Pourquoi lâeffort financier concĂ©dĂ© par Victor Wembanyama est si prĂ©cieux pour les San Antonio Spurs
« Accumuler de lâargent nâa jamais vraiment Ă©tĂ© un objectif », disait Victor Wembanyama en dĂ©cembre. Le jeune leader français des Spurs (22 ans) vient de joindre le geste Ă la parole : en vacances en France aprĂšs la conclusion de sa troisiĂšme saison en NBA, il a signĂ© vendredi une prolongation de « rookie max » dâun montant de 252 millions de dollars (221 millions dâeuros) sur cinq ans, avec une derniĂšre annĂ©e en option Ă activer par lui-mĂȘme, soit environ 44 millions dâeuros par saison.
Ăligible Ă cette prolongation de contrat aprĂšs trois saisons passĂ©es en NBA, le vice-champion olympique verra son nouveau bail entrer en vigueur Ă partir de 2027-2028, pour un montant reprĂ©sentant 25 % du plafond salarial fixĂ© par la Ligue. Il sâagit de la troisiĂšme prolongation la plus Ă©levĂ©e jamais accordĂ©e Ă un joueur encore sous contrat rookie dans la ligue nord-amĂ©ricaine, derriĂšre celles de Cade Cunningham (Pistons) et Evan Mobley (Cavaliers), qui avaient signĂ©, Ă lâĂ©tĂ© 2024, des extensions de cinq ans fixĂ©es Ă 269 millions de dollars (236 MâŹ).
Wembanyama nâa pas activĂ© la « Rose Rule »
Si le montant total du nouveau contrat du pivot français donne dĂ©jĂ le vertige, il aurait pu ĂȘtre encore plus Ă©levĂ© : jusquâĂ 303 millions de dollars, soit environ 265 millions dâeuros. Le joueur formĂ© Ă Nanterre a en effet choisi de ne pas activer une clause appelĂ©e « Rose Rule », qui lui aurait permis de toucher 30 % du plafond salarial au lieu de 25 %. Pour en bĂ©nĂ©ficier, il aurait dĂ» dĂ©crocher une place dans une des trois meilleures Ă©quipes de lâannĂ©e la saison prochaine, ou remporter une distinction individuelle majeure comme le titre de meilleur dĂ©fenseur de lâannĂ©e (DPOY) ou de MVP. Un objectif largement atteignable, puisquâil figurait dĂ©jĂ dans le meilleur cinq NBA lors du dernier exercice, en plus dâavoir Ă©tĂ© Ă©lu meilleur dĂ©fenseur Ă lâunanimitĂ©.
En consentant Ă un tel effort financier, Wembanyama suit la logique de Jalen Brunson. Le meneur de 29 ans, qui lâa battu en finale le mois dernier avec New York (sĂ©rie remportĂ©e 4-1), avait lui-mĂȘme sacrifiĂ© 113 millions de dollars (99 MâŹ) pour prolonger avec les Knicks en 2024, aprĂšs sa sixiĂšme saison en NBA. Ce geste avait offert Ă la franchise davantage de flexibilitĂ© pour lâentourer, une stratĂ©gie qui a finalement dĂ©bouchĂ© sur le titre de champion, le premier pour la franchise new-yorkaise depuis 1973.
Avant Brunson, une autre figure plus familiĂšre de San Antonio avait fait la mĂȘme chose : Tim Duncan, quintuple champion NBA avec les Spurs. AprĂšs avoir dĂ©crochĂ© sa quatriĂšme bague, en 2007, lâintĂ©rieur avait acceptĂ© une premiĂšre extension au rabais, deux ans pour 40 millions de dollars (35 MâŹ), un sacrifice qui nâavait pas suffi Ă ramener un titre. Duncan avait retentĂ© sa chance en 2012, signant cette fois pour trois ans et 30,4 millions de dollars (27 MâŹ), acceptant de voir son salaire chuter soudainement de 21 Ă 10 millions de dollars la saison. Cet effort avait permis Ă San Antonio de conserver lâossature de son effectif (Tony Parker, Manu Ginobili, Danny Green, Boris Diaw) et dâĂȘtre sacrĂ© une nouvelle fois champion en 2014, le dernier titre remportĂ© Ă ce jour par la franchise texane.
Un geste rare amené à se démocratiser ?
Si quelques autres joueurs en ont fait de mĂȘme par le passĂ©, le geste de Wembanyama reste rarissime pour une star de son envergure. Les quelque 10 millions de dollars (8 MâŹ) Ă©conomisĂ©s chaque saison par les Spurs sur les cinq prochaines annĂ©es leur offrent une prĂ©cieuse marge de manoeuvre financiĂšre, surtout pour la saison 2029-2030, oĂč plusieurs Ă©chĂ©ances vont se percuter : Dylan Harper, qui sort dâune premiĂšre saison brillante en sortie de banc, arrivera au bout de son contrat rookie et pourrait alors bĂ©nĂ©ficier dâune prolongation bien plus lucrative, comme Stephon Castle un an auparavant, tandis que le vĂ©tĂ©ran DeâAaron Fox (28 ans) entrera dans la derniĂšre annĂ©e de sa prolongation, qui doit lui rapporter 61 millions de dollars (53 MâŹ).
Câest dâautant plus vrai que la convention collective NBA (CBA), entrĂ©e en vigueur en 2023, est trĂšs punitive pour les Ă©quipes les plus dĂ©pensiĂšres. DĂšs la saison 2027-2028, la masse salariale maximale autorisĂ©e devrait avoisiner les 174 millions de dollars (152 MâŹ), et le « second apron », un seuil qui limite trĂšs fortement la marge de manoeuvre des franchises au-delĂ mĂȘme des taxes Ă verser, sera fixĂ© Ă environ 234 millions (205 MâŹ).
Cette problĂ©matique concernera de nombreuses autres Ă©quipes qui visent le titre et qui pourraient, elles aussi, ĂȘtre amenĂ©es Ă convaincre leurs meilleurs joueurs de consentir Ă des efforts financiers pour rester compĂ©titives. Un « effet Wemby » amenĂ© Ă se dĂ©mocratiser.