Actu - Violences policières (France)

Il y a autre chose de passablement énervant dans cette vidéo et dans la rhétorique traditionnelle de l’extrême droite, c’est la tendance à :

  • dire que la France est un pays socialiste
  • dire que le socialisme est forcément laxiste.

Déjà, concernant le premier point, c’est faux. Nous sommes un pays avec une politique sociale, mais c’est le cas dans n’importe quel pays capitaliste. On a plus d’aides qu’aux USA mais ça ne fait pas de nous un pays socialiste pour autant.

Et concernant le laxisme, c’est juste une fausse corrélation souvent utilisée quand on est incapable de justifier ses idées de droite sans passer pour un facho. Cuba, le Vénézuéla, ce sont des républiques socialistes : je n’affirmerais bizarrement pas qu’ils soient laxistes.

Peut-être alors qu’il veut parler des « socialistes » à la scandinave, mais dans ce cas, les résultats en terme d’insécurité leur donne plutôt raison.

Bref, il n’y a rien à garder dans sa vidéo. C’est niveau 18-25.

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Ca va même au-delà.

Pour fréquenter plusieurs flics dans le monde professionnel et dans ma vie perso, c’est assez partagé le sentiment de choppé toujours les mêmes.

Globalement, ceux en commissariat ont l’habitude d’attraper toujours les mêmes mecs pour des délits mineurs. En gros, quand y’a du tapage, du vol à l’étalage ou à l’arrachée, du petit traffic de stup, du racket, ce genre de choses effectivement, ils ont des habitués des signalement. La difficulté vient que comme on est sur des délits, il appartient au procureur de décider s’il poursuit ou pas.
En gros, un riverain se plaint (dépôt de plainte ou appel suite à tapage), les flics attrapent le mec, le ramène au poste et téléphonent au proc’. Le proc, qui a 4000 affaires en suspend, se contrefout du gars qui a gueulé un peu fort sous les fenêtres à 4 du mat’. Alors, au mieux, il le convoque pour un rappel à la loi, au pire il leur dit de lâcher le gars. Du coup, après un passage case commissariat, le gars qui pollue le quotidien ressort comme il est entré. LE flic n’est qu’un pion de procédure à ce niveau là.
Derrière, forcément, les flics sont dégoûtés de chopper un gars en infraction et de le laisser partir comme une fleur et souvent le type va fanfaronner car il ne lui est rien arrivé.

C’est un cas typique. Impossible de donner des chiffres précis, car comme il ne s’agit pas de condamnation, on n’est pas dans la récidive légale. Mais, on est sur des mecs connus car ayant un comportement délinquant.
Ca doit ressortir au niveau des MAD, mise à disposition, en gros, les rapports des flics quand ils choppent un mec. Sauf, que ce n’est pas une condamnation, encore une fois, donc pas sur que cela puisse servir, légalement parlant, à des fins statistiques. Ca n’a pas de raison de figurer non plus au dossier du gars, car pas condamné. Donc ça n’apparaît pas.

Après, il y a ce même sentiment partagé par les flics qui ne sont pas en commissariat, parce qu’ils y ont souvent fait des piges, au moins en stage et après ça fait partie de l’imaginaire collectif du métier. En gros, ça existe, tout le monde le sait, même ceux qui n’y sont pas confrontés, avec parfois un fantasme sur les volumes.

Sur les condamnations des multirécidivistes, pour reprendre mon exemple précédent, tant que pas de condamnation, pas de récidive, et la récidive ce n’est que sur la même infraction. Du coup, techniquement pas es récidivistes, mais des habitués de l’interpellation.

Sur le fond de la vidéo, je n’aime pas non plus la présentation des données ni le ton condescendant de l’autre type.

Sur la défense des violeurs il vise la question du respect des droits. Pour nombre d’entre eux et dans la population de manière générale, il n’est pas toujours admis qu’un mec qui a tué et violé nombres de gamins ait droit au gite et au couvert, qu’il ait le droit a des remises de peine, à se plaindre de son interpellation. C’est le fameux dilemme métaphysique du « ai-je le droit de violenter un violeur kidnappeur pour sauver le gamin prisonnier d’une mort certaine » qu’on a dans certains films. L’atrocité annihile les droits de l’auteur pour protéger la victime ou la société de ce genre de type.

Sur l’Etat qui crache sur la police il faut différencier les discours et la pratique. En pratique, réduire les moyens, la formation, les équipements, dynamiser la politique du chiffre comme jamais tout en la niant et en affectant sur des conneries c’est pas mal dans le genre.

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Ah et au niveau de l’Etat qui crache sur les flics, effectivement, il y a des consignes de ne pas aller dans certains quartiers, car il n’est pas possible de protéger les agents qui s’y rendent. En gros, s’il faut interpeller dans certains coins, ils ne peuvent être assez nombreux pour agir en sécurité, pour eux, et du coup on leur dit de ne pas y aller.

Ensuite, je me souviens d’une discussion avec un représentant syndical sur des violences au palais de justice. Je lui disais que c’est chaud quand même de violenter un type qui est en gav, même si c’est un sale con qui t’insultes et lui me faisais remarquer que le flic en question était seul à son poste, stagiaire (donc en période d’essai dans la fonction publique) il sortait de formation depuis moins d’un an et on l’avait lâché seul à gérer des cas pas toujours simple. Ca n’excuse pas, mais ça explique pourquoi le type pète un câble.
L’état crache sur les flics quand il rabâche à longueur de journée qu’ils sont des cibles et qu’ils ne doivent jamais rester seuls pour leur sécurité mais qui les affecte, tous les jours, seuls à leurs poste et croise les doigts pour qu’il ne se passe rien ni à l’encontre d’un usager ni à l’encontre d’un flic.

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Non c’est justement pour avoir des avis de gens mesurés et éduqués. :D

J’avais oublié l’opportunité des poursuites dans la liste de ce qu’il peut se passer, au temps pour moi, vu qu’en plus ça doit surement être le plus gonflant dans le lot.

Et il faut être honnête, même si on peut comprendre le raisonnement du procureur, je pense qu’à la place des agents, un seul cas comme ça, ça me taperait sur les nerfs. Donc dès qu’on en a 4-5 dans le coin, je pense que ça se met à exagérer sur l’impunité généralisée, même avec toutes les données qui font penser le contraire quand on a du recul là dessus.

Oui, important de rappeler ça.
Le fait de laisser libre champ d’expression au corporatisme sur la question de la brutalité des interventions et de concentrer les enjeux sur ce sujet, c’est un moyen de dévier l’attention de la misère sociale des policiers et du manque de moyens honteux qui est une réalité.

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Et niveau serpent qui se mord la queue on est pas mal dans le genre.
Les flics choppent un mec décrit comme ayant commis une infraction, genre vol à l’arrachée ou autre. Bon, ils le ramassent. Si la victime est présente, elle ne porte pas forcément plainte, du coup le type est relâché. Infraction sans sanction, pas toujours simple à vivre mais soit.
Si la victime n’est pas présente, le proc’ peut décider de relâcher le gars. Ok. Du coup, on a un type contrôlé, non poursuivi.
J’exagère à peine, mais si le mec est un auteur récurrent de ce genres d’infractions sans poursuite, on a une multiplicité de contrôles du gars sans poursuites.
On génère de la frustration côté flic parce que le gars qui nuit au quotidien n’est pas sanctionné. Pire, il les nargue. On génère de la frustration côté population parce que les mecs sont contrôlés, non sanctionnés, donc contrôlés pour rien, donc emmerdés dans leur quotidien.

Je ne dis pas que tous les contrôles sont ainsi, il y en a un nombre certain qui sont « au faciès » ou juste pour faire chier les contrôlés. Mais même lorsqu’ils sont justifiés l’absence de réponse ou de suite finalement nuit aux 2 parties.

Dans le même genre, générateur de frustrations, les femmes battues. Je n’ai pas de chiffres en tête, mais les flics sont appelés régulièrement par certaines femmes battues. Ils viennent donc pour calmer le jeu, éventuellement embarquer le mari violent, mais la victime va refuser de porter plainte. Du coup, sans flagrance, les flics ne peuvent pas embarquer le type. Il reste chez lui à cogner sur sa femme tous les samedi soirs. Et ils sont obligés d’accepter cela jusqu’au samedi suivant.
Parfois, certains vont forcer le proc pour embarquer le type, particulièrement lorsque la victime présente des traces apparentes de violences sur le visage. Alors, ils peuvent rattacher ça à la flagrance et embarquer le gars. Si les bleus sont sous le tshirt alors ils ne peuvent rien faire.

Côté proc’ c’est pas marrant non plus. Des tas de procédures à gérer, peu de moyens humains, peu de temps à accorder à ces différents dossiers, une politique pénale orientée vers les infractions les plus graves ou les troubles à l’ordre public d’actualité (radicalisation notamment).

Sur les moyens de la police j’ai déjà évoqué dans ce sujet ou un autre le fait que les effectifs de nuit achètent leur propres lampes de poche pour travailler la nuit plutôt que de se trimbaler avec une lampe énorme qui pèse près du kilo (j’exagère à peine) quand l’équipement réglementaire est déjà lourd. Sans parler des locaux insalubres dans lesquels ils travaillent, des véhicules à l’agonie etc…

Après on peut parler de la considération très différenciée par la population de leur utilité.
Plusieurs m’ont raconté les mêmes incidents lors d’interpellation. Après un signalement d’un vol à l’arrachée, par exemple, on leur décrit une personne noire de peau ou rom. Avec les caméras, ils repèrent et appréhendent. Ok. Puis au moment de l’interpellation, ils fouillent la personne en question, tombent sur le portable arraché. Et ils se font alpaguer / invectiver par un ou plusieurs badauds qui les accusent de barbarie et de délit au faciès alors que pour le coup leur intervention est pleinement justifiée.
A côté de ça, tu rajoutes la victime ne porte pas plainte par flemme ou crainte, du coup l’auteur de l’infraction est laissé libre, l’objet récupéré mais ils se sont fait pourrir et l’auteur de l’infraction est laissé sans sanction. Ce qui peut être frustrant.

Reste qu’il est toujours bon de rappeler la réalité d’un métier avant de théoriser à outrance sur ce que c’est ou ce que ça devrait être. Surtout quand ce métier est éminemment pratique et peu théorique.

Quand certains théorisent le laxisme, c’est plus compliqué que ça.
Quand d’autres théorisent la barbarie, c’est pas aussi simple non plus.

Après, dans le laxisme, on peut évoquer plusieurs origines. L’opportunité des suites en est une. Ensuite, il peut y avoir la qualité des procédures, que ce soit le déroulement dans son ensemble, des auditions en particulier, des procès-verbaux etc… Et puis, tout n’est pas récidive.

Pour avoir un peu traîné dans les tribunaux, des mecs avec des casiers long comme le bras tu en retrouves.
Je me souviens d’un type, sdf ou ancier sdf, me souviens plus trop, qui avait fait de la prison pour meurtre pour avoir pousser son pousser un pote sdf qui lorgnait de trop près sa femme de l’époque. Il l’avait foutu à la flotte et avait maintenu suffisamment pour que toute envie lui passe. Il a fait de la cabane.
Il ressort et plusieurs années plus tard se retrouve chez des amis. Bon, la nana de son pote avait dit quelque chose qu’il ne fallait pas il lui avait explosé le nez en plein repas, à la cool, et menacé de buter les autres.
Il s’est fait gaulé. Tribunal. A l’audience il se décrit comme contrit de remords. Présente ses excuses et tout.
La juge le condamne parce que bon c’est un sacré violent, il n’a pas juste dérapé. Bah au prononcé de la peine, il s’est énervé d’un coup est devenu menaçant, frôlant l’outrage et faisant quasi regretté la juge de ne pas le condamner à plus.
Typiquement, c’est un exemple parmi tant d’autres, on voit la complexité de la choses. A quel point le mec a-t-il changé? A quel point est-il honnête dans sa description des faits et de ses intentions, y compris dans l’expression de remords? Celui là est sous doute un type violent naturellement, mais un autre qui est en train de se réinsérer subirait cette nouvelle peine comme une rechute qui pourrait lui nuire à long terme finalement.

Rien n’est simple la dedans.

Quand un flic embarque un mec il a la certitude que c’est l’auteur de l’infraction. La présomption d’innocence n’est pas présente à son esprit. Il a le gars, il faut le faire condamner. Il ne prend pas un gars s’il est innocent, par essence même.

La justice a la présomption d’innocence. On ne peut considérer quelqu’un comme coupable tant que pas condamné. Il a le droit à un procès équitable et c’est essentiel. Le juge a face à lui quelqu’un qui s’est préparé ou pas. Il doit se fier à l’infraction et au dossier du gars. Un gars relâché 50 fois pour des délits mineurs quand il sera jugé il sera considéré comme « vierge » alors que, concrètement, c’est sans doute un type qui enchaîne infraction sur infraction car rien n’est au dossier.

Et au bout de chaîne, le juge d’application des peines qui doit proposer des alternatives à la prison et un accompagnement de chacun sachant qu’il a un temps très limité et nombre de dossiers à traiter.

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C’est là qu’on se rend compte qu’après l’école de police, le seul entraînement régulier c’est le tir, mini 3 fois par an, pas de suivi sportif ni rien. Et le tir, quand le budget permet de payer les cartouches nécessaires.
Parfois, le tir c’est avec moitié moins de cartouche que prévu car plus de sous…

Après, être coincé en IDF, c’est le propre de toutes les fonctions publiques avec affectation nationale.
Si t’es pas du coin, c’est parce que t’es moins bien classé que t’arrives en IDF. Comme les jeunes profs qui se retrouvent en ZEP ou l’équivalent, etc…

Avec une petite subtilité pour la police, il existe un concours avec affectation unique en IDF. Tu peux postuler d’où tu veux, tu ne pourras être affecté qu’en IDF. A côté, il y a un concours national qui comporte aussi des affectations IDF, et là les moins bien classés y vont, effectivement.

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Darmanin a menti :pika2:

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https://www.lemonde.fr/police-justice/article/2021/01/11/violences-policieres-quand-l-igpn-est-desavouee-par-la-justice_6065820_1653578.html

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Source: liberation

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