Câest Ă©tonnant.
LâONU câest pas basĂ© aux US justement?
Chaque jour une nouvelle fusillade. Molenbeek et Anderlecht sont trĂšs dangereuse le soir.
Ătude sur les Ă©lections allemandes sur Twitter : Campagne dâastroturfing/bot massive pour pousser lâAFD en avant.
Le papier est assez long, alors soyons brefs ici :
Tout le monde a le droit dâexercer sa libertĂ© dâexpression.
Mais crĂ©er des milliers de comptes juste pour RT et commenter ton petit dĂ©bat, ce nâest pas une « libertĂ© ».Surtout pas des comptes postant 1000 messages par jours. Les bots nâont aucune libertĂ© dâexpression. Mais pour lâinstant, le propriĂ©taire nâa pas lâair de vouloir bannir ces milliers de comptes ne suivant que lui, Tesla, SpaceX, Trump et lâAFDâŠ
Dans cette Ă©tude, câest Karine Caunes qui sâest occupĂ©e dâĂ©crire les recommandations lĂ©gales. Et elle y va fort⊠Mais comment faire autrement ? La Roumanie vient tout juste dâannuler ses Ă©lections prĂ©sidentielles, car on a des monceaux de preuves montrant que les rĂ©seaux sociaux ont truquĂ© le jeu.
Jâai eu lâoccasion de faire cette Ă©tude avec le Center for AI & Digital Humanism, dans le cadre dâune veille active sur ces sujets de sociĂ©tĂ©, parlant de manipulation de lâopinion publique Ă lâaide dâun usage non lĂ©gitime des rĂ©seaux sociaux. Et lâĂ©tude nâaurait surement pas Ă©tĂ© possible sans lâaide de Visibrain, qui nous a fournis les donnĂ©es.
Il est grand-temps dâinterdire Twitter en Europe⊠câest dramatique.
Tellement hĂąte dâĂȘtre Ă 2027âŠ
Quand on devra choisir au deuxiĂšme tour entre Ădouard Philippe et Marine Le Pen ?
Câest quoi ces monceaux de preuves ? Car de ce que jâavais lu, la cour sâĂ©tait basĂ©e sur des paiements faits envers des influenceurs (pour 300 000 euros) sur tiktok pour pousser la candidature de Georgescu. Ăa suffit Ă truquer le jeu ? Plus que des chaĂźnes de tĂ©lĂ©s dĂ©vouĂ©es Ă un candidat ? Plus que des temps de parole dĂ©sĂ©quilibrĂ©s ? Plus que des budgets de campagne inĂ©gaux ?
Alors oui, câest anti-dĂ©mocratique et ça poursuit la longue lignĂ©e de techniques de manipulation des masses. Mais par exemple quand un Macron ou un Zelensky dĂ©barque sans parti et quâon voit des oligarques financer et promouvoir leurs campagnes sur leurs canaux mĂ©diatiques (la promotion sur twitter utilisant aussi des bots et des faux comptes dâailleurs), jâai vu aucune cours de justice dire attention ça fausse le jeu dĂ©mocratique.
Bref, on prend ceinture et bretelles seulement quand les gens ont mal votĂ©s. Et on sâĂ©tonne ensuite quâils revotent mal
Ouais câest quoi les preuves pour la Roumanie ? De ce que jâavais lu Ă lâĂ©poque, ça reposait quand mĂȘme sur pas grand chose je trouve.
(Lâart de se focaliser sur une phrase dans un document, sourcĂ©, de 50 pages qui parle dâautre choseâŠ)
Quelques articles, aucune idĂ©e si câest juste ou pas. (Mais encore une fois, putain, je viens pas pour parler de la Roumanie, mais de lâautre Ă©tude, mâenfin, je me souviens pourquoi ce sujet Ă©tait en sourdineâŠ)
La manipulation des élections roumaines, une leçon pour les démocraties
La manipulation des élections roumaines, une leçon pour les démocraties
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La manipulation des élections roumaines, une leçon pour les démocraties
LâĂ©lection prĂ©sidentielle roumaine, organisĂ©e dimanche 24 novembre avant dâĂȘtre annulĂ©e, vendredi 6 dĂ©cembre, par la Cour constitutionnelle de Bucarest, a eu tout du scĂ©nario cauchemar pour nos dĂ©mocraties libĂ©rales. Venu de nulle part, Calin Georgescu, candidat complotiste et prorusse â qui promettait notamment dâabolir les partis politiques â, arrive en tĂȘte du premier tour, aprĂšs sâĂȘtre fait connaĂźtre grĂące Ă une opĂ©ration de manipulation savamment orchestrĂ©e sur TikTok.
En dĂ©pit de lâopacitĂ© entourant son CV, ses proches et lâorigine des fonds qui ont financĂ© sa campagne, il avait de bonnes chances de lâemporter au second tour face Ă une adversaire pro-europĂ©enne fragile, avant que lâĂ©lection soit annulĂ©e Ă la derniĂšre minute en raison dâun « processus Ă©lectoral entachĂ© dâirrĂ©gularitĂ©s ». Une dĂ©cision rarissime dans lâUnion europĂ©enne, mais quâil faut mettre en rapport avec le niveau de doute inĂ©dit qui a entourĂ© cette Ă©lection.
Pour la premiĂšre fois dans lâĂšre des rĂ©seaux sociaux, des acteurs trĂšs probablement « Ă©tatiques », selon les services de renseignement roumains, sont en effet arrivĂ©s Ă manipuler les algorithmes de TikTok avec une telle efficacitĂ© que les vidĂ©os du candidat quâils soutiennent ont rĂ©ussi, en quelques semaines, Ă envahir les tĂ©lĂ©phones des 9 millions dâutilisateurs roumains du rĂ©seau chinois, Ă en faire la neuviĂšme tendance au niveau mondial, et Ă convertir les dizaines de millions de vues virtuelles en plus de 2 millions de voix bien rĂ©elles dans un pays de 19 millions dâhabitants.
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Bien sĂ»r, la progression des idĂ©es dâextrĂȘme droite prorusses dans lâopinion publique roumaine nâa pas attendu TikTok. Comme ailleurs dans le monde occidental, le cocktail entre inflation record, fatigue de la guerre en Ukraine et sentiment de dĂ©gagisme alimente depuis des mois une frustration sur laquelle une sĂ©rie de formations politiques nationalistes prospĂšrent. Mais, au sein de ce terreau favorable, le succĂšs spĂ©cifique de M. Georgescu nâavait, lui, strictement rien de naturel.
Regards vers la Russie
Au cours des semaines prĂ©cĂ©dentes et jusquâĂ la veille du scrutin, de faux comptes et de vrais influenceurs payĂ©s par des fonds Ă lâorigine opaque ont artificiellement fait monter la popularitĂ© de ce candidat qui nâa quasiment pas menĂ© campagne dans le monde rĂ©el. Câest seulement au soir du premier tour, lorsquâil obtient prĂšs de 23 % des voix Ă la surprise gĂ©nĂ©rale, que la presse et les services de renseignement cherchent en urgence Ă en savoir plus sur la campagne de ce candidat antisystĂšme restĂ© jusquâici en dehors de tous les radars.
TrĂšs vite, des doutes surgissent sur cette opĂ©ration dâinfluence, alors que M. Georgescu assure nâavoir pas dĂ©pensĂ© un seul euro pour sa campagne. Quatre jours aprĂšs le scrutin, le conseil de sĂ©curitĂ© nationale, la plus haute instance sĂ©curitaire du pays, dĂ©clare que le candidat « a bĂ©nĂ©ficiĂ© dâune exposition massive » sur TikTok en « violant la lĂ©gislation Ă©lectorale ». Lâinstance se garde toutefois dâaller plus loin, et laisse la campagne pour le second tour se poursuivre en dĂ©pit dâune atmosphĂšre Ă©lectrique.
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En raison de lâinfluence de TikTok, les juges roumains annulent la prĂ©sidentielle
Tout va changer le 4 dĂ©cembre, quatre jours avant le second tour, lorsque le prĂ©sident sortant, Klaus Iohannis, prend la dĂ©cision de dĂ©classifier les rapports des services de renseignement. Ceux-ci affirment quâune telle opĂ©ration ne pouvait provenir que dâun « acteur Ă©tatique », tous les regards se tournant naturellement vers la Russie, mĂȘme si les services roumains ne sont pas en mesure de lâĂ©tablir avec certitude. Soudant subitement toutes les institutions dĂ©mocratiques, ces accusations vont pousser les juges de la Cour constitutionnelle Ă annuler lâĂ©lection moins de quarante-huit heures avant lâouverture des bureaux de vote pour le second tour.
Le choix de la transparence
Cette dĂ©cision radicale a naturellement Ă©tĂ© attaquĂ©e par lâextrĂȘme droite. M. Georgescu a ainsi immĂ©diatement dĂ©noncĂ© un « coup dâEtat », en invoquant notamment le fait que les juges constitutionnels roumains ont Ă©tĂ© nommĂ©s par un pouvoir politique dĂ©crĂ©dibilisĂ© par de multiples scandales de corruption. Pour autant, M. Georgescu nâa pas osĂ© appeler ses Ă©lecteurs Ă protester et sâest contentĂ© de promettre des recours juridiques. Peu habituĂ©s Ă descendre dans la rue, ses Ă©lecteurs semblent sâĂȘtre rĂ©signĂ©s Ă devoir attendre un nouveau scrutin, tandis que les doutes autour du profil de leur candidat ont fini par sâĂ©tendre au sein mĂȘme des partis dâextrĂȘme droite le soutenant.
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« TikTok est bien une arme de propagande et dâespionnage, voire de manipulation politique »
Les autoritĂ©s roumaines, mĂȘme si elles ont tĂątonnĂ© au cours de ces deux semaines oĂč le pays a failli basculer et si elles nâont pas toujours Ă©tĂ© dĂ©nuĂ©es dâarriĂšre-pensĂ©es politiques, ont jouĂ© un rĂŽle crucial en choisissant la transparence. Face Ă une ingĂ©rence inĂ©dite dans un processus Ă©lectoral occidental, elles ont compris quâil Ă©tait capital de mettre dans le dĂ©bat public les Ă©lĂ©ments inquiĂ©tants quâelles avaient rĂ©ussi Ă collecter. Encore imparfait et inabouti au moment de leur publication, le contenu des rapports de renseignement Ă©tait dâune telle gravitĂ© quâil a rĂ©ussi Ă contrer le rouleau compresseur des messages complotistes inspirĂ©s par Moscou.
En revanche, TikTok sâest enfermĂ© dans le dĂ©ni : mĂȘme si le rĂ©seau a collaborĂ© avec les autoritĂ©s et affiche un nombre de modĂ©rateurs plutĂŽt raisonnable pour le pays, il a continuĂ© dâaffirmer nâavoir dĂ©tectĂ© aucune opĂ©ration dâinfluence majeure sur sa plateforme. Les monceaux de commentaires factices, les paiements dâinfluenceurs ou les comptes en sommeil depuis des annĂ©es subitement rĂ©activĂ©s sont pourtant autant de signes qui montrent que les procĂ©dures de sĂ©curitĂ© mises en place par les grandes plateformes semblent inadaptĂ©es face Ă des acteurs agiles et connaissant parfaitement les techniques qui permettent de manipuler les algorithmes.
Roumanie : influenceurs, comptes automatisĂ©s et publicitĂ©s illĂ©gales au service dâune campagne dâingĂ©rence hors normes
« Salut ! Nous avons une vidĂ©o puissante sur lâavenir de notre pays et il est important quâelle soit vue par le plus grand nombre. Si vous nous soutenez et que vous la publiez (dans des Reels, une publication ou une story), nous sommes prĂȘts Ă payer pour cette promotion. »
Ce message, ou dâautres trĂšs similaires, de nombreux influenceurs roumains lâont reçu, Ă la fin de novembre, juste avant ou juste aprĂšs le premier tour de la prĂ©sidentielle dans le pays. Des personnalitĂ©s trĂšs influentes, comme la prĂ©sentatrice tĂ©lĂ© Andreea Marin (700 000 abonnĂ©s sur Instagram) ou encore le chanteur Florin Ristei (400 000 abonnĂ©s) ; dâautres, bien moins connues, comme une blogueuse cuisine suivie par 30 000 personnes sur YouTube.
Les vidĂ©os en question faisaient, de maniĂšre subtile, la promotion de Calin Georgescu, un candidat complotiste prorusse jusquâici quasi inconnu du grand public et qui a rĂ©ussi, en quelques semaines, Ă devenir une star de TikTok et Ă parvenir en tĂȘte du premier tour de la prĂ©sidentielle. Cette popularitĂ© est en partie le rĂ©sultat dâune campagne de promotion sur les rĂ©seaux sociaux, opaque mais trĂšs bien financĂ©e, dont les services de renseignement roumains estiment quâelle nâa pu ĂȘtre menĂ©e que par un « acteur Ă©tatique » â une maniĂšre polie de dĂ©signer la Russie.
Le Conseil constitutionnel roumain a annulĂ©, vendredi 6 dĂ©cembre, le premier tour de lâĂ©lection, jugeant que cette campagne avait portĂ© atteinte Ă la sincĂ©ritĂ© du scrutin.
Séisme politique
Mais qui donc a sollicitĂ© tous ces influenceurs pour faire la promotion du candidat Calin Georgescu, dont le succĂšs au premier tour a fait lâeffet dâun sĂ©isme politique dans le pays ?
Depuis plusieurs semaines, aussi bien médias que services de renseignement roumains cherchent à identifier les responsables. Dans des documents déclassifiés et publiés le 4 décembre, plusieurs acteurs sont ainsi désignés par les autorités. Une mystérieuse agence, baptisée FA Agency et prétendument établie en Afrique du Sud, a ainsi été accusée de proposer à des influenceurs une somme de 1 000 euros pour diffuser des vidéos promouvant Calin Georgescu.
Le Monde a pu relier plusieurs propositions de FA Agency, dont celles ayant ciblĂ© Florin Ristei et Andreea Marin, Ă un petit groupe dâemployĂ©s ukrainiens travaillant Ă Varsovie, dans des bureaux louĂ©s en face de la Vistule, avec une vue imprenable sur le stade de la capitale. Les Ă©lĂ©ments rassemblĂ©s par Le Monde, aussi bien en Ă©pluchant les profils dâemployĂ©s quâen auscultant lâinfrastructure technique de la campagne, suggĂšrent que FA Agency est en rĂ©alitĂ© une coquille vide gĂ©rĂ©e par Gambling Media Group (GMG), une constellation de sociĂ©tĂ©s toutes reliĂ©es Ă une mĂȘme entreprise de publicitĂ© ukrainienne, Zlodei (« malfaiteurs » en ukrainien), dont le patron historique, le trentenaire Dmytro Macharov, aime afficher sa rĂ©ussite dans des articles Ă sa gloire*.*
GMG-Zlodei est spĂ©cialisĂ©e dans le « marketing dâaffiliation », et affirme avoir des bureaux Ă Londres, Varsovie, Kiev ou encore Riga. Ce secteur, trĂšs porteur en Ukraine, consiste essentiellement Ă faire de la publicitĂ© par des mĂ©thodes semi-lĂ©gales afin de gĂ©nĂ©rer des inscriptions Ă des sites ou de rĂ©cupĂ©rer des adresses e-mail et des numĂ©ros de tĂ©lĂ©phone. GMG-Zlodei est spĂ©cialisĂ©e dans les jeux dâargent et est partenaire de nombreux casinos en ligne, Ă qui elle rapporte du trafic et de la publicitĂ©.
Comptes Telegram et WhatsApp supprimés
Qui pourrait avoir recrutĂ© GMG, qui propose bien un « rĂ©seau dâinfluenceurs » sur son site mais ne travaille normalement pas sur des campagnes politiques ? Combien de personnalitĂ©s ont Ă©tĂ© contactĂ©es pour diffuser des contenus en lien avec lâĂ©lection ?
Le Monde a contactĂ© aussi bien les personnes directement reliĂ©es Ă FA Agency que plusieurs employĂ©s et cadres de GMG, ainsi que le patron ukrainien du groupe, Vitaly Derevyanko. Aucun nâa donnĂ© suite Ă nos sollicitations ; dans de multiples cas, les comptes WhatsApp, Telegram, Instagram ou mĂȘme LinkedIn ont Ă©tĂ© supprimĂ©s ou nettoyĂ©s aprĂšs lâenvoi dâun message par Le Monde.
Paradoxalement, les profils numĂ©riques des employĂ©s montraient que ces derniers Ă©taient majoritairement ukrainiens, et publiaient aussi des messages de soutien Ă lâarmĂ©e ukrainienne. GMG avait-elle vraiment conscience du but de la campagne, et de sa possible origine russe ? Dans le secteur du marketing dâaffiliation, zone grise Ă la limite de la lĂ©galitĂ©, il est rare quâune sociĂ©tĂ© cherche de trop prĂšs Ă connaĂźtre lâidentitĂ© de ses clients.
Pour trouver des influenceurs prĂȘts Ă mordre Ă lâhameçon, les promoteurs de lâopĂ©ration dâinfluence sont ainsi aussi passĂ©s par une plateforme roumaine de mise en relation entre communicants et influenceurs, FameUp. La plupart des influenceurs, payĂ©s quelques centaines dâeuros pour publier des messages, assurent ne pas sâĂȘtre rendu compte quâil sâagissait dâune campagne pour promouvoir Calin Georgescu. ContactĂ©s Ă ce sujet, les services de renseignement roumains nâont pas rĂ©pondu aux sollicitations du Monde Ă date de publication.
Un influenceur au passé trouble perquisitionné
Il est pour lâinstant toujours impossible de savoir qui a financĂ© toute cette opĂ©ration dâinfluence, mais Calin Georgescu a toujours assurĂ© ne pas avoir dĂ©pensĂ© un seul euro. DâaprĂšs le SRI, le renseignement intĂ©rieur roumain, un homme au profil Ă©tonnant a toutefois jouĂ© un rĂŽle clef dans le financement de la campagne dâinfluence : Bogdan Peschir.
Anonyme jusquâĂ rĂ©cemment, M. Peschir avait acquis une petite notoriĂ©tĂ© sur TikTok, sous le pseudonyme « BOGPR ». Ces derniers mois, il Ă©tait intervenu dans des directs dâinfluenceurs roumains sur TikTok, pour leur faire des dons atteignant parfois plusieurs dizaines de milliers dâeuros. Mais, selon les donnĂ©es transmises au SRI par TikTok, M. Peschir a aussi versĂ© environ 380 000 euros de dons Ă des comptes qui ont fait la promotion de Calin Georgescu.
Lors dâune perquisition, dimanche 8 dĂ©cembre, 7 millions dâeuros ont Ă©tĂ© saisis par la police au domicile de Bogdan Peschir, oĂč il stationnait Ă©galement deux voitures de luxe. Lâorigine de ces fonds intĂ©resse grandement les enquĂȘteurs roumains â M. Peschir, qui a Ă©tĂ© associĂ© Ă plusieurs projets dans le monde des cryptomonnaies suspectĂ©s dâavoir Ă©tĂ© des escroqueries, semble nâavoir aucune activitĂ© lĂ©gale pouvant expliquer sa fortune. Sur son compte TikTok, supprimĂ© depuis, BOGPR avait niĂ© tout lien avec la Russie, plaisantant sur le fait que sa seule connexion avec le pays Ă©tait son admiration pour DostoĂŻevski.
Mais la force de cette campagne dâinfluence a surtout Ă©tĂ© la maniĂšre dont elle a su multiplier les angles dâattaque. Les vidĂ©os rĂ©munĂ©rĂ©es dâinfluenceurs ne constituaient que la partie Ă©mergĂ©e dâun iceberg de marketing Ă©lectoral illĂ©gal. Des volumes trĂšs importants de commentaires, semblant Ă©maner de comptes automatisĂ©s, ont affluĂ© sur les vidĂ©os promouvant Calin Georgescu, dans des proportions extrĂȘmement suspectes.
Ces faux commentaires ont un impact sur la popularitĂ© dâune vidĂ©o auprĂšs des internautes, comme lâa dĂ©montrĂ© cette semaine le mĂ©dia roumain Recorder. A titre dâexpĂ©rience, Recorder a créé un compte TikTok au nom dâun faux candidat au poste de premier ministre, dotĂ© dâun programme absurde, et a sollicitĂ© un expert informatique pour lui attribuer un million de fausses vues et des milliers de faux commentaires. RĂ©sultat : la vidĂ©o de ce faux grossier a commencĂ© Ă apparaĂźtre naturellement dans les fils dâutilisateurs humains.
Sur Facebook, des publicités pointées du doigt
Dernier champ de bataille numĂ©rique, le rĂ©seau social Facebook a lui aussi Ă©tĂ© investi par les partisans de Calin Georgescu, comme lâont notĂ© successivement le site Projet Arcadie et lâONG CheckFirst. Un rĂ©seau de vingt-quatre pages Facebook a ainsi Ă©tĂ© trĂšs actif dans les mois prĂ©cĂ©dant lâĂ©lection prĂ©sidentielle et dans le dernier sprint dâavant premier tour. Les milliers de publicitĂ©s destinĂ©es Ă faire la promotion de ces pages, toutes associĂ©es Ă de faux sites dâinformation roumains, ont nĂ©cessitĂ© un budget compris entre 140 000 euros et 224 000 euros.
Ces publicitĂ©s faisaient amplement la promotion de Calin Georgescu, mais aussi du leader du parti dâextrĂȘme droite Alliance pour lâunitĂ© des Roumains (AUR, George Simion, soutien du candidat prorusse, tout en dĂ©nigrant ses opposants, comme la candidate pro-europĂ©enne Elena Lasconi et le prĂ©sident sortant, Klaus Iohannis.
Si le rapport de CheckFirst ne dit pas prĂ©cisĂ©ment qui se trouve derriĂšre ce rĂ©seau, il rappelle que le parti AUR avait dĂ©jĂ Ă©tĂ© Ă©pinglĂ© au cours de lâĂ©tĂ© pour avoir animĂ© un ensemble de fausses pages Facebook, toujours en utilisant la rĂ©gie publicitaire du rĂ©seau social. Sur certaines pages qui ont achetĂ© des publicitĂ©s pro-Georgescu, note Projet Arcadie, apparaĂźt dâailleurs un numĂ©ro de tĂ©lĂ©phone appartenant Ă un cadre du parti AUR.
Roumanie : des vidĂ©os pro-Georgescu liĂ©es Ă une Ă©nigmatique « agence dâinfluenceurs » polonaise
Qui a organisĂ© la vaste opĂ©ration dâinfluence qui a abouti, vendredi 6 dĂ©cembre, Ă lâannulation de lâĂ©lection prĂ©sidentielle roumaine par la Cour suprĂȘme du pays ? Un mois aprĂšs le dĂ©but de cette opĂ©ration, lors de laquelle ont Ă©tĂ© rĂ©munĂ©rĂ©s plus dâune centaine dâinfluenceurs afin quâils fassent la promotion du candidat dâextrĂȘme droite prorusse Calin Georgescu, son organisation et son financement se font plus clairs.
Les services de renseignement roumains ont ainsi pu confirmer que de nombreuses vidĂ©os ont Ă©tĂ© diffusĂ©es, principalement sur TikTok, par des influenceurs qui avaient rĂ©pondu Ă une petite annonce sur une plateforme spĂ©cialisĂ©e, FameUp. Et que dâautres tiktokeurs ont, eux, Ă©tĂ© sollicitĂ©s directement par courriels par une agence de marketing peu connue.
Les rapports des services de renseignement, dĂ©classifiĂ©s cette semaine, mentionnent aussi une mystĂ©rieuse « FA Agency », une sociĂ©tĂ© de marketing qui serait domiciliĂ©e en Afrique du Sud. Cette agence a envoyĂ© des e-mails Ă des personnalitĂ©s roumaines, leur offrant lâĂ©quivalent de 1 000 euros pour publier des vidĂ©os politiques fournies clĂ©s en main, « pour le bien-ĂȘtre de la Roumanie » et pour « contribuer Ă lâavenir du pays ».
Une agence « sud-africaine » située en réalité à Varsovie
Le site de FA Agency, faagency.org, est avare en informations. Il se prĂ©sente comme la vitrine dâune agence dâinfluenceurs africaine, une description qui correspond Ă celle faite par les autoritĂ©s roumaines. Pourtant, de nouveaux Ă©lĂ©ments dĂ©couverts par Le Monde laissent Ă penser que FA Agency nâest pas du tout une sociĂ©tĂ© gĂ©rĂ©e dâAfrique du Sud, mais une coquille administrĂ©e dans des bureaux chics Ă Varsovie, la capitale polonaise.
En effet, un petit rĂ©seau dâune dizaine de comptes affichant, sur leur profil, une adresse e-mail chez faagency.org, est apparu sur Instagram ces six derniers mois. Ces comptes, utilisant gĂ©nĂ©ralement des pseudonymes ou des diminutifs, se prĂ©sentent comme spĂ©cialistes des influenceurs et du marketing. Or, lâanalyse de leurs photographies et de leurs « stories » montre que ce petit groupe de collĂšgues travaillent dans les mĂȘmes bureaux flambant neufs louĂ©s au bord de la Vistule, Ă Varsovie.
Les employĂ©s apparaissant sur ces photos sont dans lâimmense majoritĂ© des Ukrainiens travaillant en Pologne, liĂ©s au milieu du « marketing dâaffiliation », un secteur de la publicitĂ© en ligne semi-lĂ©gale et historiquement trĂšs dĂ©veloppĂ© en Ukraine. Lâanalyse des profils Instagram laisse apparaĂźtre, en filigrane, une vie de bureau faite de soirĂ©es dâHalloween ou encore de sorties au bar. Plusieurs « stories » rĂ©vĂšlent des voyages Ă des confĂ©rences pour professionnels de lâaffiliation, essentiellement dans les secteurs des produits de santĂ© et des jeux dâargent. En revanche, sur leurs profils LinkedIn, ouverts sous leurs vrais noms, aucun des employĂ©s identifiĂ©s par Le Monde ne fait mention de FA Agency ni dâune autre sociĂ©tĂ© de marketing.
La Russie désignée en creux
Cette agence existe-t-elle rĂ©ellement ? Le Monde a pu identifier lâadresse des bureaux de Varsovie oĂč travaillent rĂ©ellement les membres de FA Agency, mais nâa pas pu confirmer au nom de quelle sociĂ©tĂ© ces espaces de travail sont louĂ©s. Les donnĂ©es techniques du site de FA Agency permettent, par ailleurs, de le relier Ă dâautres sites Web, tous créés il y a six mois et tous servant de vitrines Ă des agences dâinfluence opĂ©rant sous diffĂ©rents noms.
Les services de renseignement roumains estiment, dans les notes dĂ©classifiĂ©es cette semaine, que le niveau de sophistication de la campagne qui a ciblĂ© les Ă©lections Ă©tait digne dâun « acteur Ă©tatique », dĂ©signant en creux la Russie. Une hypothĂšse qui nâest pas incompatible avec celle dâune opĂ©ration menĂ©e par un acteur privĂ© : les services russes utilisent rĂ©guliĂšrement des sociĂ©tĂ©s privĂ©es comme intermĂ©diaires dans leurs opĂ©rations de dĂ©sinformation â telle que « DoppelgĂ€nger », cette longue campagne diffusant de faux articles de mĂ©dias, gĂ©rĂ©e par deux sociĂ©tĂ©s russes. SollicitĂ©e, FA Agency nâa pas donnĂ© suite, tout comme plusieurs de ses employĂ©s.
Peu de temps aprĂšs lâenvoi de sollicitations sur WhatsApp, LinkedIn et par courriels, certains des comptes Instagram appartenant Ă ce rĂ©seau ont Ă©tĂ©, vendredi en fin dâaprĂšs-midi, supprimĂ©s ou passĂ©s en « privĂ© ». Plusieurs profils ont Ă©galement nettoyĂ© leurs publications, a constatĂ© Le Monde.
Présidentielle en Roumanie : des documents déclassifiés évoquent de graves manipulations sur TikTok
A quatre jours du second tour dâune Ă©lection prĂ©sidentielle cruciale pour la Roumanie, le prĂ©sident sortant, Klaus Iohannis, a publiĂ©, mercredi 4 dĂ©cembre, des notes des services de renseignement accablantes sur les dessous dâune Ă©norme opĂ©ration dâinfluence sur TikTok en faveur du candidat prorusse Calin Georgescu. Ce dernier est arrivĂ© en tĂȘte au premier tour, Ă la surprise gĂ©nĂ©rale, avec 23 % des voix, dimanche 24 novembre.
Ces documents dĂ©classifiĂ©s dĂ©taillent comment ce candidat, virtuellement inconnu un mois plus tĂŽt, a rĂ©ussi, en quelques semaines, Ă devenir une star du rĂ©seau social chinois, dans des conditions troublantes. Comme lâont dĂ©jĂ documentĂ© des mĂ©dias, cette campagne est passĂ©e par la rĂ©munĂ©ration dâinfluenceurs locaux afin quâils diffusent des vidĂ©os appelant Ă se rendre aux urnes, subtilement orientĂ©es pour que le « candidat idĂ©al » quâelles dĂ©crivaient corresponde au profil de M. Georgescu, et pour populariser certains mots-clĂ©s. Une fois les vidĂ©os publiĂ©es, de faux comptes noyaient les commentaires des vidĂ©os de messages de soutien Ă M. Georgescu.
Campagne dâinfluence Ă plusieurs niveaux
Les notes du renseignement roumain corroborent les observations des experts de la dĂ©sinformation. « Ces influenceurs ne mentionnaient pas son nom, mais les commentaires sous leurs vidĂ©os Ă©taient inondĂ©s de messages favorables Ă Georgescu », note Victoria Olari, chercheuse au DFR Lab (Digital Forensic Research Lab, laboratoire du groupe de rĂ©flexion amĂ©ricain Atlantic Council) et spĂ©cialiste de la Moldavie et de la Roumanie. « MĂȘme sous les vidĂ©os des autres candidats, environ un tiers des commentaires soutiennent Georgescu. » Une omniprĂ©sence plus que douteuse : M. Georgescu plafonnait Ă 2 % dâintentions de vote dans les sondages pendant lâessentiel de la campagne. Le jour du premier tour, un pic massif de recherches sur son nom dans Google semblait indiquer que de nombreux Ă©lecteurs avaient dĂ©couvert son existence Ă ce moment-lĂ .
En Roumanie, comme dans dâautres pays, la responsabilitĂ© de TikTok dans le dĂ©roulement de cette opĂ©ration dâinfluence fait lâobjet de vives critiques. En dĂ©plorant que cette campagne nâait pas Ă©tĂ© dĂ©tectĂ©e plus tĂŽt, la candidate pro-europĂ©enne, Elena Lasconi, a ainsi estimĂ©, mercredi 4 dĂ©cembre dans la soirĂ©e, que toute cette opĂ©ration rappelait « la mĂ©thode utilisĂ©e par la Russie avant dâentrer sur le territoire ukrainien [en fĂ©vrier 2022] ». InterrogĂ© sur une chaĂźne de tĂ©lĂ©vision proche de lâextrĂȘme droite, M. Georgescu a, quant Ă lui, refusĂ© de sâexpliquer sur ses liens avec les personnalitĂ©s montrĂ©es du doigt par les services de renseignement, se contentant de dĂ©noncer « le dĂ©sespoir du systĂšme ». Le candidat dĂ©clare toujours nâavoir pas dĂ©pensĂ© un seul euro pour financer sa campagne.
Cependant, les services de renseignement roumains ont pu remonter en partie la piste du financement de lâopĂ©ration dâinfluence. Plus dâune centaine dâinfluenceurs, pour certains nâayant pas une trĂšs grande audience, ont touchĂ© de lâargent dans le but de publier ces vidĂ©os pro-Georgescu par le biais de la plateforme FameUp, qui propose des missions rĂ©munĂ©rĂ©es ou des placements produits aux youtubeurs et tiktokeurs, ou dans certains cas aprĂšs avoir Ă©tĂ© directement contactĂ©s par une agence de communication sud-africaine, FA Agency.
NĂ©anmoins, cette derniĂšre paraĂźt ne pas exister : son site Internet a Ă©tĂ© créé en juin, aucune sociĂ©tĂ© Ă ce nom ne semble ĂȘtre enregistrĂ©e en Afrique du Sud, et elle nâa aucune existence sur les rĂ©seaux sociaux. Les tarifs variaient en fonction du nombre dâabonnĂ©s des influenceurs : environ 80 euros pour chaque tranche de 20 000 abonnĂ©s. SollicitĂ©e par Le Monde, FA Agency nâa pas donnĂ© suite Ă nos demandes.
PrĂšs de 400 000 euros ont par ailleurs Ă©tĂ© versĂ©s Ă des tiktokeurs pro-Georgescu, grĂące au systĂšme de dons que permet la plateforme, par un influenceur au profil Ă©tonnant, Bogdan Peschir. Cet homme, connu jusquâĂ peu uniquement sous le pseudonyme de BOGPR, a « un train de vie qui ne correspond pas Ă ses activitĂ©s dĂ©clarĂ©es », soulignent les services roumains. A la tĂȘte dâune PME qui ne dĂ©clare pas de revenus, il possĂšde pourtant au moins deux voitures de luxe, comme lâa rĂ©vĂ©lĂ© la presse roumaine. Avant les Ă©lections, il Ă©tait devenu cĂ©lĂšbre en effectuant rĂ©guliĂšrement des dons de plusieurs dizaines de milliers dâeuros Ă des influenceurs, en direct sur TikTok.
Enfin, la diffusion massive des vidĂ©os de campagne du candidat a Ă©tĂ© assurĂ©e par des militants se coordonnant sur la messagerie Telegram. « Sur les groupes que nous avons pu observer, les instructions Ă©taient prĂ©cises, avec des consignes sur la meilleure maniĂšre de manipuler les algorithmes des plateformes, explique Victoria Olari. Lâune des consignes-clĂ©s Ă©tait de modifier les vidĂ©os, en utilisant les outils proposĂ©s par Instagram ou TikTok, avant de les publier, pour quâelles semblent ĂȘtre des vidĂ©os originales. Ces consignes visaient Ă Ă©viter que ces vidĂ©os ne soient identifiĂ©es comme du spam. »
Lâombre de la Russie
Qui a financĂ© cette opĂ©ration complexe, assez subtile et bien exĂ©cutĂ©e ? En Roumanie, câest sans surprise la Russie qui fait figure de suspect numĂ©ro un. Pas seulement parce que M. Georgescu, complotiste et souverainiste, dĂ©fend une ligne pro-Kremlin, mais aussi parce que les mĂ©thodes utilisĂ©es au cours de la campagne rappellent celles dĂ©jĂ employĂ©es par des acteurs prorusses, en Moldavie ou en Ukraine. « Un mode dâaction similaire [reposant sur la promotion de mots-clĂ©s] a Ă©tĂ© identifiĂ© en Ukraine durant la pĂ©riode prĂ©cĂ©dant le dĂ©but de lâagression de la FĂ©dĂ©ration de Russie », relĂšvent les services roumains. Dans les deux cas, des mots-clĂ©s ont Ă©tĂ© promus « grĂące Ă la manipulation de micro-influenceurs lĂ©gitimes. »
« Les rapports dĂ©classifiĂ©s font Ă©tat dâune ingĂ©rence extĂ©rieure significative et sans prĂ©cĂ©dent dirigĂ©e contre les institutions et processus dĂ©mocratiques », a estimĂ©, jeudi 5 dĂ©cembre, le ministĂšre roumain des affaires Ă©trangĂšres, dans un communiquĂ©. « Ces actions font partie dâune tentative continue et persistante visant Ă saper lâengagement ferme de la Roumanie envers les valeurs euro-atlantiques et envers notre adhĂ©sion Ă lâUE et Ă lâOTAN. Nous avons informĂ© nos alliĂ©s de cette tentative dâingĂ©rence extĂ©rieure et nous prendrons toutes les mesures nĂ©cessaires pour protĂ©ger la dĂ©mocratie, la sĂ©curitĂ© nationale et la souverainetĂ© », indique ledit communiquĂ©.
De son cĂŽtĂ©, la Russie a dĂ©menti « fermement » les accusations dâingĂ©rence, jeudi. La porte-parole de la diplomatie russe, Maria Zakharova, a dĂ©noncĂ© « des accusations de plus en plus absurdes » Ă lâencontre de la Russie.
Officiellement, TikTok interdit les publicitĂ©s politiques, y compris le paiement dâinfluenceurs pour promouvoir un candidat ou un parti, mais la plateforme nâa pas dĂ©celĂ© lâimportante campagne menĂ©e par FameUp et FA Agency. AuditionnĂ©s mercredi au Parlement europĂ©en, des reprĂ©sentants du rĂ©seau social ont affirmĂ©, contre toute Ă©vidence, « avoir appliquĂ© les rĂšgles » interdisant Ă leurs utilisateurs dâ« accepter un paiement pour faire la promotion de contenus politiques ». Lâentreprise a expliquĂ© avoir dĂ©tectĂ© des opĂ©rations dâinfluence de petite ampleur et y avoir mis fin au plus vite. Elle estime Ă©galement ĂȘtre injustement accusĂ©e, des vidĂ©os douteuses pro-Georgescu ayant aussi Ă©tĂ© diffusĂ©es sur dâautres rĂ©seaux sociaux, y compris par le truchement de publicitĂ©s payĂ©es.
Il reste que la campagne menĂ©e sur TikTok a connu un succĂšs bien plus important que sur dâautres rĂ©seaux, en partie aussi parce que la plateforme chinoise est particuliĂšrement populaire en Roumanie. Les analyses menĂ©es par les services roumains constatent « une forte augmentation [de la visibilitĂ© des mots-clĂ©s favorables Ă M. Georgescu] du 13 au 26 novembre, atteignant la 9e place mondiale dans les principales tendances [de la plateforme] ». Un chiffre Ă©norme pour un pays de seulement 19 millions dâhabitants, dont 9 millions utilisent TikTok.
Jeudi, la Commission europĂ©enne a ordonnĂ© Ă TikTok de « geler » toutes les donnĂ©es relatives aux Ă©lections roumaines et de les conserver en vue de futures enquĂȘtes menĂ©es par la Commission dans le cadre du Digital Services Act, qui lâa dotĂ©e de pouvoirs Ă©tendus de rĂ©gulation des rĂ©seaux sociaux.
En Roumanie, derriĂšre le succĂšs politique de Calin Georgescu, lâombre dâun mystĂ©rieux influenceur
La presse roumaine lâa surnommĂ© « le Elon Musk roumain » et « le roi de TikTok ». Mais jusquâĂ cette semaine, un Ă©nigmatique influenceur se prĂ©sentant sous le pseudonyme BOGPR nâavait guĂšre fait parler de lui, en dehors des rubriques people et insolites. Son mode opĂ©ratoire : intervenir dans les « live » TikTok des producteurs de contenus roumains pour leur faire des dons pouvant atteindre plusieurs dizaines de milliers dâeuros, provoquant explosions de joie en direct et clips viraux. BOGPR, qui nâa pas donnĂ© suite aux sollicitations du Monde, ne semblait pas retirer grand-chose de ces bonnes grĂąces. Lui-mĂȘme ne publie pas de vidĂ©os, et Ă©tait jusquâĂ peu totalement anonyme.
Toutefois, depuis ce week-end et lâarrivĂ©e surprise en tĂȘte du premier tour de la prĂ©sidentielle roumaine du candidat prorusse Calin Georgescu, quasi-inconnu il y a trois mois et crĂ©ditĂ© de moins de 5 % dans les sondages, la presse roumaine sâintĂ©resse de prĂšs Ă BOGPR. Dâabord parce quâil faisait partie des soutiens de la premiĂšre heure de Calin Georgescu : dĂšs 2020, il publiait sur Facebook des messages soutenant quâil serait un excellent prĂ©sident, Ă lâĂ©poque oĂč M. Georgescu diffusait, en pleine pandĂ©mie de Covid-19, des messages antivaccination. Ensuite et surtout parce que le succĂšs du candidat Ă la prĂ©sidentielle, qui nâa quasiment pas fait campagne au sens traditionnel du terme, semble avoir Ă©tĂ© largement portĂ© par TikTok, et notamment par une campagne douteuse de financement dâinfluenceurs.
Distributeurs de bitcoins
BOGPR est-il derriĂšre cette opĂ©ration dâinfluence ? A ce stade, rien ne lâatteste. NĂ©anmoins, les mĂ©dias roumains soupçonnent que lâhomme pourrait avoir jouĂ© un rĂŽle, du fait des importantes sommes dâargent distribuĂ©es aux influenceurs en deux ans et des compĂ©tences quâil a su mettre en avant : son site personnel, dĂ©sormais fermĂ©, proposait jusquâau mercredi 27 novembre des services de « protection » de comptes TikTok, promettant dâaider Ă Ă©chapper aux sanctions de la modĂ©ration du rĂ©seau social.
Mardi, le mĂ©dia Gandul a rĂ©vĂ©lĂ© lâidentitĂ© de BOGPR, mais les Ă©lĂ©ments recueillis par ce tabloĂŻd roumain soulĂšvent plus de questions quâelles nâapportent de rĂ©ponse. De son vrai nom Bogdan Peschir, BOGPR semble mener grand train, Ă en juger par les deux voitures de luxe dans le garage de sa villa, que les journalistes ont pu photographier. Lâorigine de sa fortune reste nĂ©buleuse : il dispose bien dâau moins une entreprise enregistrĂ©e en Roumanie, mais qui ne semble avoir aucun employĂ© et dont lâobjet social est flou.
De multiples Ă©lĂ©ments en ligne, que Le Monde a pu consulter, montrent en revanche que BOGPR a occupĂ© des postes Ă responsabilitĂ© dans deux sociĂ©tĂ©s du domaine des cryptoactifs, BitXatm et Globaya. La premiĂšre nâexiste plus. Elle proposait dâinstaller des distributeurs automatiques permettant dâĂ©changer de lâargent liquide contre des bitcoins, et a fermĂ© aprĂšs un scandale : lâargent dĂ©posĂ© sur les machines avait Ă©tĂ© subitement retirĂ© par les administrateurs du service. La seconde est toujours en activitĂ©, mais son site Web est une simple page avec son logo, sans explication sur ses produits ou services. Divers sites professionnels indiquent quâelle compterait une vingtaine dâemployĂ©s.
« Tout comme Elon Musk »
Outre BOGPR, ces deux structures avaient un autre responsable commun : Gabriel Prodanescu, qui se prĂ©sente comme le PDG et fondateur de Globaya. Lâhomme a Ă©galement codĂ©tenu plusieurs autres sociĂ©tĂ©s en Angleterre, dont BCB ATM, une autre entreprise de distributeurs automatiques de cryptoactifs comptant des employĂ©s en Russie. Avant que M. Prodanescu nâen prenne le contrĂŽle, BCB ATM Ă©tait dirigĂ©e par un homme prĂ©cĂ©demment condamnĂ© pour complicitĂ© de vol avec violence et torture. Lâentreprise ne semble plus avoir dâactivitĂ© aujourdâhui.
AprĂšs la rĂ©vĂ©lation de son identitĂ©, BOGPR a publiĂ© un message sur son compte TikTok, dans lequel il assure ĂȘtre « un entrepreneur et investisseur roumain » sans « rapport avec lâEtat ou la franc-maçonnerie ». Il affirme Ă©galement nâavoir reçu aucune promesse de poste ou de rĂ©munĂ©ration pour son soutien Ă la campagne de M. Georgescu : « Je ne le connais mĂȘme pas personnellement. Je ne pense pas faire quoi que ce soit dâimmoral en soutenant une campagne en laquelle je crois. Tout comme Elon Musk a soutenu la campagne de [Donald] Trump [aux Etats-Unis] en lui donnant 100 millions de dollars et en la promouvant sur son compte X et dans ses apparitions publiques. »
La nature exacte du « soutien » apportĂ© par BOGPR reste inconnue, mais toute contribution financiĂšre ne manquerait pas dâintĂ©resser les enquĂȘteurs roumains : sur sa dĂ©claration officielle de comptes de campagne, M. Georgescu a garanti quâil nâavait effectuĂ© aucune dĂ©pense.
Moi câest juste que ça mâintĂ©resse donc je rebondis sur @JohnCarew ![]()
Dâailleurs, le prĂ©sident Roumain vient de dĂ©missionner, avant les nouvelles Ă©lections de mai.
Milles milliards dâexcuses si tu as pris ça pour une attaque, câĂ©tait pas du tout le but ![]()
Jâai juste rebondis sur cette phrase, car je suis en phase avec le reste de lâarticle, Ă ceci prĂȘt quâil faut aussi totalement rĂ©former les mĂ©dias traditionnels.
Ce phĂ©nomĂšne sur twitter est un flĂ©au, il nâest pas nouveau (ça fait des annĂ©es que sans trop forcer on voit des faux comptes macronistes et RN par exemple), mais ça sâaccĂ©lĂšre. Et dans pas longtemps avec lâIA qui produira des photos ou vidĂ©os hyper rĂ©alistes, ça ne fait que commencer.
Pour revenir sur la Roumanie, pour moi ça confirme que câest comme en Moldavie : oui il y a ingĂ©rence Ă©trangĂšre, comme dans absolument chacune des Ă©lections. Mais ça devient un problĂšme dĂ©mocratique, et on explique aux gens quâils ont mal votĂ© (quand on ne les en empĂȘche pas) quand ils choisissent le camps Russe (ou du Brexit). Pas quand câest des milliards dĂ©versĂ©s par la CIA via des ONG ou des think tank ou quand les trolls ont un drapeau europĂ©en sous leur pseudo twitter.
De maniĂšre gĂ©nĂ©rale, ça fait des annĂ©es quâon voit des trolls qui supportent leur parti comme leur club de foot sur Twitter. Et Ă ce jeu tâas pas que Macron et le RN, loin de lĂ .
Oui jâaurais dĂ» prĂ©ciser, ici je parle pas des « trolls » fanatiques, mais des faux comptes, il y a dĂ©jĂ eu pas mal dâarticles de recherche dessus:
- Soit purement des bots
- Soit des comptes gérés par des petits groupes
Sur ce crĂ©neau, jâai remarquĂ© que Renaissance / ExtrĂȘme droite, mais ça existe peut-ĂȘtre dans dâautres mouvances politiques
Pour lâextrĂȘme droite tâes les bots russes, pour LREM je savais pas par contre !
La Moldavie ça me semble ĂȘtre un degrĂ© bien diffĂ©rent de la Roumanie, il y a quand mĂȘme des Ă©lĂ©ments laissant Ă penser quâil y a eu achat direct de vote, câest quand mĂȘme plus sale que de voir des influenceurs foutre la merde ou lâUE et la Russie promettre des trucs sympa si on vote pour leur poulain.
Alors que la Roumanie on est surtout sur exploiter des embrouilles sur les RS une bonne excuse des grands pontes locaux pour rebattre les cartes aprÚs que leurs poulains aient été évincés au premier tour.
Pour moi il y a un cas oĂč le camp pro-russe est principal fautif, et un cas oĂč le camp pro-occidental est principal fautif, du coup ça me gĂȘne pas mal de voir ça traitĂ© comme kif kif.
Pour la Moldavie je faisais rĂ©fĂ©rence au rĂ©fĂ©rendum pour ou contre rejoindre lâUE oĂč lâĂ©lection a basculĂ© sur le vote des Moldaves vivant Ă lâĂ©tranger.
Pour ceux qui habitent Ă lâouest, pas de problĂšme pour voter : 233 bureaux de votes Ă©taient mises Ă disposition. Pour ceux qui habitent en Russie en revanche, câest une autre histoire : 2 bureaux de vote ouverts Ă Moscou pour 10 000 bulletins de vote, et tant pis si câest le pays oĂč prĂšs de la moitiĂ© de la diaspora Moldavie vit (500 000 personnes).
Au final le « non » Ă lâUE Ă©tait majoritaire par les votants du pays. Le « oui » Ă lâUE Ă©tait majoritaire pour les votants en dehors du pays, ce qui a suffit Ă faire pencher la balance. Vu les marges minimes sur lâĂ©lection (seulement 10 000 votes de plus pour le oui que pour le non), il nây a pas trop de doute sur lâissue de lâĂ©lection si ils avaient eu le droit de voter en Russie.
Finalement câest 39 blessĂ©s et deux morts lors de cet attentat menĂ© par un Afghan de 24 ans.
Aujourdâhui câest un Syrien de 23 ans qui a poignardĂ© des gens au hasard, faisant 4 blessĂ©s et un mort de 14 ans en Autriche.



