🌍 ActualitĂ© et politique internationale


#41

Il se passe quoi la depuis 1 h ?


#42

Je découvre ça

Je vais tenter ma chance demain contre Macron :macron2:


#43

Je lis partout les mĂ©faits de l’extrĂȘme droite mais j’ai pas l’impression qu’ils gouvernent. Je me trompe ?


#44

Ce n’est ni plus ni moins qu’un coup d’Etat.

EDIT : et je prĂ©cise parce que j’en vois venir, je n’ai aucune affection pour Maduro et je pense qu’il doit partir. Mais pas comme ça.


#45

C’est bien pour le Venezuela car il y a maintenant une figure qui peut fĂ©dĂ©rer l’opposition. En plus, chose nouvelle, les manifestations ont dĂ©butĂ© dans les quartiers les plus pauvres, et ça semble bien prendre.
Peuple dans la rue + figure qui peut demander l’appui des militaires, ça peut ĂȘtre la fin de Maduro.


#46

Je ne serais pas aussi sĂ©vĂšre que toi, dans la mesure oĂč Maduro s’est lui mĂȘme bien torchĂ© avec les institutions, mais c’est quelque chose que beaucoup de monde oublie au sujet du Venezuela actuellement.

Le Gouvernement en place a perdu beaucoup de sa lĂ©gitimitĂ© depuis 2016, en plus de bafouer les droits humains de maniĂšre absolument odieuse et de faire preuve d’une incompĂ©tence manifeste.

Mais il ne faut pas oublier que l’équipe d’en face est Ă  peu prĂšs aussi pourrie.

Il ne faut pas oublier que l’opposition avait orchestrĂ© un coup d’état en 2002 avec appuis Ă©trangers (Etats-Unis et Espagne), finalement mis en dĂ©route par un fort soutien populaire Ă  Chavez.

Et il n’y a que peu de diffĂ©rences entre les opposants de l’époque et les opposants actuels.
Par exemple, MarĂ­a Corina Machado, le chef d’un parti d’opposition qui est l’ex-prĂ©sidente d’une ONG promouvant les droits humains (donc a priori quelqu’un qui vend bien la figure du gentil dans nos mĂ©dias), fait partie des signataires du dĂ©cret Carmona (le dĂ©cret qui est abrogĂ© tous les changements constitutionnels dĂ©mocratiquement adoptĂ©s lors du coup d’état de 2002, trois fois rien).

Au niveau des dirigeants (je ne doute pas que beaucoup de manifestants sont sincĂšres), on est bien plus dans une opposition entre deux Ă©quipes d’enfoirĂ©s qui nous feraient tous amĂšrement regretter nos pourris que dans une opposition entre un pouvoir autoritaire et de gentils opposants libĂ©raux qui ne feraient pas de mal Ă  une mouche.


#47

Les US, les rois pour foutre le bordel dans tout un continent


#48

Ouais enfin mettre au mĂȘme niveau une invasion que supporter l’opposition c’est qd mĂȘme pas pareil

Les millions de VĂ©nĂ©zuĂ©liens dans les rues n’ont pas Ă©tĂ© parachutĂ©s par les US


#49

Soutenir l’opposition
 Ou soutenir un coup d’Etat. Question de vocabulaire tout ça :wink:


#50

Effectivement, chacun son positionnement.
Un coup d’état ne serait pas forcĂ©ment une mauvaise chose pour la population de certains pays.


#51

J’ai pas trop suivi enfin j’ai suivi mais je ne connais pas assez le dossier mais je suppose qu’un coup d’état ça consiste Ă  prendre le pouvoir Ă  un pouvoir Ă©lu lĂ©galement ? Est-ce que c’est un coup d’état lorsque l’on reprend le pouvoir Ă  quelqu’un qui l’occupe illĂ©gitimement ?

Et donc la question c’est est-ce que Maduro occupe le pouvoir de maniĂšre illĂ©gal ? Il ne fait aucun doute que dans le passĂ© il a Ă©tĂ© Ă©lu ou plutĂŽt Chaves a Ă©tĂ© Ă©lu de maniĂšre dĂ©mocratique. Est-ce que c’est toujours le cas ? D’aprĂšs ce que l’on entend non.


#52

C’est le souci. Les Etats-Unis disent que non mais est-ce une vĂ©ritĂ© en soi ? Le meilleur moyen serait un vote sous contrĂŽle de l’ONU. Ce qu’il aurait aussi fallu faire pour la CrimĂ©e d’ailleurs.


#53

Évidemment que non. Mais du coup là est toute la question


AprĂšs, de ce que j’ai vu, et forcĂ©ment nos mĂ©dias sont trĂšs orientĂ©s sur la question, l’assemblĂ©e constituante pour annihiler le pouvoir de l’assemblĂ©e c’est moyennement dĂ©mocratique.


#54

Ah non mais Maduro je cherche pas Ă  le dĂ©fendre. Je dis juste qu’un coup d’Etat pour chasser un despote amateur, bon
 J’ai du mal Ă  sauter de joie


#55

Je suis loiiiiiin d’ĂȘtre spĂ©cialiste de la question venezuelienne donc Ă  prendre avec des pincettes. Ce que j’ai lu c’est que Maduro Ă©tait plus que partant pour que l’ONU et tous les observateurs Ă©trangers assistent Ă  l’élection mais que c’est l’opposition qui a refusĂ© car cela aurait donnĂ© de la lĂ©gitimitĂ© Ă  Maduro qui restait populaire.

Il conserve encore beaucoup de soutiens qui manifestent encore dans la rue. Et des sondages semblent indiquer que 70-80% s’opposent aux sanctions Ă©conomiques amĂ©ricaines de peur que la bouffe soit encore plus rare.

La premiĂšre action des US a priori ça a Ă©tĂ© de saisir les centrales pour gĂ©rer les raffineries, leur objectif n’a pas l’air trĂšs dĂ©mocratique :hoho:


#56

Le Venezuela est un des pays avec les plus grosses rĂ©serves de pĂ©trole faut pas chercher plus loin. Oui y’a plus a bouffer lĂ  bas mais pas uniquement Ă  cause de Maduro. Mais aussi parce que les grosses chaines comme Carrefour Auchan Walmart et autres ont tout fermĂ© dans le pays.


#57

Si, il faut justement chercher plus loin.
Les rĂ©serves sont Ă©normes mais ce n’est pas le mĂȘme type de pĂ©trole qu’en Arabie saoudite par exemple. Le prix d’extraction est au moins double, et la qualitĂ© est tellement mauvaise qu’il faut le couper avec des produits raffinĂ©s pour l’exporter.

Bref, il y a du pĂ©trole, c’est clair, beaucoup, c’est clair. Mais il faut arrĂȘter cette idĂ©e que le Venezuela est le nouvel Arabie saoudite. D’ailleurs la premiĂšre raison de la crise qu’ils subissent est Ă©videmment la fluctuation des prix du brut, et non le communisme comme certains simples d’esprits aiment Ă  le croire.

Maduro n’est nĂ©anmoins plus lĂ©gitime, il fait n’importe quoi et doit partir, mais l’idĂ©al ce serait d’avoir quelque-chose de mieux par la suite 



#58

Si vous voulez pousser le sujet. Un francophone fait un AMA sur Reddit en ce moment.

https://www.reddit.com/r/france/comments/alsqwx/dmqc_je_suis_venezuelien_ayant_habité_là_bas/


#59

Et pour ceux qui ont du temps devant eux pour lire, une analyse trÚs poussée du monde diplo sur le combat bourgeoisie vs Chavez. Mine de rien ça éclaire beaucoup sur la situation économique actuelle du pays.

[Quote]
Parfois, la mĂ©moire est cruelle. Le 2 fĂ©vrier 1999, Ă  Caracas, un homme au teint mat prononce son premier discours de prĂ©sident. Son nom : Hugo ChĂĄvez. « Le Venezuela est blessĂ© au cƓur », assĂšne-t-il en citant Francisco de Miranda, hĂ©ros de l’indĂ©pendance. Il dĂ©crit la crise « Ă©thique et morale » que traverse alors son pays. Ce « cancer » gangrĂšne l’économie, de sorte que, dit-il, « nous avons commencĂ© Ă  entendre parler de dĂ©valuation, d’inflation ». « Tel un volcan qui travaille de façon souterraine », ces crises Ă©conomique et morale en ont gĂ©nĂ©rĂ© une troisiĂšme : la crise sociale. L’ancien militaire formule une promesse : « Cette cĂ©rĂ©monie n’est pas une passation de pouvoirs de plus. Non : elle marque une nouvelle Ă©poque. (
) Nous ne devons pas freiner le processus de changement et encore moins le dĂ©vier : il risquerait de se replier sur lui-mĂȘme et nous, de nous noyer Ă  nouveau. »

La mĂ©moire est parfois cruelle, mais les VĂ©nĂ©zuĂ©liens ont appris Ă  sourire de ses vexations. « Regarde, ça c’est moi il y a un an, nous lance Mme Betsy Flores en s’esclaffant. Je pesais dix kilos de plus ! Et sur cette photo, c’est Martha. Tu ne la reconnais pas, hein ! À vrai dire, moi non plus. À l’époque, elle avait une vraie paire de fesses. DĂ©sormais, on dirait une planche ! » Combien de fois avons-nous vĂ©cu la scĂšne ? La quasi-totalitĂ© des personnes que nous rencontrons, une ancienne ministre comprise, confessent se contenter rĂ©guliĂšrement d’un repas par jour. Et lorsqu’elles s’attablent, les festins demeurent rares : chacun se dĂ©brouille avec ce qu’il a pu obtenir dans les boutiques aux rayons clairsemĂ©s ou au marchĂ© noir, dont les prix reposent sur l’évolution du dollar parallĂšle. Entre le 11 octobre et le 11 novembre, celui-ci est passĂ© de 1 230 Ă  1 880 bolivars, soit un bond de plus de 50 %. Comme en 1999, « dĂ©valuation » et « inflation » font partie du vocabulaire quotidien des VĂ©nĂ©zuĂ©liens, qui formulent un mĂȘme constat : leur paie, y compris lorsqu’elle dĂ©passe le salaire minimum, fixĂ© Ă  27 000 bolivars par mois (1), « ne suffit pas pour survivre ».

« Dopé à la rente, le Venezuela distribuait les uppercuts »

Il y a dix ans, la rue frĂ©missait de politique. On y parlait de Constitution, de rĂ©duction de la pauvretĂ©, de participation populaire. Et pas seulement Ă  gauche. En 2016, les gens n’ont plus qu’un sujet Ă  la bouche : la nourriture. Celle qu’ils ont rĂ©ussi Ă  glaner et, surtout, celle qui leur manque ou dont les prix s’envolent. À la mi-novembre 2016, le riz coĂ»tait 2 500 bolivars le kilo, ce qui le renvoyait dans le domaine de l’inaccessible. Domaine oĂč figuraient dĂ©jĂ  le poulet, le beurre, le lait ainsi que la farine nĂ©cessaire Ă  la confection des arepas, ces galettes de maĂŻs blanc dont raffolent les VĂ©nĂ©zuĂ©liens.

Il y a dix ans, en pleine campagne prĂ©sidentielle, ChĂĄvez prĂ©sentait les progrĂšs du systĂšme de santĂ© comme « l’une de [ses] plus grandes rĂ©ussites (2) ». Aucun adversaire sĂ©rieux n’aurait songĂ© Ă  le lui contester. DĂ©sormais, le pays manque de mĂ©dicaments. Pas seulement d’aspirine et de paracĂ©tamol, mais Ă©galement d’antirĂ©troviraux et de molĂ©cules destinĂ©es aux chimiothĂ©rapies.

Il y a dix ans, dans la foulĂ©e de dizaines d’autres programmes sociaux, naissait la « mission Negra HipĂłlita ». Son objectif ? Venir en aide aux sans-abri urbains. Elle fut l’une des premiĂšres victimes de la crise. Le spectacle des personnes attendant la sortie des poubelles le soir est redevenu familier, cependant que les rues de Caracas exposent aux regards les mille et un visages de la dĂ©tresse infantile.

Inflation, misĂšre et corruption : les forces telluriques que dĂ©crivait ChĂĄvez lors de sa prise de fonctions sont Ă  nouveau Ă  l’Ɠuvre ; le volcan s’est rĂ©veillĂ©. Pour la droite, les choses sont simples : le socialisme Ă©choue toujours. À gauche, oĂč l’on avait appris Ă  voir le Venezuela comme un phare dans la nuit nĂ©olibĂ©rale, l’incomprĂ©hension le dispute Ă  l’incrĂ©dulitĂ©. Et une question s’impose, celle que formulait dĂ©jĂ  le dirigeant bolivarien quand il esquissait le bilan de ses prĂ©dĂ©cesseurs, en 1999 : comment expliquer que, en dĂ©pit de « tant de richesses », « le rĂ©sultat soit aussi nĂ©gatif » ?

« À cause de la guerre Ă©conomique que nous livrent l’opposition et ses alliĂ©s », rĂ©pond le prĂ©sident NicolĂĄs Maduro, Ă©lu en avril 2013, un mois aprĂšs le dĂ©cĂšs de ChĂĄvez. Les chefs d’entreprise profitent de la chute des cours du pĂ©trole (retombĂ© sous les 40 dollars en 2016 aprĂšs avoir dĂ©passĂ© les 100 dollars entre 2011 et 2014) pour organiser la pĂ©nurie, souffler sur les braises de la colĂšre populaire et prĂ©parer le renversement du pouvoir chaviste. Au prĂ©texte d’en rendre compte, le site Dolartoday (3), sis Ă  Miami, orchestre la flambĂ©e du dollar parallĂšle. Ses ambitions politiques ne s’affichent-elles pas clairement Ă  travers un sondage prĂ©sentĂ© Ă  sa « une » depuis plusieurs semaines ? « Si l’élection prĂ©sidentielle avait lieu aujourd’hui, pour qui voteriez-vous ? » Parmi les rĂ©ponses possibles : MM. Henry Ramos Allup, Leopoldo LĂłpez, Henrique Capriles Radonski, Henri FalcĂłn et Lorenzo Mendoza GimĂ©nez, ainsi que Mme MarĂ­a Corina Machado. Tous membres de l’opposition.

On ne compte plus les analystes proches du pouvoir qui, se rappelant le sort rĂ©servĂ© au prĂ©sident chilien Salvador Allende en 1973, dĂ©fendent cette explication de la situation, comme si elle Ă©tait vraiment contestĂ©e dans le camp progressiste. Or la question qui divise le chavisme est d’une autre nature : l’hostilitĂ© de ceux que la « rĂ©volution bolivarienne » cherche Ă  priver de leurs privilĂšges suffit-elle Ă  expliquer le chaos actuel ?

Membre du Parti socialiste unifiĂ© du Venezuela (PSUV), M. Sergio SĂĄnchez en a Ă©tĂ© exclu pour avoir refusĂ© de soutenir un candidat au poste de gouverneur parachutĂ© en dĂ©pit de forts soupçons de corruption. Le thĂšme de la « guerre Ă©conomique » lui Ă©voque une image : « DopĂ© Ă  la rente pĂ©troliĂšre, le Venezuela est montĂ© sur le ring pour distribuer les uppercuts Ă  la bourgeoisie et Ă  l’empire. DĂ©sormais, les anabolisants ont disparu : le gouvernement est dans les cordes. D’un seul coup, il trouve anormal que ses adversaires poursuivent le combat. » Se revendiquant toujours du chavisme, « mais opposĂ© au gouvernement », le militant Gonzalo GĂłmez formule les choses autrement : « On ne fait pas la rĂ©volution en espĂ©rant que le capitalisme ne rĂ©agira pas. » « D’ailleurs, poursuit-il, il faut distinguer deux attitudes : celle qui consiste Ă  crĂ©er les conditions de la crise et celle qui consiste Ă  en profiter. Bien souvent, les patrons se contentent de tirer parti des dysfonctionnements de l’économie. »

Quand les petites perturbations s’accumulent

Pour une partie de la gauche, le chaos actuel s’expliquerait par la toute-puissance d’un adversaire capable, dix-sept ans aprĂšs sa dĂ©faite, de produire le dĂ©raillement de l’économie. Pour une autre, il dĂ©coulerait de la trahison de dirigeants cyniques qui auraient passĂ© l’arme Ă  droite. Mais on peut Ă©galement envisager les processus de transformation sociale comme contradictoires : leurs rĂ©ussites — considĂ©rables dans le cas vĂ©nĂ©zuĂ©lien (4) — engendrent parfois des difficultĂ©s qui, faute de rĂ©ponse, peuvent devenir menaçantes. La chute ne serait donc pas inscrite dans l’amorce, mais dans l’incapacitĂ© Ă  corriger les consĂ©quences nĂ©fastes de ses choix. C’est la leçon de la « thĂ©orie des catastrophes », que ChĂĄvez exposait Ă  son auditoire un certain 2 fĂ©vrier 1999 : « Selon cette thĂ©orie, les catastrophes apparaissent de maniĂšre progressive, quand, dans un systĂšme donnĂ©, se manifeste une petite perturbation qui ne rencontre aucune capacitĂ© de rĂ©gulation, une toute petite perturbation qui n’appelait qu’une toute petite correction. En l’absence de capacitĂ© et de volontĂ© d’agir, la premiĂšre perturbation en rencontre une autre, tout aussi petite, qui ne trouve pas plus de rĂ©ponse. Et les petites perturbations s’accumulent, jusqu’à ce que le systĂšme perde la capacitĂ© de les rĂ©guler. C’est alors que survient la catastrophe. »

Quand ChĂĄvez arrive au pouvoir, le prix du baril de pĂ©trole est Ă  un plancher historique, proche des 10 dollars : un dĂ©sastre dont l’explication impose de plonger dans l’histoire du pays. Au dĂ©but du XXe siĂšcle, la nation caribĂ©enne figure parmi les premiers producteurs de cafĂ© et de cacao. Et puis elle dĂ©couvre d’immenses rĂ©serves d’or noir
 En dix ans seulement, de 1920 Ă  1930, le secteur pĂ©trolier passe de 2,5 % du produit intĂ©rieur brut (PIB) Ă  prĂšs de 40 %, l’agriculture dĂ©vissant de 39 % Ă  12,2 % (5). Alors que la crise des annĂ©es 1930 provoque la chute des cours du cafĂ©, la plupart des pays de la rĂ©gion dĂ©valuent leur monnaie pour maintenir la compĂ©titivitĂ© de leurs exportations et lancer un processus d’industrialisation reposant sur la production locale des biens autrefois importĂ©s (« substitution des importations »). Le Venezuela procĂšde Ă  rebours : disposant d’importantes quantitĂ©s de devises grĂące Ă  la rente, il cĂšde Ă  la pression du lobby commercial, qui organise l’importation de tout ce que le pays consomme.

Chåvez se découvre un pouvoir extraordinaire

Le raisonnement de ces Ă©piciers en costume trois-piĂšces ? Plus la monnaie locale sera forte, plus les VĂ©nĂ©zuĂ©liens pourront consommer, et eux s’enrichir. Entre 1929 et 1938, en pleine crise internationale, Caracas Ă©lĂšve la valeur du bolivar de 64 %. L’opĂ©ration verrouille les portes du commerce international au secteur agricole ; elle lui barre Ă©galement l’accĂšs aux Ă©choppes nationales, inondĂ©es de produits bon marchĂ©. En dĂ©pit de promesses rĂ©currentes de sortir du modĂšle rentier depuis lors, le dĂ©sĂ©quilibre Ă©conomique s’accroĂźt peu Ă  peu ; et, lorsque ChĂĄvez prend les rĂȘnes du pays, 85,8 % de la valeur des exportations provient du pĂ©trole (6).

Avec un prix du brent au plus bas en 1999, l’économie vĂ©nĂ©zuĂ©lienne ressemble Ă  un gros-porteur tractĂ© par un moteur de Mobylette : elle ahane. Le nouveau prĂ©sident a placĂ© la diversification de l’économie au premier rang de ses prioritĂ©s, mais il mesure qu’elle prendra du temps. Or la patience ne caractĂ©rise pas une population fĂ©brile dont les espoirs ont Ă©tĂ© aiguillonnĂ©s par la campagne Ă©lectorale. La solution passe par une rĂ©activation de l’Organisation des pays exportateurs de pĂ©trole (Opep), dont aucun des membres ne respecte plus les quotas. L’opĂ©ration paie : les cours repartent Ă  la hausse. Mais elle entraĂźne une premiĂšre perturbation : l’urgence de se libĂ©rer des affres de la disette s’estompe devant la tentation de jouir de l’abondance.

« Les premiĂšres annĂ©es furent trĂšs difficiles, se remĂ©more M. VĂ­ctor Álvarez, ancien ministre des industries de base et du secteur minier (2005-2006). La presse prĂ©sentait ChĂĄvez comme un clown. Et l’opposition n’a pas choisi la voie de la contestation dĂ©mocratique. » En 2002, elle organise un coup d’État (qui Ă©chouera) avec l’aide des grands mĂ©dias et de Washington. Pis, poursuit M. Álvarez, « le 10 dĂ©cembre 2002, le jour mĂȘme oĂč nous allions lancer un programme visant Ă  renforcer l’industrie nationale en rĂ©orientant vers elle les contrats publics, les patrons organisent un lock-out ! ». La grĂšve du secteur privĂ© et des hauts dirigeants du secteur pĂ©trolier (nationalisĂ©) durera deux mois et amputera le PIB d’environ 10 % (7). « Notre projet fut rangĂ© dans un tiroir, dont il n’est jamais ressorti. »

Les prix du pĂ©trole continuent Ă  grimper, pour atteindre une trentaine de dollars le baril en 2003. Le gouvernement bolivarien dispose des ressources lui permettant de mettre en Ɠuvre les programmes sociaux qui consolideront sa popularitĂ© dans les milieux modestes. Incapable de chasser ChĂĄvez du pouvoir, l’oligarchie vĂ©nĂ©zuĂ©lienne dĂ©cide d’exfiltrer son pĂ©cule. La fuite des capitaux atteint des montants alarmants : plus de 28 milliards de dollars entre 1999 et 2002, soit prĂšs de 30 % de l’ensemble de la richesse produite en 2002 (8). À ce niveau, on ne parle plus de ponction, mais de saignĂ©e.

Alors que les rĂ©serves de devises s’effondrent, le pouvoir bolivarien prend la seule mesure adaptĂ©e : en fĂ©vrier 2003, il introduit un contrĂŽle des changes et fixe la paritĂ© entre la monnaie nationale et le dollar (le prĂ©cĂ©dent contrĂŽle des changes avait Ă©tĂ© interrompu en 1996). À partir de ce moment, l’État se rĂ©serve la capacitĂ© d’allouer ou non les dollars que lui demande telle ou telle entreprise pour importer. « ChĂĄvez dĂ©couvre qu’il dispose d’un pouvoir extraordinaire, commente M. Álvarez. Non seulement la rente permet de satisfaire les besoins de la population, mais elle offre la possibilitĂ© de punir ceux qui avaient conspirĂ© contre le pouvoir en leur refusant les devises. » PrivĂ©es de dollars, bien des entreprises mettent la clĂ© sous la porte, Ă  moins que leur patron ne fasse amende honorable. « Car la rente garantit enfin la loyautĂ© des entrepreneurs opportunistes. » L’espĂšce n’est pas rare.

« La politique du bolivar fort a constituĂ© une subvention Ă  l’ensemble de l’économie, renchĂ©rit le sociologue Edgardo Lander. La rente finançait la consommation, voitures de luxe et billets d’avion compris. » Entre 2004 et 2008, le Venezuela connaĂźt une pĂ©riode d’abondance. Le PIB par habitant frĂŽle son niveau de 1977, l’apogĂ©e d’une pĂ©riode connue comme le « Dame dos ! » (« J’en prends deux ! »). Hier considĂ©rĂ©e comme un piĂšge dont il fallait s’émanciper, la rente retrouve son rĂŽle traditionnel de clĂ© de voĂ»te du modĂšle Ă©conomique vĂ©nĂ©zuĂ©lien. Nouvelle perturbation, sans correction


Le contrĂŽle des changes ne disparaĂźtra plus. Conçu comme une mesure temporaire pour lutter contre la fuite des capitaux, « il en devient le principal moteur, explique M. Temir Porras, ancien chef de cabinet de M. Maduro. Pays extrĂȘmement dĂ©pendant des importations, le Venezuela affiche une inflation structurelle d’environ 15 Ă  20 %. Pas le dollar. Fixer une paritĂ© avec la devise amĂ©ricaine implique donc de surĂ©valuer sa monnaie. On ne connaĂźt pas de meilleure recette pour dĂ©truire la production nationale. Non seulement il devient plus coĂ»teux de produire localement que d’importer, mais le pays redĂ©couvre un nĂ©goce particuliĂšrement juteux : l’importation surfacturĂ©e, qui permet de mettre la main sur des dollars » .

L’opĂ©ration est simple. Imaginons un importateur qui dispose d’un rĂ©seau lui permettant d’acheter des bouteilles d’eau Ă  10 centimes de dollar piĂšce. Il obtient de l’État des dollars pour en acheter un million qu’il dĂ©clare payer 20 centimes piĂšce par le biais d’une entreprise qu’il aura prĂ©alablement crĂ©Ă©e en dehors du pays. RĂ©sultat : l’entrepreneur dispose de 100 000 dollars, qu’il peut Ă©couler sur le marchĂ© noir local ou faire sortir du pays. « La culbute est parfois rĂ©alisĂ©e avant mĂȘme la distribution du produit, poursuit M. Porras. De sorte que certains importateurs abandonnent les produits dans les hangars, ne vendant que de quoi acheter de nouveaux dollars. » Entre 2002 et 2012, la valeur des importations quintuple, passant d’environ 10 milliards de dollars Ă  50, un bond bien plus rapide que celui de leur volume. Lucratif, le secteur de l’importation attire du monde : ceux qu’on dĂ©nommera bientĂŽt les « bolibourgeois » et que le pouvoir prĂ©sente comme des « patrons socialistes », mais Ă©galement des militaires, des hauts fonctionnaires et des malfrats.

Des taux de profit taquinant les 18 000 %

Pendant ce temps, la rĂ©duction de la pauvretĂ© — l’une des plus grandes rĂ©ussites de la « rĂ©volution bolivarienne » — permet Ă  la population de consommer davantage. Dans un contexte oĂč le pouvoir conteste peu au secteur privĂ© sa mainmise sur les importations, la manne pĂ©troliĂšre qu’il dĂ©verse sur la population pour « solder la dette sociale » ruisselle jusque dans les poches des chefs d’entreprise. De sorte qu’en dĂ©pit de ses rĂ©ussites sociales et gĂ©opolitiques, le Venezuela retrouve peu Ă  peu sa fonction premiĂšre dans la division internationale du travail : celle d’exportateur non seulement de pĂ©trole, mais surtout de devises. Selon les calculs du trimestriel Macromet, la fuite des capitaux (surfacturation des importations comprise) aurait atteint 170 milliards de dollars entre 2004 et 2012 (9), soit pratiquement 160 % du PIB de l’annĂ©e 2004. Un chiffre Ă©tourdissant.

Lorsque la crise financiĂšre internationale oriente le cours du pĂ©trole Ă  la baisse, en 2008, la rente ne suffit plus Ă  couvrir la facture des importations. Le pays doit s’endetter. Il tente de limiter les dĂ©penses, notamment en introduisant un double taux de change : un premier, prĂ©fĂ©rentiel, pour les importations jugĂ©es stratĂ©giques ; un autre, plus Ă©levĂ©, pour le reste. L’idĂ©e n’était pas mauvaise, mais sa mise en Ɠuvre aurait gagnĂ© Ă  ĂȘtre prĂ©cĂ©dĂ©e d’une analyse des « perturbations » qu’elle avait engendrĂ©es dans le passĂ©. Car des dispositifs similaires avaient Ă©tĂ© instaurĂ©s dans les annĂ©es 1980 puis 1990, avec chaque fois une mĂȘme consĂ©quence : l’essor de la corruption. Qu’on en juge. En 2016, le Venezuela affiche un taux de change prĂ©fĂ©rentiel de 10 bolivars par dollar et un autre de 657. Obtenir un accĂšs (lĂ©gal ou non) Ă  la manne du dollar prĂ©fĂ©rentiel pour alimenter le marchĂ© courant assure donc un taux de profit stratosphĂ©rique de 6 500 %. Que l’on revende ses dollars sur le marchĂ© parallĂšle, et le taux de profit taquine les
 18 000 %. On fait naĂźtre des vocations de brigand au moyen de chiffres beaucoup moins Ă©levĂ©s.

« La droite veut mettre le peuple à genoux »

Or le Venezuela entretient une relation particuliĂšre avec la corruption. Ici, l’accumulation capitaliste ne repose pas sur la production de richesse, mais sur la capacitĂ© Ă  butiner les ressources qu’administre l’État. Redistribution, clientĂ©lisme, nĂ©potisme, favoritisme, renvoi d’ascenseur ou simple illĂ©galitĂ©, les frontiĂšres entre les formes de captation des dollars du pĂ©trole s’avĂšrent d’autant plus tĂ©nues que beaucoup les franchissent plusieurs fois par jour.

« En 2012, ChĂĄvez prend enfin conscience du problĂšme Ă©conomique, notamment celui liĂ© au taux de change, nous raconte M. Porras, qui a ƓuvrĂ© pour l’éclairer sur la question. Nous avions rĂ©ussi Ă  le convaincre d’agir. Et
 il est tombĂ© malade. » L’instabilitĂ© politique provoque un dĂ©collage soudain du dollar et de l’inflation, alors que les cours du pĂ©trole recommencent Ă  plonger fin 2014. Le pays redĂ©couvre les pĂ©nuries, liĂ©es Ă  l’atrophie d’une production locale Ă©touffĂ©e par la survalorisation du bolivar et Ă  la chute des importations, Ă©tranglĂ©es par le manque de devises. « Or, observe M. Álvarez, la pĂ©nurie offre le bouillon de culture idĂ©al pour la spĂ©culation et le marchĂ© noir. »

« Brinquebalant, l’édifice tenait grĂące Ă  deux clĂ©s de voĂ»te, rĂ©sume Lander : ChĂĄvez et la rente pĂ©troliĂšre. » Avec l’annonce officielle du dĂ©cĂšs du premier, on constate la mort clinique de la seconde. Le modĂšle socio-Ă©conomique chaviste s’effondre d’autant plus vite que plus personne, pas mĂȘme le nouveau prĂ©sident Maduro, n’est en mesure d’opĂ©rer la moindre modification d’azimut : la cohĂ©sion prĂ©caire du camp chaviste ne repose plus que sur la rĂ©solution commune Ă  dĂ©fendre l’hĂ©ritage du comandante, le meilleur moyen de prĂ©server les Ă©quilibres internes — et les prĂ©bendes. Il Ă©tait urgent de changer de stratĂ©gie ; chacun s’employa Ă  maintenir le cap. Quitte Ă  mettre en pĂ©ril certaines conquĂȘtes de la pĂ©riode glorieuse du chavisme.

L’urgence de « diversifier » l’économie s’incarne dĂ©sormais dans les projets tels que l’« arc minier de l’OrĂ©noque » : une zone de 111 800 kilomĂštres carrĂ©s (prĂšs de quatre fois la superficie de la Belgique) oĂč l’État vient d’autoriser diverses multinationales Ă  extraire or, coltan, diamants, fer, etc., en jouissant d’exonĂ©rations fiscales et de dĂ©rogations Ă  la rĂ©glementation du travail. De la rente pĂ©troliĂšre Ă  la rente miniĂšre ? On a connu diversification plus bigarrĂ©e.

En dĂ©pit de ses dĂ©nonciations rĂ©currentes des mĂ©faits de l’oligarchie importatrice, le pouvoir en prĂ©serve la tranquillitĂ©. Il ne manque pas de crĂ©ativitĂ©, en revanche, pour imaginer des bricolages tactiques « qui finissent par jeter de l’huile sur le feu de la spĂ©culation », comme nous l’explique M. Álvarez. En 2011, le gouvernement fait passer une loi organique de « prix justes », pour tenter d’imposer un plafond aux prix de produits de base. « Mais ils sont bien souvent infĂ©rieurs aux coĂ»ts de production, si bien que les gens ont arrĂȘtĂ© de produire. » Caracas subventionne par ailleurs certaines importations qu’il met Ă  disposition de communautĂ©s organisĂ©es, Ă  travers les comitĂ©s locaux d’approvisionnement et de production (CLAP). Le 11 novembre dernier, dans le quartier de La Pastora, Ă  Caracas, on pouvait ainsi se procurer un gros panier d’aliments (quatre kilos de farine de maĂŻs, deux kilos de riz, deux paquets de pĂątes, deux pots de beurre, un litre d’huile, un sachet de lait en poudre et un kilo de sucre) pour 2 660 bolivars. Un prix aussi bas offre la perspective de gains importants sur le marchĂ© noir
 oĂč finit donc une partie des produits.

Sur le plan Ă©conomique, la chute du pouvoir d’achat est telle que l’ajustement structurel a en quelque sorte dĂ©jĂ  eu lieu. Rendu plus acceptable par la rhĂ©torique de la « guerre Ă©conomique », il touche en particulier les personnes qui se conçoivent comme les membres de la classe moyenne : celles-lĂ  ne bĂ©nĂ©ficient pas des programmes sociaux et n’ont pas le temps de faire la queue des heures devant les supermarchĂ©s. Elles se trouvent donc plongĂ©es dans les « eaux glacĂ©es » du marchĂ© noir, ce qui finit par aiguiser leur colĂšre contre les plus pauvres qu’eux : ceux qui profiteraient du systĂšme, avec lesquels l’État se montrerait « trop gĂ©nĂ©reux » 

Quid de l’autre grande rĂ©ussite chaviste, l’approfondissement de la dĂ©mocratie ? Militant du mouvement social « depuis toujours », M. AndrĂ©s Antillano estime que celle-ci « n’était pas seulement un Ă©tendard pour ChĂĄvez. Elle a toujours Ă©tĂ© un moyen de mobiliser, de politiser la population ». « Je n’avais jamais vraiment cru aux vertus des Ă©lections, confesse-t-il. Mais ici, elles Ă©taient devenues un outil subversif, une force rĂ©volutionnaire. » « Étaient » ?

En 2016, l’opposition parvient Ă  dĂ©passer ses (innombrables) divisions pour demander l’organisation d’un rĂ©fĂ©rendum rĂ©vocatoire, permise par la Constitution de 1999. Bien que se rendant coupable de nombreuses fraudes, elle rĂ©ussit Ă  recueillir suffisamment de signatures valides pour lancer le processus et obtient le feu vert du Conseil national Ă©lectoral (CNE). Mais depuis, gouvernement et pouvoir judiciaire — ce dernier ne se caractĂ©risant pas par sa propension Ă  s’opposer Ă  l’exĂ©cutif — jonchent le parcours d’obstacles frisant parfois le ridicule. Menace Ă  peine voilĂ©e : le 4 mai 2016, M. Diosdado Cabello, l’une des principales figures du chavisme, estimait que « les fonctionnaires chargĂ©s d’institutions publiques qui se prononcent en faveur du rĂ©fĂ©rendum rĂ©vocatoire ne devraient pas conserver leur poste ». En procĂ©dant de la sorte, « Maduro ne prive pas uniquement l’opposition de rĂ©fĂ©rendum, observe M. Antillano. Il nous ĂŽte, Ă  nous la gauche, l’un des instruments-clĂ©s du chavisme : la dĂ©mocratie ».

« Le rĂ©fĂ©rendum, c’est le combat de la droite, pas le mien », rĂ©torque Mme Atenea Jimenez Lemon, du Red de comuneros, une puissante organisation qui regroupe plus de cinq cents communes Ă  travers le pays. Ces structures qui maillent le territoire national (surtout la campagne) ont constituĂ© le fer de lance du « nouvel État socialiste », reposant sur la participation, qu’imaginait ChĂĄvez (lire la recension ci-dessous). « Je sais qu’à bien des Ă©gards on peut dĂ©crire le gouvernement comme contre-rĂ©volutionnaire. Mais, pour moi, la gauche critique qui appelle au rĂ©fĂ©rendum fait le jeu de la droite. Car si l’opposition gagne, qu’est-ce qu’on fait ? Est-ce que les gens se rendent compte de ce qu’ils nous prĂ©parent ? »

Privatisations en masse, recul de l’État, austĂ©ritĂ© violente : ici, nul ne se fait d’illusions sur le programme des partis d’opposition. D’ailleurs, rares sont ceux qui souhaitent les voir arriver au pouvoir. En dĂ©pit des efforts de certains de ses reprĂ©sentants pour mĂątiner de social leurs discours, le principal objectif de la droite consiste Ă  « mettre le peuple Ă  genoux pour nous donner une bonne leçon », analyse Mme Flores. Une sorte de contre-rĂ©volution dans la contre-rĂ©volution.

Des hauts fonctionnaires rétifs au changement

« Tout n’est pas Ă©crit, renchĂ©rit Mme Jimenez Lemon. Les communes offrent un moyen d’approfondir la dĂ©mocratie, de dĂ©bureaucratiser l’État et de dĂ©velopper la production. » Plaidoyer pro domo ? Non. À gauche, on imagine rarement une sortie positive de la crise actuelle sans renforcement de ce dispositif, crĂ©Ă© par ChĂĄvez Ă  la fin de sa vie. Seulement voilĂ  : l’ancien prĂ©sident « Ă©tait comme un rĂ©volutionnaire au sein de son propre gouvernement, explique l’ancienne ministre Oly MillĂĄn Campos. Il pouvait prendre des dĂ©cisions allant Ă  l’encontre des intĂ©rĂȘts de l’appareil d’État. Sans lui, les communes se heurtent Ă  la rĂ©sistance des hauts fonctionnaires : pourquoi renforceraient-ils des structures imaginĂ©es dans l’optique de les affaiblir, puis de les remplacer ? ».

Une guerre intestine qui ravit l’opposition

En 2004, ChĂĄvez avait dĂ©cidĂ© d’organiser le rĂ©fĂ©rendum rĂ©vocatoire qu’exigeait l’opposition en dĂ©pit de fraudes avĂ©rĂ©es. ProcĂ©der de la sorte aujourd’hui imposerait-il au chavisme une cure d’opposition ? Pas nĂ©cessairement. Une dĂ©faite lors d’un rĂ©fĂ©rendum organisĂ© en 2016 aurait conduit Ă  de nouvelles Ă©lections. En d’autres termes, elle aurait pu offrir Ă  la gauche vĂ©nĂ©zuĂ©lienne ce dont elle semble avoir le plus besoin : une pĂ©riode d’autocritique permettant de sortir des raisonnements tactiques pour penser Ă  nouveau en termes stratĂ©giques. Cette pĂ©riode aurait peut-ĂȘtre permis au chavisme critique de faire entendre sa voix.

Mais encore eĂ»t-il fallu que le pouvoir accepte de prĂȘter l’oreille. À la fin de l’annĂ©e 2015, l’organisation chaviste Marea socialista a souhaitĂ© procĂ©der Ă  son inscription au registre des partis politiques du pays. Fin de non-recevoir du CNE, qui a estimĂ©, sans rire, que le nom de la formation « ne faisait pas » parti politique. De son cĂŽtĂ©, un procureur a jugĂ© qu’elle ne pouvait pas se rĂ©clamer du socialisme
 puisqu’elle critiquait le gouvernement. « Le gouvernement discute actuellement avec l’opposition, avec le Vatican et avec l’ambassade amĂ©ricaine, mais avec nous, la gauche critique, il refuse le dialogue », s’amuse un militant de Marea socialista.

Dans les rangs du chavisme, la bataille fait donc rage, dans un vacarme d’autant plus stĂ©rile qu’il n’existe plus de lieu de discussion structurĂ©. D’un cĂŽtĂ©, les partisans du pouvoir sont de plus en plus discrets. D’un autre, un courant ancrĂ© dans la population critique les dirigeants actuels, mais considĂšre que la lutte ne peut avoir lieu en dehors du PSUV, sauf Ă  remettre les clĂ©s du pouvoir Ă  la droite. Enfin, un dernier courant, dĂ©pourvu de vĂ©ritable base sociale, regroupe de nombreux anciens ministres, trĂšs actifs sur les rĂ©seaux sociaux. Ils estiment avec M. GĂłmez que l’actuelle bureaucratie « constitue une nouvelle bourgeoisie, tout aussi rapace que la prĂ©cĂ©dente et dĂ©sormais en concurrence avec elle ».

Cette guerre intestine ravit la droite, qui souhaite dĂ©truire l’espoir auquel ChĂĄvez avait donnĂ© naissance. Elle enchante Ă©galement les nouveaux oligarques en chemise rouge, lesquels rĂȘvent de transformer la lutte de classes qui les a portĂ©s au pouvoir en vulgaire lutte de camps. S’ils devaient l’emporter, les innombrables « perturbations » auxquelles le chavisme n’a pas su rĂ©pondre auraient assurĂ©ment enfantĂ© la catastrophe.

Renaud Lambert
(1) Environ 38 euros sur la base du taux de change officiel. PrĂšs de trois fois moins dans une Ă©conomie dont les prix suivent l’évolution du dollar parallĂšle.

(2) Elizabeth Nunez, « Chavez touts health care ahead of vote », The Washington Post, 24 novembre 2006.

(3) https://dolartoday.com

(4) Lire « Ce que Chåvez a rappelé à la gauche », Le Monde diplomatique, avril 2013.

(5) Chiffres tirĂ©s de Steve Ellner (sous la dir. de), Latin America’s Radical Left. Challenges and Complexities of Political Power in the Twenty-First Century, Rowman & Littlefield, Lanham, 2014.

(6) Commission Ă©conomique pour l’AmĂ©rique latine et les CaraĂŻbes (Cepalc), 2008.

(7) Lire Maurice Lemoine, « L’opposition vĂ©nĂ©zuĂ©lienne joue son va-tout », Le Monde diplomatique, avril 2004.

(8) Daniela García, « Fuga de capitales : Sello revolucionario », La Verdad, Maracaibo, 1er juillet 2013.

(9) Miguel Ángel Santos, « Venezuela : de la represión financiera a la posibilidad de default » (PDF), Macromet, vol. 1, no 3, Caracas, novembre 2014.[/quote]


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C’est quoi un AMA ?