Space Force, Upload : le retour de Greg Daniels

Le nom de Greg Daniels ne vous dit peut-être rien, mais il est à l’origine de certaines grandes comédies de ces quinze dernières années. C’est simple, il est à l’origine de l’adaptation US de The Office, il a co-créé Parks and Recreation et a participé, entre autres, à l’éclosion de Mike Schur et d’acteurs magnifiques. Après quelques années en retrait, il revient cette année avec deux nouveaux projets : Space Force (co-créé avec Steve Carell) et Upload.

:notebook: Temps de lecture estimé : 5 à 10 minutes


King of the Hill, The Office & Parks and Rec (1997-2015)


Après des piges de scénariste dans le Saturday Night Live ou The Simpsons, Greg Daniels grimpe les échelons en co-créant King of the Hill, une série d’animation méconnue en France mais très appréciée aux US. La série a connu 258 épisodes répartis sur 13 saisons entre 1997 et 2010.
Mais c’est bien sûr avec The Office qu’il accède à un tout autre statut. En prenant le risque d’adapter un monument de la comédie british, il pouvait ruiner sa carrière. La première saison de The Office avait le cul entre deux chaises à vouloir rendre hommage sans trop chambouler le matériau d’origine. Mais dès la deuxième saison la série a explosé. En partie sur un coup de bol (Steve Carell a connu un gros succès au cinéma avec 40 ans toujours puceau) mais surtout grâce à l’écriture qui s’est libérée du poids de The Office UK. La qualité de la série jusqu’à la fin de la quatrième saison est exceptionnelle et on le doit en grande partie à Greg Daniels, par sa façon de gérer les équipes de scénaristes, des scénaristes/acteurs mais aussi de la liberté donnée à l’improvisation dans certaines scènes. Maître du cringe comedy, genre qui se plaît à trouver l’humour en créant de l’embarras chez les personnages et les spectateurs, il parvient à rendre des personnages très perfectibles drôles et attachants. Si The Office US a été aussi bon, ne cherchez pas un autre homme que lui !
En parallèle de The Office il développe avec Mike Schur (qui était scénariste sur The Office à plein temps jusqu’à ce moment-là, et il a joué dans 13 épisodes le rôle de Mose, le frère bizarre de Dwight) la série Parks and Recreation. Les débuts sont assez similaires à The Office, une première saison difficile avant de trouver la bonne formule pour que les personnages puissent s’exprimer pleinement, la série atteint vite les sommets. Mike Schur avait plus les clés sur cette série, mais Greg Daniels partageait son temps entre les deux séries et son importance n’est pas négligeable.
Il reviendra à plein temps pour la dernière saison de The Office pour sauver les meubles après les tâtonnements post-Michael Scott (qui se rappelle de l’imbuvable James Spader ?) et les nombreux départs en coulisse avant de s’offrir du repos bien mérité.
En voyant ces noms de séries, vous serez forcément frappés de nostalgie et vous comprendrez pourquoi les annonces du retour de ce grand bonhomme de la télévision US créaient une grande attente.

Space Force (2020)


Space Force est inspirée de la véritable branche du gouvernement créée par Donald Trump qui veut (re)conquérir et militariser l’espace. On suit le Général Mark Naird, un type issue de l’Air Force, borné et old school qui prend la tête de cette division principalement composée de scientifiques.
Bien que la série ait été produite et diffusée après Upload, je vais commencer par Space Force pour évacuer mes pensées négatives. Space Force était sans doute la comédie la plus attendue sur Netflix cette année. La série est co-créée par Greg Daniels et Steve Carell, qui se retrouvait après leur collaboration sur The Office, on avait déjà un duo imbattable aux manettes. Et ne parlons pas du casting 5 étoiles avec Steve Carell bien évidemment mais aussi John Malkovich, Lisa Kudrow, Ben Schwartz, Jimmy O. Yang, et des réguliers comme Dan Bakkedahl, Fred Willard, Jane Lynch, Patrick Warburton. Avec le budget de Netflix et un concept suffisamment original pour avoir de la matière, tout était réuni pour que ce soit une réussite. Tout !
Tout ?
Non car la mayonnaise ne prend pas, la galerie de personnages bien trop grande empêche un développement pertinent de ce grand bureau pas comme les autres, mais surtout on peine à s’attacher à chacun d’entre eux. La grande force de Greg Daniels était de rendre des personnages énervants géniaux. Là ils sont juste énervants. Les acteurs ne sont pas à l’aise et forcent leur jeu. Je n’ai jamais trouvé Steve Carell aussi peu inspiré, le personnage de Malkovich est agaçant au possible et F. Tony Scarapiducci ne parvient pas à faire oublier Jean-Ralphio, car c’est tout simplement une copie de Jean-Ralphio.
L’humour tombe trop souvent à plat. C’est forcé et maladroit. La parodie du monde politique n’arrive pas à la cheville de Veep (qui ne s’imposait aucune limite et une version édulcorée de Veep ne peut pas marcher) et les gags qu’on pourrait rapprocher des films Airplane! sont devenus un peu ringards. Les quelques répliques et vannes inspirées ne suffisent pas à faire oublier le ratage de la comédie.
La partie dramatique qui était une force de The Office (pour sa romance parfois captivante entre Jim et Pam ou encore le va-et-vient permanent entre l’exaspération et l’attachement total que nous offrait Michael Scott) est trop souvent bancale. Les épisodes 2, 8 et 9 dressent un portrait touchant d’une famille brisée avec l’absence de la mère et la solitude de la fille après un déménagement inattendu, mais c’est trop vite gâché par des maladresses d’écritures ou des personnages qui changent du tout au tout d’un épisode à l’autre. Le dernier épisode gâche totalement ce qui a été construit sur le personnage d’Erin et la scène de fin dans l’hélicoptère n’est pas suffisante pour donner envie de s’investir dans cette famille.
On retiendra tout de même les personnages d’Angela Ali et Chan Kaifang. On peut aussi apprécier F. Tony Scarapiducci qui finit par nous faire marrer régulièrement. En gommant l’écriture forcée, en trouvant une meilleure formule pour affiner les défauts des personnages, on pourrait avoir la série qu’on espérait. Croisons les doigts…

Upload (2020)


Dans un futur proche, la technologie de la réalité virtuelle a beaucoup évolué et on peut à présent uploader sa conscience dans un monde virtuel après sa mort, pour rester en vie, si on est suffisamment riche, pour l’éternité. Après un accident de voiture autonome, le codeur Nathan Brown va se retrouver dans Lakeview, le monde virtuel le plus important du monde.
Greg Daniels est seul créateur d’Upload et on sent que c’est un projet plus personnel pour lui. Moins de clinquant au casting, Robbie Amell et Andy Allo ne sont pas d’aussi grands noms que ceux de Carell ou Malkovich, la galerie de personnages est bien moins grande mais tout a tellement plus de charme.
La série est un mix entre Black Mirror (avec un monde futuriste et virtuel loin d’être glamour) et The Good Place (Nathan se trouve dans une bulle avec des sortes de Dieu qui peuvent contrôler leur univers) avec un ton navigant entre la comédie, le mystère et la romance. Et tout ce que foire Space Force est réussi ici.
L’humour ? Simple, sans forcer, on rit à chaque épisode sans être navré par des tentatives qui tombent à plat. Les personnages ? On s’y attache dès le premier épisode. Le fil rouge ? Efficace, sans fioritures, on a des surprises, des mystères, des fausses pistes et on enchaîne les épisodes avec plaisir.
Il y a des défauts, l’intrigue ne surprend pas beaucoup, ça reprend beaucoup de codes et d’idées déjà vu ailleurs. L’aspect romance se développe trop vite et risque parfois la crédibilité du duo. Le monde de Lakeview est parfois mis de côté au profit de ses personnages et cela peut amener une certaine frustration car on aimerait en voir un peu plus.
Mais rien de gênant. Upload est un petit bonbon qui fait du bien. Et pour l’avoir vu après Space Force, cette série me rassure. Greg Daniels est toujours là. Et on a besoin de lui à la télé.


Space Force est une série Netflix, la plate-forme de Streaming dispose de son sujet dédié : Netflix
Upload est une série diffusée sur Amazon Prime Vidéo : Amazon Prime Vidéo
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