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Source: la tribune dimanche

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« C’est trĂšs dur de tenir certains maires » : le RN embarrassĂ© par plusieurs de ses nouveaux Ă©diles

« On n’est pas lĂ  pour se faire plaisir ! » Combien de fois le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral du groupe RN Ă  l’AssemblĂ©e nationale, Renaud Labaye, a-t-il pu rĂ©pĂ©ter ce mantra aux dĂ©putĂ©s frontistes, depuis 2022 ? La consigne, censĂ©e leur rappeler qu’il Ă©tait prioritaire de faire bonne figure pour coller Ă  la stratĂ©gie de normalisation du parti, n’a pas toujours trouvĂ© son chemin jusqu’aux nombreuses mairies conquises par le Rassemblement national, il y a maintenant trois mois.

Ainsi, certains nouveaux maires ont-ils volontairement ou non percĂ© le mur du son mĂ©diatique, bien au-delĂ  des frontiĂšres de leur commune, en prenant de premiĂšres dĂ©cisions parfois polĂ©miques. Au point d’irriter dans les plus hautes sphĂšres du parti, oĂč les regards sont rivĂ©s vers la prĂ©sidentielle de 2027, et oĂč l’on goĂ»te peu que le terrain les ramĂšne Ă  leur radicalitĂ©.
Drapeaux européens retirés ou événements culturels annulés

Le retrait du drapeau europĂ©en du fronton de plusieurs mairies RN, dĂšs la fin mars, avait Ă©tĂ© la premiĂšre Ă©tincelle. Au point que le parti rappelle aux nouveaux Ă©diles, via une boucle WhatsApp commune, qu’ils pouvaient procĂ©der comme ils l’entendent mais qu’il valait mieux Ă©viter de « faire de la com » sur un geste qui pourrait envoyer un mauvais signal aux Ă©lecteurs.

DĂ©crochez vos drapeaux, mais en silence. « Je l’ai fait en soutien de nos agriculteurs contre le traitĂ© d’échange avec le Mercosur », dĂ©fend de son cĂŽtĂ© Romain Lemoigne, jeune nĂ©o-maire de La FlĂšche (Sarthe). Lui prĂ©fĂšre insister sur le renforcement de la police municipale — promesse sĂ©curitaire commune Ă  tous les maires RN — ou le rĂ©tablissement de l’éclairage de nuit.

Pendant ce premier trimestre, les nouvelles mairies RN ont aussi fait parler d’elles sur le front de la culture. À Vauvert (Gard), Nicolas Meizonnet a ainsi annulĂ© une exposition photo dont l’auteur Ă©tait accusĂ© d’ĂȘtre pro-LFI, et un festival de jazz. Quand celui de Castres (Tarn), Florian AzĂ©ma, a dĂ©frayĂ© la chronique en refusant la tenue de la piĂšce « Passeport » du cĂ©lĂšbre metteur en scĂšne Alexis Michalik.

La piĂšce revenait sur le parcours d’un migrant de la « jungle de Calais » — « la promotion de clandestins » a mis en cause l’édile RN. « À un moment, faire pleurer sur le sort des migrants, stop ! » appuie un haut cadre du parti de Jordan Bardella.

Plusieurs maires frontistes se sont Ă©galement mis Ă  dos le monde syndical. Ainsi, dans le Pas-de-Calais, l’élu de LiĂ©vin Dany Paiva a choisi de supprimer une cĂ©rĂ©monie avec les syndicats en marge du 1er Mai, les accusant de « propagande ».
Le « Trump occitan » fait parler de lui

L’ex-dĂ©putĂ© devenu maire de Carcassonne (Aude), Christophe BarthĂšs, a lui mis en scĂšne l’expulsion de syndicats (CFDT, CGT, Sud, FSU) de locaux municipaux, arguant qu’ils s’étaient opposĂ©s « au choix des Carcassonnais » de le porter Ă  la mairie, et n’avaient plus Ă  « profiter (de ses) largesses ».

L’ancien viticulteur fait rĂ©guliĂšrement parler de lui depuis son Ă©lection, jusqu’à se fĂ©liciter du surnom de « Trump occitan ». Le 11 juin, il a fait savoir qu’il refusait de mettre des locaux Ă  disposition du consulat d’AlgĂ©rie pour permettre aux ressortissants algĂ©riens de voter aux Ă©lections lĂ©gislatives du 2 juillet, le justifiant Ă  cause des « relations dĂ©gradĂ©es » d’Alger avec Paris.

« BarthĂšs, on avait dĂ©jĂ  du mal Ă  le tenir Ă  l’AssemblĂ©e nationale
 Mais mĂȘme les profils les plus agitĂ©s finissent par s’assagir », veut croire un dĂ©putĂ© RN. « C’est trĂšs dur de tenir certains maires qui goĂ»tent Ă  une forme de libertĂ© nouvelle et de popularitĂ© », cogite un autre parlementaire.
« Tout ce qui peut faire peur Ă  un an de 2027, c’est pĂ©nible »

HervĂ© de LĂ©pinau siĂ©geait lui aussi Ă  Paris avant de prendre Carpentras (Vaucluse) en mars. DĂ©but juin, il a annoncĂ© vouloir supprimer les subventions allouĂ©es par sa ville au Planning familial (association historique de dĂ©fense du droit Ă  la contraception et Ă  l’avortement), lequel, a-t-il justifiĂ©, « prend ouvertement fait et cause contre le RN ». Avant d’insister par la suite sur les nĂ©cessaires Ă©conomies en pĂ©riode de disette budgĂ©taire.

« Ça fait chier », lĂąche, agacĂ©, un haut cadre du RN, persuadĂ© que ce genre de dĂ©cision les renvoie collectivement Ă  leur passĂ© rĂ©trograde. « Tout ce qui renvoie Ă  une forme de radicalitĂ©, tout ce qui peut faire peur Ă  un an de 2027, c’est pĂ©nible », abonde un autre.

« Lorsqu’une ville bascule au RN, c’est qu’il y a une volontĂ© de changement. Vous pouvez cliver, vous devez cliver
 mais vous ne pouvez pas faire que ça non plus », commente pour sa part le dĂ©putĂ© (RN) du Pas-de-Calais Bruno Bilde, qui « accompagne s’ils le souhaitent » les nĂ©o-maires du bassin minier, lesquels ont presque tous transitĂ© par le navire amiral d’HĂ©nin-Beaumont. « Ce qui semble polĂ©mique Ă  Paris ne l’est pas forcĂ©ment ailleurs », assure aussi ce proche de Marine Le Pen.

Le 8 mai, cette derniĂšre Ă©tait interrogĂ©e sur les premiers pas parfois polĂ©miques de certains Ă©lus. « Je ne suis pas lĂ  pour donner les bons et les mauvais points aux maires du RN. Je les laisse prendre les dĂ©cisions, je les laisse organiser la vie communale comme ils le souhaitent. Il n’y a pas de tutelle de l’appareil central, on n’est pas au PCF, on est au RN. C’est aux administrĂ©s de juger cela », dĂ©clarait-elle sur Ici Nord. À moins que cela ne vienne parasiter l’élection suprĂȘme, dans dix mois.

Source: le parisien