Medhi Benatia tire le bilan de son passage Ă lâOM : « CâĂ©tait une guerre de tous les instants »
« Dans quel état cette aventure marseillaise vous a-t-elle laissé ?
Un peu triste. Je voulais cette qualification en Ligue des champions. Je ne me plains pas, on est privilĂ©giĂ©s, mais ça mâa Ă©puisĂ©. CâĂ©tait une guerre de tous les instants. Ă raison ou Ă tort, jâai choisi dâĂȘtre moi-mĂȘme, de ne jamais tourner le dos Ă un problĂšme, de nettoyer le club.
Vous disiez « enlever la mĂ©diocritĂ© ». Y ĂȘtes-vous parvenu ?
Non, elle est encore prĂ©sente. Pas comme avant, mais elle est malheureusement bien ancrĂ©e. Jâai demandĂ© quâon applique ce que jâavais vu en Italie, en Allemagne, de la discipline sur des principes de vie, des horaires. Mais le bĂątiment (Ă la Commanderie) est tellement rempli de mĂ©diocritĂ©. LĂ -bas, ĂȘtre le meilleur ami du joueur est plus important que faire respecter les rĂšgles. Avec Roberto (De Zerbi), on a essayĂ© de lutter contre ça. Mais mĂȘme lui nâen pouvait plus et a prĂ©fĂ©rĂ© partir (en fĂ©vrier dernier). JâespĂšre que les gens en poste ont cette envie dâassainir. Avec Genesio, ils ont ramenĂ© un trĂšs bon coach. Greg (Lorenzi, directeur sportif)a prouvĂ© Ă Brest. Et jâespĂšre quâon verra Ă©clore des jeunes de la formation, oĂč Titou Hasni (directeur du centre) fait un travail monstrueux. Je redeviens supporter, avec le droit de payer mon ticket et dâaller au stade.
Câest dĂ©finitivement fini avec lâOM ?
Je ne suis plus sous contrat depuis le 18 mai. Mais çâa mis du temps pour que Greg arrive, donc, fin mai, ShĂ©hĂ©razade (Semsar de BoissĂ©son, vice-prĂ©sidente du conseil de surveillance)mâa demandĂ© si je pouvais donner un coup de main sur le mercato. Quand un directeur sportif mâappelait, je faisais le topo sur la situation du joueur et le renvoyais vers le club. Greenwood (parti Ă Fenerbahçe), jâĂ©tais dans les calls. Je lâai fait pour aider. Mais tout ça est terminĂ©.
Dans quel Ă©tat avez-vous laissĂ© lâOM ?
Jâai laissĂ© lâOM (5e de L1) en Ligue Europa, et ce nâĂ©tait pas lâobjectif. Ăa, câest la responsabilitĂ© du sportif : moi, les coaches Roberto puis Habib (Beye). Mais pour ceux contents dâĂ©crire que câest Benatia qui a laissĂ© lâOM dans cette situation financiĂšre, avec 15 joueurs sur 23 Ă vendre, jây suis pour quoi ? Les 35 mouvements par mercato, ça existait avant mon arrivĂ©e. Donc câest facile. Les soucis financiers, je les ai dĂ©couverts en janvier, au KoweĂŻt. Avant le TrophĂ©e des champions (face au PSG, 2-2, 1-4 aux t.a.b.), rĂ©union avec Pablo (Longoria)⊠(il se reprend), avec lâancien prĂ©sident, et Frank (McCourt).
LĂ , je comprends quâil faut vendre. On est alors sur le podium, on ambitionne dâaller plus haut, donc je dis : « OK, mais on va pouvoir se renforcer ? » Petit froid et, pour la premiĂšre fois, Frank monte dans les tours : « Mais tu ne vois pas la situation ? » Moi : « On a ramenĂ© gratuit CJ Egan-Riley, Aubameyang, Angel Gomes ; Medina et TraorĂ©, en prĂȘts avec option ; Merlin, Rongier, Luis Henrique vendus. Boss, pourquoi vous nous parlez comme ça ? Par rapport Ă ce quâon sâest dit Ă Miami (en fin de saison 2024-2025), on est dans les clous. Quâest-ce qui a changĂ© ? » Lui comprend que je ne suis pas au courant, et moi je comprends quâavec De Zerbi on nâest au courant de rien.
Faut vendre pour 30 MâŹ, donc je cĂšde Robinio Vaz (AS Rome) et Bakola (Sassuolo), qui ne voulaient pas prolonger, je fais des prĂȘts pour allĂ©ger la masse salariale. Mais jâen veux Ă la terre entiĂšre. JâĂ©tais soumis au board, au conseil dâadministration autour de Frank, en dessous le prĂ©sident, le seul interlocuteur jusquâen janvier avec McCourt. Au KoweĂŻt, jâai compris quâil y avait des choses qui ne tournaient pas rond. AprĂšs, jâai fait un mail comme ça.
à qui était-il adressé ?
Frank, ShĂ©hĂ©razade, au conseil dâadministration. (Sâadressant Ă nous, exposant un document sur son tĂ©lĂ©phone.) En deux ans et demi, voilĂ la balance de mes transferts. Les ĂȘtres humains peuvent mentir, pas les chiffres. On a vendu pour 259 MâŹ, on a achetĂ© pour 275. Quand jâarrive (en novembre 2023), lâOM est encadrĂ© par la DNCG. Qui est le responsable ? Je nâĂ©tais pas lĂ . Et Ă cette pĂ©riode, ils avaient le CVC, les aides Covid, les droits tĂ©lĂ©. Donc tu ajoutes 100 M⏠dans les caisses. Depuis des annĂ©es, lâOM a la deuxiĂšme masse salariale de L1 aprĂšs le PSG. Et ça fait quatorze ans que lâOM ne se qualifie pas deux annĂ©es de suite en C1. MalgrĂ© les salaires, les transferts, les coaches⊠Ils sont tous mauvais, les mecs, pas de problĂšme. Aujourdâhui, tu as le mĂȘme train de vie mais avec 100 M⏠de moins (quâĂ mon arrivĂ©e).
« Je ne suis plus Ă lâOM mais je ne suis pas parti Ă lâautre bout du monde travailler, me cacher »
Comment évaluez-vous votre passage ?
On a ratĂ© la Ligue des champions, lâobjectif principal, mais pour faire un bilan, il faut tout prendre. Directeur du foot, je devais ramener un bon entraĂźneur et un bon effectif. Est-ce que lâĂ©quipe Ă©tait suffisamment forte ? Tout le monde le dit : tous les jours ! LĂ oĂč on a failli, et câest notre responsabilitĂ©, Ă moi et aux coaches, câest sur la mentalitĂ©, faible, catastrophique. Ils ont choisi leurs matches. Super Ă Madrid (1-2, 16 septembre 2025 en C1), alors quâils se connaissent depuis trois jours. Bergame Ă domicile (0-1, 5 novembre 2025), tu ne fais pas trois passes.
Ă Bruges (0-3, 28 janvier), câest une humiliation. Le Nantes de cette saison Ă©tait le plus faible depuis que je regarde la L1, ils nous ont pris six points (0-2, 0-3). Inadmissible. Ă Lorient (0-2), eux ne jouent plus rien, câest une faute professionnelle. Deux points de plus et une qualification en C1, on fait la fĂȘte, câest top, stable. Lâavenir de ce club Ă©tait dans nos mains. Et quand je parle, jây serais allĂ© un peu fort ? Les joueurs, faut pas toucher. Jâai Ă©tĂ© joueur, je sais ce que câest, jâai aussi bĂ©nĂ©ficiĂ© de ça.
Et donc, que sâest-il passĂ© ?
Le dĂ©part de Roberto a fait beaucoup de mal. On me dit : « On lui en veut, on y a cru et il nous a lĂąchĂ©s. » Non ! Ce nâest pas quelquâun qui lĂąche, il se bat. Quand on reçoit Nantes (0-2), il finit sa causerie, il transpire, il a les yeux rouges, il est dans un Ă©tat second. MĂȘme moi en costume jâai envie de jouer. Sur le terrain, ce que tu vois ne va pas avec son discours : pas une course vers lâavant, pas un duel gagnĂ©âŠ
AprĂšs Bruges, il nâest mĂȘme pas rĂ©voltĂ©, je me dis que câest fini. Il est meurtri. On va Ă Clairefontaine au vert (en janvier), je parle avec Kondo (gbia), Höjbjerg, Balerdi, Auba (meyang).« On ne peut pas foutre la saison par terre. Le coach est mon ami mais si vous avez un problĂšme avec lui, dites-le, je trouve une solution. Si câest avec moi, je mâen vais. Si câest autre chose, je suis lĂ . Mais dites-moi pourquoi vous choisissez vos matches ! » « On nâa pas de problĂšme, on ne comprend pas nous non plus, câest dur. » Ils sont partis voir le coach : « Reste, on a besoin de toi. » Moi, je lui dis : « Je te comprends, je suis abattu moi aussi. On nâarrive pas Ă leur donner ce quâon a Ă lâintĂ©rieur, ce feu. Tu veux faire quoi ? » Il a envie de se battre, on continue.
Paris nous en met 5 (8 fĂ©vrier), si tâen prends 9, y a rien Ă dire. Quand câĂ©tait la tempĂȘte, on nâa pas su prĂ©server le coach. Sâil avait tenu, la fin aurait Ă©tĂ© diffĂ©rente. Quand il veut partir, je le comprends et lui dis : « Je suis dĂ©goĂ»tĂ©, mais tu as raison. »
Vous nâessayez pas de le retenir ?
AprĂšs Paris, non. En dĂ©but de saison, aprĂšs Lyon (0-1, 31 aoĂ»t 2025), il Ă©tait furieux et voulait dĂ©jĂ partir. Je lui avais dit : « Calme, on va y arriver. » Le lendemain, on fait Aguerd, Emerson, Pavard, et il est content. Mais Ă la fin, moi-mĂȘme jâĂ©tais Ă bout. Et quand je parlais aux joueurs, « non, on lâadore le coach ». « Comment ça, tu lâadores ? Tu ne lâĂ©coutes pas ! » Donc aprĂšs Paris, je lui ai dit : « Tu peux partir. Câest notre Ă©chec, je pars avec toi. »
Câest lĂ que vous dĂ©cidez de dĂ©missionner ?
La rĂ©union au KoweĂŻt avait Ă©tĂ© un point de rupture. Mais je nâavais pas dĂ©cidĂ© de partir. JâĂ©tais trĂšs agacĂ© : « Je me bagarre et je dĂ©couvre les finances. » Je me suis senti trahi.
Par Pablo Longoria ?
Je me sens trahi en raison de la situation. Quand les versions diffĂšrent, jâadore faire un tour de table. Personne ne peut mentir ou sâĂ©chapper. Moi, la diffĂ©rence, câest que, quand jâai quittĂ© Marseille, jâai demandĂ© zĂ©ro, pas signĂ© de truc de confidentialitĂ©. Pas besoin dâacheter mon silence. Ce que jâai Ă dire coĂ»te trop cher, ça nâa pas de prix la vĂ©ritĂ©. PrĂ©tendument jâĂ©tais derriĂšre les banderoles (« McCourt/Longoria cassez-vous ! », contre Strasbourg, le 14 fĂ©vrier).
Les gens disaient : « Bizarre, Benatia nâĂ©tait pas dessus. » Personne ne va mâutiliser. Les supporters viennent, je les Ă©coute. Quand ils ont raison, je le leur dis. Quand ce nâest pas le cas, je le leur dis. LâĂ©quipe leur a fait honte, je vais leur dire « vous exagĂ©rez » ? Non, plutĂŽt : « Jâai eu honte moi aussi, mais on a besoin de vous, ne sifflez pas les joueurs. » Soi-disant, je devais passer prĂ©sident. Jâai dit « ça ne mâintĂ©resse pas » devant les supporters. Le boss (McCourt) a dit : « Je prends note. Medhi avait Ă©mis le souhait de partir, je lâai fait revenir, je crois en lui. »
Il vous convainc Ă la condition que Longoria sâen aille ?
Pas du tout. Je pose ma dĂ©mission parce que jâai failli (il lâannoncera publiquement le 15 fĂ©vrier sur les rĂ©seaux sociaux). LâentraĂźneur a dĂ©cidĂ© de partir parce quâil ne trouve pas la formule pour que lâĂ©quipe joue deux matches dâaffilĂ©e avec la mĂȘme intensitĂ©. Directeur du foot, je suis responsable aussi de ça. Je demande zĂ©ro, juste Ă partir. On se voit Ă Paris (avec McCourt).« Medhi, quâest-ce que je peux faire pour que tu restes ? » « Rien, je ne veux plus continuer, je nâai plus de force » « On va changer ça, ça, ça, mais jâai besoin que tu restes. Tu sais ce que jâai fait pour ce club, comme ce projet est important pour moi, sâil te plaĂźt, fais un effort. » Je rĂ©flĂ©chis, il est tard. Il me dit : "Demain matin, on prend lâavion, on parle aux joueurs, aux supporters, on avance avec un entraĂźneur, mais jâai besoin de toi pour finir. " « OK mais vous me signez les papiers pour que je parte Ă la fin de la saison. » Il me dit : « Promis. »
Mais il vous dit que LongoriaâŠ
(Il coupe.) Oui, il me dit quâils sont en train de trouver un arrangement. Quand tu donnes beaucoup, tâas besoin dâun peu de reconnaissance. Je lâai eue avec le boss (Frank McCourt). Il nây a quâĂ voir la petite lettre de dĂ©part. Demain, je le croise Ă lâhĂŽtel, je sais quâil va me prendre dans ses bras. Jâai voulu travailler pour lâOM. Quand un joueur nâest pas comme tu aimerais dans son comportement, tu mets un con, un mĂ©chant - en gĂ©nĂ©ral, moi - pour lui dire ses quatre vĂ©ritĂ©s. DerriĂšre, le coach passe : « Ce quâil te dit, câest pour toi, tu dois amĂ©liorer ça. Je vais tâaider. » Avec cette gĂ©nĂ©ration qui nâa plus beaucoup de passion, lâentraĂźneur doit avoir la bonne pommade pour bien masser. LĂ , ils arrivent Ă courir, marquer. Si tâes trop franc du collier : « Ah, le coach, câest bon, de toute façon nous, on a cinq ans de contrat, lui ils vont le sortir dans six mois. »
« Si jâai commis des erreurs ? Oui, sur deux joueurs, on sâest trompĂ©s. Je ne vais pas les citer, ce serait irrespectueux »
Ce sont les joueurs qui décident ?
Aujourdâhui, les joueurs dĂ©cident. Souvent, le coach ne peut pas se lĂącher en confâ, alors il dĂ©clare « câest moi le fautif ». Pas un qui a gagnĂ© un duel mais câest lui le fautif. Je veux bien, une, deux, trois fois, mais Ă un moment donné⊠On parle de mecs qui gagnent 2-3 millions par an. Et quand il y a une dĂ©faite, il ne faut rien leur dire. Quand les supporters mĂ©contents veulent les rencontrer, il ne faut pas non plus. Le football, câest pour les amoureux, les passionnĂ©s, ça se vit Ă 2 000 %, pas Ă moitiĂ©, en tout cas pas Ă lâOM. Aux joueurs quâon faisait signer, avec Roberto on leur disait : « On sera lĂ . Par contre, il faut donner le coeur et la tĂȘte. » Certains nâont rien donnĂ© de ça.
Vous Ă©tiez dĂ©fenseur. Avez-vous marquĂ© un but contre votre camp Ă lâOM en tant que dirigeant ?
Si jâai commis des erreurs ? Oui, sur deux joueurs, on sâest trompĂ©s. Je ne vais pas les citer, ce serait irrespectueux.
Vos plus belles réussites ?
Roberto De Zerbi (en juin 2024). Le Bayern Munich, Manchester United lâavaient appelĂ©. Joueur, il se prenait pour Chris Waddle quâil aimait beaucoup. Du coup, il a toujours Ă©prouvĂ© une attirance et du respect pour lâOM. Il mâa dit : « Le club mâavait contactĂ© par le passĂ© mais ça ne mâavait pas tentĂ©. LĂ , tâas rĂ©ussi Ă me rentrer dans la tĂȘte. » TrĂšs fier aussi dâavoir convaincu un top joueur comme Adrien Rabiot (en septembre 2024), mĂȘme si ça ne sâest pas fini comme on voulait. Joueur monstrueux.
Les deux plus belles réussites que vous donnez sont inachevées.
Roberto a Ă©tĂ© lassĂ© de ne pas trouver la solution Ă ces hauts/bas. Adri, je nâai pas envie de revenir sur ce qui sâest passĂ© (bagarre avec son coĂ©quipier Jonathan Rowe, 15 aoĂ»t 2025). Câest regrettable.
Câest vers vous quâil est venu sâexcuser ?
Non. Il nâest pas venu sâexcuser. Personne ne sâest excusé⊠Deux jours et demi aprĂšs, quand on les a convoquĂ©s, ils ont reconnu une erreur.
Ăâaurait pu en rester lĂ ?
Comment ça ?
Ils sont convoqués, ils viennent, ils reconnaissent.
Les gens ne veulent pas comprendre. LâautoritĂ© du vestiaire, câest De Zerbi. Lui est arrivĂ© en essayant dâappeler au calme. Et ça sâenvenime rapidement. La dĂ©cision (de se sĂ©parer des deux joueurs), on lâa prise tous ensemble. Le coach nous a dit : « Mais comment je fais maintenant dans le vestiaire ? Demain je peux parler et le joueur il parle Ă cĂŽtĂ© ? Ils vont se foutre sur la gueule, moi je suis là ⊠» Quand tu connais lâhomme, impossible. Câest comme si moi, dans mon bureau, jâai deux scouts qui se foutent sur la gueule. Je me lĂšve, demande dâarrĂȘter et ça continue. Le lendemain, je les vire les deux. Vous ne mâĂ©coutez pas quand je parle ? Je sers Ă quoi ? Je suis ton supĂ©rieur. Quand il y a une rĂ©union Ă 11 heures, les joueurs doivent attendre dans la salle Ă 10h55. Et lâentraĂźneur arrive Ă 59. Câest trop demander ? Sâil ne faut plus de rĂšgles, les laisser jouer Ă la Play, arriver en claquettes, la casquette et tout, bon bah OK, peut-ĂȘtreâŠ
Cette exigence nâexiste plus aujourdâhui ?
Je ne dis pas ça. Câest encore important dans certains clubs. Mais quand je parle avec des directeurs, ça revient. Câest une nouvelle gĂ©nĂ©ration. Avec ça (il montre le tĂ©lĂ©phone), ils ont une facultĂ© Ă rester concentrĂ©s trĂšs peu de temps, mĂȘme en rĂ©union. Avec Pep (Guardiola au Bayern Munich), on avait des rĂ©unions, pfff, quarante-cinq minutes. Aujourdâhui, tâen fais une de quinze, tâas lâimpression que tu leur as pris un rein. Sur les programmes de prĂ©-saison que tu donnes, combien vont prendre un prĂ©pa et bosser en vacances ? Quand tu perds et que tâas Ă©tĂ© fautif, que tu sois lâattaquant qui mange la feuille ou le dĂ©fenseur qui perd son marquage, combien ne sont pas bien ? Ils passent Ă autre chose. Pas tous, hein, mais 80 %. AprĂšs Lorient, on leur annonce quâils vont passer plus de temps ensemble Ă la Commanderie : « Ah non mais pourquoi, on est punis ? » Les agents appellent : « Non mais attends, ça ne va pas⊠»
Si vous aviez une chose à refaire, différemment, quelle serait-elle ?
Quand jâai posĂ© ma dĂ©mission aprĂšs Paris, je ne serais pas revenu. Je serais parti en mĂȘme temps que le coach.
« Quand je parlais de poison, de ces mĂ©tastases de lâintĂ©rieur⊠Si tu veux changer ça, il te faut une posture forte »
Le choix de Beye était le bon ?
Aujourdâhui non, mais au moment oĂč on le fait⊠Pas un entraĂźneur ne vient Ă lâOM pour quatre mois. On part sur un contrat de dix-huit, sinon le vestiaire va le voir comme un intĂ©rimaire, mais accord entre le club et ses agents - si on finit quatriĂšmes câest comme ça, cinquiĂšme câest comme ça -, chacun connaĂźt sa mission et son objectif. Le but est de se qualifier en Ligue des champions et gagner la Coupe de France. Habib, on ne peut pas lui enlever son attachement Ă lâOM. Ă ce moment-lĂ , tu ramĂšnes qui, Xabi Alonso ? Quand tu perds Rabiot, tu sais que tu ne trouveras pas plus fort. Quand tu perds De Zerbi, tu sais que tu ne retrouveras pas un entraĂźneur comme lui.
LâOM, pour vous, câĂ©tait trop tĂŽt ?
Non. De trĂšs expĂ©rimentĂ©s sont venus et se sont cassĂ©s la gueule. Ce club, je sais comment il fonctionne. Quand je parlais de poison, de toutes ces mĂ©tastases de lâintĂ©rieur⊠Si tu veux vraiment changer ça, il te faut une posture forte, de tout lĂ -haut, tu ne peux pas y aller Ă moitiĂ©. Sauf que lĂ -bas tu peux toucher Ă tout, mais jamais aux intĂ©rĂȘts de certains. AprĂšs, mon plus grand regret est de ne pas avoir rĂ©ussi Ă porter lâOM deux saisons de suite en Ligue des champions.
Il y a eu aussi vos propos dans The Bridge : « Dans trois, quatre, cinq ans, si Nasser a besoin de moi et que ça doit ĂȘtre dans un rĂŽle au Paris-SG et que ça me plaĂźt⊠Je ne dois rien Ă personne, moi ! »
Je rĂ©pondais Ă la question qui dĂ©range(« Si on te proposait dâĂȘtre directeur de Paris, est-ce que tu accepterais ? ») et çâa Ă©tĂ© mal interprĂ©tĂ©. Le message nâĂ©tait pas « si Nasser (Al-KhelaĂŻfi) mâappelle demain, jây vais ». Jâai une belle relation avec lui, donc, si, dans quelques annĂ©es, il mâappelle et que câest bien pour moi, jâirai. Je suis libre. Je dois quoi ? Ă qui ? Jâai essayĂ© de servir lâOM dans lâintĂ©rĂȘt du club. Le PSG est le rival, et alors ? On est des pros, on travaille. Je fais ce que je veux. CâĂ©tait ça le message. Pas du tout un appel du pied.
Quâallez-vous faire ces prochaines semaines ?
Profiter de ma famille, partir en vacances. Je me suis remis Ă la salle, il me reste quelques kilos Ă perdre. Padel, regarder les matches, me dĂ©placer, câest toujours agrĂ©able dâaller Ă Bernabeu, San Siro, Rome, Turin, au Barça. Consultant ? Jâai Ă©tĂ© contactĂ©. Le foot est ce qui mâanime, donc ce nâest pas impossible. Directeur, agent, ce nâest pas prĂ©vu dans lâimmĂ©diat. Jâai eu des avances dâArabie saoudite, dâAngleterre, mais je ne suis pas prĂȘt Ă repartir sur un autre projet. »
Source: france football