La chute de Terrace House

Terrace House est une télé réalité japonaise nous montrant le quotidien de six personnes (3 gars, 3 filles) de 18 à 32 ans dans une maison luxueuse qu’ils partagent. Contrairement aux programmes habituels, ils continuent leur vie, que ce soit leur travail, leurs étudies, rencards et autres sorties entre amis. Le succès du programme grandit rapidement dans le pays avant d’exploser dans le monde entier à partir de 2015 lorsque Netflix s’associe à Fuji TV pour la diffuser hors des frontières japonaises. La sobriété de l’émission et la la simplicité des participants ont vite gagné le cœur du public. Le bouche à oreille a propulsé Terrace House au rang de phénomène. Tout était rose, jusqu’à un drame terrible en mai 2020…

:notebook: Temps de lecture estimé : 15 minutes


Terrace House: Boys x Girls New Doors (2012-2014) et Closing Door (2015)


L’émission démarre très modestement, le projet n’était pas particulièrement ambitieux et ne semblait pas promis à un succès international. Le panel de commentateurs n’existait pas. You, la doyenne sert de narratrice aux premiers épisodes. Elle sera accompagnée de Torichan (Reina Triendl) à partir de l’épisode 14 mais c’est seulement lors du 26ème épisode que la formule se rapproche de celle que l’on connaît aujourd’hui avec les arrivées de Yoshimi Tokui, Azusa Babazono et Ryota Yamasato.
La saison n’est disponible qu’au Japon et même si une traduction a été faite par des fans, je n’ai pas encore eu l’occasion de voir les 98 épisodes de New Doors, je ne peux donc pas à ce jour fournir une analyse très pertinente. Pour la plupart des gros fans de Terrace House c’est la meilleure édition. Le casting est le plus attachant, l’émission est plus sincère.
Cette édition aura deux stars principales. Tetsuya Sugaya qui est le seul candidat à être resté dans la maison durant toute la durée de l’émission (soit quasiment deux ans) et Seina Shimabukuro, mannequin grande gueule amatrice de vin qu’on aura la chance de revoir dans l’émission par la suite.
Un film appelé Closing Door sert de spin-off et conclusion à cette édition et connaît un certain succès, mais toujours réservé à son pays d’origine.
Le premier drame de l’univers de Terrace House se produira loin des caméras sans que l’émission ne soit responsable, plus d’un an après son départ de l’émission, Yosuke Imai 31 ans, meurt des suites d’une maladie après un surmenage et une perte de poids trop importante.
Aucune polémique majeure n’éclate cette saison là. Même si des échos parlent d’un candidat sous couvert d’anonymat qui a évoqué dans la presse en 2014 des passages mis en scènes par la production, des relations amoureuses entre candidats qui ne sont pas réelles et même du harcèlement sexuel de la part des équipes de tournage. Cela aurait d’ailleurs entrainé une annulation précoce de cette édition New Doors. Fuji TV ne comptait même plus produire une suite jusqu’à ce que Netflix, charmé par le programme, arrive…

Terrace House: Boys & Girls in the City (2015-2016)


C’est la saison qui permettra à Terrace House de connaître la gloire. Au Japon, l’émission était déjà un succès mais c’est grâce à l’arrivée de Netflix que tout bascule. Le bouche à oreille fonctionne à merveille dans des pays comme la France ou les États-Unis et Terrace House devient la télé réalité à découvrir.
Loin des télé réalités que l’on connaissait, on y voit des gens polis, timides, bienveillants dans une belle maison mais sans la claustrophobie des Loft Story ou Big Brother locaux. Le fait qu’ils aient la possibilité de continuer leur vie en dehors de la maison change tout. La plus grande dispute se fera sur un ton très posé pour une question de viande, loin de la succession d’insultes voire des violences physiques que l’on peut connaître ici. Terrace House est également une ouverture accessible sur la culture japonaise. Le programme nous aura permis d’apprendre beaucoup sur le monde des jeunes adultes japonais.
Tous les candidats (ou presque) sont attachants. Certains s’identifient à Mizuki qui est malchanceuse en amour, à Arman qui veut avant tout profiter de la vie sans se prendre la tête, à l’inoubliable Hansan, le Mister Perfect grand travailleur qui permettra de recréer un lien dans une maison qui avait perdu son charme. J’ai une affection particulière pour Misaki qui derrière sa façade positive cachait une grande solitude et un manque de confiance avant de trouver du réconfort dans la maison. La scène où Yuuki regarde un ancien épisode montrant celle qu’il aime fondre en larmes à cause d’un autre gars m’a longtemps marqué, il n’y avait pas de jalousie, mais une grande détermination à la réconforter.
Certains diront que les épisodes sont ennuyeux, il ne s’y passe pas grand chose en effet. Le frisson d’un des premiers épisodes est un simple footing entre deux candidats qui ont un petit coup de cœur l’un pour l’autre. La première dispute finit en larmes mais ça se fait sans insultes, et elle permet d’exprimer la pression sociale liée au travail au Japon. Le danseur de claquettes Yuki Adachi n’arrive pas à comprendre que Mizuki n’aie pas déjà un plan de carrière. Ça cause des remous, mais pas de voix levée, aucune insulte. Tout est fait poliment. Et c’est assez rare pour nous de voir ça dans notre culture.
Le programme touche sans doute une corde sensible aussi chez nous, on a une certaine nostalgie de l’adolescence quand la déclaration des sentiments est un moment majeur. Quand le premier baiser échangé par deux candidats se produit enfin après plusieurs épisodes de cour, on éprouve un petit frisson dont on a un peu honte. Il se pourrait aussi que vous ayez la larme à l’œil pendant le départ de Hansan.
Le panel de commentateurs montre aussi une grande différence avec la télé-réalité que l’on connaît. Le concept de commenter une émission aussi simple n’a a priori pas de sens, mais les vannes de Yamato sont drôles, les délires de Tokui ne peuvent venir que d’un esprit tordus, You remplit à merveille son rôle de provocatrice en lançant des allusions sexuelles aux côtés de l’innocente Torichan qui oscille entre fous rires et gêne. L’équipe est parfaitement rodée et égaye tous les épisodes.
L’émission est très bien produite, on devine que les rencards sont soigneusement planifiés, en particulier dans le choix des angles de caméras bien trop parfaits pour être fortuits, certaines personnes arrivent au bon moment pour changer la dynamique de la maison, mais jusque là aucune raison de douter de la sincérité du programme.
Il y aura néanmoins certaines polémiques, il y a l’affaire Hayato/Rikopin qui provoque un certain malaise. Le trentenaire couchait en cachette avec la jeune lycéenne. Elle était majeure, fort heureusement, mais la révélation de leur affaire a pu nuire à la carrière de Rikopin qui se destinait à un rôle d’Idol. C’est un concept un peu compliqué à expliquer et je ne connais pas assez le Japon pour le faire convenablement, mais en gros, le célibat est conseillé pour ces Idol car on développe une image d’innocence. Des personnes comme Uchi, Minori, Arman et Masako se sont souvent agacées des messages récurrents demandant des informations sur l’état de leur couple et le duo Misaki/Byrnes a disparu des réseaux sociaux peu après leur rupture pour retrouver un peu d’intimité.

Terrace House: Aloha State (2016-2017)


Après le gros carton de Boys & Girls in the City, Netflix et Fuji TV trouvent l’idée de génie : faire une édition à Hawaï, territoire américain où la communauté japonaise y est très présente. Cela permet d’attirer encore plus les américains qui sont tombés amoureux de l’émission et de proposer un dépaysement pour les téléspectateurs vivant au Japon.
Aloha State est un gros carton et elle restera probablement la plus connue de toutes les éditions. Parmi les aspects positifs, on y découvrira des personnes mémorables, le talent artistique de Lauren ou Yusuke marque les esprits, la quête d’amour du guilty samouraï Taishi va animer une bonne partie de la saison. On peut aussi apprécier la camaraderie entre certains candidats qui apparaissent régulièrement dans les épisodes après leur départ de la maison. Le monde à Hawaï est plus petit et la solidarité entre ces candidats fera chaud au coeur, le fait qu’ils soient plus ouverts aux réseaux sociaux participe à maintenir la passion des fans.
Pourtant la magie ne prend pas aussi bien. On sent que le succès de l’émission est passé par là, tout semble trop propre, trop travaillé, trop écrit. Une partie des participants semblent là uniquement pour promouvoir leur carrière ou profiter de la vie de luxe sans rien apporter d’autre.
Le panel offre toujours une respiration bienvenue, même si des passages comme l’objectification de Chikako ont pu créer un certain malaise.
Parmi les fans, il y aura des critiques débiles comme une trop grande présence des hafus, les gens aux origines mixtes mais c’est un sujet qui est encore un peu sensible au Japon (et chez nous aussi, remarque).
On note aussi une propension du show à se concentrer uniquement sur les trames amoureuses quitte à oublier les autres personnes. La quête d’amour de Taishi a été envahissante et on aurait aimé voir un peu plus les autres participants qui étaient liés d’une amitié forte ou qui avaient des activités intéressantes hors de la maison.
Les polémiques plus sérieuses sont également plus nombreuses. Cheri et Wez seront victimes de propos insultants ou de menaces sur les réseaux sociaux pendant des mois après la diffusion de l’émission. La première est très critiquée pour avoir couché avec un autre homme après avoir flirté avec un ancien participant de l’émission, son attitude désinvolte lors de plusieurs disputes créé de l’agacement chez beaucoup de monde. Son image a été détruite et elle a été renvoyé de son travail dans une agence immobilière peu après l’émission. Le second, u rappeur nommé Wez, était moqué sur les réseaux sociaux pour ses chansons et son inactivité dans la maison.
Plus tard, une autre polémique éclate et commence à semer un gros doute sur l’émission. Lauren Tsai va à l’encontre de son accord de non-divulgation signé avec la production et évoque dans une interview l’aspect scripté de Terrace House. L’équipe de tournage n’était pas présente toute la journée et il fallait parfois rejouer des scènes. Les producteurs poussaient aussi les gens à proposer des rencards, quitte à ce que ce soit gênant pour eux, voire humiliant. Le rencard de Lauren et Yusuke était une torture à voir.
Bref, Terrace House a gardé une partie de son charme, mais l’authenticité en prend un coup.

Terrace House: Opening New Doors (2017-2019)


Après une saison populaire mais critiquée, on assiste au fameux retour aux sources. Terrace House s’installe dans la ville modeste de Karuizawa dans un superbe chalet. Le casting est moins flashy dans un premier temps. On remet de la simplicité après une fin de saison chaotique à Hawaï. Et le charme est vite retrouvé. On retrouve la saveur de Terrace House, avec notamment l’attachante joueuse de hockey Tsubasa qui va évoluer au contact de Shion.
Quand on commence à s’ennuyer un peu, le retour de Seina (l’une des stars de la toute première édition) va donner un coup de fouet. Mais là encore la machine s’enraye. L’omniprésence de la romance nuit à l’émission, cela amène des moments gênants (le baiser forcé de Shohei a fait grincer beaucoup de dents) ou humiliants (le manque de tact de Noah envers ce même Shohei après avoir conquis Seina était cruel) et surtout on passe à côté de moments tout aussi méritants comme des amitiés fortes. On découvrira après l’émission la très grande amitié qui unissait Ami et Tsubasa notamment, chose qu’on a à peine aperçu pendant leur passage dans la maison, le montage final mettait en avant les conflits et les histoires d’amour aux dépens du reste.
Là aussi, on arrive en fin de saison avec une forme de lassitude, l’authenticité retrouvée en début de saison semble s’être perdue en cours de route. Et si Hawaï offrait une certaine forme de camaraderie, le passage à Karuizawa est un peu plus claustrophobique (quand les candidats sont présents dans un épisode, car ils doivent souvent partir pour aller travailler loin de la maison) et l’ennui règne un peu plus.
Aucune polémique majeure n’a eu lieu, certaines personnes comme Mayu Koseta et Yui Tanaka n’ont pas reçu un traitement très chaleureux, mais elles semblent avoir bien rebondit, grâce à une sortie de l’émission bien gérée. Un des membres (Shion) a récemment été arrêté pour possession de cannabis, mais si c’est un problème grave au Japon, ça n’a pas un impact aussi fort pour nous. Les producteurs tâtonnent, les commentateurs agacent beaucoup plus, mais je reviendrais sur ce point plus bas.

Terrace House: Tokyo (2019-2020)


Après deux éditions loin de Tokyo, on revient dans la ville majeure japonaise, cette saison devait permettre de retrouver l’esprit de Boys & Girls in the City avec une activité hors de la maison plus active. Le but était aussi de préparer l’arrivée des jeux olympiques avec un casting plus international.
Mais cette saison est maudite avec dans l’ordre le scandale autour du commentateur Tokui pour une affaire de fraude fiscale, il quitte l’émission après 24 épisodes et son absence se fera sentir.
Le coronavirus atteindra le Japon et la maison. Les commentateurs disparaissent lors des épisodes 41 et 42, seul Yamato sera présent pour résumer l’épisode et proposer quelques remarques humoristiques. La maison a été fermé un peu avant en raison de l’état d’urgence et alors qu’il restait de quoi produire une poignée d’épisodes avec les images disponibles (il y a un décalage d’un peu plus d’un mois entre le tournage et la diffusion), tout cela s’arrête très vite en raison du suicide d’Hana.
Avant ça, on a eu une édition inégale, les défauts aperçus depuis quelques années se font toujours sentir même si la durée des épisodes permet tout de même de développer un peu plus d’autres aspects de leur quotidien. Les romances restent cependant trop mises en avant et certains rencards semblent parfois forcés. Il y a des séries d’épisodes assez ennuyeux ou extrêmement gênants.
On vit assez mal les humiliations que subissent Ruka ou Yusuke (le musicien de Terrace House: Aloha State qui réapparait dans plusieurs épisodes) et le comportement de prédateur de Niino en fin de saison est insupportable à voir. Heureusement, Terrace House est toujours capable de proposer des moments qui donnent du baume au cœur comme l’évolution du même Ruka, Le passage de Peppe, l’italien dessinateur de manga aura été une bouffée d’air frais inespérée. Des personnes comme Tupas, Kai ou Hana ont marqué ceux qui aiment bien les moments authentiques et personnels. Lorsque la carapace cède. Les trois avaient des problèmes de confiance en eux, un manque d’amour ou sont victimes de dépression et du coup les moments de tristesse ou de bonheur ont une force émotionnelle bien plus grande. Malheureusement le sort des trois individus (Tupas n’est plus en couple et Kai a eu beaucoup de mal à se remettre de son passage dans l’émission et du suicide de son amie) ne permet pas d’en garder un souvenir joyeux.
L’émission a peut-être pris conscience un peu trop tard des problèmes de toxicité qui l’entourent (montage, commentateurs ou réseaux sociaux. Cela a été adressée à plusieurs reprises dans cette édition, avec Emika qui fond en larmes après la diffusion d’un épisode où elle est comparée à une hôtesse ou lorsqu’on voit Niino se décomposer en découvrant les avis des gens sur son attitude envers Yume, il comprend que sa vie risque de changer totalement. Mais c’est trop peu trop tard, le mal est fait.
Tokyo est une saison maudite, mais elle est aussi et surtout la suite logique d’une perte d’authenticité, des coulisses de plus en plus nocives et de la mesquinerie de certains commentateurs. Il est d’ailleurs temps d’adresser ce dernier problème.

Les dérives des commentateurs


Lorsqu’on découvre les commentateurs avec la saison Boys & Girls in the City on est tout d’abord amusé par l’idée, on se montre sceptique mais cela nous permet de découvrir comment fonctionnent les programmes japonais. On se prend vite au jeu. Chacun remplit son rôle à la perfection. Torichan récapitule les évènements précédents et charme dans son personnage d’innocente, You est une femme d’expérience qui lance des allusions coquines, Tokui est le complice de You dans ses divagations sexuelles et il se lance dans des métaphores casse-gueules mais inspirées et mémorables (il avait un running gag d’une candidate qui voyageait dans le temps pour sauver le monde). Yamato a le rôle du méchant puceau (même après son mariage, il était toujours puceau d’après ses camarades) qui prend plaisir à vanner les candidats ou à voir certains se disputer. À leurs côtés, Babachan et le dernier rôle, le eye-candy pour les jeunes femmes (qui a été rempli par Hiroomi Tosaka, Ayumu Mochizuki, Kentaro puis Shono Hayama) sont plus discrets. Ils viennent surtout appuyer les arguments des uns et des autres.
Hormis quelques blagues gênantes ou une méchanceté mal placée ça et là, on ne leur reprochera pas grand chose jusqu’à l’édition Opening New Doors quand Shohei embrasse par surprise Seina. Le panel se montre très complaisant envers l’homme, trouvant son attitude normale, saluant même son audace alors que Seina est clairement choquée et très mal à l’aise pendant le reste de la soirée. Elle garde bonne figure mais on sent que l’évènement l’a marqué. Elle aurait déjà été victime d’un abus lors de la première saison, lorsqu’un homme, Masato, l’embrasse alors qu’elle était très fortement alcoolisée. Le panel a semble-t-il été complaisant avec Masato, pensant y voir un premier pas positif vers une romance. N’ayant pas vu la scène, je ne peux pas développer outre mesure l’ampleur du malaise mais c’est de toute façon un problème récurrent qui n’a fait que s’accentuer dans l’édition de Tokyo.
Lorsque le PDG d’une entreprise, Niino, rencontre la mannequin et employée Yume, la situation devient très problématique. Dès leur premier échange il met en place un subterfuge pour pouvoir partager une bouteille de bière avec la jeune femme et échanger indirectement leur salive. Il se montre ensuite très agressif dans son approche en offrant du baume à lèvre à Yume qu’il applique lui-même sur la bouche de la jeune femme avant de l’embrasser par surprise. Il s’invite dans un voyage romantique entre Kai et Hana, tente à nouveau de l’embrasser par surprise après plusieurs refus de la jeune femme et met tout en place pour pouvoir partager un lit avec elle. Les filles, très clairement mal à l’aise et inquiètes fuient la chambre pendant qu’il prend un bain pour dormir ailleurs. Plus tard, il emmène Yume dans un bar et la noie sous l’alcool en espérant la ramener dans son lit. On comprend alors que Yume feint d’être saoule pour pouvoir garder le contrôle de la situation. Elle va prétexter une grande fatigue et évite de passer à l’acte malgré l’insistance de l’homme. Sans la présence des équipes de tournage ça aurait clairement pu virer au drame. Hormis quelques grimaces de Torichan et Mei Nagano (invitée dans le panel après le départ de Tokui) dans le panel, jamais il ne sera condamné pour son attitude de prédateur sexuel. Pire encore, Yume sera présentée comme une croqueuse de diamants, allumeuse et fille facile jouant avec les sentiments du pauvre homme par une partie de l’équipe.
Ces scènes étaient intolérables et concluent une saison bien navrante dans la représentation des femmes. L’acharnement du panel envers la jeune Emika à la représenter comme une hôtesse qui a l’habitude de traiter les hommes comme des clients était déplorable. Les larmes d’Emika en voyant l’émission et les commentaires n’ont pas ému une seule seconde le panel, c’est le métier, elle devait s’y attendre dira même Yamato.
Les commentateurs étaient (et restent en partie) la force du programme, mais comme le reste de l’émission le malaise semble prendre le pas et cela donne un arrière goût fort désagréable. L’affaire Hana Kimura va tout faire exploser…

Hana Kimura (1997-2020)


Le 23 mai 2020, une terrible nouvelle nous parvient du Japon. Hana Kimura s’est donnée la mort après avoir envoyé plusieurs messages inquiétants sur les réseaux sociaux.
Elle était depuis des mois la cible de harcèlement sur les réseaux sociaux, entre autres des messages racistes liés à ses origines indonésiennes (elle était caricaturée en gorille par certains) et des appels à se donner la mort. Même si elle a été critiquée dès son entrée dans l’émission par certains fans de catch, deux disputes avec des colocataires vont envenimer les choses et multiplier le nombre de gens haineux à son encontre.
La première dispute s’est déroulée à l’automne 2019 avec Emika, c’est une banale dispute entre deux filles qui convoitent le même homme (Ryo). Hana lui reprochait ses flirts innocents avec un autre garçon (Ruka), Emika reprochait à Hana de mal interpréter son amitié avec le second. L’épisode 23, diffusé sur Netflix en novembre 2019 va entraîner une première vague de haine. Il lui est reproché un côté borné durant la dispute, car elle a coupé la parole d’Emika à plusieurs reprises et a refusé d’écouter l’autre point de vue. La dispute entre les filles sera vite oubliée, elles deviennent même des amies proches dans les semaines qui suivent mais le temps que cela soit vu à la télévision, la haine a déjà fait des dégâts.
La seconde dispute est directement liée au suicide de la jeune femme. En début 2020, dans l’épisode 38, un participant à l’émission, Kai, n’a pas remarqué la tenue de catch d’Hana dans la machine à laver. En lançant un nouveau cycle, il détruit involontairement le costume sur-mesure de la jeune femme. La dispute est très chaude, elle se montre dégradante envers son ancien ami (et un temps potentiel petit-ami) en pointant ses échecs dans les spectacles de stand up, ou encore sa fainéantise dans la maison. Avant de quitter la pièce, elle lui retire de force la casquette de la tête, le geste est perçu comme une violence physique. La dispute, diffusée en mars sur Netflix puis le 18 mai sur Fuji TV va entrainer une vague de haine insurmontable pour la jeune femme.
Peu après la dispute durant le mois de février, elle évoque à des amies, à Kai puis sa mère que la production lui avait demandé de monter l’intensité de la dispute de plusieurs crans, et on lui a même suggéré de mettre une claque à Kai. Elle a refusé mais face à l’insistance de la production, elle trouvera un compromis en balançant la casquette de son camarade.
Entre temps, elle s’est réconciliée avec Kai et évoque avec lui ses craintes avant la diffusion de l’épisode sur Fuji TV. Redoutant les réactions nocives sur les réseaux sociaux, elle aurait même fait une première tentative de suicide en avril. Des membres du staff de Terrace House étaient au courant de son séjour à l’hôpital. La diffusion de l’épisode sera tout de même maintenue.
Ce qui est encore plus triste c’est que la relation entre Hana et Kai se sont dégradées lors d’un voyage à Kyoto que Kai ne voulait plus faire, la production a tout fait pour le convaincre d’y aller en y mêlant Niino et Yume. Niino étant aisé financièrement, il paiera la totalité des frais liés à ce voyage. L’attitude désinvolte de Kai lors du voyage a cassé le lien entre lui et la jeune femme et la destruction du costume à leurs retours a entrainé cette dispute douloureuse.
Revenons encore un peu en arrière pour comprendre les problèmes causés par l’émission. Dans l’épisode 33 on assiste à un rendez-vous entre Hana et Kai sur des trampolines (cela a du se produire en décembre 2019). Un producteur se plaint auprès du jeune homme de l’ennui que provoque ce rencard, il suggère à Kai de toucher la poitrine d’Hana pour rendre la journée plus intéressante. Kai refusera.
Peu avant, en novembre 2019, Hana souhaite quitter l’émission. Les producteurs la retiennent car Hana est une bonne source de drama en raison du triangle amoureux avec Ryo et Vivi, l’audience est bonne avec elle. De plus l’organisation de catch Stardom est directement liée à Fuji TV, on peut penser que les deux entreprises ont un intérêt commercial à sa présence dans Terrace House. Le contrat très strict signé par les participants avec Fuji TV peut imposer de lourdes sanctions financières pour ceux qui démissionnent sans l’accord de la production. Elle était bloquée. Fuji TV se défendra d’avoir eu connaissance de son désir de quitter le programme en fin d’année 2019.
Dès son entrée dans la maison on découvre une femme pleine d’énergie, de chaleur humaine, de bonté avec un sourire qui illumine l’écran. On devine très vite qu’elle a un grand manque de confiance en elle, surtout au contact des garçons. On est aussi vite touché par sa timidité lorsqu’elle a un coup de foudre pour un joueur de basket qu’impressionné par la force et la confiance qu’elle dégageait sur le ring. Son côté impulsif lui a causé du tort mais c’est un trait auquel on peut s’identifier. La jalousie et l’immaturité dont elle a pu faire preuve n’étaient jamais nocives et ne méritait pas une telle haine sur les réseaux sociaux.
Le programme bienveillant vu de l’extérieur l’a dévoré. La production a utilisé ses faiblesses, son besoin d’affection pour faire de l’audience et créer du drama en ignorant les conséquences. Même en voyant sa détresse, ses crises de panique dans la maison ou des appels à l’aide, ils n’ont rien fait. Si ça n’avait pas été Hana, ça aurait pu être quelqu’un d’autre. Misaki, Lauren, Cheri, Emika, Kai auraient pu lâcher prise également devant la passion et la haine entourant le programme. Et c’est une immense tragédie.

Terrace House était une émission terriblement attachante, une boufée d’air frais dans le monde la télé réalité parfois navrant par la bassesse humaine à laquelle on assiste, la bonté de certaines personnes et l’évolution de certains participants ont créé des moments mémorables. Le succès a fait perdre un peu d’authenticité à l’émission mais on pouvait encore y voir des moments profondément humains et touchants. Mais ce terrible drame nous a forcé à gratter le vernis et découvrir un monde loin d’être aussi bienveillants qu’on voulait bien croire. Rest in Peace Hana Kimura.


Sources :

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C’est très mineur et très éloigné de Terrace House, mais pour continuer la série de 2020, l’acteur Kentaro Ito, qui était commentateur de Terrace House sur la deuxième moitié de Boys & Girls in the City et dans Aloha State a été arrêté récemment