Pathfinder: Kingmaker, l'aventure c'est l'aventure

J’aime les RPG occidentaux, j’aime vois évoluer un groupe de 4 à 6 personnages qui se met sur la gueule avec des orcs, gobelins et autres, enfiler des armes et armures qu’on a récupéré dans un coffre au fin fond d’un donjon hostile. On part pour une aventure d’une centaine d’heures dans un monde médiéval fantastique. Pathfinder: Kingmaker, adaptation d’un jeu de rôle sur table renommé s’inspire des classiques du genre comme Baldur’s Gate. Il a été financé par les fans du genre pour faire un RPG comme avant, et on n’est pas trompé sur la marchandise. Après 150 heures de jeu et quelques nuits très courtes, je suis bien rassasié.


:notebook: Temps de lecture estimé : 10 minutes


Pathfinder: Kingmaker, c’est quoi ?


« Explorez les Terres volées, une région contestée depuis des siècles. Des centaines de royaumes ont cherché à s’y établir pour ne connaître que la ruine. L’heure est venue d’y laisser votre empreinte en créant votre propre royaume ! Pour ce faire, vous devrez survivre aux périls de l’environnement et des nations rivales… mais aussi aux dangers insidieux de votre cour. »

On ne se tourne pas vers un CRPG pour son postulat de base car ça se ressemble souvent d’un jeu à l’autre, mais Pathfinder: Kingmaker nous donne rapidement des indices sur ce qui va le différencier des autres. On va être propulsé à la tête d’un Royaume dans des Terres hostiles, on va devoir le gérer et… on va vivre pas mal d’emmerdes. Hormis les emmerdes, le reste est assez nouveau !

Dans ce genre de jeux on est généralement un groupe indépendant, nomade qui passe de village en village pour affronter des ennemis de plus en plus forts. Le fait de nous mettre aux commandes d’un Royaume amène des idées intéressantes (je développe l’aspect « gestion » plus loin), et sait exploiter cet élément pour proposer un récit qui n’est pas si banal que ça. Même si on a droit à une menace puissante et mystique, la politique occupe une bonne part du récit. On ne subit pas les évènements politiques de l’univers du jeu mais on y prend activement part, avec d’autres dirigeants de Royaume qu’on va cotoyer, avec qui on nouera une amitié ou une rivalité. Ce genre de récits plus terre à terre me parle bien plus que les divinités d’un Pillars of Eternity.

Un RPG n’est rien sans ses nombreuses classes et différentes races qui cohabitent. Dans ce domaine, le jeu nous offre du choix. On a 8 races (9 avec le DLC) comme les humains, elfs, nains, gnomes, etc. 16 classes générales (chacune dispose de trois sous-classes) sont proposées dont les classiques guerriers, barbares, mages, prêtres, et il existe la possibilité de faire du multi-classe. Vous pourrez donc créer un personnage vraiment unique.

Vous pouvez aussi choisir votre alignement, serez-vous le héros loyal-bon parfait ? Quelqu’un de neutre qui prend de la distance par rapport aux évènements ? Un type chaotique mauvais qui s’en fout si les innocents périssent tant que vous arrivez à votre but ? Selon vos décisions, votre alignement changera. J’ai commencé chaotique bon, j’ai fini neutre bon car les options de dialogues de type neutres étaient collaient souvent assez bien à ma vision de l’aventure.


La gestion du Royaume, un plus ?


Avant de pousser mon avis sur le jeu, il faut revenir sur l’une des grandes originalités du jeu : la gestion du Royaume. Ne vous attendez pas à un jeu de gestion ultra poussé, le coeur du jeu reste l’exploration et les combats, mais ce n’est pas un élément à négliger.

Dans le jeu, il y a 13 régions, 12 peuvent être annexées. Dans chaque région vous pouvez construire un village et choisir les bâtiments qui seront construits. Ces bâtiments vous permettent d’améliorer les statistiques de votre royaume, qui sont divisées en 10 parties allant de la loyauté de vos habitants, à la qualité de votre armée, en passant par la place accordée à la religion.

Régulièrement, vous aurez des évènements (plus ou moins) aléatoires qu’il faudra traiter. Pour cela vous pourrez nommer des conseillers (les membres de votre équipes, ainsi que des personnages rencontrés en cours d’aventure que vous pouvez recruter pour vous aider dans la gestion du royaume) et ils se chargeront de s’occuper de ce problème pour vous. Les conseillers peuvent réussir leur tâche et cela augmentera les statistiques du royaume ou échouer et ça diminuera.

Voilà pour les grandes lignes, il y a quelques subtilités qui se découvrent en jeu, mais il n’est pas nécessaire de développer plus que ça cet élément. Il est nécessaire de retourner dans votre ville régulièrement car vous serez parfois attendus dans votre salle du trône pour des réunions, et des décisions à prendre avec vos conseillers. C’est somme toute assez basique, mais ça renforce cette impression qu’on est dans un monde vivant qui ne tourne pas autour de notre groupe de héros, où on cohabite avec d’autres dirigeants et on doit gérer le bien-être de la population.

Le Royaume offre des avantages et petits défauts. D’une part, c’est un moyen habile de lancer des quêtes secondaires, en complément des classiques rencontres aléatoires sur les différentes zones qu’on peut explorer, en effet, des gens vous rendent visite pour vous demander de l’aide et c’est logique car vous êtes le dirigeant de leurs terres. La ville, la salle de trône et le lit confortable amènent une sensation de confort qui fait qu’il y a un manque quand on s’éloigne de son Royaume trop longtemps. On est sincèrement soulagé de rentrer à la maison après un voyage long et épique pour s’occuper du Royaume. Le recrutement d’artisans vous permet aussi de recevoir des cadeaux en guise de remerciements pour leur avoir construit une boutique dans une ville de votre Royaume (après les avoir aidé pour une quête secondaire). Les objets ne sont pas toujours extraordinaires, mais c’est toujours plaisant d’avoir des cadeaux !

Le petit défaut de cet aspect du jeu et qu’il participe à donner au jeu un rythme un peu saccadé avec des périodes où beaucoup de choses s’enchaînent, on n’a pas le temps de respirer et de s’arrêter et d’autres où s’occupe du royaume pendant une poignée d’heures en attendant que la suite du scenario s’enclenche. L’équilibrage n’est pas parfait, mais l’idée reste bonne.


Un excellent voyage !


Mais concrètement le jeu est bien ? Le début est un peu laborieux, Kingmaker suit un peu trop à la lettre les règles du jeu de rôle avec des jets de dés qui se font dans les calculs. Chaque action peut échouer lamentablement car le lancer de dé qui a été généré en tâche de fond a été mauvais. Au début de l’aventure votre personnage va rater beaucoup d’attaques, et ça peut frustrer. Vous aurez l’impression d’avoir complètement foiré votre personnage. Il y a des chances que ce soit bien le cas d’ailleurs, car même en recommençant le jeu trois fois, j’ai commis des erreurs à la construction de mon personnage pour ma tentative finale. Mais une fois les trois premiers niveaux passés (ça dépend des classes, mais généralement le cap se fait au troisième niveau dans le jeu), cela ne m’a pas empêché d’avoir un personnage qui me plaisait et qui faisait mal dans le dos des ennemis avec ses attaques sournoises. Sachez qu’il est possible de refaire le build de son perso en cours d’aventure, en échange d’argent, donc si la sensation d’échec vous poursuit, vous pourrez refaire en partie votre personnage.

Après une introduction qui donne quelques sueurs, le jeu nous offre 80 heures vraiment passionnantes et plaisantes à jouer. Les premiers chapitres du jeu sont bons, l’aventure se suit avec un véritable intérêt et le rythme global du jeu est excellent, s’il y a des donjons difficiles et donc éprouvants, on a envie de voir où l’intrigue va nous mener.

On explore la carte en même temps que le récit principal avec bonheur. Le Comptoir d’Oleg, la conquête de Val-Défense, la Forteresse Naine envahie de trolls, Varnhold, Pitax, etc. Des lieux et moments mémorables vous y attendent. Car l’une des forces du jeu est d’arriver à créer un challenge permanent. Dans certains RPG, les joueurs qui font le maximum de quêtes secondaires vont généralement avoir une quête principale qui ne propose pas de challenge relevé. Même avec les options comme le niveau adaptatif des ennemis, il arrive de finir certains boss en 30 secondes car on a bien exploré le jeu avant ça. Mais dans Pathfinder: Kingmaker… putain, il y a des moments hardcore. Si vous êtes un joueur moyen comme moi (pas mauvais, mais clairement pas assez bosseur pour maîtriser toutes les classes, en particulier les mages pour moi), vous allez vous heurter à un mur de temps en temps. Ça force à apprendre sur le jeu, potasser, refaire un tour dans le grimoire du personnage pour trouver des sorts dont on ne soupçonnait pas l’utilité avant. Quitte à vous reposer tous les 3 combats, vous allez finir par en venir à bout et êtes récompensés de vos efforts.

Les quêtes secondaires sont inégales comme dans tous les RPG mais suffisamment variés pour motiver à en compléter un maximum, on a parfois d’excellentes surprises comme cette petite enquête façon cluedo dans une auberge isolée.

Les personnages secondaires sont également une vraies réussites. C’est d’ailleurs ma plus grande surprise dans ce jeu. J’ai rarement autant aimé découvrir l’histoire de mes compagnons et les accompagner pour voir leur évolution au fil de l’aventure. Charmer Valerie qui a tout lâché à cause des hommes qui la harcelaient à cause de sa beauté était amusant, soutenir Octavia victime des esclavagistes de la Ligue Technique étaitmotivant. Accompagner Amiri lorsqu’elle allait croiser la route de son ancienne tribue Barbare était plus intéressant que je l’imaginais. Que dire de Nok-Nok ? Ce gobelin au vocabulaire limité qui veut être un héros coûte que coûte m’a fait franchement marrer, notamment quand il fout le bordel dans mon Royaume car je lui ai laissé trop de libertés ou quand il évoque son mépris pour la bavarde Linzi. Linzi d’ailleurs aurait pu être un personnage agaçant par excellence, mais elle m’a finalement beaucoup plu et j’ai soutenu autant que possible ses projets d’écriture avec sincérité.

Ils ne toucheront pas forcément tous mais les personnages secondaires sont vraiment bien écrits et un véritable attachement se créé naturellement. Et c’est une chose que je n’ai pas ressenti dans beaucoup de CRPG mine de rien (où leur apport en combat était au final ce qui me comptait le plus).

Les méchants, surtout dans la deuxième partie de l’aventure ne sont en reste. Que ce soit l’incroyable barbare surpuissant Armag ou la nymph Nyrissa, il y a des phases de dialogue qui surprennent et je me suis surpris à bloquer quelques minutes au moment de prendre des décisions difficiles.

Avant de lancer le jeu, je ne m’attendais vraiment pas à être aussi happé par le scenario, les personnages et les quelques twists que l’on vit. Certaines morts m’ont fait chier, les trahisons m’ont pris de cours. Sur ce point, c’est une agréable surprise. C’est l’un de mes scenario préféré dans le genre (là où les mécaniques du jeu et des combats m’ont moins surpris, j’ai alors une préférence pour le tour par tour d’un Divinity).


Quelques conseils sur le jeu


Même si j’ai énormément progressé dans ma compréhension des mécaniques du jeu en cours d’aventure, vous trouverez des conseils plus pertinents sur les forums spécialisés. Mais je peux donner quelques petits conseils généraux et abordables qui pourraient aider à se lancer dans le jeu.

Dans les RPG et MMORPG, on parle souvent de Tanks et autres DPS. Je pense qu’il peut être utile de parler de la spécialisation. Une erreur qu’on peut commettre dans ce genre de jeux c’est de vouloir créer un personnage qui est bon partout (notamment dans les compétences), mais au final, vous serez bons nulle part. Il est important de spécialiser chaque personnage pour que votre équipe soit plus performante

En combat, il vous faut un tank (si ce n’est pas vous, ce sera Valerie), ce tank va servir à attirer le maximum d’ennemis possibles et ne sert qu’à encaisser des dégâts. Il faut donc spécialiser en défense. Constitution à fond, bouclier bien lourd. L’attaque est très secondaire. Un excellent joueur arrivera à en faire une belle machine avec notamment les attaques d’opportunités, mais la priorité c’est d’utiliser ce personnage pour se faire taper dessus.

Car les autres font faire les dégâts. Cela peut être un roublard (j’ai fait un maître des couteaux par exemple), qui va attaquer aux corps à corps mais plutôt de façon fourbe. Pendant que l’ennemi se concentre sur le tank, vous êtes le petit bâtard qui va le frapper dans le dos avec des dagues. Ce type de personnage est ce qu’on appelle le DPS (Damage per second), c’est le type de personnages qui va faire le maximum de dégâts. Les barbares et moines font aussi d’excellents offensifs en combat au corps à corps.

Il vous faudra aussi au moins un healer (Tristan principalement, mais Harrim, Jaethal et même Linzi peuvent faire de bons soigneurs suivant la façon dont vous les faites évoluer) pour soigner les personnages qui prennent des dégats. Car si votre tank tombe, votre équipe va vite sombrer.

Dans certains jeux, les mages font de gros dégâts aussi, mais ça m’a moins marqué dans Pathfinder. Il est indispensable d’avoir des personnages qui jettent des sorts pour buffer (améliorer les défenses et attaques des personnages, les rendre plus rapides ou invisibles) ou encore affaiblir les ennemis (les ralentir, baisser leurs défense, les immobiliser), plutôt que de faire des dégâts. Mais là, c’est probablement parce que je suis nul avec les mages. Il ne faut donc pas négliger cet aspect du jeu de rôle.

Voici pour les grandes lignes du genre. Pour parler plus spécifiquement du jeu. Il dispose de plusieurs compétences. L’athlétisme permettra de passer certains obstacles dans les cartes ou réussir des épreuves physiques lors des phases de « livre interactifs », boostez donc cette compétence pour un ou deux personnages qui ont une bonne note en Force. Il vous faudra un spécialiste en mobilité, un en doigts de fée (pour crocheter les serrures), au moins un personnage très fort en pereptions. Au niveau des personnages qui ont une bonne sagesse, répartissez les compétences pour avoir de bonnes notes en éruditions et connaissances nature et sacré. Quand vous composez votre groupe, assurez-vous que toutes les compétences soient bien couvertes.

Autre conseil non négligeable, à chaque passage de niveau, prenez le temps de faire un tour par le grimoire de chaque personnage qui peut lancer des sorts. Si vous spécialisez Octavia en magicienne, vous pourrez en faire un personnage très précieux en recopiant des parchemins dans son grimoire et en choisissant soigneusement les sorts qu’elle pourra utiliser. Jobilost et Harrim ne seront vraiment utiles que si vous créez une bon dosage entre leur style de combattant et les sorts qu’ils pourront lancer. Jaethal est une mort-vivante et ne peut pas être soignée comme les autres, mais ses sorts de nécromancie sont vraiment précieux si on prend la peine de mettre le nez dans son grimoire.

Au niveau du Royaume, vos compagnons peuvent remplir certains rôles (Amiri fait une excellente générale par exemple) et il faut savoir que leurs capacités à résoudre des crises et opportunités dépend d’un des six attributs principaux (force, dextérité, constitution, intelligence, sagesse ou charisme), si vous améliorez leur attribut à l’aide d’une ceinture, couronne, gant ou anneau) leur taux de réussite dans les crises ou opportunités du Royaume sera meilleur. Le Régent dépend du charisme du personnage. Le Conseiller dépend de la sagesse. La force joue sur la qualité du Général des armées. Le trésorier sera meilleur avec une bonne intelligence. Le prêtre dépend, lui, de la sagesse. Le Diplomate a besoin de charisme. Le Magistère a besoin d’intelligence. Le Prévôt doit avoir une bonne constitution. Le conservateur dépend du charisme et enfin le ministre chargé de l’espionnage évolue en fonction de sa dextérité.

Voici quelques modestes conseils, qui je l’espère, vous aideront sur ce jeu !


Pathinder: Kingmaker a été une excellente surprise, j’ai passé 150 heures éprouvantes mais passionnantes sur ce jeu. Si vous êtes amateurs du genre et pas allergique aux combats en pause active à la Baldur’s Gate (le mode tour par tour est un peu trop lent pour s’imposer sur ce jeu), je vous invite à vivre cette très belle aventure !

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