un petit hold up quand lorsqu’un peu avant la mi-temps, le ballon a frisé la barre transversale sur un coup franc lointain tenté directement.

La mi-temps tant attendue par certains arrive, en vestiaires c’est un festival de Konstantínos qui se déchaîne contre ses deux attaquants, si Hugo laisse passer, Khalid n’a pas apprécié le passage où Konstantínos a commencé à parler de la famille. En bon capitaine, Alejandro se sent obligé de séparer ses deux coéquipiers pour éviter toute blessures, malheureusement, il percute Mateo dans son élan.

Le jeune milieu de terrain semble KO alors qu’Alejandro, Konstantínos et Khalid ne savent plus où se mettre et que Louis ne peut pas s’empêcher de penser que jamais Bruno et Valentino n’auraient été assommés sur ce genre de pichenette. Quoi qu’il en soit, le coach Diaz doit trouver une solution pour le remplacer. Khalid, tout heureux du “coaching” de Konstantínos et Alejandro, retrouve donc sa place fétiche de milieu offensif et Michel, un joueur de la réserve prend sa place en attaque.

La deuxième mi-temps débute comme la première, Konstantínos exécute un centre parfait, mais Michel envoie le ballon trois mètres à côté. Il faudra tout le pragmatisme de Khalid et Louis pour empêcher l’ailier grec de frapper son coéquipier d’un soir, pourquoi lui asséner un coup de boule sur le terrain et prendre des matchs de suspension au lieu de le rouer de coups en dehors et s’en tirer sans rien comme la police n’aime pas regarder dans les affaires du club ?

Au milieu de la deuxième mi-temps, Khalid obtient un coup franc excentré, profitant pleinement du fait que les joueurs brestois semblent un brin jaloux de sa facilité pour exécuter le geste de la roulette. Konstantínos se charge de mettre le ballon dans le paquet une fois de plus, ce coup-ci c’est Pierre qui jaillit au dessus de la mêlée malgré son gabarit modeste et qui envoie le ballon en pleine lucarne.

Les joueurs sevranais contrôlent paisiblement le jeu dans le final, le coach ayant fait sortir Michel quelques minutes après le but pour ajouter un quatrième défenseur, le réveil des foules n’est pas pour ce soir, mais les trois points sont là, et l’AS Sevran remonte à la 9e place du championnat, les espoirs de promotion restent donc intacts.

Tout le monde va pouvoir passer un week-end tranquille, à l’exception de Pierre, les lettres d’amour que le milieu de terrain à la gueule d’ange reçoit après chaque belle performance ont quelque peu tendance à susciter la méfiance de sa petite amie qui le retient donc encore plus longtemps au téléphone.

Le lundi soir, il ne manque personne à la grande réunion organisée par le président Tanaka qui compte beaucoup sur cette occasion pour souder les troupes. Monsieur Miyazaki explique rapidement le principe à Tomi et Laura avant que la soirée ne commence, au Japon, il n’est pas rare que patron et employé participent ensemble à de grandes beuveries pour évacuer le stress du travail, et vu les individus qui composent l’équipe, monsieur Miyazaki a bon espoir que la coutume sera très vite comprise des troupes.

Alors que Tomi reconnait qu’il ne voyait pas vraiment les entrepreneurs japonais de la sorte, Laura sent poindre une catastrophe, vu le bordel que peuvent mettre certains joueurs en étant sobres, elle n’ose pas imaginer ce que ça donnerait avec tout le monde bourré.

Mais elle est bien vite arrachée à ses réflexions par un bref discours du président Tanaka qui félicite tout le monde pour la victoire de vendredi avant d’inviter tout le monde à boire un premier verre pour célébrer ce succès. Laura est d’abord hésitante, mais quand Tomi lui dit que le président le prendrait mal, elle engloutit son verre à une allure stupéfiante.

Quelques joueurs musulmans se sont dispensés de cet acte pour des raisons religieuses évidentes, mais ce n’est pas le cas de tous, par exemple Khalid et Gabriel ne sont pas franchement frileux vis à vis de l’alcool et font même un peu de zèle pour plaire au boss en ajoutant trois verres avant le repas.

Le premier plat est un consommé au tôfu et à l’asperge verte, plat assez peu prisé des joueurs qui ont l’impression d’être un repas de l’amicale des véganes, un vrai homme viril ça mange de la viande, idéalement du poulet. Bruno a alors l’idée lumineuse de profiter que le président aie la tête tournée pour vider les plats, mais Gabriel se refuse à le faire comme gaspiller c’est pêcher.

Le président propose ensuite une tournée générale à la santé de Yuji, son malheureux prédécesseur, avant de passer au deuxième plat, le hijiki à la sauce de soja douce, un plat à base d’algues. Caroline essaie de jouer à la femme forte et tente d’ingurgiter cette horreur, malheureusement à la première bouchée elle recrache tout au visage d’Esteban.

Alors que Caroline se confond en excuses, Esteban est au contraire ravi d’avoir un prétexte pour s’éclipser, mais le plus heureux est Konstantínos qui se lance à plein dans la beauferie en faisant remarquer que maintenant on sait que Caroline préfère cracher plutôt qu’avaler.

En pleine forme, le président suggère une nouvelle tournée pour fêter sa prise de fonctions. Ce verre est celui de trop pour la kinésithérapeute norvégienne qui s’effondre au sol. Alors que sa collègue anglaise en charge des équipes de jeunes moque sa petite nature étant donné qu’elle a déjà fait bien pire au pays, Tomi charge immédiatement Mohamed de la raccompagner chez elle, il ne faudrait pas qu’elle fasse des bêtises.

Mais guère de temps pour s’attarder sur ce cas, le saba-soboro-gohan est servi, il s’agit d’une sorte de mixture infernale à base de maquereau sur du riz. Alors que Louis demande immédiatement à savoir qui a vomi dans l’assiette, Gabriel va chercher son exemplaire du Coran pour savoir si on peut faire une exception à la règle anti-gaspillage quand il y a présentation d’un aliment qui devrait être interdit par la convention de Genève.

Alors que Gabriel feuillette frénétiquement son Coran à la recherche de la délivrance, le président revient à la charge pour une nouvelle tournée générale pour fêter le début de la construction du nouveau stade. L’alcool commence à porter ses effets, et Bruno se lance dans une série de chants d’un raffinement sans égal, insinuant que le coach Diaz serait manifestement fort mal doté par la nature et que Laura a très probablement oublié son soutien-gorge en Allemagne.

Alors qu’il s’apprêtait à entamer un nouvel attentat auditif, Bruno est coupé dans son élan par Esteban qui lui enfonce un calmar dans la bouche. Il faut dire que le brillant attaquant espagnol n’a pas trouvé de meilleur moyen d’écouler son plat de brocolis et calmar à la sauce de soja et à la moutarde japonaise.

Le président offre alors une tournée générale au saké avant le dessert. Pierre est vite réprimandé par sa petite amie pour avoir eu l’outrecuidance de vérifier s’il y avait une femme nue au fond du verre comme Marc le lui avait dit, malheureusement la jeune fille étant elle aussi quelque peu éméchée, sa gifle ne s’abat pas sur Pierre, mais sur le malheureux Mateo, qui finit une nouvelle fois sonné. Louis attire alors immédiatement l’attention de tous sur ce babtou fragile qui s’est fait mettre KO par une femelle, à l’hilarité quasi-générale, Mateo aura encore du mal à se faire respecter.

Le clou du repas est le dessert, l’itokiri-dango, un plat à base d’haricots et de riz. Alexey, pourtant dur au mal, en a assez, et déverse discrètement le contenu de son bol au sol. Malheureusement, il a oublié la présence de son pitbull, qui tente directement de l’attaquer après avoir cru à une tentative d’empoisonnement de son maitre.

Pour finir la soirée en beauté, MC 20 centimes a enfin l’opportunité de finir une chanson, tout le monde est en assez mauvais état pour ne pas avoir les forces nécessaires pour piquer un sprint afin de le faire taire. Mais malheureusement il n’a pas le temps d’en entamer une seconde, Allan se pointe à la soirée pour régler ses comptes avec le traitre, qui a tourné casaque à la première opportunité artistique.

Quelques joueurs ouvrent alors des paris sur le vainqueur du combat entre Vincent et Allan, mais Marc refuse de s’y prêter par rejet viscéral du principe de risquer de l’argent, même complètement cuit, il conserve ce côté rabat-joie si distinctif.

Alors que l’ambiance retombe, Gabriel fait une petite vidéo sur son téléphone portable pour la mettre sur les réseaux sociaux. Inspiré, Louis se dit qu’il devrait en faire autant et rallume le sien, il voit alors qu’il a reçu un courriel et se décide à le lire, sitôt le texte lu, Louis hurle sa joie et file sans réfléchir vers son père.

Gabriel voit alors sur le téléphone abandonné par Louis un message rédigé par le sélectionneur de l’équipe de France des moins de 19 ans convoquant Louis pour les matchs de qualification pour l’Euro des moins de 19 ans. Le jeune attaquant, bien qu’heureux pour son ami, ne peut pas s’empêcher de regretter le fait que sans cette blessure, il aurait probablement porté le maillot bleu en même temps que Louis. Valentino le rassure, lui disant que tôt ou tard, ils le porteront tous les quatre en même temps, Khalid ne répond à cette affirmation que par un sourire gêné.
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Chapitre 24
La gueule du cadeau

Samedi 14 novembre 2015

“On a besoin de ta magie, tu rentres !”, cela faisait plus de deux mois que Gabriel attendait que la coach Diaz lui dise ces mots, depuis cette soirée horrible passée contre Valenciennes où la seule chose qui s’est brisée plus brutalement que son orteil fut la solidité d’une défense sevranaise totalement submergée. Mais vu les circonstances, il ne sait pas s’il doit se réjouir de son retour ou de se méfier de la gueule du cadeau.

Il faut dire que pendant ces deux mois, l’équipe s’est trouvée une nouvelle forme d’harmonie sans lui. Au fond du trou après l’humiliation contre les nordistes, la formation servranaise semble avoir réglé beaucoup de ses problèmes lors des dernières semaines, les victoires sont courtes mais elles sont là, la défense bénéficiant d’une plus grande implication de Marc, qui est presque devenu un quatrième défenseur dans cette nouvelle organisation.


L’équipe est désormais cinquième au championnat, à quatre points de la deuxième place, la promotion ne semble plus être un rêve lointain. Seules quelques mauvaises langues ne partagent pas l’enthousiasme général, comme par exemple Valentino, Esteban et Bruno qui se sont décidés à tourner leurs vidéos pendant les matchs, comme les 1-0 moisis, ce sont tous les mêmes.

Le statut de Gabriel comme star de l’effectif semble même remis en cause, il faut dire que Louis a été très solide sous le maillot bleu, cinq buts en trois matchs qualificatifs pour l’Euro des moins de 19 ans, même si les adversaires ne faisaient pas franchement rêver, ça a bien lancé psychologiquement le guépard de Sevran. Ce tremplin semble l’avoir transformé et tout semble lui réussir depuis un mois, il a d’ailleurs inscrit le but de la victoire à cinq minutes de la fin lors du déplacement sur le terrain du Paris FC, il y a une semaine.

Dans de telles circonstances, le coach Diaz n’a pas voulu précipiter le retour de Gabriel, même s’il se sent prêt depuis deux bonnes semaines, tout ce qu’il a obtenu c’est une mi-temps jouée avec la réserve et cette place de remplaçant pour l’entrée du club en Coupe de France sur le terrain des amateurs de Saint Malo.

Dans de telles circonstances, il faut pour lui se montrer particulièrement féroce sur sa première prestation de retour de blessures pour justifier de mettre à mal cet équilibre trouvé sans lui. Mais aujourd’hui, pas grand monde n’a le cœur à jouer.

Comme beaucoup de gens, il l’a entendue en regardant le match à la télévision cette explosion. Comme beaucoup de gens, il a eu peur pour un proche qui était à Paris.

Même une fois rassuré sur la santé de ses proches, il a eu du mal à trouver le sommeil, il sait qu’en tant que personne convertie à l’islam, il va passer de sales moments dans les mois à venir, à voir la haine ressurgir par la faute de personnes qu’il voit comme des traitres, à voir ces ordures du Parti Pour la Liberté favoriser cette haine pour arracher le vote de quelques paumés dans un village de Moselle qui n’ont vu des immigrés qu’à la télévision.

Du coup, il a passé la nuit au téléphone avec Valentino qui était au moins aussi secoué que lui. Cet attentat, c’est encore pire que Charlie Hebdo, on passe de l’attaque de cibles symboliques à des attaques totalement aveugles. Le seul avantage, c’est qu’on trouvera moins d’idiots pour tenter de justifier ça, mais malheureusement, en toutes circonstances, un idiot reste la chose la plus aisée à trouver sur terre.

Au téléphone, ils ont longuement discuté de leur espoir que personne de la cité ne soit impliqué. Cette cité, c’est un terreau fertile pour créer des personnes en état de détresse, de la misère à perte de vue, un dialogue avec la police totalement rompu, la ghettoïsation qui favorise la montée du communautarisme, une domination de l’idéologie viriliste qui pousse chacun à masquer ses faiblesses, mais aussi un sentiment de crise identitaire chez certains.

Rejetés à la fois en France par une opinion de plus en plus tentée par l’intolérance et dans le pays d’origine de leurs ancêtres où ils sont vite vus comme des parvenus, ils tentent de s’identifier à autre chose, et quand c’est la religion, ça part vite en concours de celui qui fera la plus grosse provocation.

Si ce marqueur identitaire manquant c’était l’équipe de football, tout serait plus simple pour tout le monde, même si ce n’est qu’une unité de façade, cela peut faire gagner un peu de temps si précieux à certains jeunes, un temps qui peut changer leur vie. Pour certaines équipes, gagner est un rêve, pour d’autres un devoir vu les sommes investies, pour celle-ci, cela pourrait vite devenir une mission.

Au petit matin, les entraineurs respectifs des deux joueurs ont bien vu qu’ils ne sont manifestement pas en forme pour jouer, du côté de l’équipe des moins de 19 ans, c’est relativement simple, à domicile, il n’est pas compliqué d’appeler un autre jeune joueur en urgence, mais du côté du coach Diaz, il n’y a pas vraiment de possibilité de faire venir un autre attaquant remplaçant, déjà que ceux-ci sont une denrée rare, du coup Gabriel reste mobilisé, en espérant que l’on n’ait pas besoin de lui.

Hélas, Gabriel est loin d’être le seul à ne pas être dans son assiette, beaucoup de joueurs sont encore sous le choc de la veille, si Louis a marqué son but habituel, la défense est dans un jour sombre, et un pénalty obtenu a cinq minutes de la fin a permis aux bretons de faire basculer la partie en leur faveur, menant sur le score de deux buts à un.

En désespoir de cause, le coach Diaz fait sortir un de ses milieux défensifs pour laisser la place à Gabriel, il était difficile de concevoir un moment plus délicat pour relancer la machine, mais pourtant voilà Gabriel à nouveau au sein de l’équipe première de l’AS Sevran.

Konstantínos, armé de sa rage habituelle, semble être le seul joueur à échappe à l’apathie généralisée, même Louis semble terrassé par la fatigue depuis le retour des vestiaires, sur une course rageuse à l’orée du temps additionnel, il parvient à obtenir un corner qu’il se décide à frapper lui-même. Désespéré des faibles résultats obtenus par ses tentatives en direction de Louis et Khalid, il se décide à tenter le pari d’envoyer le ballon sur Gabriel.

Connaissant bien son coéquipier, Gabriel se doutait qu’il serait la cible au premier corner venu, il jette ses maigres forces pour sauter bien plus haut que ses cerbères et place une tête puissante, le ballon heurte le montant gauche avant de repartir vers le centre du but, le gardien le maitrise alors, croyant avoir réalisé l’arrêt décisif.

Mais l’arbitre assistant ne le voit pas de cet oeil là, il se dirige vers le centre du terrain, indiquant que le ballon a franchi la ligne avant d’être contrôlé. L’arbitre central valide le but malgré les protestations bretonnes, les deux équipes iront en prolongations.

Lors de ces deux périodes supplémentaires, les deux équipes semblent proches d’être KO debout, Gabriel aimerait tant que Valentino soit là dans de telles circonstances, histoire qu’il en achève deux ou trois comme au bon vieux temps des équipes de jeunes, mais force est de constater que les sevranais n’ont pas l’avantage physique en ce jour.

Konstantínos a bien compris le danger et se replie tant bien que mal pour parer aux carences affichées par sa défense, la stratégie est claire, espérer qu’Alejandro sauve la mise pour tout le monde lors de la séance de tirs au but. Un coup franc de dernière seconde envoyé au-dessus des cages, et tout le monde peut se préparer à la séance fatidique.

Les sevranais ont la chance de tirer les premiers, Konstantínos, en tant que joueur le plus à l’aise sur cette partie, est désigné pour ouvrir les hostilités, en espérant que ce soit de nature à encourager les autres. L’ailier grec remplit sa part du contrat d’une frappe puissante à raz du poteau droit.

Son confrère breton en faisant de même, le score est à égalité quand Alexey se présente pour tirer le deuxième tir au but, une frappe puissante au centre sans délicatesse, mais très efficace, le gardien adverse avait anticipé un tir à droite. Le tireur breton aurait quant à lui, peut-être mieux fait de l’imiter, sa molle frappe à gauche n’a pas été un obstacle pour Alejandro, et l’AS Sevran prend la tête.

Louis est le troisième tireur, et il confirme son statut d’homme du moment d’une belle frappe dans la lucarne gauche, le tireur adverse efface lui aussi cet obstacle. Vient ensuite le tour d’Hugo, mais celui-ci déçoit une fois de plus au moment décisif en envoyant le ballon au dessus de la barre transversale. Les locaux ont alors l’occasion d’égaliser, mais Alejandro réalise un superbe numéro d’intox en se décalant sur le côté droit, n’osant pas tirer du côté ouvert, le tireur lui fait une véritable offrande qu’il ne loue pas.

Offrande qui met Gabriel en position de sceller ce match et de montrer que fatigue ou pas, il n’est pas le grand espoir de ce club pour rien. Une course d’élan très courte et un ballon qui frise le poteau gauche plus tard, il est noyé sous une marée de coéquipiers reconnaissants, la Coupe de France continue pour l’AS Sevran.

Certains amateurs de sports ont tendance à dire que les champions français n’ont pas une grande force mentale, si cela était vrai, il faudrait d’urgence faire subir un test ADN à Gabriel, les défaillances mentales, ce n’est pas trop son truc.

Même si ce fut contre un adversaire des plus modestes, l’équipe aurait été ravie de célébrer ce maigre moment de réconfort de retour à la cité, malheureusement, le peu de joie qu’ils avaient est cassé par le père de Khalid qui l’informe que sa soeur Sabrina est à l’hôpital des suites d’une agression à caractère manifestement raciste.

De retour de l’hôpital, Khalid explique ce qu’il s’est passé à ses amis les plus proches, alors que Gabriel débute vite une prière pour le rétablissement de Sabrina; Bruno suggère immédiatement à Valentino de réactiver les Power Rangers antifascistes. Après un quinzième de seconde de réflexion et un “Pardon tonton Tomi, mais c’était trop tentant” chuchoté, Valentino félicite Bruno pour sa lumineuse idée et convie tout le monde dans les sous-sols du centre de formation le soir même.

La nuit tombée, le plan est expliqué, l’agresseur de Sabrina devrait logiquement sortir de garde à vue libre en attendant son audience où il prendra très probablement quatre mois avec sursis. Ils savent aussi grâce aux informations données par le petit frère de Louis que la fille de l’agresseur va faire du judo tous les jeudis après le collège.

Le plan est de faire croire à leur proie qu’ils tiennent sa fille en otage, alors qu’elle est en réalité à son entrainement, pour l’attirer dans un entrepôt désaffecté qui a le mérite d’être très proche des égouts et éloigné de la foule. Une fois dans le piège, ce sera selon la créativité de nos vaillants héros, mais à six contre un, l’autre devrait bien manger.

Khalid, Gabriel et Louis acceptant bien vite de participer à cette petite expédition punitive, il n’y a plus qu’à choisir la couleur de leurs combinaisons, un morceau de leur personnalité. Valentino avait déjà choisi le violet car c’est la couleur de la mort en Italie, chose qui lui convient parfaitement vu ce qu’il pense de ses cibles, Bruno a choisi le rouge comme le sang et Esteban le jaune car c’est très voyant, parfait pour provoquer les poulets.

Khalid souhaite se vêtir de vert, la couleur traditionnelle de l’Islam, Gabriel choisit le bleu en référence à l’ambition commune qu’il pense partager avec ses amis et Louis une teinte de jaune plus sombre qu’Esteban en référence à son surnom de guépard.

Alors que Bruno s’apprêtait à contacter l’ami qui leur fournit les combinaisons, les six compères sont interrompus par une voix féminine, c’est Caroline qui les espionne depuis une heure et qui voudrait les rejoindre. En tant qu’amie de Sabrina, elle voudrait donner quelques coups à l’infâme.

Après de longues hésitations, les garçons se disent qu’inclure une femme pourrait être une bonne idée, ce sera plus humiliant pour leurs victimes vu l’esprit viriliste qui règne dans le coin, mais ils posent deux conditions. La première étant que Caroline s’engage à suivre une formation accélérée en rollers, comme ça reste le principe du groupe, et la deuxième étant qu’elle accepte la couleur rose malgré ses idées progressistes, il faut bien que la victime se rende compte qu’elle va se faire écraser la gueule par une femme.

Le jeudi, tout ce petit monde se prépare pour les festivités du soir, une fois la fille de la cible sortie du collège, Louis modifie sa voix et s’empare du téléphone spécialement acheté pour cette occasion pour dire à la cible qu’ils tiennent sa fille et qu’ils n’hésiteront pas à lui broyer les deux bras s’il n’est pas dans l’entrepôt dans trente minutes afin d’écouter leurs revendications pour sa libération.

Quelque peu stupide, la cible ne prend pas soin de vérifier si sa fille est bel et bien disparue et fonce vers ledit lieu. Force verte bondit alors sur lui pour lui coller un bon uppercut pour le mettre au sol, et c’est dans la bonne humeur que tout ce petit monde se relaie pour donner quelques coups de pied à l’infâme.

Alors que force rose s’apprête à attacher sa victime à un poteau, force violette déboule avec une barre de fer, arguant que la cible n’a pas encore eu son compte. Au troisième coup, force bleue et force guépard unissent leur force pour empêcher leur ami d’en mettre plus au prétexte qu’il risquerait de tuer sa cible. Force violette leur demande alors s’il leur manquerait tant que ça, mais force guépard trouve les mots justes en lui disant “Lui non, mais toi si, lâche ça”.

Force violette ne peut s’empêcher de donner un ultime coup de pied au visage de sa cible tout en lui disant que la prochaine fois, il kidnappera vraiment sa fille. Outrée la victime tente de se rebeller, mais force rose détend l’atmosphère en le forçant à sucer langoureusement des merguez sous les rires de toute l’assistance, force violette excepté.

Il est alors l’heure de se séparer, la victime est attachée au poteau et force jaune dit à son collègue le plus nerveux qu’avec ce qu’il a mangé, ça l’étonnerait qu’il recommence. La troupe se dirige donc toute guillerette vers les égouts pour rejoindre sa planque.

Mais alors qu’ils émergent, ils remarquent que Tomi est déjà sur les lieux. Après les avoir applaudi ironiquement il remarque qu’il était venu pour travailler comme traducteur et qu’il se retrouve à faire l’éducateur pour des ados casse-cou. Force guépard ne trouve alors rien de mieux à dire que “Demande une augmentation à monsieur Miyazaki”.
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